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Le sacre de nos deux premiers évêques chinois

Le sacre de nos deux premiers évêques chinois La Vérité, de Chungking, nous apporte le récit détaillé du Sacre des deux Vicaires apostoliques de Chouenkin et de Ouanhien, missions nouvelles de notre vieille province du Sutchuen, ainsi que la Préfecture apostolique de Yatchéou dont le titulaire n'est pas encore revêtu du caractère épiscopal.
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    Le sacre de nos deux premiers évêques chinois

    La Vérité, de Chungking, nous apporte le récit détaillé du Sacre des deux Vicaires apostoliques de Chouenkin et de Ouanhien, missions nouvelles de notre vieille province du Sutchuen, ainsi que la Préfecture apostolique de Yatchéou dont le titulaire n'est pas encore revêtu du caractère épiscopal.

    De son côté, Le Bulletin catholique de Pékin nous donne le texte du discours où le prélat consécrateur, S. E. Mgr Costantini, Délégué apostolique, résuma si bien le sens de cette inoubliable cérémonie. Nous les rééditons pour nos lecteurs : il est intéressant pour tous et rassurant pour les familles de nos missionnaires de constater que si les noirs nuages qui voilent le ciel bleu de la Chine sont trop souvent déchirés de sinistres éclairs, comme on vient de le lire sous la plume du P. Crocq, ils se laissent parfois aussi, comme on le lira ici, percer, puis disperser de-ci de-là par les rayons d'un clair soleil qui rend au ciel sa sérénité et ravive au coeur de nos missionnaires tous les espoirs d'un optimisme impénitent.
    Le 19 février, Son Excellence Monseigneur Costantini, accompagné du P. de Jonghe, arrivait de Pékin à Chungking. Nos Seigneurs Jantzen et Fayolle et le nouveau Préfet apostolique de Yatchéou, Mgr Ly, ainsi que des délégations des clergés de Chengtu, Chungking et Suifu attendaient S. E. au débarcadère. Les autorités civiles et militaires chinoises, ainsi que le Consulat de France et nos forces navales de Yangtsé, avaient aussi envoyé des délégués pour saluer le représentant du Saint-Père.
    Dès le lendemain commencèrent les visites officielles et la présentation des oeuvres du Vicariat. S. E. eut la consolation de constater que les relations entre les autorités et la mission sont non seulement bonnes, mais même cordiales, et que ce beau Vicariat de Chungking est une mission complètement organisée, tant au point de vue spirituel qu'au point de vue social. Toutes les oeuvres que l'on trouve dans les grands centres d'action religieuse en Europe, s'y rencontrent et témoignent d'une vie intense.

    ***

    La journée du février 1930 restera dans les fastes de l'Eglise du Sutchuen et aussi dans ceux de la société des Missions Etrangères, une date à jamais mémorable. C'est en ce jour, en effet, que la hiérarchie catholique a pris naissance, par l'élévation à l'épiscopat et le sacre de deux de ses prêtres, Mgr Paul Ouang, vicaire apostolique de Chouenkin et Mgr François Ouang, vicaire apostolique de Ouanhien. Le grain semé, et arrosé par les sueurs et le sang de tant de générations de prêtres, vient enfin de fleurir. Le Sutchuen a ces pasteurs indigènes et la joie brille au front de son Eglise.
    Mais cette joie, comment ne rejaillirait-elle pas aussi sur la Société qui depuis plus de 200 ans, travaillant à l'évangélisation, souvent pleine de difficultés, de ces lointaines contrées, voit enfin réalisée l'une de ses plus chères aspirations, celle qui est sa première raison d'être, l'établissement d'un clergé indigène autonome avec sa hiérarchie complète.
    A 8 heures précises, les cloches de la cathédrale annonçaient joyeusement à tous que la cérémonie allait commencer. Le clergé, au nombre de plus de 80 prêtres tous en habit de choeur entrait bientôt processionnellement par le fond de l'église et allait se ranger du côté de l'épître. Les élus étaient conduits, Mgr Paul Ouang, par Mgr Fayolle, Vic. apost de Suifu et le P. Poisson de Chengtu, Mgr François Ouang, par Mgr Jantzen, Vic. apost de Chungking et Mgr Mathieu Ly, Préfet apost de Yatchéou. Puis venait S. E. Mgr Costantini en cappa magna. Mgr Rouchouse, toujours malade et malgré le désir qu'il avait conservé jusqu'au bout de pouvoir nous arriver au dernier moment, n'avait pu quitter Chengtu et devait se contenter de nous télégraphier qu'il serait de coeur avec nous en ce grand jour de fête.
    La cérémonie se déroula avec une pompe vraiment grandiose, d'ans un cadre tout fleuri de décorations du meilleur goût, en présence d'une foule compacte se pressant dans tous les coins de la cathédrale bien trop petite pour la contenir toute. Les généraux de la ville et la police avaient tous voulu participer au maintien de l'ordre, et député chacun un piquet de soldats, aussi, d'un bout à l'autre de la cérémonie régna le plus grand calme.
    Une fois les deux nouveaux évêques intronisés et assis devant l'autel, mitre entête et crosse â la main, S. E. le Délégué apostolique prononça le discours suivant :

