Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Le P. Achille robert missionnaire à Taikou (Corée)

Le P. Achille robert missionnaire à Taikou (Corée) Le P. Achille Paul Robert est mort à Taïkou, trois semaines avant le 45e anniversaire de son départ pour la Corée.
Add this
    Le P. Achille robert missionnaire à Taikou (Corée)

    Le P. Achille Paul Robert est mort à Taïkou, trois semaines avant le 45e anniversaire de son départ pour la Corée.
    Depuis le 22 août 1919, il était déchargé de tout ministère et se préparait au dernier voyage, à côté de la grotte de Notre-dame de Lourdes où il a dit la messe tant que ses forces le lui ont permis. Son évêque lui avait demandé de relater, quand le travail lui était possible, les souvenirs de sa longue vie apostolique. Il le fit avec la simplicité qui était une de ses vertus. Ce document, très précieux pour les archives de la mission, forme un cahier grand format de 148 pages, où nous puiserons largement pour écrire cette notice.
    Né le 21 octobre1 1853 à Villers-sur-Saulnot (Haute-Saône), il fut baptisé par un de ses cousins l'abbé Paul Robert. Ses « parents foncièrement chrétiens, étaient écrivait-t-il d'une intransigeance extraordinaire, aussi, je dois avouer, que vu mon activité extraordinaire, ou si l'on veut ma turbulence, je reçus d'eux plus de coups de verge que de baisers.
    « A 7 ans je fus envoyé à l'école de Villers, distante de 3 kilomètres de la maison familiale.
    « Aimant beaucoup l'étude je contentais facilement mon maître. C'est pourquoi, invité un jour à dîner par mon père, il lui déclara que, bien qu'étant un des plus dissipés de ses élèves, je lui donnais satisfaction pour le travail. Mon père en était tout fier, et lorsque, à la messe paroissiale du dimanche, il m'entendait répondre sans hésitation aux différentes questions qui m'étaient posées par M. le curé, il s'écriait : « Si mon fils avait un peu plus de plomb dans la tête, on pourrait peut-être en faire quelque chose ».
    Le jeune Achille, plus sérieux au fond que son père le supposait, priait le bon Dieu de lui permettre d'entrer au séminaire. Entre temps, il apprenait un peu de latin auprès d'un de ses cousins, ancien séminariste ; ses prières furent exaucées, et il entra au petit séminaire de Luxeuil le 1er septembre 1867.

    1. C'est la date que portent les registres de la mairie de Villers-sur-Saulnot, et ceux de la paroisse de Saulnot. M. Robert disait être né le 23 octobre.

