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Le typhon dans la région de Mon-cay

TONKIN ET KOUANG-TONG Le typhon dans la région de Mon-cay
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    TONKIN ET KOUANG-TONG

    Le typhon dans la région de Mon-cay

    L'annonce d'un second typhon, au mois d'août, alors que les ravages causés par le premier étaient à peine réparés, nous laissa d'abord sceptiques. Mais le 10 au soir, quand, après une journée calme, le vent se mit brusquement à souffler au sud-est, chacun sentit dans l'air un je ne sais quoi de peu rassurant. En effet la tempête augmentait rapidement de violence et à 9 heures du soir, les sifflements de l'air, les rafales du vent, les gémissements des arbres et l'ébranlement des maisons annonçaient à grand fracas l'arrivée du typhon, le génie dévastateur et implacable. A minuit, l'ouragan venait du nord, et les tuiles commençaient leur danse. Vers une heure, le vent cesse tout à coup et semble s'éloigner, il règne un calme plat.
    Mais, après quelques minutes de silence, l'air est de nouveau déchiré par la plainte lugubre et les assauts furieux du vent qui, de l'ouest, redouble de violence. La nuit est sinistre, l'homme se sent petit et chétif en face de la nature révoltée, et la fragile cai-nha destinée à abriter sa tête devient un danger de plus pour lui.

    Vers le matin, la tempête se calme un peu, et la pluie commence à tomber pour continuer et parfaire l’œuvre de dévastation.
    On attend le jour avec impatience, et ses tremblantes lueurs trouvent tout le monde debout, après une nuit d'insomnie et d'angoisse.
    De toutes parts les tuiles, les paillotes, les bambous, les branches d'arbres, jonchent le sol. Certaines habitations sont devenues tellement dangereuses que l'on a dû les évacuer. C'est ainsi que la Douane et les services administratifs sont abandonnés. Une maison chinoise, autrefois habitée par M. B., s'est effondrée, causant la mort d'un enfant annamite. Le Commandant lui-même, dans son luxueux palais sans portes, n'a pas imposé au typhon : la cloison qui sépare la chambre à coucher du cabinet de toilette a failli l'écraser en tombant, et le vent, avec une désinvolture révoltante, a dispersé aux quatre coins de l'horizon l'élégante garde-robe de la commandante.
    Mui-ngoc a aussi été très éprouvé ; le poste militaire, dès minuit, était tout découvert et les soldats furent obligés de se réfugier sous leur lit, où ils passèrent une nuit peu confortable. On a dû leur faire évacuer le poste pour les remplacer par des tirailleurs chinois. A la Douane, un accident se produisit qui aurait pu avoir des conséquences funestes : un plafond s'effondra dans l'appartement où dormait un des bébés du Receveur, les parents eurent une minute d'affreuse angoisse ; heureusement l'enfant en fut quitte pour quelques contusions sans gravité.
    Ha-coi est, dit-on, fort endommagé ; le poste militaire, qui est placé sur un mamelon bien orienté, a essuyé les assauts de la tempête et perdu toutes ses tuiles dans le combat.
    Il ne faudrait cependant pas croire que le typhon ait respecté la frontière ; à Tong-hing, les Célestes ont été également éprouvés ; le vent, en s'engouffrant dans les rues étroites, se chargea de mettre un peu de jour dans le labyrinthe où l'air et la lumière sont distribués avec une extrême parcimonie. Le délégué, pour ne parler que des hauts personnages, a payé un large tribut à l'ouragan ; lui et sa femme ont eu de multiples contusions, et un de leurs enfants a péri sous l'écrasement d'une toiture.
    La mer a fait aussi des victimes, et les populations côtières ont du recueillir plus d'une épave.
    D'autres détails nous sont parvenus plus récemment :
    A Lo-fao, poste central du district de Pang-cheng, administré par un missionnaire du Kouang-tong, M. Grandpierre, assisté de M. Rossillon, de grandes pertes ont été éprouvées.
    A Tong-hing, dont il est question dans la lettre précédente, nos établissements ont beaucoup souffert. Vous savez que nous y avions une pharmacie, un orphelinat où sur les conseils du mandarin local beaucoup de familles apportaient leurs enfants malades, une école de français, une maternité ; presque tout a été détruit.
    Ces malheurs sont d'autant plus attristants que le district était plus florissant.
    Nous y avons en ce moment cinq à six mille catéchumènes, très bien disposés, qui ne demandent qu'à être instruits des vérités du catholicisme.
    Nous nous disposions à leur envoyer des catéchistes, nous voilà maintenant sans ressources pour nourrir ces catéchistes ; c'est vraiment bien attristant ; malgré tout, nous voulons espérer en la bonté de Dieu et en la charité des chrétiens.

    1904/367-368
    367-368
    Chine
    1904
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