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Le Seminaire Dioi

KOUY TCHEOU Le Seminaire Dioi LETTRE DE M. WILLIATTE Hin-y fou, 26 juin 1912
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    KOUY TCHEOU

    Le Seminaire Dioi

    LETTRE DE M. WILLIATTE

    Hin-y fou, 26 juin 1912

    NOS quinze élèves Dioï font peu à peu des progrès : presque tous communient chaque jour et l'effet de la sainte communion est palpable même chez ceux en qui je fonde le moins d'espoir. Pour l'étude, une dizaine s'y adonnent sérieusement, quoique le caractère dioï, si léger et inconstant, se révèle en eux bien souvent. Les huit premiers sont, en grammaire, arrivés au verbe, et quelle patience pour leur faire comprendre en dioï une grammaire latine écrite en chinois de Pékin, alors qu'ils ne comprennent guère encore le chinois du Kouy-tcheou. Au début ils perdaient patience, mais peu a peu l'esprit de devoir naissant en eux, ils ont pris le dessus, et les règles des noms, adjectifs et pronoms, naguère pour eux comme du noir sur du blanc, leur deviennent familières, quoique non agréables.
    Tous écrivent assez couramment le chinois, ainsi que leur propre langue, en caractère latins, de sorte que ceux qui sortiront d'ici pourront servir les missionnaires en écrivant leur langue que le missionnaire doit bien posséder, ou en traduisant en dioï les prières et la doctrine ; ils pourront aussi facilement lire certains livres que nous écrivons en dioï (écriture latine) et qu'ils ne comprennent pas en chinois, et ils les enseigneront plus facilement. Sur ce point, le séminaire est aussi école de catéchistes. Pour les quatre règles, c'est bien dur à entrer, et les plus forts font encore de nombreuses fautes d'inattention, ils sont si volages ! L'écriture n'est pas fameuse. Enfin la règle ! La règle qui est pour nous en France une seconde vie qu'on aime si naturellement, combien il est difficile de la faire entrer en leurs volages cerveaux ! Non qu'ils aient mauvaise volonté, car s'ils entendent dire qu'il y a péché, alors ils deviennent sérieux et rarement ils seront en faute : mais pour tout ce en quoi ils ne voient pas de faute, il ne se gênent pas. La régularité vient peu à peu, niais je ne puis serrer la vis que cran par cran, sans trop les blesser. Le souvenir de la famille jusqu'ici n'a pas causé de défection, mais qu'adviendra-t-il plus tard ? C'est ma crainte la plus grande. Vous me demanderez certainement : « Et les signes de vocation ? En voyez-vous en eux ? » Ils ne se dessinent pas encore bien nettement. Quelques-uns de ces enfants ont parfois des idées qui semblent révéler la vocation, car ils ne sont pas capables de cacher leur pensée : 5 ou 6 sont sans cesse à orner un petit autel, et quand je permets d'aller au dortoir, ils font, refont, ajoutent image à image, baldaquin à baldaquin, chandelier à chandelier, à vous faire éclater de rire. Mais est-ce sérieux? Dieu fasse que oui. Les autres ont tous leur autel par imitation, je crois. Plusieurs prient en cachette pour garder la chasteté. Au sujet du caractère, la moitié font de réels efforts pour se corriger : Dieu aidant, ils viendront à bout de leur paresse et insouciance séculaires.
    En somme, quel espoir fonder sur cette école ? Ce sont encore les premiers coups de pioche, mais une chose semble certaine : puisque Dieu a tant favorisé l'extension du christianisme en ces pays, malgré le peu d'ouvriers évangéliques et le peu de ressources dont ils disposent, ce séminaire, résultat de la première visite du coadjuteur de notre Vicaire apostolique, est aussi luvre de Dieu ; s'il veut conserver chrétiens tous ces pays, il faut des prêtres. Chez les Y-Jen ou Dioï le cur domine, et c'est par le cur que nous les gardons, en attendant que l'intelligence se développant, la raison chez eux soit maîtresse.
    La communion fréquente et la doctrine sur la beauté du sacerdoce peu à peu leur donnent des idées qu'ils avaient jusque-là ignorées et qui les étonnent. Oui, j'espère beaucoup de ce séminaire, j'ai commencé, et le sol certes est un peu dur ; mais d'autres plus habiles viendront après moi, et, j'espère que les résultats compenseront leurs peines.