    Il était en rhétorique lorsque éclata, en 1870, la guerre avec l'Allemagne : le séminaire fut licencié jusqu'en avril 1872.
    Il lit ses deux années de philosophie au séminaire de Vesoul. C'est pendant une retraite à ce séminaire qu'il se sentit appelé aux Missions Etrangères. Il demanda et obtint Tautorisation de s'y consacrer, et le 10 septembre 1873 il était au séminaire de la rue du Bac.
    « J'ai toujours regardé, écrit il, les trois années et demie passées dans cette maison comme les plus belles de ma vie. Jamais je n'avais rencontré autant de cordialité, de charité et d'esprit de famille. Je m'étais particulièrement lié d'amitié avec M. Guillon, de Chambéry, plus tard évêque de Mandchourie, et je suis resté en correspondance avec lui jusqu'à sa mort à Moukden, où il fut brûlé dans son église par les Boxeurs ».
    Le 23 décembre 1876, il fut ordonné prêtre, et le lendemain il recevait, avec M. Doucet, sa destination pour la mission de Corée.
    Quelques mois plus tard, les nouveaux missionnaires étaient près de Mgr Bidet, à Notre-dame des Neiges, en Mandchourie, poste d'attente d'où se préparaient les expéditions apostoliques pour la Corée. Ils commencèrent à y apprendre la langue de leur future mission.
    « Au commencement de septembre 1877, Mgr Bide nous avertit, le P. Doucet et moi, que nous avions à nous préparer pour l'accompagner en Corée. Le 4, après avoir récité les prières de l'itinéraire avec notre évêque, nous montâmes à cheval, et le 8, jour de la Nativité de la Sainte Vierge, nous nous embarquions à un petit port, sur une jonque chinoise qui devait nous conduire en vue des côtes coréennes. A la fin du 3e jour, nous étions en face de l'île où devait avoir lieu le rendez-vous. Pendant deux jours nous attendîmes en vain la barque chrétienne qui devait simuler la pêche et nous recevoir. Le deuxième jour, à la tombée de la nuit. Mgr Bidet ordonna aux matelots chinois de mettre à la mer la petite chaloupe, et en y faisant monter notre maître de langue, Kouen Thaddée ; il recommanda à ce dernier d'accoster, de chercher tel chrétien, de s'informer près de lui au sujet de la barque attendue. Si celle-ci était arrivée, Thaddée devait monter sur la montagne; y allumer une torche et la tenir ainsi allumée quelque temps ; si elle n'était pas arrivée, sa torche étant allumée, il devait l'éteindre quelques instants après, puis la rallumer; enfin, si arrivée, la barque portait de mauvaises nouvelles : persécution, péril des deux missionnaires précédemment entrés, il devait agiter la torche en tous sens.
    « Nous attendîmes longtemps. Enfin, la torche parut, agitée en tous sens. Alors, tout pâle, Monseigneur se tourna vers nous : « Pas de chance, l'expédition est manquée. Nos confrères sont probablement massacrés ou en prison. Si c'est l'ordre de Dieu, que sa volonté soit faite ». On se prépara à lever l'ancre dès que la petite barque serait de retour. Elle nous ramena Thaddée très gai et manifestant bruyamment sa joie. Tout allait pour le mieux. Il avait rencontré les chrétiens envoyés par le P. Blanc. Ils étaient arrivés quelques heures plus tôt, et dans sa précipitation à nous avertir, Thaddée avait trouvé trop simple de faire ce qu'on lui avait dit, et avait agité la torche avec enthousiasme ».
    Après s'être revêtus des habits coréens, les trois voyageurs passèrent sur la petite barque et naviguèrent le long des côtes pendant trois jours. Alors, en vue du village où ils devaient résider, MM. Doucet et Robert descendirent à la faveur de la nuit, et Mgr Ridel continua sa route vers Séoul. Le village où ils demeurèrent était composé de quatre maisons chrétiennes. Les deux jeunes missionnaires y firent leur apprentissage de la vie coréenne, dans une petite chambre qui leur servait de chapelle, de salle à manger et de chambre à coucher : par le manque absolu de meubles, elle s'adaptait facilement à ces divers usages. Ils durent apprendre à user de précautions pour ne pas être vus des païens, ne sortir habituellement que la nuit, et non sans s'être assurés que personne de suspect ne se trouvait à proximité.
    Au mois de décembre, arriva l'ordre de Mgr Ridel à M. Robert de se rendre dans le Kangouento, au village de Korneikol, pour y commencer l'enseignement du latin à quelques enfants que l'évêque destinait à son futur séminaire, y continuer l'étude de la langue, et faire ses débuts dans l'exercice du ministère auprès des fidèles du village. Deux jours de voyage, les jambes croisées dans la chaise de deuil, et notre P. Robert se trouve dans sa nouvelle résidence.

