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Le P. Varengue

Le P. Varengue La lettre que nos Associés viennent de lire était à peine écrite, que l'auteur, le cher et zélé P. Varengue, s'en allait au ciel recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur. Nous ne voulons pas laisser disparaître ce vaillant missionnaire sans donner un aperçu de sa carrière apostolique, qui fut bien remplie, mais hélas si courte. Lettre du P. Mironneau, Missionnaire apostolique.
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    Le P. Varengue

    La lettre que nos Associés viennent de lire était à peine écrite, que l'auteur, le cher et zélé P. Varengue, s'en allait au ciel recevoir la récompense promise au bon et fidèle serviteur.
    Nous ne voulons pas laisser disparaître ce vaillant missionnaire sans donner un aperçu de sa carrière apostolique, qui fut bien remplie, mais hélas si courte.

    Lettre du P. Mironneau,
    Missionnaire apostolique.

    Le P. Varengue, depuis mai dernier, était souffrant de la fièvre. Il n'en continua pas moins ses administrations dans les chrétientés de son district. Sa paroisse de Muong-Xoi est formée de trop de hameaux chrétiens pour que le titulaire de ce poste puisse se reposer à sa résidence plus d'un mois par an.
    Vers la mi-juin, j'allai le visiter. Je restai 6 jours à Muong-Xoi. J'eus voulu rentrer plus tôt à Muong-Xia, mais les torrents étaient grossis et le sentier du retour, coupé. Au reste, j'étais quelque peu inquiet de la santé de mon confrère, le voyant fiévreux toutes les nuits. Cependant le paludisme est une maladie si ordinaire dans ces contrées des plus malsaines, que le 7e jour, profitant de ce que les torrents baissaient, je me décidai à partir.
    Je venais d'arriver chez moi et de gravir l'échelle qui monte au rez-de-chaussée de ma demeure sur pilotis quand je reçus un mot des catéchistes du Père:
    « Père mourant, venez au plus vite ».
    Dès le lendemain matin, je reprenais, en hâte le sentier de Muong-Xoi. Le P. Varengue ne pouvait déjà plus parler. Le teint était verdâtre, l'oeil jaune. Le malade était atteint d'une fièvre bilieuse hématurique, maladie qui pardonne rarement.
    Cependant ses catéchistes et moi nous le soignâmes de notre mieux ; hélas la fièvre ne baissait guère et les remèdes n'étaient pas abondants dans la demeure du mourant. Aussi je décidai de conduire en toute hâte le cher malade à Thanh-Hoa. Là du moins il trouverait un médecin français et des soins appropriés à son état. C'était risquer gros, car le voyage de Muong-Xoi à Thanh-Hoa est des plus fatigants, mais enfin à Thanh-Hoa, il restait une chance de sauver le malade ; à Muong-Xoi, aucune.
    On transporta donc mon pauvre confrère en filet. Il faut habiter ces régions de hautes montagnes, aux sentiers sauvages, pour savoir la dose de supplices que représente pour un mourant ce mode de transport. Aux montées, le pauvre corps heurte les pierres et rochers du sentier, aux descentes, la tête est plus basse que les pieds. Le P. Varengue s'évanouit plusieurs fois.
    Enfin nous arrivâmes au fleuve Suong et nous pûmes continuer la route en radeau. J'avais peur d'un naufrage dans les nombreux rapides du fleuve. Dieu préserva le malade de cet accident. Trois jours durant, nous allâmes, couchant le soir chez l'habitant, privés du plus élémentaire bien être.
    Le Père fut admirable de gaîté. Dans les moments où la fièvre le laissait en possession de ses facultés, il riait de bon coeur, nullement inquiet de sa mort probable. Sa résignation était entière.
    Le 27 juin, nous étions à Hoi-Xuan, le point terminus de la route automobilisable du Chau-Laos. J'espérais une auto conduirait rapidement le malade vers Thanh-Hoa; malheureusement aucune auto n'arrivait plus là, la route était coupée, coupé le télégraphe et aussi le téléphone.
    Nous restâmes deux jours à Hoi-Xuan. Le pauvre Père eut une nouvelle et très forte crise de fièvre pernicieuse ; je crus qu'il allait mourir.
    Le lendemain matin, voyant qu'il était un peu mieux je le mis sur un radeau. Il put arriver à Thanh-Hoa. Hélas ! Malgré les soins qu'on lui prodigua il mourut deux jours et demi après son arrivée.
    Il était au Chau-Laos depuis 3 ans ; il y avait travaillé de tout son coeur. Dieu l'a récompensé.
    Cette année, nous avons été très éprouvés.
    Deux missionnaires français sur les cinq qui, en janvier 1926, évangélisaient ces contrées, sont morts ; un troisième actuellement en traitement à Hong-Kong n'est guère robuste. Hier, j'apprenais que l'un des deux prêtres annamites qui nous aident se meurt.
    Il y a 15 jours l'unique catéchiste annamite de Muong-Khiet mourait, après deux jours de maladie. Ma cure de Muong-Xia a été aussi visitée par la maladie. J'ai dû arracher à la mort un catéchiste qui resta trois semaines mourant.
    Mes deux domestiques ont été à tour de rôle aux portes du tombeau. J'ai pu les sauver tous, mais que d'angoisses, ce mois d'août !
    Peu de missions, je crois, ont coûté autant de personnes et de larmes que notre Chau-Laos.
    Les chrétiens, eux aussi, ont leurs épreuves. Après un nombre extraordinaire de morts cet hiver dues à une sorte de grippe, ils subissent cet été la terrible invasion des rats « fleurs de bambous », qui par milliers saccagent leurs rizières.
    On a même vu, chose rare à Muong-Khiet, une panthère entrer la nuit à l'intérieur d'une maison et blesser grièvement un vieillard et une femme. Laissant de côté la construction d'une cure pourtant des plus nécessaires, je vais avoir à bâtir une église. Avec quelles ressources?... Je ne le sais.
    Le P. Varengue avait déjà, je crois, tendu la main aux lecteurs des Annales. A mon tour, laissez-moi la leur tendre pour la première église du Haut Laos français.
    Pauvre Haut Laos, tu es de beaucoup la région la moins évangélisée de l'Indochine française. Cette petite chapelle sur pilotis, je veux l'élever au plus vite ; que de bien elle fera aux âmes quand Jésus y résidera. Elle coûtera au moins 1.500 piastres, et je n'ai que les aumônes récoltées par le cher P. Varengue... s'il en a reçu. Pieux et généreux amis des Missions, pensez à moi.

    1927/248-250
    248-250
    Vietnam
    1927
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