    Des Souffrances Apostoliques

    « Le1 Fils de Dieu, prévoyant la vie étroite où tous les ouvriers de son saint Evangile devront s'engager, voulut auparavant de la leur enseigner par la parole, la leur montrer par son exemple ; en effet, cette vie extraordinaire aurait eu peu de sujets, si son Dieu instituteur n'eût frayé la voie et ne l'eût semée de tant de roses, qu'elles sont suffisamment capables d'empêcher d'apercevoir la pointe des épines.
    « Il est vrai que la nature y trouve peu son compte et que la délicatesse est maltraitée ; mais aussi la plus noble partie de nous-même devient si belle et si riche qu'elle aura assez de charmes, au bout de cette carrière, pour être choisie la bien-aimée d'un Dieu pendant toute l'éternité.
    « C'est une promesse qui ne peut manquer et sur laquelle se fondent tous ceux qui, pressés de la gloire de Dieu et de la charité du prochain, suivent fidèlement la voix qui les appelle, quittent tout, renoncent à soi-même pour la croix, et marchent après Jésus Christ conformément à son divin enseignement : « Qui vult venire post me, abneget semetipsum, tollat crucem suam et sequatur me2 ».

    ***

    Tels étaient les enseignements que l'on donnait au Séminaire des Missions Étrangères au XVIIe siècle, lorsque MM. de Brisacier ou Tiberge étaient les supérieurs vénérés de notre maison.

    1. Histoire Générale de la Société M.-E, voir 1, p. 434.
    2. Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il se renonce lui-même, porte sa croix et me suive.

    Aux âmes qui les recevaient et à celles qui aujourd'hui en reçoivent de semblables, la souffrance, d'ailleurs, n'est point une inconnue ; bien souvent c'est le désir de l'endurer ou plus vive ou plus longue qui les a amenées dans le séminaire où s'écoule leur jeunesse cléricale et où se fait leur formation apostolique. Et pour jeunes qu'ils soient, nos aspirants n'ont-ils pas déjà subi les étreintes de la douleur en quittant leur famille que, sauf dans un séjour trop rapide pour être joyeux, ils ne reverront plus. Sacrifice pénible, rendu plus dur par la douleur des parents, par leur résignation difficile et lente, et quelquefois hélas! Par leur opposition. Un père n'a-t-il pas refusé la bénédiction que son fils lui demandait à genoux, et une mère ne s'est-elle pas détournée pour ne pas donner le baiser d'adieu à son enfant qui se dévouait à Jésus, qu'elle lui avait appris à aimer. Telle, la mère de M. Verrolles, le futur Vicaire apostolique de Mandchourie, qui ne veut point entendre les paroles de pieuse tendresse que son fils lui adresse lors de son départ ; telle Mme Iribarne dont le fils sera martyr en Cochinchine et qui, à la nouvelle qu'il désire se consacrer aux Missions, va le trouver au grand séminaire de Bayonne et après lui avoir exprimé en termes formels et absolus la défense de partir, voyant que sa décision est irrévocable prononce ces paroles : « Mon fils, dès ce moment tu es mort pour moi ». C'est la mère de M. Barrier1, missionnaire au Kouang-si; dont lui-même a raconté la résistance dans une page toute vibrante d'émotion: « Je venais d'annoncer mon départ à ma mère ; elle demeura longtemps près de moi, dans ma chambre, pleurant, me suppliant de ne point la quitter, me développant les nom, preux obstacles qui, à son dire, s'opposaient à mon départ. Pauvre mère ! Son amour pour moi les lui montrait nombreux et insurmontables ! A la fin, je n'y pouvais plus tenir ; je sortis j'allai pleurer un peu.
    « Pendant mon absence, elle prit quatre lettres d'obédience que m'avait envoyées M. le Supérieur des Missions Etrangères et au moyen desquelles j'avais remise de demi-place en chemin de fer.
    « Le soir, lorsque je rentrai, ma mère me dit : « Puisque la pitié ne peut rien sur toi, je t'arrêterai de force. Tu n'auras pas tes lettres d'obédience et tu ne partiras point ! »
    « Et là, pendant la veillée, les pleurs, les cris, les menaces recommencèrent : « Non ; tu n'as pas de cur, si tu nous quittes ainsi, » me disait ma mère ! Pauvre mère ! Comme mon cur frémissait! Comme j'avais envie de me jeter à son cou, de la presser sur mon cur, cette mère tant aimée ! Et de lui dire que si je la quittais ainsi, ce n'était et ce ne pouvait être que pour Dieu et les âmes ! Je me retins pourtant, et je combinais en moi-même comment je ferais pour partir le lendemain.