    Au jour de l'an coréen, il reçut du provicaire la nouvelle de l'emprisonnement de Mgr Ridel, avec l'ordre de licencier ses séminaristes et de se retirer dans une cachette qu'il ne devait laisser connaître qu'à un ou deux chrétiens chargés des communications.
    Le lendemain matin, après avoir célébré la messe avant le jour, mis dans de grands vases en terre tous les objets européens, y compris le nécessaire de messe, et enterré le tout, il partit avec son servant et son catéchiste vers l'endroit que ces deux chrétiens avaient déterminé dans le district de Koksan.
    Pendant plusieurs mois, sans chapelle, sans bréviaire, n'ayant que le nécessaire d'extrême-onction et son chapelet, il dut partager sa vie entre l'étude de la langue, l'instruction et la confession des rares chrétiens de sa solitude et la prière. A cette première cachette en succéda une seconde. Le catéchiste de Séoul lui lit savoir que les satellites étaient sur les traces de quelques missionnaires dispersés dans le pays ; que Koksan n'était pas assez sûr, et que le P. Kim (c'est le nom coréen de M. Robert) devait au plus tôt se réfugier ailleurs. ll partit chez un chrétien, Kim François, dont le fils vient de célébrer cette année le 25e anniversaire de son sacerdoce. Retiré dans une vallée très sauvage, au district de An Hpyen, loin de toute habitation païenne, il y instruisit, baptisa et confirma les membres de la famille de son hôte qui n'étaient pas encore chrétiens. Au bout de deux mois, il dut s'enfoncer dans les grandes montagnes, à une journée de route, où on avait trouvé trois paillotes que les habitants avaient abandonnées après que deux d'entre eux avaient été dévorés par le tigre et qu'ils vendirent pour quelques francs. Il put enfin faire venir ses ornements, son calice, et tout ce qui est nécessaire pour la célébration du Saint Sacrifice. Ses élèves, rappelés par lui, vinrent le rejoindre et reprirent leurs études de latin.
    M. Blanc, que Mgr Ridel, avant d'être emprisonné, avait nommé provicaire, indiqua à MM. Robert et Doucet un village où ils pourraient se rencontrer. Ils s'étaient quittés depuis neuf mois. On s'imagine aisément la joie de cette entrevue qui dura deux jours.
    Lorsque, sur l'intervention du représentant de la France à Pékin, Mgr Ridel eût été reconduit à la frontière de Chine, le danger de persécution sembla écarté. Tout-en lui recommandant de rester caché, le provicaire fixa à M. Robert son itinéraire de visite des chrétientés. Il lui indiqua comme résidence un village plus à proximité des communications, et où les séminaristes pouvaient être plus facilement réunis. C'était le village d'Orikol, dans la province du Kyeng-keui.
    De ce moment, et pour de longues années, commence pour l'apôtre la vie ordinaire de l'administration qui, sur des étendues considérables, se poursuivait toute l'année.
    Peu à peu, le nombre de missionnaires ayant heureusement augmenté, les voyages de notre confrère furent restreints à la province de Kyengsyangto, où, après Sinnamoukol et Saipangkol, il devait finalement fixer sa résidence à Taïkou.
    En 1890 mourut Mgr Blanc, successeur de Mgr Ridel ; et Mgr Mutel prit sa placé en 1891, à un moment où, à la suite des traités conclus avec les puissances étrangères, le « Royaume Ermite » s'ouvrait enfin. Mais il s'ouvrait à regret.
    « A la fin de février 1891, écrit M. Robert, je fus appelé pour un malade à la ville de Taïkou. Je n'y étais jamais entré de jour, par prudence; mais le cas pressait. Je m'y rendis dans mon habit de deuil. Comme je passais sur la place du marché, plusieurs individus me regardèrent attentivement et je les entendis murmurer : « Ce noble en deuil n'est certainement pas Coréen. » Je ne fus pas inquiété, mais je fus suivi et, la nuit suivante, une bande envahit le village, maltraita les chrétiens, et se mit, sous prétexte de chercher l'Européen, à vouloir procéder au pillage. On réussit à les chasser.
    Le lendemain, fort du passeport que nous avait remis M. le ministre de France, je me rendis à cheval, et pour la première fois en soutane, chez le mandarin ; j'étais accompagné de mon servant, soi-disant interprète, également à cheval. Une foule immense s'assembla, poussant dés cris hostiles et nous jetant des pierres. J'envoyai mon passeport au mandarin et j'attendis. Au bout de 20 minutes, un valet me rapporta le passeport que le mandarin renvoyait en refusant de recevoir. Naturellement, l'hostilité de la foule en fut renforcée et, jusqu'au palais du gouverneur, où je me rendis de suite, je fus escorté d'injures et de pierres. Le gouverneur refusa de recevoir le passeport. C'était le prince Min, proche parent de la reine. Aussitôt la foule se rua sur mon domestique et sur les chevaux qui furent roués de coups.
    Dans la chambre des satellites où l'on m'avait fait entrer, un prétorien me dit : « Tâchez de disparaître sans retard. Le gouverneur vient de me donner l'ordre de vous expulser de la province. Si la foule l'apprend et que vous soyez encore la, elle vous massacrera ».
    Je sortis précipitamment, mais au lieu de me sauver, ce que du reste je n'aurais pu faire, je courus à la chambre du gouverneur. Quand il me vit, et surtout quand il m'entendit parler coréen, il pâlit et finalement me donna une escorte de 6 soldats. Je partis pour Séoul, conduit par cette escorte. La première nuit que nous passâmes à l'auberge, après avoir fait boire nos gardes, je réussis à sortir, et ayant pu me procurer un peu d'argent chez des chrétiens, je me rendis à petites journées à la capitale où j'arrivai, toujours en soutane, mais en assez piteux état.
    M. Colin de Plancy prit vigoureusement l'affaire en mains, voulant réprimer la violation du traité faite au lendemain de la signature. Menacé de l'arrivée d'un bateau de guerre, le gouvernement coréen céda ; le gouverneur fut destitué, et je fus reconduit, avec une escorte d'honneur, à la ville de Taïkou d'où j'avais été ignominieusement chassé ».
    Ainsi rentré à Taïkou, le P. Robert eut la bonne inspiration de s'y installer. Il acheta une maison. La notoriété que cet événement lui avait donnée ne contribua pas peu à établir ses bonnes relations avec les indigènes, et aida beaucoup au développement de cette chrétienté qui est aujourd'hui une des plus considérables du pays.
    Il travailla 30 ans à Taïkou, s'occupant également de l'administration des chrétientés du district d'abord très vaste, mais qui alla en diminuant à mesure qu'on en détachait de nouveaux centres. Finalement, il n'eut plus à administrer que la ville même. Ce long séjour fut un élément de succès. Tout le monde à Taïkou connaissait le « Kim sin pou ». Que de fois les prédicants de l'hérésie, venus quand il n'y avait plus rien à craindre, s'entendirent répondre par les païens qu'ils exhortaient : « Si nous nous décidons à faire de la religion, c'est celle du « Kim sin pon » que nous ferons ; lui, nous le connaissons depuis longtemps, et nous savons le bien qu'il accomplit ».

