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Le premier Congrès Eucharistique de l'Indochine

Le premier Congrès Eucharistique de l'Indochine En septembre 1926, les évêques du groupe du Tonkin réunis à Tam-dao, sous la présidence de Mgr Aiuti, avaient décidé, sur la proposition du Délégué Apostolique, de célébrer dans chaque Mission un Congrès Eucharistique diocésain, chaque Mission choisissant l'époque qui lui paraîtrait la meilleure, en commençant à partir de l'automne 1927, ou au plus tard en 1928.
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    Le premier Congrès Eucharistique de l'Indochine

    En septembre 1926, les évêques du groupe du Tonkin réunis à Tam-dao, sous la présidence de Mgr Aiuti, avaient décidé, sur la proposition du Délégué Apostolique, de célébrer dans chaque Mission un Congrès Eucharistique diocésain, chaque Mission choisissant l'époque qui lui paraîtrait la meilleure, en commençant à partir de l'automne 1927, ou au plus tard en 1928.
    A l'occasion des retraites annuelles, en décembre 1926 et janvier 1927, Mgr l'évêque de Phat-Diêm entretint de cette question missionnaires et prêtres indigènes de son Vicariat. Il fut reconnu que, vu la grande dévotion des fidèles envers la Sainte Eucharistie, le nombre toujours croissant des communions quotidiennes, la ferveur avec laquelle depuis longtemps sont célébrés dans les paroisses les Triduums Eucharistiques annuels, un Congrès Eucharistique ne pourrait que produire les meilleurs fruits. Dès ce moment des commissions furent nommées pour tout préparer, fixer l'époque, déterminer le programme, désigner les prédicateurs et ceux qui seraient chargés des rapports à faire.
    Pendant que tout s'organisait en vue de ce Congrès, en septembre et octobre 1927, survinrent typhons et raz de marée qui dévastèrent une partie du Tonkin et du Nord Annam. Le Vicariat de Phat-Diêm fut le plus atteint. Le nombre des morts et des maisons renversées, l'étendue des terrains envahis par l'eau de mer ou submergés par l'inondation amenèrent une telle gêne dans la population que la question se posa s'il ne serait pas prudent de renvoyer ce Congrès à des temps meilleurs.
    Mais le désir du Saint Siège était clair. D'autre part la paroisse de Phat-Diem est une des plus importantes et des plus ferventes du Tonkin. Elle compte 10.000 chrétiens, le total des communions qui y sont distribuées au cours de l'année dépasse en moyenne le chiffre de 300.000. Tout autour de Phat-Diêm, dans un rayon de moins de 10 kilomètres, il y a une douzaine de paroisses comptant 35.000 fidèles. Si on prend un rayon de 20 kilomètres autour de Phat-Diêm, le chiffre des catholiques, y compris quelques belles chrétientés du Vicariat de Bui-Chu, dépasse 100.000 âmes.

    Tout bien considéré, l'avis unanime du clergé et des fidèles fut que le Congrès Eucharistique ne devait pas être différé.
    Par une circulaire du 3 février 1928 adressée à son clergé, le Vicaire Apostolique de Phat-Diêm publia toutes les dispositions arrêtées en vue de la célébration à Phat-Diêm du Congrès Eucharistique, du 26 au 29 avril 1928.
    Dès la publication de cette circulaire, malgré la disette qui battait son plein dans quelques paroisses, malgré la gêne qui régnait dans nombre d'autres, clergé et fidèles se mirent à l'oeuvre, avec un tel coeur et un tel esprit de Foi, qu'il devint évident à tous que ce Congrès réussirait très bien et attirerait sur tout le Vicariat l'abondance des grâces divines.

    Ouverture du Congrès.