    VÉNÉRABLES FRÈRES,

    L'Evangile que nous lisions hier, en la fête de la Sexagésime, donne un sens incomparable à la solennité liturgique de ce jour.
    « Un semeur sortit pour jeter sa semence ». D'Europe aussi sortirent les hérauts de l'Evangile ; et c'est, depuis deux siècles, à l'illustre et bien méritante Société des Missions Etrangères de Paris que fut confié, pour être fécondé de la divine semence, ce champ apostolique du Sutchuen. « La semence c'est la parole de Dieu. Des grains tombèrent le Iong du chemin ; d'autres tombèrent sur la pierre, d'autres au milieu des épines... Et d'autres tombèrent dans la bonne terre ; ceux-ci levèrent, et produisirent du fruit au centuple ». (Luc. VIII).
    Et voilà qu'il nous est présent ce fruit sacré, ce fruit accompli : l'Episcopat indigène. L'Eglise, en conférant à ses prêtres la plénitude de son sacerdoce, établit en même temps sa parfaite hiérarchie, et plonge dès lors ses racines dans les profondeurs du sol.
    « Le proverbe en ceci ne trompe point », dit N.-S. « autre est celui qui sème et autre celui qui moissonne ». Mais n'est-ce pas toujours notre sainte Mère l'Eglise qui sème et qui moissonne, « afin que le semeur et le moissonneur prennent part tous deux à la même joie ?» (Joan. IV, 30, 37).
    Alors que, sur les flots écumants, le navire m'emportait vers Chungking, de charmants spectacles attiraient mes regards par leur variété ; mais je ne pouvais détacher de mon esprit le souvenir, la vision, pour ainsi dire, de tous ces intrépides pionniers de l'Evangile, qui, avant moi, avaient franchi les mêmes tourbillons. Ils allaient, ces anciens missionnaires, ils allaient, semant dans les larmes... et voilà que nous venons aujourd'hui, dans l'allégresse moissonner leurs gerbes (Ps. 125). Aussi la louange liturgique jaillit-elle naturellement de notre coeur : « Heureuse en vérité l'Eglise notre Mère, d'être ainsi honorée des marques éclatantes de la miséricorde divine, empourprée du noble sang des martyrs victorieux, parée du vêtement blanc de l'inviolable fidélité des vierges ! Ni les roses, ni les lys ne manquent parmi ses fleurs ! » (Vén. Bède, fête de la Toussaint).
    Martyrs et Confesseurs sont aujourd'hui à nos côtés, en cette solennité, unis à nous dans une même joie. Sur leur front brille la couronne pourpre du martyre ou la blanche auréole de la virginité.
    Qu'il me soit permis de rappeler ici, parmi ces martyrs et confesseurs, le souvenir du Bienheureux Dufresse, des Bienheureux prêtres chinois, du Père André Ly. Mais cet hommage de nos coeurs ne doit-il pas remonter jusqu'à ces magnanimes évêques, Pallu et Lamothe-Lambert, qui, en fondant la Société des Missions Etrangères, préparaient, entrevoyaient l'événement de ce jour, et qui, là-haut, s'unissent à nos réjouissances, à nos acclamations ?
    Il m'est donc particulièrement agréable de rendre aux Fondateurs de la Société des Missions Etrangères, en même temps qu'à tous ceux qui travaillèrent et travaillent encore, en cette province, à l'ouvre d'évangélisation, le tribut de notre louange et de notre pieuse reconnaissance. « Exaltons les hommes illustres et les pères de notre race ; en eux le Seigneur a opéré de glorieuses mer veilles ». (Eccli., XLIV, 1-2).

