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Le séminaire des Missions Étrangères

Le séminaire des Missions Étrangères Le Séminaire des Missions-Étrangères, à Paris, 1 est' la maison mère et le noviciat de la Société des Missions Etrangères. C'est le lieu où les jeunes ecclésiastiques qui aspirent à la vie apostolique, sont réunis, sous la 'direction d'anciens missionnaires, pour faire ou terminer leurs études théologiques, éprouver leur vocation, se perfectionner dans l'esprit de dévouement et de sacrifice, en un mot pour se préparer-par l'étude, la retraite et la prière, à luvre difficile, de la conversion des infidèles.
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    Le séminaire des Missions Étrangères

    Le Séminaire des Missions-Étrangères, à Paris, 1 est' la maison mère et le noviciat de la Société des Missions Etrangères. C'est le lieu où les jeunes ecclésiastiques qui aspirent à la vie apostolique, sont réunis, sous la 'direction d'anciens missionnaires, pour faire ou terminer leurs études théologiques, éprouver leur vocation, se perfectionner dans l'esprit de dévouement et de sacrifice, en un mot pour se préparer-par l'étude, la retraite et la prière, à luvre difficile, de la conversion des infidèles.

    Il fut fondé. en 1663 par les procureurs des évêques français, que le Souverain Pontife Alexandre VII avait envoyés en Chine, au Tonkin, clans la Cochinchine et au Canada.

    Ils avaient acheté une maison à l'angle des rues du Bac et de la Petite-Grenelle ou de la Fresnaye (1), aujourd'hui rue de

    (1) Précédemment elle s'était appelée rue de la Maladrerie.

    MARS-AVRIL 1898. N° 2.

    Babylone. Cette maison consistait en six corps de bâtiments sur jardins et quelques terrains vagues; elle appartenait à l'évêque de Babylone, Jean Duval, en religion Bernard de Sainte-Thérèse, qui l'avait reçue d'une pieuse chrétienne, Mille de Ricouart, née Dugué de Bagnols ; il avait ajouté quelques bâtiments avec l'intention d'y installer un séminaire pour soutenir les missions de Perse ; empêché par ses infirmités de réaliser ce dessein, il céda cette demeure à la Société des Missions-Étrangères, ainsi que tout ce qu'il possédait à Ispahan, son évêché, sa chapelle et sa bibliothèque. Le contrat de vente fut signé le 16 mars 1663, par les deux procureurs laïques des vicaires apostoliques, de Garibal et Antoine de Bouillon, seigneur de Morangis.

    Les conditions de cette vente furent les suivantes : les acheteurs devaient laisser à l'évêque de Babylone le logement qu'il occupait dans le Séminaire; lui payer une rente viagère de 3,000 francs, une autre rente viagère de 500 fr. à son aumônier Silvestre Cazadaval, une rente égale à sa domestique Louise Chérot; verser, après sa mort, une somme de 2,000 francs à l'Hôtel-Dieu de Paris et 500 francs à l'Hôpital Général, « afin qu'il soit prié Dieu pour le repos de son âme et célébré des messes à son intention, selon la charité des administrateurs ».

    C'est cet acte de vente, souvent appelé donation, qui a pendant longtemps fait croire et écrire que l'évêque de Babylone fut le fondateur du Séminaire des Missions-Étrangères. On voit qu'il n'en est rien et que le simple énoncé des conditions du contrat suffit à prouver l'inexactitude de cette assertion.

    ***

    Louis XIV fut aussi généreux envers le Séminaire qu'il l'avait été envers les vicaires apostoliques : il lui assigna une rente de 15,000 francs. L'autorité ecclésiastique témoigna une grande bienveillance. L'abbaye de Saint-Germain avait alors juridiction sur tout ,le faubourg et par conséquent sur le Séminaire. L'abbé commanditaire, Henri, duc de Verneuil, pair de France, autorisa, le 10 octobre 1663, « les sieurs

    Poitevin et Gazil et leurs associés, de faire l'établissement dudit Séminaire pour la conversion des infidèles, pour y vivré' en communauté ecclésiastique et séculière, ainsi que les autres séminaires institués dans notre ville et faubourg Saint-Germain, sous la conduite d'un supérieur qu'ils pourront élire, lequel sera tenu de requérir et recevoir de nous ou de nos grands vicaires, prieurs de notre abbaye de Saint-Germain, la confirmation et institution ».