    Il faisait, en effet, beaucoup de bien. Il n'a jamais su tenir à l'argent, et il avait un réel talent pour en trouver. Écrivant des lettres très intéressantes, il s'attachait ses correspondants par une affection durable, et Dieu sait les dons qu'il a reçus et les aumônes qu'il a répandues !
    Par le prestige que lui avait acquis son installation à Taïkou, non moins que par les bonnes relations qu'il entretint avec les gouverneurs et les mandarins, par l'adresse avec laquelle il sut avoir une influence sur les secrétaires et autres employés du prétoire qui, étant inamovibles, gouvernaient en fait beaucoup plus que les gouverneurs et les mandarins, il évita à ses chrétiens les mauvais traitements auxquels les exposait leur religion. Cela permit à plusieurs d'entre eux, bien doués pour le commerce et sérieux, de réaliser une assez belle fortune. Comme il sut les conserver excellents chrétiens, il trouva en eux de généreux collaborateurs. Assez fréquemment, à l'occasion d'une grande fête, ils faisaient aux pauvres de la ville des distributions de riz et mettaient cela au compte du P. Kim, c'est-à-dire qu'ils présentaient ces largesses comme faites par lui.
    Un autre élément de succès lui venait de son caractère heureux que les difficultés n'attristaient pas longtemps, et qui ne prenait pas les ennuis au tragique. Le souvenir qu'il conservait des fautes de ses chrétiens s'effaçait vite ; son indulgence était grande. Ses paroissiens le savaient et parfois en abusaient. « Mais, disait-il volontiers pour s'excuser, soyons pour les autres ce que nous voudrions que les autres fussent pour nous ».
    Aimant à causer et parlant admirablement la langue coréenne, il avait toujours chez lui une foule de gens chrétiens et païens ; son servant, à la fois lettré renommé et homme de foi profonde, lui amenait les visiteurs et continuait l'oeuvre commencée par la sympathie qu'avait provoquée le contact du missionnaire. Beaucoup d'employés du mandarinat et du palais du gouverneur, sortis de charge, entrèrent dans l'Église par cette porte, et la chrétienté de Taïkou comprend nombre de fidèles de bonne condition sociale qui vinrent à Dieu pendant cette période.
    Il construisit une église de style pagode, ne pouvant encore, du moins il le croyait, élever un bâtiment en briques. Sa mai on fut dans le même style. Les peintures et décorations furent exécutées par des bonzes, dont deux se convertirent à cette occasion. On considérait ce monument comme le plus beau de Taïkou. Toutes les autorités du pays assistèrent à la bénédiction qui en fut faite à Noël 1898, et au banquet qui la suivit.
    Deux ans après, un incendie dont la cause n'a jamais pu être exactement connue détruisit entièrement ce premier sanctuaire de Notre-dame de Lourdes. Ce fut un coup terrible pour le missionnaire, mais il ne fut pas longtemps dans l'abattement, Dès le lendemain, il disait : « En effet, cette église pagode n'était pas digne de la Mère de Dieu ; c'est une bonne chose qu'elle soit détruite, nous allons la reconstruire en briques ». Il réussit, non sans peine, et c'est cette église à deux clochers qui est aujourd'hui l'église principale et quasi-cathédrale du nouveau Vicariat apostolique de Taïkou érigé en 1911.
    Quand le Vicaire apostolique arriva, en juin de cette année, le P. Robert se leva pour le recevoir, mais dut se recoucher de suite. Depuis quelques semaines il était malade.
    Le nouvel évêque fit appeler un médecin qui déclara le missionnaire atteint du prou, et nécessaire son départ pour la France.
