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Le père waguette

Le père waguette Arrivé en Chine en 1922, le Père Waguette était depuis quatre ans chargé du poste de Tai-ha-Tsia, ancien district de notre Vicaire Apostolique, Mgr Rayssac, dans la sous-préfecture de Lok-Fong.
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    Le père waguette
    Arrivé en Chine en 1922, le Père Waguette était depuis quatre ans chargé du poste de Tai-ha-Tsia, ancien district de notre Vicaire Apostolique, Mgr Rayssac, dans la sous-préfecture de Lok-Fong.
    D'un zèle inlassable et d'un dévouement sans limites pour ses rudes chrétiens, les montagnards Hakka, il avait l'an passé construit et ouvert une école qui recevait déjà une centaine d'élèves. En janvier dernier, il organisait à Tai-ha-Tsia l'une des plus belles manifestations de foi catholique qu'ait connues la Mission de Swatow : plus de 1.500 chrétiens accompagnèrent Jésus Hostie dans une splendide procession, sur un parcours de deux kilomètres ; la population païenne elle-même avait pris une large part à la joie des chrétiens.
    Or, depuis plusieurs années, les montagnes du Lok-Fong, éloignées à la fois de Canton et de Swatow, offrent aux communistes et brigands de tout acabit un refuge que personne ne songe à leur disputer.
    Subitement, dans la nuit du 22 au 23 mars dernier, 300 communistes occupèrent la vallée de Tai-ha-Tsia : 50 d'entre eux entourèrent le petit village de Toun-Ha où se trouve la résidence du Père Waguette.
    Ce 23 mars était un dimanche; croyant avoir affaire à des chrétiens, le domestique s'empressa d'ouvrir dès qu'il entendit frapper: il fut immédiatement ligoté ; les bandits montèrent à la chambre du Père et l'emmenèrent prisonnier.
    Avec plusieurs chrétiens, il fut traîné en dehors du village ; ces brutes lui enlevèrent sa soutane et ses souliers, l'obligeant à marcher pieds nus par les sentiers rocailleux de la montagne.
    Et pendant des mois, du Père Waguette nous reçûmes en tout 3 ou 4 billets qu'au cours des pourparlers les communistes laissèrent passer pour bien faire savoir que le Père était encore en vie, et qu'il fallait se presser, sinon...
    Enfin, le 23 août, un télégramme de Swabué (Mission italienne du Vicariat Apostolique de Hongkong) envoyé par notre confrère le P. Favre, qui avait pris la direction des négociations, nous annonçait la délivrance : le 23 août à 11. h. 1/2 du soir, les émissaires communistes avaient remis au P. Favre le cher P. Waguette, prisonnier depuis le 23 mars à 5 heures du matin.
    Cinq mois de captivité, et quelle captivité ! Isolé dans la montagne, le P. Waguette ne vit jamais que les 3 soldats chargés de sa garde. Il logeait sous un arbre à l'abri de quelques mauvaises planches. Trois fois, on le fit changer de retraite, mais pas une seule fois de vêtements. Une fois, après 40 kilomètres sous la pluie battante, trempé jusqu'aux os, il dut coucher à terre, comme d'ordinaire ; trois ou quatre fois il put se rafraîchir le visage avec un peu d'eau...
    Comme nourriture : le matin, un petit bol de mauvais riz avec des feuilles de patates ; le soir, un peu de farine délayée ; deux ou trois fois, quelques rognures de peau de porc, et un jour de victoire communiste, gros comme une noix de viande de poule...

    Bientôt la dysenterie se déclarait, et le pauvre prisonnier, déjà mourant de faim, crut sa dernière heure toute proche. Aussi, du Père Waguette, les communistes ont-its rendu un squelette vivant, un moribond incapable de se tenir debout.
    Mais que dire des souffrances morales? On voulut lui faire croire que ses chrétiens l'avaient vendu..., que ni son Evêque ni son Consul ne tentaient rien pour lui... Quinze fois on lui annonça qu'il serait fusillé le lendemain.
    Grâces à Dieu! Notre Père Waguette, aujourd'hui prisonnier des médecins de Hongkong, est en bonne voie de rétablissement.

    Marcel RONDEAU, miss. apost de Swatow.

    Le P. Waguette est arrivé à Marseille le1er novembre ; quelques jours après, il était au Séminaire de Paris où, comme le P. Crocq, autre rescapé des communistes chinois, il fut l'objet d'une vive sympathie ; actuellement dans sa famille, il se remet progressivement de l'horrible secousse, les tranchées des Dardanelles l'ayant préparé de vieille date aux misères du Lok-Fong.
    Les communistes du P. Waguette ayant prétendu que ses chrétiens, de la même région, l'avaient trahi à leur profit, voyons un peu ce que son confrère, le P. Rondeau, peut penser d'une insinuation de ce genre.
    Le 25 mars, deux jours après la capture du P. Waguette, ce jeune missionnaire perdait son père. Or, voici ce qu'il écrit, faisant suite à la relation citée plus haut :
    « On dit que les Chinois sont très peu reconnaissants. Et cependant, à l'annonce de la mort de mon père, de tous les postes de mon district me vinrent des témoignages non équivoques de la part que mes chrétiens prenaient à mon deuil. Dans chaque poste, à la messe célébrée pour le repos de son âme, il y eut communion générale comme aux plus grands jours, et mes 45 ou 50 familles, le plus souvent à peine à l'aise, réunirent plus de 500 francs, demandant des messes pour mon cher défunt. Ce geste de mes chrétiens m'a profondément touché ».

    1931/21-22
    21-22
    Chine
    1931
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