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Le père Martial Paillot (1855-1930)

Le père Martial Paillot (1855-1930) La Croix du 26 novembre dernier vient d'attirer l'attention des catholiques de France sur la personne du Père Paillot qui fut missionnaire à Pondichéry pendant 44 ans. L'article qui le concerne porte ce titre sensationnel : Le corps d'un missionnaire français est retrouvé intact après un long séjour en terre, exactement du 16 septembre 1930 au 18 octobre 1931.
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    Le père Martial Paillot

    (1855-1930)



    La Croix du 26 novembre dernier vient d'attirer l'attention des catholiques de France sur la personne du Père Paillot qui fut missionnaire à Pondichéry pendant 44 ans. L'article qui le concerne porte ce titre sensationnel : Le corps d'un missionnaire français est retrouvé intact après un long séjour en terre, exactement du 16 septembre 1930 au 18 octobre 1931.

    Pour satisfaire à la légitime et sainte curiosité de nos lecteurs, nous empruntons au Semeur de l'Inde française la relation du fait en question, et tout naturellement, la ferons suivre de la notice biographique consacrée, lors de son décès, à ce très regretté missionnaire.



    Douleur et Gloire.



    Douleur pour nous, ses frères dans le Sacerdoce ou ses paroissiens, qui avons perdu le modèle des prêtres et des pasteurs d'âmes, et gloire pour lui, gloire sans doute dans le Ciel où il a déjà dû recevoir la récompense de son zèle et de ses vertus, mais gloire aussi sur la terre, tant à Bangalore, lors de l'exhumation de son corps, qu'ici, à Pondichéry, au moment de ses funérailles si grandioses et si touchantes.

    Nous ne sommes pas de ceux qui veulent voir des miracles là où il n'en existe pas, car nous nous devons d'être très circonspects en ces matières que, seule, l'Eglise peut définir, et qu'elle-même ne définit qu'après un examen minutieux, sévère et parfois très long. Pourtant, nous avons reçu le témoignage de trois personnes présentes à l'exhumation du R. P. Paillot, et voici les faits.

    Toutes les formalités officielles ayant été terminées, on procède, comme convenu, le dimanche matin 18 octobre, à l'exhumation du corps. On s'attendait, après treize mois d'ensevelissement, à ne plus trouver que des os. Aussi, était-ce un tout petit cercueil qui avait été préparé à l'avance. Un peu avant dix heures les fossoyeurs commencèrent leur travail de déblaiement au moyen de la pioche, mais, à un moment donné, ils s'aperçurent que celle-ci venait de toucher quelque chose de mou. Avec précautions, ils travaillèrent dès lors à déblayer la fosse au moyen de leurs mains, rejetant à droite et à gauche des morceaux de cercueil rongés par les termites ; ils arrivèrent ainsi bientôt jusqu'au corps. La tète apparut la première, tandis que le reste du corps était encore enseveli sous la terre. On se souvient que le R. P. Paillot avait les épaules légèrement voûtées et cette courbure s'était accentuée sur la fin ; le corps étant resté rigide, la tête devait donc, même dans la position couchée, dépasser les autres membres. Au bout d'un autre quart d'heure de travail, on parvint à creuser suffisamment pour permettre de passer une natte en cordes sous la planche de dessous qui, seule, avait résisté à la voracité des fourmis blanches ; puis ce furent des cordes et l'on put ainsi ramener le corps au-dessus de la fosse, lequel resta exposé à l'air et au soleil jusqu'à l'heure de midi. Tout ce temps fut passé à ôter la terre qui recouvrait le corps tout entier ; trois Soeurs catéchistes présentes s'employèrent de leur mieux à en débarrasser le visage, où nez et yeux semblaient endommagés.

