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Les écoles catholiques au Kouytcheou

Les écoles catholiques au Kouytcheou
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    Les écoles catholiques au Kouytcheou

    Dans les dernières années de la dynastie des Tsin, l'empereur Kouangsu tenta la réforme de l'enseignement, et s'efforça d'introduire dans son vaste les méthodes venues du Japon, d'Amérique et d'Europe. La République accentua encore ces réformes. Le Kouytcheou, placé par sa position géographique loin des grands centres d'industrie et de commerce, enserré dans ses montagnes, n'est cependant pas resté indifférent à ce mouvement, et la province s'est efforcé de se conformer au nouveau programme ; un peu partout — mais surtout dans les villes — se sont fondées des écoles modernes dont la façade cache malheureusement trop souvent le manque de sérieux. L'Eglise catholique n'est pas demeurée étrangère à une aussi grave question. Je voudrais, en quelques lignes, montrer ce que nous avons essayé de faire.
    Quand on parle des écoles en Chine, il semble qu'on ne parle que des écoles modernes de tout degré et on dit : l'avenir est là. Je crois que c'est une exagération. L'essentiel est l'évangélisation, ce doit être le but principal du missionnaire. Le premier moyen — et le seul vraiment efficace — est de missionner et de faire missionner, pour instruire les chrétiens, parfaire et développer leur vie intérieure. Un second moyen, qui n'est en résumé que l'application du premier sous une autre forme, c'est la fondation d'écoles de doctrine, où enfants de chrétiens et catéchumènes pourront apprendre le catéchisme et les livres qui les aideront à comprendre l'Eglise catholique, à l'aimer et à pratiquer les devoirs du chrétien. Ensuite, il est évident qu'il est très utile, et dans certains cas nécessaire, d'avoir des écoles modernes, si on le peut, là où on le peut, et de tout degré, s'il est possible d'en fonder suivant les exigences des programmes du gouvernement.

    MAI JUIN 1918, N° 121.

    Jusqu'ici, il n'est pas de missionnaire au Kouytcheou qui n'ait eu de ces écoles. Sur 50 districts, il n'y où a guère que deux ou trois qui n'en possèdent aucune. La Mission a même eu des écoles de filles partout, alors que les païens n'en avaient aucune.
    J'estime que, sur une population de 100 personnes, il peut y avoir 10 garçons et 10 filles en âge d'étudier. Nous avons 35.000 chrétiens et 5.000 catéchumènes sérieux, soit 40.000 âmes ; or le nombre de nos élèves est de 3400 (2.200 garçons et 1.200 filles). Pour qui connaît les difficultés courantes dont nous parlerons plus tard, c'est un assez beau résultat.
    Partout où se sont établies des écoles de ce genre, on ne s'est pas contenté de n'enseigner aux élèves que la doctrine ; mais on s'est efforcé, dès le principe, de leur apprendre quelque chose de plus, d'après les circonstances de temps et de lieu, et d'après les moyens dont on disposait.
    Des 40.000 âmes sur lesquelles s'exerce notre influence d'une façon directe, 35,000 vivent en pleine campagne, ce sont de modestes agriculteurs pour la plupart. Les 5.000 autres vivent dans les villes et les gros villages. Le plus grand nombre de nos écoles est établi en ville et reçoit des pensionnaires ; il y en a aussi dans les campagnes pour la plus grande commodité de nos chrétiens.
    Ces écoles ont donné les résultats suivants : partout où elles ont été établies, nous avons pu instruire plus solidement nos chrétiens, et par ce moyen, christianiser la famille. Là où les écoles existent en moins grand nombre, il y a moins de vie catholique, si des visites prolongées des catéchistes des deux sexes ne viennent suppléer à leur défaut. L'école consolide la famille chrétienne ; oh a partout cherché à obtenir ce résultat et on y a souvent réussi. Bien que ces moyens soient modestes, ils représentent une grande somme d'efforts, de soucis, d'abnégation, de dépenses ; ils donnent tour à tour des espoirs et des déceptions, des consolations et des tristesses.
