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Le retour des « Poilus » missionnaires

Le retour des « Poilus » missionnaires Tous les démobilisés se rappellent le soupir de soulagement qu'ils ont poussé le jour où ils ont dit adieu aux trains des permissionnaires ou de démobilisation dans lesquels ils ont voyagé si souvent et avec si peu de confort pendant les longues années de la guerre.
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    Le retour des « Poilus » missionnaires

    Tous les démobilisés se rappellent le soupir de soulagement qu'ils ont poussé le jour où ils ont dit adieu aux trains des permissionnaires ou de démobilisation dans lesquels ils ont voyagé si souvent et avec si peu de confort pendant les longues années de la guerre.
    Le missionnaire n'a pu pousser ce soupir de soulagement que plusieurs mois après ses frères d'armes. Les passages suivants que j'extrais d'une lettre du P. Hutt, missionnaire au Japon, nous donneront une idée de ce qu'ont été, pour certains, ces retours en mission :

    Vous avez appris notre départ de Marseille, le 8 juillet, pour arriver le 3 octobre. Près de trois mois de voyage, et dans quelles conditions !!!
    Le Batavia, cargo boche de près de 20.000 tonnes, n'avançait qu'avec une prudente lenteur, se laissant dépasser par les plus modestes charbonniers. Dans les ports où il faisait escale, c'était le parent pauvre dont on s'occupe quand les autres sont servis.
    Ses Premiers propriétaires l'ayant destiné aux régions froides avaient fait installer le chauffage central dont nous avons joui tout le long de la traversée. Sous les tropiques, les cabines et l'intérieur du navire étaient inhabitables, aussi, avec quel empressement chacun de nous remontait-il sur le pont.
    Eu cours de route, les avatars ne firent pas défaut. En Mer Bouge, les aliments se gâtèrent au point que l'on dût en jeter plusieurs tonnes à la mer. Gomme conséquence, nous fûmes soumis au régime des restrictions.
    Le paquebot eut cependant son bon côté. Ses dimensions lui permettant de bien tenir la mer, nous pûmes, chaque jour, célébrer la Sainte Messe. Le dimanche et le jour du 14 juillet, elle fut dite sur le pont, au milieu d'une nombreuse assistance de passagers. Les officiers du bord ne manquaient pas d'y venir lorsque le service leur donnait quelques loisirs. D'ailleurs ils nous manifestèrent, jusqu'à la fin, la plus grande sympathie. Plusieurs cas d'insolation s'étant produits pendant le voyage, ils vinrent chaque fois demander à l'un de nous de venir administrer aux moribonds les derniers sacrements. Un Japonais, étant tombé gravement malade, put également recevoir le baptême après avoir reçu une instruction suffisante.
    Le lendemain de notre départ de Saigon, le Batavia, obéissant sans doute à un sentiment d'atavisme très compréhensible, alla tout simplement s'asseoir sur un récif appelé Banc des Hollandais et s'y reposa pendant cinquante-six heures. Pendant ce temps, l'équipage travaillait nuit et jour à le dégager en jetant par-dessus bord le lest que nous avions apporté de Marseille. Deux remorqueurs et un paquebot, La Manche, appelés par sans-fil, parurent le lendemain et essayèrent de le dégager, mais ce fut en vain. Le commandant, très anxieux, parlait de nous faire reconduire à Saigon, quand je lui proposai de s'adresser au ciel et de faire un voeu. Il accepta et voulut l'accomplir sans retard. Le jour même le bateau se dégagea spontanément et put continuer sa route sans avoir subi d'avaries. Très surpris lui-même, le commandant disait à tous ceux qui voulaient l'entendre : « Je ne croyais pas aux miracles, j'y croirai désormais, car je viens d'en voir un de mes propres yeux ». Le lendemain il tint à assister, en compagnie des officiers du bord et d'une partie de l'équipage, à une messe d'actions de grâce.......... Enfin nous arrivâmes à Sendai où nous trouvâmes les confrères réunis auprès de Monseigneur pour la retraite annuelle.
    De ma vie, je n'oublierai ce retour au centre de la mission et les démonstrations de joie qui l'accompagnèrent. L'absence avait été longue, longue au point de dépasser les prévisions humaines. Et maintenant c'était fini, l'on allait revivre ensemble et travailler de concert à l'évangélisation des Japonais. Il était bien dix heures du soir lorsque le train entra en gare. Malgré l'heure tardive on veillait à la mission et, bien que la retraite fût commencée, la règle du silence reçut un fameux accroc.
    Le lendemain, un service fut célébré pour les victimes de la guerre. Sur huit mobilisés, deux ne rentraient pas, et c'est beaucoup.
    A Hakodate, où nous arrivâmes le 3 octobre, l'accueil fut également au-dessus de notre attente. Les chrétiens rivalisèrent avec les religieux et les religieuses pour nous manifester leur joie. Une forte députation de fidèles des deux paroisses nous attendait sur le quai et nous cueillit à l'arrivée. Bientôt leur groupe s'agrandit de vieilles connaissances de la campagne et même de chrétiens venus de mon ancien district. Ces derniers avaient fait un voyage de vingt-deux heures pour venir nous exprimer leur joie de nous revoir.
    Les fêtes commencèrent le jour même et, comme toutes celles qui se respectent, eurent leur octave.
    Après quoi, tout rentrant dans le calme, nous nous sommes remis au travail.
    Ce n'est certes pas l'ouvrage qui manque dans un pays où les prêtres sont si rares et si dispersés
    1920/334
    334
    France
    1920
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