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Le triduum en l'honneur des Martyrs Coréens

ANNALES DE LA Société des Missions Etrangères SOMMAIRE LE TRIDUUM EN L'HONNEUR DES MARTYRS FRANÇAIS ET CORÉENS. — Kouang-trong : LA LÉPROSERIE DE SHEKLUNG. — LA GRÈVE RÉVOLUTIONNAIRE A CANTON. — Au Laos : Foi DE NÉOPHYTES, par le P. Beigbeder. — L'ANNÉE 1925 EN COCHINCHINE ORIENTALE (QUINHON) par Mgr Grangeon. ÜN PRÈTRE TONKINOIS AU XVIIe SIÈCLE, LE P. Phuoc, par Mgr Néez. Gravures. — RELIGIEUSES ET NÉOPHYTES DU LAOS. — CHRÉTIENNES LAOTIENNES. Le triduum
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Etrangères

    SOMMAIRE

    LE TRIDUUM EN L'HONNEUR DES MARTYRS FRANÇAIS ET CORÉENS. — Kouang-trong : LA LÉPROSERIE DE SHEKLUNG. — LA GRÈVE RÉVOLUTIONNAIRE A CANTON. — Au Laos : Foi DE NÉOPHYTES, par le P. Beigbeder. — L'ANNÉE 1925 EN COCHINCHINE ORIENTALE (QUINHON) par Mgr Grangeon. ÜN PRÈTRE TONKINOIS AU XVIIe SIÈCLE, LE P. Phuoc, par Mgr Néez.
    Gravures. — RELIGIEUSES ET NÉOPHYTES DU LAOS. — CHRÉTIENNES LAOTIENNES.

    Le triduum

    en l'honneur des Martyrs Coréens

    CÉLÉBRÉ A PARIS
    DANS L'ÉGLISE DE SAINT FRANÇOIS-XAVIER
    4, 5 et 6 décembre 1925

    Les Annales de juillet août racontaient brièvement les fêtes romaines de nos 79 Martyrs Coréens. Le Décret du 5 juillet dernier autorisait la répétition de ces fêtes « dans les églises ou chapelles publiques de la Société des Missions Étrangères de Paris ». Elle eut lieu les 4, 5 et 6 décembre, dans un ordre parfait et avec un éclat inespéré.
    Il y aura de cela bientôt un siècle, trois apôtres partaient du Séminaire de la rue du Bac pour aller évangéliser le pays du « Matin calme », appelé aussi le « Royaume Ermite », la lointaine Corée. Ils s'appelaient alors Laurent IMBERT, Pierre MAUBANT et Jacques CHASTAN. Et voilà qu'ils nous sont revenus, en passant par Rome. Ils s'appellent aujourd'hui les Bienheureux LAURENT, PIERRE et JACQUES, car Rome les a ennoblis en les citant à l'ordre du jour de la chrétienté. Et ils ne reviennent pas seuls. Ils ont avec eux toute une pléiade de héros, leurs fils dans la foi, leurs compagnons dans le martyre.

    Janvier février 1926, n° 167.