    C'est bien ce qui est arrivé. Le 26 avril au soir, à 5 heures, eut lieu la première réunion plénière du Congrès à la cathédrale. Etaient présents : NN. SS. GENDREA U, de Hanoi, RAMOND, de Hunghoa, MUNAGORRJ, de Bui-chu, MARLOU, de Phat-Diêm, et son Coadjuteur, Mgr DE COOMAN ; environ 20.000 fidèles et bien d'autres qui n'eurent pas le moyen de se glisser dans l'église ni dans les cours avoisinantes.
    Mgr AIUTI, Délégué Apostolique, invité par le Vicaire Apostolique de Phat-Diêm, à venir présider ce premier Congrès Eucharistique célébré au Tonkin, répondit le 5 mars 1928 qu'il serait très heureux d'accepter l'invitation, pour montrer combien il avait à coeur la célébration de ce Congrès, mais ayant accepté d'autres invitations pour la semaine même à laquelle se tiendrait le Congrès de Phat-Diêm, il lui paraissait difficile de venir à Phat-Diêm dans cette circonstance.
    Son Excellence ne se borna pas à ce témoignage de haute approbation et de cordiale sympathie. Elle Voulut bien porter à la connaissance du Saint-père les grandes cérémonies qui se préparaient à Phat-Diêm. De Saigon, où Elle se trouvait pour aller sacrer à Culaogien le Coadjuteur de Mgr BOCUCHUT, Son Excellence envoyait le télégramme suivant :
    « Reçois télégramme suivant : Saint-père, heureux apprendre premier Congrès Eucharistique Indochine, forme voeux nombreux fruits, bénit de coeur membres et travaux. Cardinal GASPARRI. Agréez encore félicitations personnelles, vux réussite Congrès, auquel, forcément absent, prends part en union prières. AIUTI ».
    Le télégramme du Saint Père lut lu en chaire dès l'ouverture du Congrès, avant le premier sermon, et il remplit de joie et de gratitude tous les congressistes sans exception. Après lecture du télégramme, le prédicateur, M. BOURLET, curé de Thanh-hoa, expliqua le but visé par les Congrès Eucharistiques en général, et par celui-ci en particulier. Salut du Saint-Sacrement donné par Mgr DE COOMAN.
    Après le Salut les 50 (et plus) confessionnaux sont assiégés jusqu'à 10 h. du soir, et même plus tard encore en certains endroits

    Vendredi 27 avril 1928. Le matin, Messes à la Cathédrale et dans une douzaine d'autres églises ou chapelles, dès avant 4 h. Les enfants sont convoqués pour la communion générale à la Cathédrale.
    A 9 h. 1/2, Réunion plénière à la Cathédrale ; Messe Pontificale célébrée par Mgr MUNAGORRI, O. P. Les chants 'sont exécutés par la Schola Cantorum du Phat-Diêm. Belle musique religieuse. Messe de Perosi.
    Le sermon est donné par M. San, lauréat des Facultés Romaines, Il explique l'histoire de la Sainte Messe à travers les âges. Bien que plus de 15.000 communions eussent été déjà distribuées aux messes célébrées à la Cathéd rale et aux églises voisines, plusieurs centaines de personnes reçoivent la Sainte Communion à la Messe Pontificale qui se termina non loin de midi. A ; la lin de la Messe, Bénédiction Papale et Indulgence plénière.
    A 1, h. 1/2, réunions particulières avec conférences spéciales : pour 1° prêtres ; 2° hommes ; 3° femmes ; 4° jeunesse catholique ; 5° petits garçons ; 6° petites filles.
    A 5 h. réunion plénière à la cathédrale. Sermon de Mgr DE COOMAN sur la communion fréquente, source et gage de vie spirituelle chez les vrais serviteurs de Dieu. Mgr RAMOND donne le Salut.
    Affluence énorme des fidèles pendant toute la journée. Impossible de confesser tous ceux se présentent, et pourtant il y a prés de 60 confessionnaux, tant à Phat-Diêm qu'aux environs.

    Samedi 28 avril 1928. Le matin, les messes comme hier ; les femmes sont convoquées à la cathédrale pour la Communion générale.
    A 9 h. 1/2, Messe Pontificale célébrée par Mgr GENDREAU. Chants exécutés en excellent grégorien par les élèves du grand séminaire ; Messe des Anges. Sermon par M. VINH, curé de Hoà-Lac, sur l'adoration due au Saint Sacrement : Venite adoremus. Nombreuses communions, jusqu'à près de midi, comme hier. Bénédiction papale.
    A 1 h. 1/2, réunions particulières et conférences en six endroits, également comme hier.
    A 5 h. réunion plénière à la cathédrale ; sermon par M. LIEM, curé de Yên-Vân, sur les fruits à retirer de la pieuse assistance à la Messe. Salut donné par Mgr MUNAGORRI, O. P.
    La cathédrale et ses alentours ne désemplissent pas; non seulement ce sont nos fidèles qui sont là, mais il en est venu un grand nombre des Missions voisines, de Bui-chu surtout.
    A 8 h. on expose le Saint Sacrement pour l'Adoration Nocturne. Evêques, prêtres et fidèles se changent d'heure en heure ; mais bien des braves gens qui sont venus de loin restent là toute la nuit auprès de leur Divin Maître. Malgré la meilleure bonne volonté, impossible de confesser tous ceux qui le désirent.