    VÉNÉRABLES FRÈRES,

    C'est en la fête de saint Mathias qu'a lieu votre consécration. Par le mystère de cette solennité, le divin Rédempteur vous adresse ces paroles : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis, et qui vous ai établis pour que vous alliez et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure ». (Joan., XV, 16).
    Le choix du premier évêque, Mathias, après l'Ascension de N.-S., fut confié, non aux suffrages du peuple, ni à ceux des Apôtres eux-mêmes, mais à l'inspiration divine. « Montrez, Seigneur, celui que vous avez choisi ». Ce fait doit vous montrer que votre autorité n'est pas humaine, mais divine ; c'est-à-dire qu'elle ne vous est pas déléguée par quelque puissance d'ici-bas, mais donnée par Dieu lui-même. Respect et obéissance vous sont donc dus, à vous que le Saint Esprit a établis évêques pour régir l'Eglise du Seigneur (Act. XX, 28), à vous qui faites les fonctions d'ambassadeurs du Christ. Aussi la sainte Liturgie nous faisait-elle entendre, tout à l'heure, ces graves paroles : « Que celui qui vous maudit soit lui-même maudit, et que celui qui vous bénit soit comblé de bénédictions ! »
    Que donc les prêtres et les fidèles qui, avec une joie bien légitime, vous voient revêtus aujourd'hui d'une si haute dignité, sachent obéir à leurs évêques, et que cette obéissance ne s'adresse point à la nationalité, mais au caractère qui les distingue dans la hiérarchie apostolique, à l'autorité que, dans leurs Eglises respectives, ils tiennent du Vicaire de N.-S. J.-C.

    VÉNÉRABLES FRÈRES,

    Notre sainte Mère l'Eglise vous invite, non à jouir des félicités de ce monde, mais à porter beaucoup de fruit par votre constance. (Luc., VIII, 15). Elle adresse à chacun de vous cette exhortation : « Sois circonspect en toutes choses, endure la souffrance, fais l'oeuvre d'un prédicateur de l'Evangile, sois tout entier à ton ministère ». (II, Timoth., IV, 5).
    Grande, sans doute, devra être votre sollicitude et laborieuse votre action, pour que votre peuple chrétien « ait la vie, et qu'il l'ait dans l'abondance ». (Joan., X, 10). Mais cela ne saurait suffire à votre zèle. Vous écouterez la plainte inexprimable du divin Maître : « J'ai encore d'autres brebis, qui ne sont point de cette bergerie ; il faut que je les amène, et il n'y aura plus qu'un troupeau et qu'un pasteur ». (Joan., X., 16).
    De plus en plus, et profondément, la Chine se transforme. Le Souverain Pontife veut que « les Missions catholiques apportent leur concours à l'organisation de la paix, à la prospérité, au progrès de la nation, en y faisant pénétrer toujours davantage les saints et salutaires principes de l'Evangile ». C'est, qu'il s'agisse des intérêts privés ou du bien public, appuyées sur ces principes, que la discipline et l'autorité acquièrent toute leur force ; c'est par leur vertu que se purifie l'amour de la patrie, et que la fraternité humaine obtient sa véritable et immuable grandeur ».
    C'est sur tes ruines de l'empire romain que la prédication de l'Evangile commença d'étendre sa salutaire influence ; ainsi se forma chez les nations occidentales, une nouvelle civilisation, la civilisation chrétienne. Ce que firent en Occident les évêques de la primitive Eglise, vous, les prémisses de l'épiscopat chinois, vous le ferez ici pour le salut de vos concitoyens, en répandant la parole de vérité, en invoquant sur votre peuple les, bénédictions célestes.
    Préludez donc dès à présent à l'exercice de votre ministère en donnant à cette assistance la bénédiction épiscopale ».