    Les coolies étaient un peu moins délicats dans leur besogne et, en même temps que la terre qui recouvrait les ornements sacerdotaux, arrachaient des parties de ceux-ci. Il est probable aussi que l'humidité avait joué son rôle. Quant au cordon (d'aube), il se détachait par lambeaux. Il n'en reste pas moins que le corps restait entier, sans dommage grave, la peau, adhérant parfaitement aux os, avait pris une légère teinte cuivrée. Et, ce qui fut remarqué, aucune odeur. Ce n'est guère qu'à midi qu'arriva le linceul dont on recouvrit le corps tout entier, qu'il fallut ainsi soulevé à plusieurs reprises, sans qu'aucune brisure ne se produisit. Le docteur musulman, délégué pour les formalités d'usage au moment des exhumations des corps, coupa un peu de la soutane et de la chemise du défunt au dessus du coude, et, à sa grande stupéfaction, constata le non desséchement des chairs. Il ne put s'empêcher de dire : Je n'ai jamais rien vu de pareil dans ma vie. A 14 h. la double bière, beaucoup plus grande, que l'on venait de faire en toute hâte, arriva enfin, et l'on y déposa le corps du R. P. Paillot, lequel fut porté ensuite en l'église du Sacré Coeur, dans l'enclos de laquelle se trouve le cimetière des prêtres, où le défunt avait été enterré le 16 septembre 1930.

    Nous passons sous silence les faits rapportés par certains journaux touchant les démonstrations de la vénération des fidèles et des infidèles envers la dépouille du vénéré Père Paillot. C'est aux autorités ecclésiastiques seules à en apprécier les raisons. Mais nous avons tenu à préciser ce qui s'est passé lors de l'exhumation d'un corps qui, 1°, ne pouvait échapper à la corruption du fait de la nature du sol (plusieurs corps ayant été déterrés dans ce même cimetière et n'ayant laissé que des os comme souvenir de leur passage) ; qui, 2°, aurait dû se briser ou se dessécher au contact de l'air (le corps du R. P. Paillot resta 4 heures durant et aux heures les plus chaudes de la journée exposé à l'air) ; ou enfin, qui, 3°, aurait dû exhaler quelque odeur s'il avait été en état de décomposition. A d'autres plus autorisés que nous à apprécier, nous constatons seulement, et nous prions (et beaucoup d'autres avec nous, nous en sommes persuadés) pour que Dieu, plus puissant que les créatures, plus juste aussi et surtout plus vrai dans ses paroles et dans ses actes, exalte son prêtre qui vécut dans une sainteté effacée, mais visible pour tous ceux qui le connurent et rapprochèrent.

    Le corps du P. Paillot quitta Bangalore le dimanche soir et arrivait à Pondichéry le lendemain, 19 octobre, par le train de l3 h. 7. Le R. P. Blaise, assisté des RR. PP. Morin et Planat, le reçut à sa descente du wagon. On fut les prières d'usage et aussitôt, accompagnée par un groupe d'amis intimes, la dépouille mortelle, déposée dans le corbillard paroissial, s'achemina jusqu'à l'église de Notre Dame des Anges, tandis que le glas annonçait aux chers paroissiens que leur Père était venu les retrouver pour dormir près d'eux son dernier sommeil.

    Dès 14 heures, ce fut un défilé pieux et saisissant de fidèles priant, pleurant, déposant des bouquets, faisant toucher des chapelets et des images au cercueil, et, d'heure en heure, les quatre cloches de l'église pleuraient le pasteur aimé et vénéré. A 17 heures, les funérailles. Son Excellence Mgr Colas donna l'absoute, tandis que le choeur des 50 grands séminaristes dirigé par le R. P. Bassaistéguy, exécutait le chant du Libera. Au premier rang de l'assistance, M. le Gouverneur et Madame, M. le Maire, MM. les Fabriciens. Puis ce fut la marche vers le cimetière, au milieu d'une foule innombrable, aux accents des chants liturgiques et de la musique municipale. Les cordons du poêle étaient tenus par M. Gallois-Mombrun, maire, M. Éd. Godart, secrétaire du Conseil de Fabrique, M. H. de Rozario, avocat et M. Pauchont.

    Arrivés au cimetière, 8 jeunes gens de l'Amicale de. N.-D. des Anges portèrent le cercueil jusqu'à la magnifique tombe préparée pour le saint pasteur. M. le Gouverneur et Madame étaient encore là, ayant suivi à pied le cortège, M. le Maire et Madame, M. Roca, chef du Service de la Police, plusieurs notabilités et la foule toujours innombrable des fidèles. Mgr l'Archevêque et tout son clergé de la ville et des environs, les Couvents et leurs enfants, tous aussi avaient fait à pied le long parcours qui sépare l'église du cimetière paroissial. C'était bien la gloire aussi à Pondichéry pour le cher défunt.