    La juridiction de l'abbé de Saint-Germain s'exerça sur le Séminaire jusqu'en 1668 et passa ensuite, telle qu'elle venait d'être fixée, à l'archevêque de Paris qui la conserva pendant le dix-septième et le dix-huitième siècle.

    Le 27 octobre, le prieur de l'abbaye, le P. Ignace Philibert, assisté de Dom Arsène, son secrétaire, installa MM. Gazil et Poitevin. La cérémonie ne manqua ni de solennité, ni d'onction ; « Gazil, revêtu du surplis, s'agenouilla devant le Prieur qui le nomma supérieur, le déclara, lui et ses associés, en possession du Séminaire, et bénit la grande salle de la maison destinée à servir de chapelle. »

    Bossuet, déjà connu et presque célèbre, vint saluer de son éloquence luvre naissante; il prêcha sur ce texte : Paratum cor neume, Deus, paratum cor neume. Son génie, s'envolant sur les ailes de la foi, entrevit-il la gloire de cette demeure alors si modeste; déroula-t-il devant ses auditeurs les beautés de la prédication apostolique; indiqua-t-il par l'étude du passé les événements de l'avenir; les peines, les combats, les martyres dont il plairait à Dieu d'orner la vie des futurs apôtres? Très probablement, comme son texte l'indique, il les exhorta à être prêts à tout supporter avec vaillance plus encore qu'avec résignation; mais nos archives et les papiers du grand évêque de Meaux ne nous livrent pas ce discours qui eut si bien décoré le frontispice de l'histoire du Séminaire des Missions-Étrangères.

    En 1683, un autre séminaire fut construit en même temps que l'église, il fut placé, un peu en arrière du premier, dans les grands jardins qui s'étendaient entre la rue de Babylone, la rue de Grenelle et la rue Vaneau. Ce sont l'église et le séminaire actuels.

    Pendant le dix-huitième siècle, le séminaire ne reçut qu'un petit nombre de futurs ouvriers apostoliques ; le vent de l'incrédulité soufflait sur la France, éteignant le feu de l'enthousiasme nécessaire aux vocations apostoliques.

    ***

    La Révolution traita le Séminaire comme toutes les maisons religieuses; dès les débuts, ses agents firent des perquisitions dans la maison. Dans la nuit du 14 au 15 août 1792, à 11 heures du soir, une bande de fédérés, de gardes nationaux, de Marseillais vinrent heurter à la porte donnant sur la rue du Bac. Tout le monde dormait dans la maison; le concierge, probablement très effrayé, ne répondait rien; les émeutiers s'irritaient, quelques voisins les excitaient, un locataire craignant leur colère, se leva et les fit entrer dans la première cour. La grille était fermée, elle fut forcée; le portier fut saisi à moitié vêtu, et sommé, sous peine de mort, de déclarer si deux personnes, qu'on lui nomma, étaient dans la maison, et dans quel endroit elles étaient cachées ; il répondit que les deux personnes en question lui étaient absolument inconnues, et qu'elles n'étaient jamais venues au Séminaire.

    « Alors, fit l'un des interrogateurs, conduis-nous au Supérieur. » M. Hody était couché, sa porte fermée à clef fut enfoncée, les pillards entrèrent et s'approchèrent du prêtre, le menaçant de leur sabre et demandant toujours les deux hommes en question. M. Hody leur répondit « fort tranquillement que les deux messieurs qu'ils cherchaient n'étaient pas dans la maison eue même ils lui étaient inconnus ». Ils insistèrent, et M. Hody les invita à visiter les chambres; il leur indiqua d'abord celle de M. Bilhère qui avait toutes les clefs. Celui-ci était prêt à les recevoir; il se mit à leur tète, leur montra d'abord plusieurs chambres inoccupées, puis il les conduisit chez un pensionnaire, M. Bottex, curé du diocèse de Lyon, ancien député à l'Assemblée constituante. Averti quelques minutes avant, M. Bottex s'était, croyait-il, débarrassé de tous ses papiers compromet tants, brochures et livres antirévolutionnaires; en les jetant par la fenêtre, sur le toit de l'ancien hôtel de l'évêque de Langres ; malheureusement il avait oublié sur sa table une lettre d'un émigré. Cette lettre fut aperçue, lue à haute voix, et aussitôt M. Bottex fut garrotté et emmené à la Force où il fut massacré.