    ***

    Et ce fut un moment d'émotion intense que celui où, revêtus de la plénitude du sacerdoce, les nouveaux consacrés apportèrent au peuple leur première bénédiction, puis vinrent successivement et à trois reprises présenter à l'évêque consécrateur le voeu liturgique Ad multos annos ! Comme à cet instant notre âme s'identifia à celle de Mgr le Délégué qui recevant mais aussi, sans doute, retournant dans son coeur si paternel le souhait liturgique à ceux qu'il' venait d'élever au suprême échelon de la hiérarchie catholique, dût demander longue vie, force et courage pour nos Seigneurs, et aussi des grâces toutes spéciales et des moissons abondantes pour ces nouvelles Eglises du Sutchuen dont il devient tout particulièrement le père et le protecteur par la cérémonie qu'il vient d'accomplir en ce jour.

    ***

    A midi, un banquet nous réunissait tous. Les personnalités marquantes, tant militaires qua civiles de Chungking avaient bien voulu venir sur l'invitation de Mgr Jantzen prendre part à notre fête de famille et se trouvaient là au grand complet. A leur tête était le Maréchal Lieou-siang, commandant la XXIe armée, puis le Général Pan-ouen-houa, maire de Chungking, le Général Ko, gouverneur militaire, les Généraux Lan-ouen-pin et Tang, le Préfet de la ville, M. Ou, Commissaire des Douanes et, parmi nos compatriotes, M. le Consul de France, le Commandant Maerten, du Doudart-de-Lagrée et ses officiers, M. Leblanc, directeur des Postes chinoises, les agents de la maison Chiris et bien d'autres dont les noms nous échappent.
    Pareille réunion peut sembler de prime abord devoir être empreinte d'un cachet plus ou moins officiel, entraînant une réserve plus ou moins prononcée entre les invités. Ce ne fut nullement le cas dans la circonstance. La plus grande cordialité ne cessa de régner entre tous, militaires, civils et ecclésiastiques.
    Puis vint l'heure des toasts. S. G. Mgr Jantzen remercie d'abord S. E. le Délégué d'être venu, malgré les longueurs et les difficultés de la route ; puis s'adressant aux nouveaux évêques, Elle se réjouit avec l'Eglise du Sutchuen de leur élection, et les assure de l'assistance constante de l'Esprit Saint qu'ils viennent de recevoir, pour conduire dans les voies du ciel prêtres et fidèles que N. S. Père le Pape leur a confiés. Mgr François Ouang remercie à son tour S. E. et développe l'idée de catholicité de l'Eglise de Rome, qui n'est ni européenne, ni impérialiste, mais s'étend à tous les royaumes, avec une puissance uniquement spirituelle : témoin le caractère épiscopal que le Saint Père vient de conférer à deux prêtres chinois. Après NN. SS., le Maréchal Lieou, dans un discours admiré de tous, se félicite d'abord de l'invitation qui lui permet de passer quelques trop courts instants en la présence de S. E. le représentant du Pape, puis se réjouit de ce que la Chine et la province du Sutchuen possèdent des évêques indigènes. M. le Maréchal parle ensuite des deux civilisations, l'occidentale et l'orientale ; il dit que la religion le culte de la vertu est indispensable à la durée de toute civilisation ; que si la religion catholique a conservé la culture occidentale, elle saura aussi concourir au maintien de l'orientale ; il souhaite la diffusion de la religion chrétienne dans les deux nouveaux Vicariats apostoliques et termine en affirmant que cette diffusion sera d'un grand profit pour le bien public. M. Ou, Commissaire des Douanes chinoises et le P. Mathieu Tong, au nom des prêtres indigènes, prirent aussi la parole. A tous, S. E. le Délégué apostolique fit exprimer en termes exquis, par Mgr Paul Ouang, combien Elle était heureuse de cette fête qui, par la fraternité sacerdotale dont elle fut empreinte, par la présence de toutes les autorités constituées et leur cordialité à l'égard des membres de la Mission lui laissera au coeur un excellent souvenir. Enfin, s'adressant aux nouveaux évêques, Mgr le Délégué fit encore remarquer que leur élévation à l'Episcopat était le fruit des travaux des pionniers des Missions Etrangères de Paris qui, jadis semant dans les larmes, récoltent aujourd'hui dans la joie.