    Dimanche 29 avril 1928. Messes de très bonne heure à la cathédrale et dans les églises et chapelles des environs, pour les pauvres et les ouvriers. Foule immense. On entend réciter les prières de la communion à un kilomètre à la ronde. Les messes et communions continuent jusqu'à la grand'messe.
    A 9 h. 1/2 c'est Mgr DE COOMAN qui pontifie. Mgr GENDREAU donne le sermon sur la royauté de Notre Seigneur. Malgré ses 78 ans, sa voix remplit bien la cathédrale, pourtant très ingrate au point de vue acoustique. Chant grégorien parfait exécuté par le petit séminaire : 130 chanteurs ; messe 1 de Dumont ; Bénédiction papale ; Communions nombreuses jusqu'à midi. Il y a des chrétiens qui sont restés à jeun toute la matinée des jours du Congrès, dans l'espoir de se confesser et de communier. Combien ils étaient heureux d'arriver à leurs fins après si une longue attente. Ceux qui aujourd'hui ne purent communier le firent le lendemain lundi.

    Réponse au télégramme de S. E. le Délégué
    Apostolique.

    « Monseigneur AIUTI, Culaogien ; Evêques Hanoi, Hunghoa, Buichu, Phat Diêm, clergé ; environ 60.000 fidèles, réunis Congrès Eucharistique, très touchés des sentiments de sympathie de Votre Excellence, regrettent vivement que circonstances les aient privés de la joie, honneur et fruits de Votre présence, Vous prient déposer pieds Saint Père hommage filiale vénération et assurance parfaite fidélité directions Saint-Siège. MARCOU ».
    Cette réponse parle de 60.000 fidèles réunis. Ce n'est certes pas exagéré. Chacun des jours du Congrès, comme il a été dit, la cathédrale et ses alentours ont toujours été combles de monde : ce monde était d'ailleurs on ne peut plus recueilli, calme, aspirant à s'approcher des Sacrements. Quelle différence avec les fêtes païennes où tout se passe dans le brouhaha et le désordre ! On peut retenir une assistance journalière au Congrès de 60.000 fidèles. Si au moins tous avaient pu se confesser et recevoir la Sainte Communion ! Malheureusement plus du tiers de ceux qui assiégeaient les confessionnaux n'ont pu y entrer au cours des jours du Congrès.
    Nombre des Communions distribuées à Phat-Diêm et dans les quelques chapelles des environs au cours du Congrès : 50.000 au bas mot. Ne sont pas comprises dans ce chiffre les nombreuses communions que les fidèles ont faites dans toute la Mission en union avec le Congrès. Nombre des confessionnaux : 59 réguliers ; il y en avait d'autres encore.

    La procession à Phat-Diêm: 29 avril 1928.