    Voilà ce que nous avons fait jusqu'ici pour la fondation et l'entretien des écoles de doctrine. Evidemment cette oeuvre manqué de décor ; elle est modeste ; mais c'est encore en se basant sur le passé et en le perfectionnant que nous préparons l'avenir. C'est à ce genre d'écoles qu'il faut donner la préférence, du moins en général, parce que c'est par elles que nous formons des générations chrétiennes, et le christianisme est la civilisation à un niveau que le paganisme ne connaît pas.
    Voici ce que nous avons commencé à faire : Fondation d'écoles modernes. Pour fonder ces écoles, trois choses sont nécessaires : argent, maîtres et élèves. Pour l'argent, missionnaires et prêtres indigènes ont pris sur leur pauvreté pour se cotiser la Mission aidant, chaque année, nous pouvons attribuer à un district un capital dont le revenu sera destiné aux écoles.
    Pour les maîtres, on a fondé une école normale de garçons et une de filles. Quelques-uns des garçons, les plus intelligents ont, cette année même, été envoyés au Setchoan où ils pourront sous la direction des Frères continuer leurs études.
    Pour les élèves, la question se présente sous deux aspects : élèves païens et élèves chrétiens. Nous avons évidemment surtout visé à l'éducation de ces derniers. Le but de nos écoles modernes est, en effet d'arracher au danger des écoles païennes nos jeunes chrétiens. Nous n'y avons pas toujours réussi, parce que nos écoles manquent de façade, mais c'est cependant une infime minorité qui va aux écoles païennes.
    Faut-il tenter l'établissement d'une grande école pour attirer les païens? Pour cela, il faudrait faire grand, avoir des établissements spacieux, pouvoir trouver des professeurs. Dans ces conditions, les élèves nous viendraient... peut-être. Mais les résultats compenseraient-ils les inconvénients ? Les écoles du gouvernement sont pleines d'élèves, il est vrai, mais elles sont soutenues par le budget. D'autre part, cette, foule de déclassés, qui va augmentant d'année en année, est, ou devrait être, un souci pour le gouvernement, si toutefois les gens qui sont à la tête du pays se sont jamais arrêtés à envisager ces questions sociales et les inconvénients que présente toute cette jeunesse, qui n'aura de la science que le vernis, et qui ne pourra trouver par des moyens honnêtes la satisfaction de ses ambitions et l'emploi de ses facultés.
    Donc, dans nos écoles modernes, les unes — la plupart — sont réservées aux chrétiens, d'autres admettent les païens.
    Pour établir une école, il faut un local. Il est souvent tout indiqué dans les constructions attenant à l'église, d'où entente entre le mandarin et le missionnaire, ou bien, ce qui arrive plus souvent, entre quelques familles païennes et le missionnaire, car, fréquemment le mandarin est hostile. A Kianglong, par exemple, trois mandarins se sont successivement opposés à l'école. Elle tient quand même, c'est la seule de l'endroit, il faut bien s'en contenter puisqu'on ne peut lui faire concurrence. Tout d'abord, elle était réservée aux chrétiens ; elle n'est devenue publique qu'en 1915. Les inspecteurs ne lui sont pas favorables ; ils s'efforcent de faire partir les professeurs chrétiens ; ils exhortent les chefs du village à construire une école à eux. Cependant, ils tolèrent l'enseignement du catéchisme de 11 h. à midi pour ceux qui veulent en profiter, le missionnaire n'ayant pas transigé sur ce point. Elle compte 70 élèves dont 29 chrétiens. Les chefs païens du village donnent les subsides nécessaires, et le missionnaire est satisfait des résultats obtenus.
    Au même endroit, il y a une école privée de filles, qui compte 20 élèves, toutes chrétiennes.
    A Houangkochou, l'école existait dans les mêmes conditions. Là aussi mandarins et inspecteurs lui étaient hostiles. Les parents chrétiens trouvant les enfants indisciplinés, paresseux, indolents, suppliaient le missionnaire de fonder une école privée. C'est ce qui eut lieu dernièrement ; un inspecteur ayant voulu faire enlever un crucifix et supprimer le catéchisme, le missionnaire renonça au subside du gouvernement. Depuis que l'école est privée, le missionnaire est indépendant, et l'heureux effet s'en est aussitôt fait sentir.