    Après les dernières prières, le R. P. Blaise adressa quelques mots touchants d'adieu au bon et saint Père Paillot ; M. H. de Closets, Conservateur de la Bibliothèque et ami particulier du défunt, lut ce que son coeur lui avait inspiré d'admiration et d'attachement pour le prêtre qui, toute sa vie, sema, à pleines mains, bien et réconfort autour de lui. Puis ce fut le dernier rite, la petite poignée de terre jetée sur le cercueil déposé dans son vaste et magnifique caveau ; enfin, les larmes des uns, les prières des autres et le regret de tous de voir disparaître sous le sol la dépouille sainte de celui qui fut, 44 ans, le meilleur, le plus sûr, le plus fidèle et le plus désintéressé des amis de ceux confiés, par Dieu, à sa charge spirituelle.

    Adieu ou plutôt, au revoir, bon et saint Père Paillot, au revoir dans la Patrie des saints et des forts dont vous fûtes. Peut-être qu'en ce moment vous avez moins besoin de nos prières que nous, des vôtres. Ne nous oubliez pas, nous qui restons encore pour les bons combats, et fasse Dieu que quelque jour vos traits si bons nous soient révélés pour un nouveau et plus grand triomphe encore que ceux des 18 et 19 octobre 1931.



    ***



    Notice biographique.



    Le P. Martial Paillot naquit le 10 décembre 1855 à Ménil-sur-Saulx (Meuse). Il fut le second d'une famille très chrétienne de 10 enfants, dont 4 moururent en bas âge. De sa vie scolaire au petit et au grand séminaire de Verdun nous connaissons peu de chose, si ce n'est ce que son frère, M. le Colonel Paillot, plus jeune que lui de 13 ans, a bien voulu nous confier, à savoir « qu'il tint constamment la tête dans ses classes et qu'il était un enfant très aimant, très hardi, sportif dirions-nous aujourd'hui. D'un esprit combatif, il aimait assez les discussions et, droit par nature, il restait sévère dans ses jugements et n'admettait pas d'hésitation devant le devoir à accomplir ».

    Le P. Paillot monta au saint Autel le 30 juin 1881 et resta toute sa vie, fidèle à célébrer par un jour de jeûne l'anniversaire de sa première Messe, se mortifiant pour se rendre plus digne des fonctions sacrées dont Dieu l'avait investi au jour de son ordination.

    Il fut d'abord nommé professeur d'histoire au petit séminaire de Verdun, puis, deux ans après, vicaire à Montmédy. C'est dans ce dernier poste que Dieu lui révéla sa vocation de missionnaire.



    En 1885, il entre au Séminaire des Missions Etrangères de la rue du Bac à Paris. Il s'y fit remarquer tout de suite par sa très grande piété et par sa rigoureuse observation du règlement, jusque dans ses moindres points. Son esprit de discussion l'y suivit aussi, et l'un de ses compagnons d'études d'alors nous racontait dernièrement quelques-unes de ses jolies passes avec ses professeurs de théologie morale, avec le futur Cardinal Gaspari entre autres qui, à l'Institut Catholique, ne l'appelait plus que « Monsieur des Trois Châteaux », rappelant ainsi aimablement une longue discussion survenue à propos d'un fictif propriétaire de 3 châteaux et d'un cas de conscience s'y rapportant. Mais ce n'était là qu'une boutade de la part de l'éminent professeur qui estimait profondément son élève, que passionnaient certaines discussions théologiques, uniquement à cause de son amour inné de la droiture et de la précision.

    Etant entré prêtre au Séminaire des Missions, le P. Paillot, comme tous ceux dans son cas, ne devait y rester qu'une année, au bout de laquelle il reçut sa destination pour Pondichéry. Il alla donc faire ses adieux dans sa famille. Malgré le sacrifice chrétiennement consenti, son départ causa un immense chagrin à ses parents, d'autant plus qu'il déclara à ce moment qu'il partait « pour toujours ». On savait ce que cela voulait dire sur les lèvres du P. Paillot : c'était une décision irrévocable, et la séparation définitive... Il y resta fidèle, puisque les 44 années qui séparent celle de son départ de France de sa mort en Mission ont toutes été passées dans l'Inde.