    Après la Messe Pontificale, Exposition du Saint-Sacrement jusqu'à l'heure de la procession, étant donnée la grande foule à laquelle on s'attend, il a été décidé que la procession partirait d'une paroisse voisine et irait de là à Phat-Diêm.
    Il est évident qu'une procession à la campagne annamite ne pouvait avoir le grandiose de cérémonies analogues dans les grandes villes d'Europe, d'Amérique ou d'Australie. Ici pas d'or, peu d'argent, le bois même est même rare. Mais le bon Dieu a fait pousser le bambou, le jonc, le coton dans ce pays ; ce sont des moyens bien petits. Mais nos fidèles ont réussi à en tirer bon parti et à faire les choses très dignement. Les photos le montreront suffisamment. Voici d'ailleurs quelques détails :
    Sur tout le parcours, 3 kilom. 200, les chrétiens ont tapissé la route, sur une largeur de 2 mètres, avec des nattes en jonc fleuries. Pour eux c'est le nec plus ultra qu'ils pouvaient faire pour honorer le passage de Jésus ; d'autant plus que les bords de la route étaient flanqués de 600 grands mâts porte pavillons de 8 m. de haut et de 1.700 mâts plus petits, 2 m. de haut ; ces mâts portaient 10.000 petits drapeaux reconnus, sans compter les apports des particuliers. Ajoutez 3 grands reposoirs et 20 arcs de triomphe, plus une imitation en bambou de la tour Eiffel, 40 m. de haut, portant le drapeau du Saint Siège, et vous aurez une idée de la bonne volonté déployée. Le reposoir sur le lac set la tour de 40 m étaient très réussis.
    A 5 h, la procession s'ébranla à Huong-dao. Le cortège était formé des représentants de 13 paroisses, Phat-diêm et environs, et du clergé venu au Congrès. Chaque paroisse avait ses emblèmes religieux, sa musique, annamite ou autre, la confrérie du Saint Sacrement, une députation de 30 à 40 notables et autant de jeunes gens. A signaler 3 fanfares à l'européenne, 115 exécutants, et une musique de gongs, jouée par de robustes montagnards. Le clergé comprenait : en soutane, les élèves catéchistes, les élèves du petit séminaire, 4 à 4 ; en surplis, les catéchistes, les élèves du grand séminaire, 4 à 4 ; Induts : les Ordres Sacrés, une soixantaine de prêtres en chasuble ou en chape. Les évêques portèrent le Saint_ Sacrement à tour de rôle, en se changeant aux divers reposoirs.
    Suivaient le dais : les évêques non occupés aux cérémonies, les scholae cantorum, 300 exécutants, 4 à 4, les religieuses européennes et annamites, avec les enfants de leurs écoles, une délégation de darnes, 300, en costume de gala, soie rouge, une délégation de jeunes filles, 200, costume rouge aussi, puis la foule.
    Il était 7h. Du soir lorsque le cortège entra à la cathédrale. Avec quelle ferveur clergé et scholae chantèrent le dernier Tan-tum ergo!
    Voilà un aperçu de ce que fut la procession elle-même. Mais ce qu'il est impossible de dépeindre, c'es la bonne tenue, la piété, le surnaturel qui planait sur cette foule de 120.000 spectateurs, agenouillés en silence des deux côtés de la route, et sur le fleuve dans des centaines de barques et de jonques. Des deux côtés du grand pont surtout, la foule était on ne peut plus compacte sur le fleuve : les barques, jonques, chaloupes étaient bondées à tout touche sur un hectare en aval et autant en amont. Avec cela aucun cri, aucun brouhaha, aucune poussée, aucun désordre sur tout ce parcours de 3 km. 200. C'était partout la prière, le recueillement ; il était palpable qu'un très grand nombre de ces chrétiens avaient communié ; ou du moins s'étaient préparés à le faire.
    Assurément, il est facile de faire à Jésus Hostie un triomphe plus grandiose au point de vue richesse des décors, mais il paraît difficile de le lui faire plus sincère, plus pieux et plus édifiant. Les autorités françaises et annamites de la région, et d'autres honorables visiteurs, venus de Hanoi ou d'ailleurs, ne se doutaient pas qu'on puisse obtenir tant d'ordre et de bonne tenue dans pareille foule. Evidemment c'est la Foi qui explique tout cela : sans elle la foule aurait été ingouvernable.
    Pour obtenir cette note surnaturelle, Mgr l'évêque avait pris une mesure, qui paraît anodine à première vue, mais qui fut vraiment efficace : Sa Grandeur interdit les pétards. Or il est connu qu'en Extrême-Orient il n'y a pas de fête tant soit peu importante sans qu'il y ait force pétards. Grâce à eux l'étourdissement est général ; comment être recueilli dans un bruit pareil ? Les chrétiens ont bien observé la consigne, de là leur piété qui contrasta tant avec le vacarme qui règne aux fêtes païennes.
    A noter également que les païens se sont très bien comportés pendant tout le temps du Congrès, en particulier à la procession.
    Accidents. On craignait que la venue de pareilles foules occasionnent des accidents d'automobiles, des écrasements, des noyades, des maladies. Le Bon Dieu nous a protégés visiblement. Il n'y a eu qu'un seul accident. Des chrétiens d'un village de la Mission Dominicaine voisine tenaient à venir à temps pour les cérémonies de Phat-Diêm. Les bonnes femmes se précipitèrent trop vite dans une barque. Elle chavira, 16-17 personnes tombèrent dans le fleuve. On put heureusement les secourir toutes, sauf une, qui se noya et ne put être rappelée à la vie. C'était la personne la plus fervente du village, âgée de 70 ans. Le prêtre de l'endroit fit l'enterrement comme l'Eglise le prescrit ; les enfants de la défunte y' assistèrent, puis, quand tout fut fini, ils partirent quand même pour Phat-Diêrn, afin d'assister au Congres, se confesser et communier, non sans recommander leur mère aux prières de tous.

    1928/148-156
    148-156
    Vietnam
    1928
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