    A Tchenlin, l'école date de 1911. Elle compte un assez grand nombre d'élèves, mais bien que placée sir la résidence même du missionnaire, les maîtres, presque tous païens, ne favorisent pas l'influence du prêtre. Les chrétiens sont submergés par l'élément païen beaucoup plus nombreux, de sorte qu'on peut dire que ce genre d'écoles n'est pas à encourager, et que les écoles mixtes ne peuvent exister que là où le missionnaire est maître chez soi, et peut d'une façon générale donner une direction à l'enseignement et à l'éducation des enfants.
    On pourrait assimiler l'école qui se trouve dans la grande ville de Tseny à l'école de Tchouymin, dont un aperçu a été donné dans l'intéressante revue des RR. PP. Jésuites, l'Ecole en Chine, « J'ai visé surtout, nous écrit le missionnaire de ce district, à établir une instruction religieuse solide, et en même temps à me rapprocher des programmes modernes pour l'instruction des matières profanes. L'éducation, la formation a aussi une grande place dans le programme ; je pourrais même dire que c'est là toute la raison d'être de l'école : former des chrétiens connaissant bien leur religion, capables de la répandre et de la défendre, de devenir les soutiens des stations de campagne. J'ai charge d'âmes, les écoles ne sont là que pour m'aider à accomplir ce devoir primordial de ma charge. J'accepte dans l'école les chrétiens de toute condition, mais même les plus pauvres doivent contribuer à l'entretien matériel de leurs enfants. Recevoir les riches et les pauvres, c'est un point assez délicat à trancher. Faire une place spéciale aux riches, c'est satisfaire les plus favorisés de la fortune ; ou bien laisser à l'école sen côté humble, alors elle se recrutera spécialement chez les pauvres. J'ai préféré cette seconde manière, les résultats immédiats seront plus consolants. J'admets aussi les enfants des catéchumènes, de sorte que l'école fait aussi l'office de catéchuménat ».
    Cette école de Tseny donne de bons résultats, mais ce qui fait obstacle à son plein développement est la question d'argent.
    L'école de Pinfa produit également de bons fruits, elle est même supérieure aux deux écoles installées par le gouvernement. Là aussi, le missionnaire s'efforce de donner tout d'abord à ses élèves l'esprit chrétien tout en suivant le plus possible les programmes officiels.
    Je pourrais faire faire au lecteur le tour de bien d'autres districts ; ces quelques exemples peuvent donner une idée de ce que nous avons fait et de ce que nous faisons ; ce sont à peu près partout les mêmes difficultés, les mêmes luttes.
    Je ne puis cependant finir sans un mot sur les efforts tentés en pays non chinois : chez les Dioi; Ici, il ne faut pas songer, pour le moment, à fonder des écoles modernes, mais des écoles de doctrine en grand nombre feraient un bien immense dans le pays. C'est encore le Manque de ressources qui nous empêche de les multiplier selon les besoins de cette intéressante population.
    En résumé, cette question des écoles est assez délicate à juger. Il n'y a pas là qu'une affaire de chiffres ; l'école qui compte le plus d'élèves est quelquefois celle qui donne le moins d'espérance et de consolation. Mais cela ne se voit pas dans une colonne de chiffres.
    Les écoles offrent de grandes difficultés auxquelles nous avons essayé de parer, dans la mesure de nos forces et de nos besoins actuels. Ces difficultés sont peut-être plus grandes au Kouytcheou : pauvreté de la majorité de nos chrétiens, leur dispersion à travers le pays, loin des centres, manque d'argent, concurrence des écoles officielles à peu près gratuites, refus du gouvernement de donner à nos élèves un diplôme de fin d'année. Et ils seraient si fiers de cette peau d'âne où s'étale lé sceau officiel ! Il nous faudrait des religieux enseignants, des Frères et des Soeurs. Il n'y faut pas songer pendant la guerre. Espérons que dans la suite nous pourrons trouver des Ordres qui consentiront, pour l'amour de Dieu, l'amour de l'Eglise et le salut des âmes, à envoyer de leurs membres dans notre pauvre Kouytcheou.
    1918/486-489
    486-489
    Chine
    1918
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