    Or, en 1886, Mgr Laouënan, Archevêque de Pondichéry, se trouvait en France et songeait à reprendre le chemin de son diocèse. Le 19 septembre de la même année, il prenait avec lui les PP. Paillot et Fahrer, tous deux destinés à la Mission de Pondichéry. Le mois suivant, tous trois débarquaient dans notre ville. Le P. Paillot attendit quelque temps à la Mission que les Pères du Saint Esprit aient définitivement quitté la Paroisse Notre Dame des Anges, la Préfecture apostolique qui leur avait été confiée ayant été supprimée et la charge des âmes confiée aux Pères des Missions Etrangères ; l'année suivante, juillet 1887, le Père Godet était nommé Curé de cette paroisse avec, comme vicaires, les Pères Paillot et Francazal. « Je vous donne un saint », avait dit Mgr Laouënan aux paroissiens en désignant le P. Paillot, et comme pour calmer leurs inquiétudes d'être à tout jamais séparés des substantielles directions des Pères du Saint-Esprit. Le qualificatif était juste et le P. Paillot réalisa pleinement ce que signifiait la louange de son Archevêque. Que d'âmes accoururent vers lui et quelles douces semences de paix, de réconfort, de salut il y jeta !

    Un deuil bien cruel vint assombrir les premières années de son apostolat : sa mère, que son départ avait tant peinée, qu'une autre disparition, celle d'un fils, prêtre comme lui, décédé au lendemain de l'obtention de la licence ès lettres, jeta dans une douleur indicible, sa chère mère fut enlevée à son affection au début de l'année 1891. Le coup porta, et nous nous souvenons, lors d'un semblable deuil qui nous atteignit nous-même, il y a deux ans, des paroles toutes fraternelles qu'il eut pour nous : « Consolez-vous, mon cher Père ; moi aussi j'ai passé par là, j'ai d'abord terriblement souffert, puis j'entendis une voix, celle de ma pauvre maman, qui me disait : Comme le bon Dieu est miséricordieux pour les mamans des missionnaires ! ».

    En 1894, le Collège Colonial, confié depuis 1887 aux PP. des Missions Etrangères, venait de perdre temporairement son Directeur, le P. Dury, que son état de santé avait obligé de partir pour France. L'intérim fut confié au P. Paillot qui apporta, dans cette nouvelle tâche, ses précieuses qualités d'ordre et de discipline. L'année suivante, au retour du titulaire, il reprenait son poste à la paroisse. Une très forte fièvre paludéenne qui, un instant, mit ses jours en danger, obligea le P. Paillot à changer de climat. On l'envoya à Kandy, dans la grande île de Ceylan, comme secrétaire de Mgr Zaleski, alors Délégué apostolique de l'Inde. Le Secrétaire suivit Son Excellence dans ses nombreuses pérégrinations dans l'Inde que tous deux parcoururent d'un bout à l'autre et dans tous les sens. La santé revint avec tous ces changements d'air successifs et le P. Paillot demanda et obtint, l'année suivante, de reprendre son poste de vicaire à Notre Dame des Anges.

    Vicaire, il le resta jusqu'en 1926, époque à laquelle le P. Borey, curé, sentant le lourd poids des années, demanda à se retirer. Ce fut le P. Paillot qui lui succéda. Il avait alors 71 ans. Il n'en montra pas plus de fierté, ses épaules se courbèrent un peu plus, voilà tout. Ce qu'il avait été 40 ans comme vicaire, il continua de l'être : se faisant tout à tous ; ne plaignant jamais sa peine ; visitant très assidûment ses chers malades qu'il surveillait avec zèle ; prêchant à son tour, plus qu'à son tour mémé parfois ; catéchisant aux heures régulières et trouvant encore le temps de préparer des enfants en retard ; confessant à n'importe quelle heure, au sortir d'un office comme après une longue course apostolique ; accueillant, avec le sourire, les bons chrétiens ; mettant un peu de sévérité dans ses admonestations aux retardataires des devoirs religieux, mais jamais de fiel ; passant de longues heures à l'église où bréviaire, exercices de piété, chapelet, tout était dit à l'heure fixée par un règlement dont, seule, la charité envers les âmes, pouvait avoir raison. En un mot, un vrai prêtre, un prêtre dévoué, un saint prêtre, que l'on pouvait rencontrer dans les rues, aux heures de ses visites aux malades, la tête baissée et les lèvres à demi ouvertes pour la récitation du petit chapelet qu'il tenait discrètement dans ses mains.