    Dans les autres chambres, les inquisiteurs ne trouvèrent rien de suspect; mais ils reprochèrent vivement au Supérieur d'avoir souffert dans la maison un homme aussi dangereux que celui qu'ils venaient de prendre (i).

    Après leur visite et comme pour les récompenser de ce qu'ils avaient troublé le repos de la nuit ou plutôt pour les calmer, on les régala, et en s'en allant, ils dirent qu'il y avait d'honnêtes gens dans cette maison (2).

    ***

    Prévoyant l'avenir, les directeurs du Séminaire se dispersèrent; les uns se rendirent en Angleterre, d'où ils pouvaient aisément correspondre avec les missions ; les autres. à Rome, où ils étaient à portée de recevoir les ordres du Saint-Siège; les plus âgés demeurèrent au Séminaire; mais ils furent bientôt obligés de quitter la maison, qui fut déclarée propriété nationale. Tous cependant continuèrent de travailler à luvre commune et de sécrire malgré le danger de telles correspondances. Il est vrai qu'ils employaient un langage de convention, que nécessitait la violation du secret des lettres par la police révolutionnaire.

    Voici un billet de M. Boiret, daté du 5 septembre 1792, il nous donnera une idée de ce curieux style épistolaire : « Cher associé, on a reçu vos deux lettres dans leur temps; nous vous remercions de nous .donner les détails les plus longs possible, ils nous sont nécessaires pour le bien du commerce que nous faisons ici; les deux premiers commis de notre comptoir nous les ,demandent, et nous devons les instruire -pour l'avancement de nos affaires. Nous avons vu hier le chef de tous les comptoirs, c'est notre premier commis qui nous a procuré cet avantage (1). »

    (1) A.M.-E., vol. XXXVI, p. 73.

    (2)Id.,id.,p.74.

    Pour les initiés, le mot commerce signifiait les affaires des Missions ; le chef de tous les comptoirs désignait le Souverain Pontife ; le premier commis, le cardinal Antonelli, préfet de la Propagande; le second commis, le secrétaire de la Propagande.

    D'autres fois les Directeurs parlent de l'établissement d'un nouveau magasin, c'est-à-dire d'un séminaire, et pour désigner les séminaristes, ils emploient le nom de marmitons. L'origine de cette appellation en relevait la vulgarité : elle venait de ce que, à Londres, un séminariste,, M. Lestrade, par économie et par humilité, s'était chargé de faire la cuisine des Directeurs.

    M. Bilhère signait ses lettres, citoyenne Lucie, ou citoyen Herebil, anagramme de son nom. Jamais il n'écrivait à M. de Chaumont sans l'appeler mon cher patriote, sans faire l'éloge des braves Marseillais, des braves législateurs, des braves citoyens, des bons patriotes « qui paieront bien des impôts triples et quadruples », sans avoir quelques mots amers contre « ces aristocrates qui feront tout ce qu'ils pourront pour ne pas payer ».

    ***

    Cependant le Séminaire avait été vendu par le bureau du domaine national du département de la Seine à un nommé Antoine Salmon, par suite de la soumission qu'il avait faite le 18 prairial an IV, « moyennant 19o,000 livres qui ont été entièrement payées ».

    Lorsque les temps furent un peu moins mauvais, un des directeurs du Séminaire, M. Bilhère, revint à Paris, afin d'essayer de racheter le berceau de la Société des Missions-Étrangères.

    Les circonstances ne lui permettant pas de conclure lui-même cette affaire,- il s'adressa ' à Mlle d'Escars, personne « pieuse et dévouée à luvre des Missions », ancienne religieuse de Panthémont (1) et la pria de se mettre en rapport avec l'acquéreur.