    La chère et modeste chapelle de notre Séminaire avait pu contenir l'assistance venue leur donner l'accolade du départ et baiser leurs pieds d'apôtres. Elle n'aurait pu suffire à la foule accourue aux solennités du Triduum pour vénérer leurs reliques, chanter leurs louanges et implorer leur intercession. Aussi, l'église de Saint François-Xavier fut-elle gracieusement mise à la disposition du Séminaire pour la célébration de ces fêtes. N est-elle pas la fille de notre chapelle de la rue du Bac, qui fut église paroissiale jusqu'en 1874? N'est-elle pas, elle aussi, sous le vocable de l'Apôtre des Indes? A ce double titre, nous étions donc un peu chez nous dans le majestueux édifice.
    Au soir même de sa fête, saint François-Xavier, patron des missionnaires du monde entier, patron spécial des Missions Etrangères de Paris, accueillait chez lui ses pupilles, devenus ses émules par la fécondité de leurs travaux et l'effusion de leur sang. Pour la réception des hôtes, son palais déploie les parures des grands jours, riches tentures et gerbes de lumières. Les fresques de C/*rank nous présentent François, le Basque intrépide, laissant richesses et gloire humaines pour suivre Ignace ; elles nous le peignent mourant de la fièvre à Sancian dans une pauvre cabane ; elles nous le montrent enfin au jour du triomphe, présentant comme trophées à son Roi : l'Inde, la Malaisie et le Japon. — Dignes pendants à ces fresques, s'étalent les grands tableaux de Giustiniani qui avaient figuré aux fêtes de la Béatification. Transportés de la Basilique de Saint-Pierre, ils paraissent agrandis. Le tableau de l'apothéose, représentant les Martyrs, dans la gloire, couvre entièrement le fond de l'abside ; à l'entrée, se voit le supplice de l'Evêque et des deux missionnaires ; sur les côtés du transept, le supplice du Venance coréen, Pierre Ryou, et celui de l'Agnès coréenne, Colombe Kim.
    Xavier n'est pas seul à accueillir les nouveaux Bienheureux. Il y a Marie, la Reine des Martyrs; Pierre et Paul, les Princes des Apôtres; et enfin la phalange des Béatifiés de 1900. Les médaillons brodés sur la pourpre des chasubles et des chapes disent la présence invisible, mais réelle, des Dufresse, des Borie, des Cornay, des Bonnard... Présente, elle aussi, la phalange des Béatifiés de 1909 ; présents, tous ceux qui ont versé pour le Christ leurs larmes, leurs sueurs et leur sang.
    A souhaiter la bienvenue, il y a aussi les vivants. Il y a toute la Société des Missions Etrangères représentée par son Supérieur Mgr de Guébriant, par ses évêques de Corée, par une quarantaine de ses missionnaires, et par ses aspirants à l'apostolat. Quelle joie pour tous ! Quelle joie principalement pour Mgr Mutel ! Il a connu les temps héroïques. Comme nos Martyrs, il a vécu traqué, se cachant sous des vêtements de deuil. En 1890, il recueillait l'héritage des Imbert, des Berneux, des Daveluy. Il prenait alors pour devise : Florete, Flores Martyrum, Fleurissez, Fleurs de Martyrs. Elles ont fleuri, grâce à ses travaux, et les voilà placées sur les autels.
    A louer nos Bienheureux, il y a aussi les autres Sociétés de missionnaires établies à Paris; il y a le clergé de France.