    Depuis 1929, le P. Paillot déclinait visiblement. On l'avertit fraternellement de se soigner. Il prit bien quelques remèdes, mais il ne voulut jamais se départir de son règlement pour l'observation de certains jours de jeûne volontaire. Il resta dur pour lui-même jusqu'au bout. Certains malaises, des vomissements le prenaient parfois, surtout le matin. Parti en juin 1930 à Bangalore pour y prendre un peu de repos, il en revint le 20 juillet, mais non guéri. Malaises et vomissements devinrent plus fréquents, une vieille lymphangite s'aggrava, un ancien érysipèle reparut avec de plus sérieux symptômes, les jambes n'avaient plus de force, c'était l'usure complète. De peur que le cher malade ne veuille reprendre son travail après le premier mieux, on décida de l'envoyer à l'hôpital Sainte-Marthe de Bangalore. C'était le 23 août 1930. Hélas ! Nous ne devions plus le revoir. Le 16 septembre suivant, vers les 3 heures de l'après-midi, un télégramme nous arrivait : « Le R. P. Paillot est mort ce matin à 8 h. 45 ». Que s'était-il passé ? Le coeur trop faible n'avait pu résister aux efforts du malade : dans un vomissement, il avait cessé de battre. Le P. Paillot, comme d'habitude, avait assisté à la sainte Messe, y avait communié et, après une longue action de grâces, avait même déjeuné un peu. La Sur garde-malade eut le temps, quand le danger parut, d'appeler le P. Paulin, aumônier de l'hôpital, qui put lui faire une onction. Mais aucune parole, aucun désir exprimé : le P. Paillot mourut comme il avait vécu, humblement, simplement, et, puisqu'il aimait tant le sacrifice, trouvant le moyen, en mourant loin de ses chers paroissiens, d'offrir encore cela à Dieu pour le bien de leurs âmes.

    Bon et saint Père Paillot, vous reposerez bientôt près de nous, au milieu de vos fidèles, comme vous nous en aviez manifesté le désir quelque temps avant votre dernier voyage à Bangalore, un jour où il vous semblait que votre long et fructueux pèlerinage ici-bas était près de finir. Votre chère dépouille mortelle, nous allons la ramener ce mois-ci ; nous irons souvent vous prier là-bas, au pied de ce Calvaire devant lequel vous vous êtes prosterné si souvent et si pieusement, en pensant à nos chers disparus. Et quand notre tour viendra d'aller dormir au champ des Morts, cher et bon Père Paillot, vous serez là pour nous accueillir ; vous nous verrez venir et, de loin, d'En-Haut sans doute, mais tout près quand même, vous nous bénirez une dernière fois, vous dont la main ne savait que bénir et donner ; et vous consolerez aussi ceux qui restent, vous dont le coeur a toujours su trouver les mots qui consolent et qui fortifient. Donnez-nous seulement d'imiter vos vertus et de faire un peu de bien, ô vous qui étiez pour nous le vivant exemple de la foi, de la piété, de l'amour et qui, comme le Christ notre Maître, faisiez le bien partout où vous passiez.



    ***



    Amicus, qui signait ces lignes au Nécrologe de la Société des Missions Etrangères, pour l'année 1930, ne prévoyait pas, dans son vrai culte pour la mémoire de son vénéré confrère, ne pouvait pas prévoir ce que serait, non pas un mois, comme il l'écrit, mais treize mois après son inhumation, l'émotion profonde de Bangalore, les funérailles triomplales de Pondichéry. Sa courte biographie a donc, pour le lecteur, toute la valeur d'un témoignage vécu, de longues années, dans l'intimité d'une belle et sainte âme de Missionnaire.



    P. C. C. : E.-M. D.




    1932/115-124
    17-26
    France
    1932
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