    (1)A. M.-E., vol. CCXIX, p. 547.

    Le marché .fut conclu par acte sous signatures privées, en date du 3 prairial an VI (21 mai 1798), et le Séminaire acheté pour la somme de 69,000 francs; en numéraire. Le lendemain 4 prairial, Mlle d'Escars fit une déclaration de command au profit de Mlle Bochard de Saron (2).

    Dans cet achat étaient compris seulement « le corps (le bâtiment du Séminaire proprement dit, les maisons où avait été établi l'ancien Séminaire, les maisons qui formaient le coin de la rue du Bac et de la rue de Babylone, l'ancien hôtel Jaucourt »'; mais M. Salmon réservait la jouissance de ce dernier immeuble pour lui et pour Mme Marie Besselle, veuve Tiercelin. Les hôtels situés dans la rue du Bac et -autrefois loués aux ducs de Clermont-Tonnerre et de SaulxTavannes, avaient été vendus à des particuliers.

    Enfin la période révolutionnaire passa et Napoléon, devenu empereur, accorda la reconnaissance légale au Séminaire des Missions-Étrangères.

    Cette reconnaissance légale qui peut avoir des avantages ne manque pas d'inconvénients, car elle place les congrégations religieuses sous une certaine dépendance du pouvoir civil, ne leur permet ni de recevoir, ni d'acquérir, ni de vendre sans son autorisation; en un mot, sous ce rapport, elle les met dans la condition des mineurs . ayant le gouvernement pour tuteur.

    Les bonnes intentions de Napoléon disparurent bientôt et pendant sa lutte avec le Saint-Siège en 1809, il déclara le Séminaire supprimé. Cependant la plupart des directeurs demeurèrent dans la maison, et lors de la première restauration, le Séminaire obtint de nouveau. la reconnaissance légale signée de Louis XVIII le 2 mars 1815.

    Les aspirants n'étaient pas nombreux alors, et- souvent même le Séminaire était vide; mais à partir de 1840, il commence à se remplir, et en 1842, il eut la joie d'envoyer 15 missionnaires en Extrême-Orient.

    (1) Ce monastère était situé dans le bourg Saint-Germain. Les religieuses étaient des Bernardines; ayant quitté leur abbaye de Panthémont près de Beauvais, elles s'étaient réfugiées à Paris en 1672.

    (2) A. M.-E., vol. CCXX, p. 459.

    A mesure que les années se rapprochent de nous, l'élan pour les missions est plus vif, les aspirants plus nombreux, et par conséquent les Partants aussi: on en compte 38 en 1873, 42 en 1887, 63 en 1896, 70 en 1897.

    Il a fallu agrandir la maison, construire dans le jardin un long corps de bâtiment; mais quand on entre par la rue du Bac, après avoir traversé la cour de l'église, on voit encore, au fond d'une seconde cour ornée d'arbustes verdoyants et de petits arbres à tête ronde, la vieille maison bâtie au dix-septième siècle avec son aspect tranquille, modeste, un peu sombre même et sans aucune décoration extérieure. Au dedans, de grands escaliers, tels qu'on les construisait autrefois, de larges' corridors qui courent d'un bout à l'autre de chaque étage, donnent à cette maison un air de vieillesse et de gravité. Les seuls ornements des murs consistent clans quelques images de la sainte Vierge et des saints, et dans quelques cartes de la Chine, de la Corée, de l'Annam, etc.

    Dans les corridors, des portes, placées symétriquement à la suite l'une de l'autre, s'ouvrent sur de petites chambres semblables à des cellules, dont les murailles sont pauvres et nues, et dont un petit bureau chargé de livres, un lit et une chaise composent tout l'ameublement. L'austérité de ce séjour est tempérée par la vue d'un jardin où l'ail se repose sur de frais gazons et va se perdre sous de longues allées bordées d'arbres, pleines d'ombre et de fraîcheur.

    Au rez-de-chaussée, la salle des martyrs où chaque jour les séminaristes des Missions-Étrangères étrangères vont prier avec tant de ferveur, se préparant à l'apostolat et peut-être au

    martyre.