    1. J.Barrier, mis. au Kouang-si. Vie et Lettres, par l'abbé L. P Grangeon Clermont-Ferrand et Paris 1889, p. 153.

    « Deux moyens s'offraient : ou partir pendant la nuit, lorsque fous seraient livrés au sommeil, ou bien attendre le lendemain à six heures, heure à laquelle je vais à la messe; et, à cette heure prendre la route de Montbrison au lieu de prendre le chemin de Saint-Anthême : je m'arrêtai à cette dernière combinaison.
    « A minuit, je porte mon sac de voyage dans un bois, à côté du village, afin de ne rien laisser soupçonner à ma mère le lendemain matin. Je tremblais comme une feuille ; mon cur était broyé.
    Je finis mes préparatifs et, le matin, après déjeuner, je partis sans dire adieu, sans émotion, sans larmes, laissant croire à ma mère que j'allais à Saint-Authême.
    « Une fois éloigné de tous les miens, je m'arrêtai un instant; je crus que je n'aurais jamais la force de continuer mon chemin...
    « Ah ! Pourquoi Dieu a-t-il mis tant d'amour dans le cur d'une Mère ? Pourquoi tant resserrer des liens que doit briser un jour la séparation ou la mort ? Toutes les larmes, toutes les paroles de cette pauvre mère me revenaient et me brûlaient le cur.
    « Enfin, me rappelant la décision si formelle de mon directeur, je me levai et dis : pour vous, ô mon Dieu, pour vous et pour les âmes ! Je repris mon chemin et j'arrivai bien vite à Montbrison. Mon sac, pourtant un peu lourd, je ne le sentais pas ; j'évitais les personnes que je rencontrais sur mon chemin : on eût dit un voleur ! »
    Plus d'un siècle auparavant, M. Pottier1 à qui sa longue et fructueuse carrière a mérité le titre de fondateur de la mission de Se-tchoan, agit à peu près comme M. Barrie. Sous prétexte de consulter Sur un point de droit canon le vicaire de Chambourg, village situé à deux lieues de Loches où il habitait, il sortit le samedi matin de bonne heure, avant le lever de ses parents et se dirigea vers cette localité. On l'attendit pour le dîner, il ne revint pas. On courut à Cham bourg, le vicaire l'avait vu, lui avait donné la consultation désirée, mais ne savait de qu'il était devenu. Chambourg était sur la route de Loches à Paris et au lieu de reprendre le chemin de la première ville, le jeune missionnaire avait suivi la route de la capitale d'où il écrivit à sa famille1 : « Je vous avoue, que j'aurais succombé chez vous à l'assaut que me donnèrent votre tendresse, vos larmes et vos prières, si je n'avais eu recours chaque jour à la divine Providence qui m'avait tracé ma voie. Ne croyez pas cependant avoir aidé un ingrat ; je vous serai toujours reconnaissant des bontés que vous avez eues pour moi ».

    1. La Mission du Su-Tchuen au XVIIIe siècle. Vie et Apostolat de Mgr Pottier, par L. Guiot, Paris, Téqui 1892.
    2. Histoire Générale de la Société M.-E., vol. 2, p. 74.

