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Les Annamites à Lourdes

Les Annamites à Lourdes LETTRE DE M. E. RAYNAUD, Missionnaire apostolique au Tonkin occidental.
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    Les Annamites à Lourdes

    LETTRE DE M. E. RAYNAUD,

    Missionnaire apostolique au Tonkin occidental.

    Profitant de mon séjour à Lourdes, les Annamites de Toulouse y sont venus en pèlerinage au nombre de 43. C'était le samedi après l'Ascension. Ils arrivèrent à la grotte vers cinq heures du soir. Monseigneur l'Evêque de Tarbes était présent. Il leur a adressé la parole pour leur souhaiter la bienvenue au nom de la Sainte Vierge, leur a recommandé de conserver toute leur vie le souvenir du jour béni où il leur a été donné de venir aux pieds de Notre Dame de Lourdes, de prier pour leur pays et aussi pour la France, afin que la victoire tant désirée lui permette d'envoyer, comme par le passé, de nombreux missionnaires prêcher l'Evangile dans leur patrie ; il leur a dit que, catholiques, ils avaient une raison particulière d'aimer la France, comme la France les aimait au point de leur sacrifier la vie de tant de ses fils bien aimés.
    C'est de tout coeur qu'ils ont prié aux intentions indiquées par Monseigneur. Tous se sont confessés dans la basilique, et le lendemain matin tous ont communié à la messe que j'ai célébrée dans la grotte. Ils ont ensuite fait le Chemin de la Croix en récitant les prières annamites. Une vingtaine ont tenu à prendre un bain dans les piscines. Puis, avant de reprendre le chemin de Toulouse, ils se sont cotisés pour offrir une somme de 40 francs à Notre Dame de Lourdes. L'un d'entre eux m'a remis à lui seul 60 francs, afin que je fasse prier pour lui et pour ses enfants.
    Un missionnaire du Brésil de passage à Lourdes ne put s'empêcher de me dire la joie qu'il aurait éprouvée, s'il lui avait été donné, comme à moi, d'accompagner ses chrétiens à la grotte Massabielle.
    Les Annamites de Tarbes ont tenu à honneur d'imiter leurs camarades de Toulouse, et sont venus dimanche dernier à leur tour saluer Notre-Dame.
    Quoique plusieurs d'entre eux eussent déjà profité de la proximité de Lourdes pour venir, ils étaient au nombre de trente, sans compter les païens encore plus nombreux. Le dimanche de la Pentecôte, ils ont eu la messe au Rosaire et le lundi, j'ai pu leur dire la messe à la grotte.

    A un moment donné, je me trouvais devant la grotte au milieu d'un groupe de païens. Ces derniers discutaient sur les miracles opérés à Lourdes ; l'un d'eux osa émettre un doute, mais son voisin païen lui aussi, lui répliqua : « Tais-toi, tu es de mauvaise foi, les Européens ne sont pas si crédules que nous, et si ce n'était pas vrai pourquoi toutes ces foules composées parfois de hauts dignitaires, d'officiers élevés en grades, de médecins-majors, pourquoi tous ces ex-voto, toutes ces béquilles, tous ces cierges qui brûlent nuit et jour au point que la grotte en est toute noircie ».
    Daigne la Sainte Vierge récompenser ce pauvre païen qui a si bien plaidé sa cause.
    Le séjour en France semble faire réfléchir beaucoup de païens, il n'est pas rare d'en rencontrer qui désirent étudier. Malheureusement, les livres que j'ai demandés il y a près de deux mois et demi ne me sont pas encore parvenus ; du reste, même si j'avais des livres à leur donner, auraient-ils le temps de les lire, ils sont si occupés! Il est du moins à espérer que beaucoup d'entre eux en revenant dans leur pays, où ils prendront place parmi les notables de leur village, se souviendront des bons désirs qu'ils auront formés en France dans nos églises et aux pieds de Notre Dame de Lourdes, et se feront les défenseurs de notre sainte religion auprès des païens leurs frères.
    En revenant, je me suis arrêté à Tarbes pour remercier le Supérieur et les professeurs du grand séminaire. Ces Messieurs ont été très bons pour moi, ils m'ont reçu, telles sont leurs propres paroles, comme l'un des leurs, et quand je les ai quittés, ils m'ont assuré que les portes du grand séminaire de Tarbes seraient toujours grandes ouvertes pour recevoir les Pères des Missions Etrangères.
    Ensuite, je me suis arrêté à Toulouse où comme précédemment, les Soeurs de la Compassion ont bien voulu me donner l'hospitalité et me prêter leur chapelle et leur parloir pour réunir les Annamites après le travail de la journée. J'ai visité les hôpitaux où plusieurs Annamites, malades depuis assez longtemps et qui n'avaient pu remplir leur devoir pascal, furent enchantés de me rencontrer. Dans ces hôpitaux aussi, j'ai trouvé quelques catéchumènes qui avaient commencé l'étude de la religion au Tonkin, et qui maintenant se sentaient bien abandonnés sans personne pour les catéchiser.

    1916/163-164
    163-164
    Vietnam
    1916
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