    A droite, sur la cour d'entrée, s'ouvre l'église dont la façade n'est décorée que par un fronton triangulaire et quelques pilastres d'ordre ionique; l'intérieur, vaisseau éclairé de larges fenêtres de style grec, est dune extrême simplicité' : plusieurs rangées de bancs, tantôt solitaires, tantôt pleins de séminaristes en surplis blancs; des pilastres marbrés; un maître autel en marbre, derrière lequel est placé un tableau représentant l'adoration des Mages. Au bas de l'église, l'autel de la sainte Vierge orné de chandeliers où se reconnaît le cachet de l'art chinois ; dans la petite partie séparée par une grille et réservée aux fidèles, la statue de saint Antoine et le tombeau de plusieurs martyrs, orné de couronnes qu'y dépose la piété des fidèles.

    Tel est le Séminaire des- Missions-Étrangères que l'on a parfois appelé le Séminaire des Martyrs, parce qu'en notre siècle, aucune maison religieuse n'a fourni à Notre-Seigneur Jésus-Christ autant de témoins affirmant leur foi jusqu'à l'effusion du sang.

    ***

    II y a quelque soixante ans, le Cardinal Préfet de la Propagande écrivait aux directeurs du Séminaire des Missions- Etrangères :

    « De toutes parts, les chrétiens qui vivent au milieu des infidèles, réduits à une extrême et déplorable nécessité, implorent l'arrivée et le secours des ministres sacrés. Dans la violence même de la persécution, ces terres arrosées du sang des martyrs ont donné à Jésus-Christ de nouveaux enfants qu'il faut élever et soutenir. Plusieurs, parmi les païens, prêtent une oreille favorable à la prédication de l'Évangile. C'est donc une portion de la sollicitude pastorale que l'envoi des ministres évangéliques, empressés (le voler au secours de leurs frères en proie à tant de besoins. Que l'on ne craigne point d'en éprouver mi affaiblissement dans le ministère sacré; plus nombreux éclateront les exemples d'une si louable charité, plus le saint zèle se réveillera parmi les enfants du sanctuaire.

    L'augmentation progressive du nombre des Partants montre que ces paroles ont été entendues, et ces vux en partie réalisés. Pour arriver à cet heureux résultat et mieux répondre aux désirs de la Propagande, le Séminaire a ouvert plus largement ses portes aux 'aspirants à l'apostolat. En 1877, il ajoutait un cours' de philosophie aux cours ordinaires de théologie; en 1883, il divisait les séminaristes en deux sec- fions. La première, composée exclusivement de théologiens, resta à Paris; la seconde, composée d'élèves de philosophie et de théologie de première année, se fixa à Meudon, dans. la maison de, campagne du Séminaire.

    Les bâtiments de Meudon n'avaient pas été disposés pour une maison d'études. En outre, ils sont occupés du Ier juillet au 15 septembre par la Communauté de Paris, qui y prend ses vacances. Ce ne pouvait donc être là qu'une installation provisoire. On s'y établit toutefois le mieux qu'il fut possible, mais avec la ferme confiance que, si un bâtiment plus considérable devenait , véritablement nécessaire, la bonne Providence qui ne manqua jamais à la Société des Missions-Étrangères, se chargerait de le donner à son heure.

    Cette heure sonna bientôt, à cause du nombre sans cesse grossissant des séminaristes ; les auxiliaires de la divine Providence, en cette occasion, furent M. le baron et Mme la baronne de Gargan. Grâce à leur libéralité, notre seconde communauté fut pourvue d'une propriété admirablement située sur le plateau de Bièvres et d'un séminaire parfaitement adapté à tous ses besoins. D'après la volonté expresse des insignes bienfaiteurs, ce nouveau séminaire porte le nom de Séminaire de l'Immaculée- Conception.

    La pose de la première pierre eut lieu le 13 juin 1889, et la bénédiction solennelle de l'établissement fut faite, le 22 octobre 1890, par Mgr l'évêque de Versailles, assisté de deux évêques missionnaires, Mgr Kleiner et Mgr Mutel qui, un mois auparavant, avaient reçu la consécration épiscopale des mains de S. Ém. le Cardinal Archevêque de Paris. Depuis lors, nos plus jeunes aspirants sont installés au séminaire de l'Immaculée- Conception, dans les conditions les plus satisfaisantes au double point de vue de la commodité et de la salubrité.

