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Le P. Thomas Araya

HAKDOATÉ (Japon). Le P. Thomas Araya Lettre de Mgr BERLIOZ Évêque de Hakodaté. Nous avons perdu notre premier prêtre japonais, le bon P. Thomas Araya.
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    HAKDOATÉ (Japon).

    Le P. Thomas Araya
    Lettre de Mgr BERLIOZ

    Évêque de Hakodaté.

    Nous avons perdu notre premier prêtre japonais, le bon P. Thomas Araya.
    Il nous a été enlevé le 19 février après quelques heures de souffrance. La veille, en allant visiter des familles chrétiennes menacées par l'incendie, il avait dû franchir un fossé pour éviter l'encombrement de la foule. Son pied se prit malencontreusement dans un fil de fer qui le fit tomber. Cette chute paraissait d'abord sans gravité et n'ayant en d'autres conséquences que deux égratignures au visage. Mais quand il fut de retour à la mission, il éprouva une douleur intestinale qui alla toujours en augmentant et qui résista à tous les traitements. On ne s'arrêtait pas toutefois à l'idée qu'elle pût amener la mort. Vint le moment, hélas ! Où il fallut bien s'en convaincre, et M. Jacquet, qui lassistaient depuis le commencement de la crise, n'eut que le temps de l'administrer à la hâte.
    Le P. Thomas Araya avait été baptisé à l'âge de 14 ans, le 11 juillet 1879, en même temps que son père, ancien samurai de Hirosaki, lequel observait et faisait observer religieusement dans sa famille les traditions d'honneur et de loyauté de la caste militaire.
    Un missionnaire, M. Marin, trouva dans cette maison des âmes naturellement ouvertes aux enseignements de la foi. Trente-trois ans plus tard, le vieux père Siméon Araya, à l'occasion de la fête de ses 88 ans, crut devoir faire hommage à Pie X, du sabre dont il avait hérité de ses ancêtres, pour faire place, dit-il, à une arme incomparablement supérieure, le glaive de la foi, qu'il léguait à sa postérité. Le Saint Père daigna agréer cet hommage et y répondre par une bénédiction spéciale.
    Ce simple détail expliquera comment son fils, quoique néophyte, mais descendant d'un samurai sans peur et sans reproche, put être jugé digne d'aspirer au sacerdoce.
    Le jeune Thomas suivit d'abord les cours de médecine à Hirosaki. Sa belle intelligence, de même que ses aptitudes faisaient prévoir qu'il arriverait sans peine au terme désiré. Survint une longue maladie qui mit sa vie en danger. Le moment des adieux suprêmes étant arrivé, le malade dit à son père : « Maria Sama vient de m'annoncer que je guérirai ». « Il délire », murmura-t-on tout bas.
    Il ne délirait pas, et il avait vraiment été favorisé d'une vision de la bonne Mère. Les détails en ont été donnés dans le livre de M. Compagnon sur le cinquantenaire de Notre Dame de Lourdes.
    Tel fut le point de départ de sa vocation. D'abord aide catéchiste à Aomori, puis séminariste à Tokyo (1887-1891), il alla continuer ses études ecclésiastiques à Nagasaki (1891-1899) et il fut ordonné prêtre à Hakodaté le 11 février 1900.
    Pendant l'année qu'il passa dans le Hokkaido, il contribua efficacement à écarter les difficultés multiples que rencontrait l'établissement des Pères Trappistes. De Hakodaté il fut envoyé à Sendai pour seconder M. Jacquet, et c'est là que le reste de sa vie s'écoula, employée au service de la chrétienté, à la tenue de l'église et de la sacristie, au règlement de nos affaires avec les autorités civiles, à la traduction et publication des lettres pastorales, à la composition de quelques opuscules religieux du calendrier japonais. Régulier, pieux, discret, délicat, plutôt silencieux, d'une humeur toujours égale, il avait la confiance de tous les missionnaires, des chrétiens et des païens, et nous faisons par sa mort une perte dont nous sentons vivement l'importance.

    1919/5
    5
    Japon
    1919
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