    Notre cher confrère, lorsqu'il en revint en 1913, semblait entièrement guéri. Il reprit sa place à Taïkou, secondé par M. Saucet qui devait inopinément le précéder dans la tombe. Mais les symptômes de la maladie ne tardèrent pas à reparaître. En 1919, conscient qu'il n'était plus capable de donner des soins assez réguliers à la chrétienté toujours grandissante, il demanda et obtint de prendre sa retraite. Après quelques mois passés à Hongkong, il s'installa à l'évêché où il n'eut plus d'autres préoccupations que de se préparer à la mort.
    En octobre 1921, il eut la grande joie de recevoir la visite de son frère Léon, procureur général, récemment nommé premier assistant de Mgr le Supérieur de notre Société. Ce fut une entrevue bien douce et bien douloureuse, car tous deux savaient qu'ils ne devaient plus se revoir ici-bas.
    Voici en quels termes le Bulletin de la Mission porta aux confrères le récit des derniers moments du plus ancien missionnaire de la Corée :
    « Le P. Robert nous a quittés le lundi 2 janvier 1922, à 4 h. 20 du soir, dans la 69e année de son âge, 23 jours avant le 45e de son départ de Paris pour la Corée, « Sa mort n'était inattendue pour personne, pour lui moins que pour tout autre. S'y préparant depuis de longs mois, muni de tous les secours de la religion, il en parlait comme dune chose toute simple, l'attendait sans anxiété, la voyait approcher sans étonnement. Ses dispositions matérielles étaient prises dans les détails : « J'ai deux bonnes soutanes, disait il tout dernièrement au procureur ; pour m'ensevelir, vous prendrez la troisième qui est usée, les deux bonnes iront là tel confrère ».
    Le matin du 1er janvier, nous allâmes lui souhaiter la bonne année. Il nous remercia et nous laissa voir qu'il se rendait compte que ce jour serait pour lui le dernier d'une année qui ne finirait pas. Le lendemain, à 8 h. 1/2, l'agonie commença. Monseigneur lui suggéra l'abandon à la volonté de Dieu et les autres actes du moment suprême. En pleine connaissance, d'une voix encore forte mais insuffisamment articulée déjà, il répéta les paroles de l'évêque. Il reçut une dernière absolution, et le soir, à 4 h 20, il expira.
    Moins de deux heures après, revêtu des ornements, il semblait dormir sur le lit funéraire qui avait été dressé dans le grand hall de la « Jeunesse catholique ». Déjà accouraient de toute la ville les fidèles, hommes et femmes. Constamment très nombreux, pendant le jour et les deux nuits qui s'écoulèrent jusqu'aux funérailles, ils sont venus rendre à leur Père, à celui qui, de presque rien, fit, en 30 ans de labeur, la belle chrétienté de
    Taïkou, à celui qui les baptisa presque tous, l'hommage de leur gratitude par une prière ininterrompue.
    Le 4 janvier, la cathédrale de Taïkou vit la plus imposante cérémonie qui y eut jamais lieu... A 8 h. 1/2 le cortège quittait l'évêché. Toutes les écoles, les religieuses, les séminaristes, le choeur des hommes chantant sur tout le parcours les prières coréennes, la croix, le provicaire de la mission et ses ministres précédaient. Le corbillard noir, aux insignes chrétiens, était porté sur les épaules de 28 jeunes gens catholiques, tous vêtus de noir et coiffés du bonnet de deuil coréen...Mg Demange notre Vicaire apostolique, Mgr Mutel, de Séoul, les missionnaires et prêtres indigènes, les hommes et les femmes suivaient en foule interminable dans un silence et une gravité rares en Corée, et la procession s'avançait lentement dans les rues- tortueuses et étroites, où l'ancien curé de Taïkou passait à la hauteur des toits de chaume.
    Mgr Demange célébra pontificalement la messe, Mgr Mutel donna l'absoute. L'exécution du chant grégorien par les élèves du séminaire Saint Justin fut excellente. Le cortège reprit ensuite, dans le même ordre, le chemin du cimetière de la mission: Combien de fois le cher P. Robert n'y était-il pas venu méditer, devant la grande croix de granit qui protège les tombes des missionnaires, et penser à la suprême espérance inscrite sur son socle : Tunc parebit signum Filii hominis in coelo.

