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Le séminaire de Tatsienlu

Le séminaire de Tatsienlu Il y a quelque 70 années, Mgr Chauveau, de Coadjuteur du Yunnan devenu Vicaire apostolique du Thibet, eut à résoudre un problème difficile : ne sachant lui-même pas un mot de thibétain, il prit pour premier élève un jeune homme qui ne connaissait que cette langue. Il s'en tira bien, puisque l'écolier d'alors est maintenant le vénérer M. Hiong, qui, après une vie apostolique bien remplie, rend encore de précieux services à la Léproserie de Mosimien.
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    Le séminaire de Tatsienlu
    Il y a quelque 70 années, Mgr Chauveau, de Coadjuteur du Yunnan devenu Vicaire apostolique du Thibet, eut à résoudre un problème difficile : ne sachant lui-même pas un mot de thibétain, il prit pour premier élève un jeune homme qui ne connaissait que cette langue. Il s'en tira bien, puisque l'écolier d'alors est maintenant le vénérer M. Hiong, qui, après une vie apostolique bien remplie, rend encore de précieux services à la Léproserie de Mosimien.
    Plus tard, le. P. Giraudeau commença une ébauche de séminaire à Chapa. De là, les latinistes se transportèrent à Tatsienlu, à la Porte du Nord : ils logèrent dans un grenier qui n'avait guère l'apparence d'un séminaire : c'était en 1897.
    Trois ans après, l'ancienne résidence épiscopale ayant fait place à de nouvelles constructions, une aile y fut réservée aux séminaristes : ils étaient alors 8 et donnaient toute satisfaction ; deux d'entre eux auraient même commencé alors l'étude de la philosophie si l'état troublé de la Chine avait permis de les envoyer au séminaire de Tchengtou.
    Au P. Aubert succéda comme supérieur M. Hiong, qui garda cette charge jusqu'en 1906. A cette date, le P. Valentin prend la direction de la maison, mais ce n'est qu'en 1911 qu'il voit ordonner un prêtre, M. Ly. Durant cette période, le nombre des élèves se stabilise autour de 10. Mgr Giraudeau essaya d'obtenir des sujets des vicariats voisins, mais son appel ne trouva pas d'écho : les enfants du Setchoan au doux climat et au sol fertile reculèrent devant l'âpreté du climat et de la terre du Thibet. Il fallut bien se résigner à ne compter que sur les rares vocations trouvées sur place.
    On se mit à l'oeuvre pour bâtir un séminaire, une maison où les élèves seraient chez eux et pourraient observer strictement le règlement nécessaire à leur formation. Grandes furent les difficultés à surmonter pour construire cette maison sur un terrain où l'on dut faire sauter des roches à la dynamite. Enfin, les élèves purent s'y installer le 12 août 1912, et c'est l'événement dont le 25e anniversaire fut fêté dernièrement.
    Le séminaire consiste en un bâtiment principal à un seul étage, de 28 mètres de longueur sur 12 de largeur. Au rez-de-chaussée, entourant la chapelle, sont les salles d'étude, les chambres des professeurs ; à l'étage, les chambres des élèves. Séparés de cette bâtisse par un jardin sont installés le réfectoire, la cuisine et les lavabos.
    Revenons à l'histoire. En 1913, le P. Valentin, nommé Supérieur de la partie ouest du vicariat, est remplacé au Séminaire par les P.P. Grandjean et Ly, puis par le P. Ménard. Lorsque celui-ci, en 1921, dut aller remplacer le P. Alric, mort lors du tremblement de terre de Kiakulong, le P. Valentin redevint Supérieur et conserva cette charge jusqu'en 1930. Son supériorat fut fructueux, puisque, parmi ses élèves, 4 ont déjà reçu le sacerdoce et 2 sont en bonne voie.
    En 1927, les élèves eurent la joie d'assister à une cérémonie bien rare à Tatsienlu : le sacre d'un évêque, et c'est leur Supérieur, le P. Valentin, qui devenait le Coadjuteur de Mgr Giraudeau, alors âgé de 77 ans. Sacré le 7 août par Mgr Rouchouse, Vicaire apostolique de Tchengtou, le nouvel évêque continua pendant quatre années encore à diriger le Séminaire. En 1929 eut lieu le premier envoi de 3 séminaristes au Collège général de Penang (Malaisie), suivis de 3 autres peu après.
    Les PP. Lafond, O. M. et Leroux succédèrent à Mgr Valentin, puis, en 1935, le P. Le Corre prend la direction de la maison. L'invasion communiste, qui menaça Tatsienlu, obligea de licencier le Séminaire ; la plupart des élèves rentrèrent dans leur famille, les autres, sous la conduite d'un diacre, se réfugièrent sur un plateau, à quelque distance de la vill ; l'alerte passée, tous revinrent et, peu après, ils purent assister à l'ordination sacerdotale de trois de leurs aînés revenus de Penang. C'était la première ordination depuis 1924 : elle sera bientôt suivie d'une autre, qui donnera à la mission le précieux renfort de 3 nouveaux prêtres, et le séminaire aura encore 17 élèves.
    En terminant ce court exposé, il importe de répondre a une question que beaucoup de nos lecteurs se seront posée : « Pourquoi si peu de séminaristes ? » Mais à cause du petit nombre de nos chrétiens. Il faut tenir compte de ce fait que, depuis une vingtaine d'années, seuls sont admis au séminaire les jeunes gens ou enfants de la partie chinoise du vicariat, partie qui compte à peine 3.000 catholiques. Il est donc bien évident que, malgré tous les efforts, le nombre des vocations sacerdotales ne peut pas être bien élevé. De plus, en comparant le nombre des prêtres sortis de l'établissement à celui des élèves qui y ont passé, on reste étonné du petit nombre de ceux qui ont achevé leurs études. De 1912 à 1937, 69 élèves ont été inscrits ; sur ce nombre, 4 sont prêtres, 3 théologiens et 14 latinistes sont encore au séminaire : soit, au total, 21, moins d'un tiers des entrées. La première raison en est que cette maison, bien que qualifiée séminaire, est plutôt une école préparatoire au séminaire. La plupart des enfants qui y sont admis n'ont pas la moindre notion de latin et ne connaissent que leur langue maternelle. Il est inévitable que sur de pareils éléments le déchet soit considérable. On peut faire remarquer cependant que, si tous n'achèvent pas leurs études, un certain nombre restent attachés à la mission et lui rendent service, soit comme catéchistes, soit comme maîtres d'école.
    Somme toute, la Mission de Tatsienlu, malgré les difficultés de sa situation dans les Marches thibétaines, malgré les persécutions qu'elle a subies (depuis son érection au vicariat autonome, 9 de ses missionnaires ont été massacrés), elle n'a jamais perdu de vue le premier but assigné par le Saint Siège à la Société des Missions Etrangères : la formation d'un clergé indigène, et Dieu seul sait les sacrifices qu'elle s'est imposés pour réaliser cette oeuvre si nécessaire.

    J. LE CORRE,
    Missionnaire de Tatsienlu.

    1938/66-69
    66-69
    Chine
    1938
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