    Quelques-uns ont la peine plus cruelle de voir leurs parents s'éloigner de Dieu et des pratiques religieuses qu'auparavant ils observaient fidèlement. D'autres enfin ont pleuré sur la mort de parents que leur départ conduisit au tombeau. Peut-être fut-elle encore plus dure l'épreuve du P. Brotelande, mort en 1908, missionnaire au Japon. Quand la mère connut la résolution de son fils, elle éprouva un tel désespoir que sa raison sombra.
    Après de telles douleurs il fait bon relire ces lignes écrites par un provicaire du Se-tchoan méridional, M. Clerc1 :
    « .... C'est par la croix que le monde a été racheté, c'est par elle aussi que chacun de nous doit espérer son salut : croix de souffrances, d'afflictions, de séparations, c'est tout un, elles viennent toutes de celle que notre divin Sauveur a portée jusqu'au Calvaire et sanctifiée par son sang ; si nous portons la nôtre, elle nous portera aussi jusqu'à la fin bienheureuse que nous désirons ».

    ***

    La souffrance que le jeune missionnaire rencontre au début de sa carrière, le frappe quand il touche la terre ardemment désirée de son apostolat. II y a les souffrances du corps, les chaleurs torrides, le froid rigoureux, la pauvreté, la maladie qui condamne à l'inaction ceux qui ne rêvent que le travail, et c'est alors que l'on comprend toute la vérité de ces paroles d'un futur martyr de Corée, Beaulieu, à un missionnaire du Kouy-tcheou : « Que ferez-vous, lui demandait M. Largeteau, si cette tumeur, qui, deux fois a nécessité le recours aux médecins, renaît au fond de la Corée ? Ne savez-vous pas, répondit-il, que certains missionnaires n'ont d'autre vocation que d'aller souffrir, pour attirer par leurs souffrances les bénédictions du ciel sur les travaux de leurs confrères ? Si telle est la volonté du bon Dieu sur moi, mon sort est-il moins digne d'envie ? »

    1. Seize ans en Chine. Lettres du P. Clerc, publiées par J. Viard, Paris, Raton, 1887, p. 154.

    Il y a en effet des missionnaires qui mourront au seuil de la carrière apostolique, n'ayant à offrir au bon Maître que leur sacrifice initial et celui de partir sans avoir réalisé leurs désirs de travail. A d'autres, Dieu n'enverra la maladie qu'après de longues années de labeur, et ceux-là passeront les derniers jours d'une vie d'efforts constamment heureux dans une inutilité apparente lourde à porter. Les uns et les autres, pour accepter avec patience leur état douloureux, songeront aux souffrances de Notre Seigneur sur la Croix. C'est Mgr Coadou, l'évêque de Mysore, à qui on demande1 : « Souffrez-vous? » et qui en portant avec amour ses regards sur le crucifix répond : « Oh ! Oui, je souffre, mais Notre Seigneur a plus souffert que moi ». Un missionnaire du Maïssour, également chapelain des troupes anglaises, ne parle pas autrement2 : « Comme j'ai souffert, mais ce n'était rien, comparé à ce que Notre Seigneur a souffert pour moi ».
    M. Renouard, missionnaire au Tonkin méridional, exprime la même pensée : « Jésus a plus souffert que moi et cependant il n'était pas coupable. Non mea voluntas, sed tua fiat ». Près de mourir, M. Codis, missionnaire du Kouang-tong, écrit à sa mère3 : « Je souffre bien un peu, mais qu'est-ce en comparaison de ce que Jésus-Christ a souffert pour nous ? »
    Cette résignation est belle, elle est réconfortante pour ceux qui en sont les témoins, mais ne sont-ils pas encore d'un plus haut exemple les sentiments des missionnaires qui, frappés d'infirmités, plutôt que d'essayer de les guérir, préfèrent les garder, dans l'espoir d'acquérir des mérites qui retomberont sur leurs chrétiens en grâce et en bénédictions ? M. Bardouil, un missionnaire de Pondichéry, refuse de se faire opérer de la cataracte « parce que depuis qu'il est affligé de cécité il lui semble que les chrétiens de sa paroisse sont meilleurs ».
    Il y a d'autres causes de souffrances que la maladie ; la misère se présente sous bien des aspects dans les pays neufs que les missionnaires tentent de convertir à Jésus-Christ. Contemplons ce tableau tracé par le P. Dourisboure, l'apôtre des sauvages Bahnars4 :
    « Nous étions d'ordinaire étendus, chacun sur sa natte, aux quatre coins d'un foyer creusé au milieu de la cabane. Ceux que l'accès de fièvre avait saisis se débattaient avec lui comme ils pouvaient ; les autres qui avaient un moment de relâche, priaient, riaient, chantaient des cantiques, entretenaient conversation ou fumaient la pipe. Pendant le jour, ceux que la fièvre laissait en repos, pour le moment, allaient chercher dans la forêt des pousses de bambou, de la fougère, tendre ou d'autres herbes bonnes à manger ; rentrés au logis, ils les faisaient cuire dans une marmite de terre, pour servir d'assaisonnement au riz qui constituait notre seule nourriture. Un jour, nous fîmes fête. Un de nos annamites avait pris dans le ruisseau un poisson gros comme une sardine ; ce fut un événement. M. Combes, en qualité de supérieur, le partagea en quatre portions égales, et chacun de nous plaça solennellement un pouce de poisson dans son écuelle de riz. En revanche, il nous est arrivé de jeûner complètement faute de quelqu'un pour cuire le riz ; tout le monde étant malade à la fois ».