    CORÉE

    Lettre de Mgr. Mutel.
    Vicaire apostolique de Séoul.

    Documents sur nos Martyrs en Corée.

    La nomination de mon coadjuteur me donne quelques loisirs; pour les employer j'ai trouvé une occupation très attachante. J'ai eu la bonne fortune de découvrir enfin dans les documents officiels de l'ancien gouvernement coréen, que les Japonais m'ont permis de consulter, quelque 2 0 pages de pièces se rapportant à nos martyrs de 1839, 1846 et 1866. Elles sont tirées d'une cinquantaine de volumes que j'ai dépouillés avec soin ; je suis en train de faire la traduction de ma copie. J'ai déjà achevé celle qui concerne les martyrs de 1839 et de 1846. Après l'avoir expédiée à Rome je me mettrai au travail pour les martyrs de 1866. Et ainsi l'étude du chinois écrit que amorcée il y a quarante-cinq ans, quand j'attendais en Mandchourie l'occasion de passer en Corée, me sert sur mes vieux jours plus directement que jamais, et pour une cause très sainte, à laquelle il fait si bon de travailler.

    ***

    Rome. Le Promoteur de la Foi a informé le Procureur général de notre Société à Home que la Congrégation préparatoire sur le martyre de Mgr Imbert, de MM. daubant, Chastan, martyrs eu 1839 et de leurs 79 compagnons coréens, était fixé au 22 mai prochain. Cette bonne nouvelle nous permet d'espérer la Béatification de ces Martyrs en 1925.

    1923/19-30
    19-30
    Corée du Sud
    1923
    Aucune image