    ***

    Les deux sections, celle de Paris et celle de Bièvres, ont un règlement intérieur et un enseignement à peu près semblables à ceux des grands séminaires de France, avec cette différence que la formation spirituelle, comme l'enseignement philosophique et théologique, sont plus spécialement dirigés vers la pratique du saint ministère dans les missions. La chose est, du reste, facile à réaliser, car tous les directeurs du Séminaire sont des missionnaires ayant passé plusieurs années dans les missions ou les établissements communs de la Société dans l'Extrême-Orient. Le cours complet des études est de quatre années, et comprend la philosophie, la théologie dogmatique et morale, l'Écriture sainte, le droit canon et la liturgie. Parmi les aspirants reçus, quelques-uns sont déjà prêtres; d'autres, sans être encore arrivés jusqu'au sacerdoce, ont déjà achevé leurs études théologiques ; le plus grand nombre n'en ont fait qu'une partie ou ne les ont pas encore commencées. Il a donc été nécessaire d'établir, outre le cours de philosophie, trois cours distincts de théologie, afin que tous les aspirants reçus pussent être facilement et utilement distribués dans un de ces différents cours, soit pour revoir, soit pour continuer ou pour commencer leur théologie.

    La durée des études et du temps de probation est au moins d'une année pour ceux qui, en entrant, sont déjà prêtres et de quatre années pour ceux qui n'ont pas encore commencé leurs études philosophiques. Elle est fixée entre ces deux termes pour ceux qui ont déjà fait une partie de leur théologie, et se trouvent plus ou moins avancés dans les Ordres. Une fois entrés au Séminaire, les aspirants ne retournent pas dans leurs familles, même pendant les vacances, à moins que des raisons spéciales ne rendent une exception nécessaire.

    On ne reçoit aucun sujet ayant fait profession dans un Corps religieux ou une Congrégation dont les membres sont liés par des vux, ni, sauf les cas rares de vraie nécessité, aucun ecclésiastique dont la langue maternelle ne serait pas le français. On n'admet pas non plus les sujets âgés de plus de trente-cinq ans, à moins qu'ils ne soient doués d'une- très heureuse mémoire qui les rende propres à apprendre les langues étrangères, et qu'ils ne joignent à une piété éminente une capacité spéciale soit pour l'enseignement où la direction des affaires, soit pour remplir quelque place exceptionnelle.

    Enfin, pour être admissibles, les postulants doivent avoir achevé leur rhétorique.

    Outre ces conditions purement négatives, il doit y avoir dans le sujet une volonté mûrement réfléchie de se consacrer pour toujours au service des missions, dans une vie d'abnégation, de pauvreté, d'obéissance et de sacrifices; le désir de sauver des âmes et d'étendre le royaume de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une vertu solide, un jugement droit, un caractère exempt de travers et de singularités, des talents au moins ordinaires, une santé capable de supporter au moins les travaux usuels du ministère en France.

    Du reste, le Conseil du Séminaire des Missions-Étrangères ne prononce jamais une admission définitive sans avoir pris l'avis et les renseignements des Supérieurs ecclésiastiques, et spécialement du Supérieur du séminaire ou de l'établissement dans lequel le postulant a fait ses études. Quand ces renseignements sont satisfaisants sur les différents points ci-dessus énoncés, la demande d'admission est toujours favorablement accueillie.

    On n'impose au postulant aucune charge, ni pour la pension, ni pour le trousseau, ni pour l'entretien. Le Séminaire des Missions-Étrangères, dont les besoins sont immenses et les ressources trop limitées, accepte avec reconnaissance ce que les postulants ou leurs familles veulent bien offrir spontanément pour les besoins de l'OEuvre; mais il n'impose, sous ce rapport, d'obligation à personne. Par son admission, le postulant devient enfant de la famille, et il est traité comme tel dans toutes ses nécessités.
    1898/47-60
    47-60
    France
    1898
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