    1. Compte Rendu des travaux de la Soc. Des M.-E., an. 1890, Notic. nécrol. p. 240.
    2. Compte Rendu, an. 1890, Notic. nécrol. p. 315.
    3. id. an. 1887, id. p. 243.
    4. id. an. 1890, id. p. 299.

    Suivons le même missionnaire dans une de ses expéditions1 : « Il marchait depuis le matin dans les grandes herbes et la boue des marais, il était cinq heures du soir, il avait faim, il avait soif, et sur sa route il ne trouvait ni une source, ni un grain de riz ou de maïs; enfin il aperçut la hutte d'un sauvage, il s'approcha et demanda humblement un verre d'eau. Une femme parut sur le seuil et refusa brusquement, le chassant avec un geste de menace. Le missionnaire courba la tête et continua sa route.
    « La fièvre le prit, ses jambes tremblèrent, refusant de le porter ; il s'égara, essaya de grimper sur un arbre afin de s'orienter, il n'en eut pas la force ; haletant il s'arrêta pour écouter ; rien, aucun bruit humain ne lui indiquait vers quel point se diriger, partout le grand silence de la forêt, « à peine troublé par la chute de quelques feuilles, et par les tourterelles qui roucoulaient leur prière du soir ». La nuit vint, et à cette date, son Journal de souvenirs offre cette page, que l'âme de l'apôtre semble avoir empruntée à saint François d'Assise :
    « Il y avait à côté de moi un arbre déraciné et couché par terre, je m'assis tout auprès. « Si j'avais au moins ; pensai-je, un peu de feu pour sécher mes habits et empêcher mon corps en sueur de se glacer. Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Si j'avais un peu de feu ! » Dans ma hotte se trouvaient mon bréviaire, ma pipe ; mon briquet et un petit morceau d'amadou. Je ramassai avec soin quelques feuilles sèches, je les broyai bien menu et tremblant de ne pas réussir car j'étais encore novice dans le métier, je battis le briquet, l'amadou prit feu, mais il était en trop petite quantité et il se consuma avant d'avoir pu communiquer le feu à mes feuilles. Avec la dernière étincelle s'évanouit ma dernière espérance. Alors en voyant que tout me faisait défaut, je ne sais quel transport de joie surnaturelle s'empara de tout mon être. Ne pouvant contenir mon bonheur je me levai et me mis à chanter de toutes mes forces :


    1. Compte-Rendu, id. p. 301.


    Bénissons à jamais
    Le Seigneur dans ses bienfaits !

    et les échos répétèrent... à jamais... ses bienfaits ». J'invitai tous mes compagnons de la forêt, les animaux sauvages à s'unir à moi pour louer Dieu parce que sa miséricorde est éternelle. « Oh ! Mon Dieu ! Répétai-je plusieurs fois dans cet absolu dénuement, me reconnaissez-vous un peu pour votre missionnaire ? » Ce support si courageux, si pieux de la misère, ne doit-il pas attirer sur l'ouvrier apostolique et sur ses oeuvres les grâces le plus abondantes, et n'est-il pas aussi pour nous un admirable exemple de force à imiter ?
    (A suivre).

    1912/321-328
    321-328
    Chine
    1912
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