    L'HEUREUX GRAND PERE

    S. G. Mgr Pierre Marie Gendreau est le doyen des évêques de notre Société et sa verte vieillesse n'autorisera, d'ici longtemps, aucune candidature à ce titre enviable.
    Il est, de plus, le patriarche du Tonkin : c'est du moins sous cette forme généalogique que le salua, au nom de tous, Mgr Ramond, au vingt-cinquième anniversaire de son sacre par Mgr Puginier, de sainte et grande mémoire. Ce fut, en la cathédrale de Hanoi, le 16 octobre 1887, et c'était maintenant, pour les Noces d'argent, en la cathédrale de Ké-so, le 16 octobre 1912.
    Le vénéré jubilaire avait tout fait pour esquiver cet honneur ; pensant pouvoir écarter de sa personne les honneurs dont on se réjouissait de l'entourer en cette circonstance, il avait manifesté l'intention d'anticiper ses Noces d'argent épiscopales et de les englober dans les fêtes splendides du sacre de Mgr Bigollet, son Coadjuteur, le 12 novembre 1911. Les chrétiens annamites et français avaient accédé à son désir, les missionnaires présents s'étaient abstenus de faire la moindre allusion à cet anniversaire.
    La fête du 16 octobre 1912 fut donc préparée à son insu. Nosseigneurs les évêques qui l'organisèrent, conçurent la délicate pensée de réunir, pour ce beau jour, autour de Mgr Gendreau, non seulement les missionnaires actuels du Tonkin Occidental, mais encore tous les confrères du Haut Tonkin et du Tonkin Maritime qui, avant la création de ces deux Vicariats, en 1895 et en 1902, appartinrent à la mission mère et y travaillèrent plus ou moins longtemps sous la paternelle juridiction de Mgr Gendreau.
    On ne pouvait songer à convoquer de nouveau nos chrétiens annamites à une fête qui, pour eux, était déjà finie ; mais il fallait bien les associer à la joie de leur Pasteur. C'est dans ce but que Mgr Marcou, du Tonkin Maritime, le premier coadjuteur de Mgr de Hanoi, publia une lettre pastorale qui fut lue, le dimanche 13 octobre, dans les églises des trois missions. Mgr Marcou, après y avoir relaté les principaux actes accomplis par Mgr Gendreau, surtout depuis la mort de Mgr Puginier, engageait les fidèles à prier pour celui qui fut leur Père à tous et à remercier Dieu des grâces qu'Il lui a prodiguées pendant son long épiscopat.
    Les invités furent, pour ne citer que les principaux, Mgr Ramond, Vicaire Apostolique du Haut Tonkin, Mgr de Gorostarzu, du Yunnan, le P. Abgrall, supérieur du Tonkin Méridional depuis la mort si prématurée de Mgr Belleville, le P. Bareille, provicaire de Mgr Marcou que la maladie retint au Tonkin Maritime. En comptant les trois évêques présents. Nosseigneurs Ramond, de Gorostarzu et Bigollet, nous nous trouvâmes au nombre de quarante sept pour offrir nos hommages et nos voeux à notre bien-aimé jubilaire.
    Ils eurent leur meilleure expression sur les lèvres de Mgr Ramond qui, en quelques mots délicats, présenta au héros de la fête sa famille tonkinoise, la grande, celle des anciens jours, que les fondations nécessaires ont partagé, sans la diviser et sans la séparer de son patriarche. Il dit notre joie en cette solennelle circonstance ; il formula le voeu, bien cher au coeur de tous, de voir Monseigneur rester encore de longues années au milieu de nous, comme notre chef, notre guide, notre conseiller, notre modèle...