    Idée bien touchante d'avoir associé aux aspirants des Missions Etrangères ceux du Saint Esprit, ceux de Saint-Lazare et les séminaristes de Saint-Sulpice, dans l'hommage à nos héros. En ces jeunes gens, ce sont les apôtres de demain qui célèbrent par leurs chants les victoires de leurs prédécesseurs. Aux uns incombera l'Asie, aux autres l'Afrique ou l'Amérique, aux autres la France; à tous sera redite la même consigne : « Allez, enseignez toutes les nations ».
    Avec son Em, le Cardinal Dubois et son auxiliaire Mgr Roland Gosselin, c'est Paris, c'est la France qui salue les vainqueurs. Avec Mgr Baudrillart, c'est la Science. Avec Mgr Chaptal, c'est l'Orient qui demande par l'intercession de nos Martyrs le retour à l'unique bercail. Et la présence de Son Exc. Mgr Cerretti jette sur ces fêtes l'éclat de Rome: Pie XI glorifiant à nouveau les volontaires de la mort.
    Enfin, il y a la foule sympathique et recueillie. Jamais, au dire de témoins autorisés, elle n'a afflué si dense à semblable fête. Cet empressement est de bon augure et montre clairement les progrès de l'esprit missionnaire en France.
    L'héroïque pléiade fut louée par des orateurs éminents, par le R. P. Janvier, le prince de la chaire française, par Mgr Boucher, Directeur de l'OEuvre apostolique, par M. le Chanoine Olichon, Directeur de l'OEuvre de Saint Pierre Apôtre et Secrétaire général dé l'OEuvre du Clergé indigène, par Mgr Beaupin, Secrétaire du Comité catholique des Amitiés françaises à l'étranger.
    Dans un triple discours, le R. P. Janvier magnifia la charité, le zèle de nos trois Martyrs français, et la fécondité de leurs travaux. « Ils peuvent vraiment s'approprier la litanie du grand Apôtre énumérant aux Corinthiens ses souffrances pour le Christ : périls sur terre et sur mer, périls à la campagne et dans les villes, périls de la part des faux frères, des soldats et des espions, sans cesse dans l'angoisse, le jeûne et les veilles, souvent dans le froid et le dénuement, litanie de misère qui commence au départ et ne finit que par la mort. Et l'orateur flagelle l'hypocrisie, toujours semblable à elle-même, des mandarins de l'Orient et de ceux de l'Occident, qui depuis dix-neuf siècles, sous couleur de nationalisme ou de raison d'État veulent asservir Dieu à César.
    Mgr Boucher fait le panégyrique des Martyrs indigènes. De l'ouvrage « Martyrs Français et Coréens 1 », il détache quelques exemples frappants et les propose à l'admiration et à l'imitation de l'auditoire. « Je ne sais que les noms de Jésus et de Marie », proclame une pauvre illettrée, « ne puis-je pas du moins leur témoigner mon amour par la souffrance et la mort ? » « Dix mille fois non, nous n'apostasierons pas », tel est le cri de tous. « Si même un léger soupir au milieu des tortures est interprété comme un reniement, eh bien! Nous ne le pousserons pas ». Non murmur resonat, non querimonia. Colombe Kim protestera, mais seulement contre sa pudeur blessée : « Mourir, soit, mille fois, mais il est des tourments qu'on n'impose pas ». Pierre Ryou présente sa bouche au soldat qui veut y plonger une tige de fer rougie au feu ; il défie ses bourreaux; son corps n'est plus qu'une plaie ; le sourire aux lèvres, il jette à la face des juges des lambeaux de chair arrachés de sa main à ses membres pantelants. Ce sont là quelques traits, choisis dans la mine inépuisable du Martyrologe coréen.