    Après avoir remercié Mgr Ramond des souhaits qu'il venait de lui adresser, le vénéré Jubilaire nous avoua son stratagème de l'année dernière pour écarter toute manifestation particulière au tour de sa personne à l'occasion de ses Noces d'argent ; mais il fut bien obligé de convenir qu'en voyant ses fils des trois missions formant en ce jour autour de lui une joyeuse couronne, il ne pouvait que remercier Dieu d'avoir déjoué ses plans. Ce fut ensuite une sorte de causerie intime, et combien touchante, où Monseigneur n'essaya même pas de dissimuler l'émotion qui l'envahissait. Jetant un regard sur tant d'années écoulées et employées uniquement au service de Dieu et des âmes, il se plut surtout à louer cette union des coeurs qui, malgré les divergences et les heurts inévitables à l'humaine faiblesse, n'a jamais cessé de régner parmi les missionnaires du Tonkin. Notre bon évêque eut un mot aimable pour tous, pour les présents, pour les absents et en particulier pour Mgr Marcou que nous aurions été si heureux de posséder en ce moment parmi nous ; puis, écartant le titre de patriarche qui convenait mal à son humilité, Monseigneur n'accepta que celui de grand-père des missions françaises du Tonkin. Sa fille aînée c'était bien le Tonkin Occidental, mais les missions du Haut Tonkin et du Tonkin Maritime n'étaient-elles pas, depuis leur érection, ses petites-filles ? Le Tonkin Méridional que Monseigneur administra pendant quelques mois, revendiqua, par la bouche du P. Abgrall, le nom de benjamine et fa mission du Yunnan, dont notre Jubilaire sacra, il y a quelques années, le Vicaire Apostolique, fut agrégée à la famille en qualité de nièce.
    Pour clôturer cette cérémonie touchante, on présenta les cadeaux préparés pour la circonstance. Les missionnaires actuels et anciens du Tonkin Occidental offraient un calice délicatement travaillé : les émaux qui le décoraient représentaient, autour de la coupe, les armes de NN. SS. Ramond, Marcou et Bigollet et, sur le pied, les armes de Mgr Gendreau avec une image de saint Joseph, patron du Tonkin, et de la B. Jeanne d'Arc, protectrice de la France.
    A la messe jubilaire, Monseigneur était entouré, à l'autel, par le P. Pilon, du Tonkin Maritime, comme diacre, le P. Pichaud, du Haut Tonkin, comme sous-diacre, et le P. Le Page, du Tonkin Occidental, comme prêtre assistant ; le P. Chevènement, du Tonkin Maritime, remplissait l'office de cérémoniaire.

    P. S. On nous confie, sous le grand secret, que dans l'une de nos missions d'Extrême-Orient on se prépare, d'ores et déjà, en plein mystère, à la célébration de Noces d'Or épiscopales pour 1937. Il s'agirait, croyons-nous, par assimilation de grade, d'un général ayant commandé en chef devant l'ennemi, et maintenu en activité sans limite d'âge. Tous ses anciens officiers, sous-officiers et soldats se seraient promis d'être de la fête, dans 7 ans seulement ! Après quoi, qui vivra verra...

    N. D. L. R.

    1930/161-172
    161-172
    Chine
    1930
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