    1. Un volume par le P. Adrien LAUNAY.

    Le thème de M. le Chanoine Olichon était tout indiqué : éloge d'André Kim, premier prêtre coréen, digne fils des Imbert, des Maubant, des Chastan. Ses efforts pour ouvrir à son évêque les portes de la Corée sont un roman du plus pur héroïsme. A l'introduction de l'Evangile il immole tout, même son amour filial. Le récit du typhon qu'il subit au cours de ses voyages, typhon qui le jette à Shanghai, évoque souvent, trait pour trait, celui de la tempête qui jetait saint Paul sur l'île de Malte. Voiles et mâts, tout avait été précipité dans les flots. Une chose restait, l'image de Marie. « Marie nous sauvera », promet-il à ses matelots atterrés. Et Marie les sauva. La vie du jeune prêtre conquérant le sacerdoce, degré par degré, sa mort couronnée par le martyre, sont une merveille d'épopée. M. Olichon les chanta. Et quand il lisait des extraits de lettres d'André Kim, l'attention des fidèles redoublait d'intensité, et tous les regards restaient fixés sur l'orateur. Il en fut ainsi du reste pour tous les discours. Les paroles textuelles de nos Martyrs électrisaient l'auditoire. Le discours fini, la cause du clergé indigène était gagnée dans tous les coeurs, gagnée aussi celle d'une Société dont le premier but est la formation de ce clergé. L'avocat l'avait plaidée de toute son âme.
    Mgr Beaupin fait le panégyrique de l'évêque et des deux missionnaires. Il les prend dans leurs villages natals, les conduits au Séminaire des Missions Etrangères, et les suit en Corée jusqu'au lieu du supplice. Il n'hésite point à appeler notre maison de la rue du Bac un des « hauts lieux » de Paris et de la France. N'est-elle point un reliquaire ? Plusieurs de ses cellules furent la demeure de Confesseurs ou de Martyrs. Des générations d'apôtres ont usé les marches de ses escaliers et les pierres de son dallage. Sa crypte fait penser aux catacombes, elle est un cimetière de Saints. Et l'orateur nous dit les péripéties du voyage des missionnaires, leurs angoisses quand la persécution est déchaînée, l'arrestation de l'évêque, sa lettre invitant ses confrères à le rejoindre dans sa prison, et enfin le drame final, trois têtes tombant sous le glaive des bourreaux. La France ignore trop ses gloires. Qu'elle les connaisse mieux et qu'elle les fasse admirer au monde!
    Après les discours, les chants. L'impartialité demanderait de les louer tous. La maîtrise paroissiale prêta son concours aux trois Saluts solennels et aux offices du Dimanche 6 décembre. Elle fut à la hauteur de sa réputation. Au jour de la clôture, les trompettes d'argent sonnèrent le triomphe. Le plain-chant de la messe du samedi, exécuté par le Scholasticat des Pères du Saint Esprit, fut particulièrement goûté. Et puis, nous eûmes des chants français pendant la vénération des Reliques, tantôt le nouveau cantique en l'honneur des Martyrs de la Corée, tantôt notre cantate « O Dieu, de tes soldats la couronne et la gloire ». A l'accord mâle et vibrant des voix de tous les fils des Missions Etrangères, un frisson d'enthousiaste émotion secouait la foule qui s'attardait dans l'église.
    Au cours du Triduum, office et messe du Communs des Martyrs. Heureux les fidèles qui purent suivre les belles paroles de cette liturgie ! « Dieu a séché leurs larmes ; pour eux désormais ni pleurs, ni cris, ni douleur. Ils brillent comme les feux de l'incendie dans la forêt embrasée. Ils sont, de par Dieu, les juges de leur nation et les dominateurs de leur peuple. Leur âme demeura dans la main de Dieu; ils ne furent point touchés par les affres de la mort. Aux yeux des insensés, ils parurent mourir, et les voilà qui vivent dans la gloire. Le lacet mortel de leur corps se trouve rompu, et leur âme, mystique passereau, s'est envolée vers son Dieu ».
    Terminons ces notes par une triple prière, Collecte, Secrète et Postcommunion spéciales à la Messe des Bienheureux Martyrs Coréens :
    « O Dieu, qui de façon admirable avez daigné introduire la foi catholique en terre coréenne et la faire resplendir par la glorieuse confession des Bienheureux Martyrs Laurent, Pierre, Jacques, André et leurs compagnons, faites que par leurs mérites et par leur intercession soient suscités de nombreux prédicateurs de l'Evangile.
    « Bon Pasteur Jésus-Christ, à l'exemple de qui le Bienheureux Laurent, votre Pontife, et ses deux compagnons se sont livrés et ont donné leur sang pour leurs brebis, accordez à nous tous, qui allons nous nourrir de votre chair, de sacrifier gaiement, nous aussi, notre vie pour le salut des âmes.
    « Seigneur Jésus-Christ, que par la rosée sanglante du sacrifice que nous venons d'offrir s'étendent de jour en jour plus au loin les rameaux de votre Eglise, de cette Eglise que de leur sang arrosèrent en Corée vos Bienheureux Martyrs Laurent, Pierre, Jacques, André et leurs compagnons ».
    TESTIS

    1926/1-6
    1-6
    Corée du Sud
    1926
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