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Le Monument de saint François Xavier dans l'île de Sancian

Le Monument de saint François Xavier dans l'île de Sancian Sancian est une petite île de la province du Kwantung, distante du continent d'environ 10 kilomètres. Une traversée de 7 heures y conduit de Macao ; de Hongkong. 9 à 10 heures.
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    Le Monument de saint François Xavier dans l'île de Sancian



    Sancian est une petite île de la province du Kwantung, distante du continent d'environ 10 kilomètres. Une traversée de 7 heures y conduit de Macao ; de Hongkong. 9 à 10 heures.

    Les pèlerinages y seraient plus fréquents si moindre était le risque d'une désagréable rencontre de pirates, qui abondent dans ces parages. Et c'est un regret pour les fidèles de ne pouvoir autant qu'ils le voudraient venir vénérer le grand Apôtre de l'Extrême-Orient, saint François-Xavier, au lieu même où il rendit son âme au souverain Maître qu'il avait si bien servi.

    Car c'est dans cette petite île de Sancian que, le 3 décembre 1552 (1), celui qu'on a pu appeler « le plus grand missionnaire après saint Paul » mourut, dans le dénuement et l'abandon le plus complet. Il était arrivé dans l'île au mois d'août précédent, et depuis lors avait vainement cherché à se procurer un bateau chinois qui le conduisît à Canton, d'où il voulait entreprendre l'évangélisation de la Chine. Lorsqu'il mourut, le navire portugais qui l'avait amené, le Santa-Croce, était reparti pour Malacca. Ce fut donc son fidèle domestique chinois, Antonio, qui, aidé par quelques habitants du village, dut procéder à l'inhumation du saint. De la misérable cabane où il avait vécu ses derniers jours, le corps fut transporté de l'autre côté de la baie, à l'est, sur une colline dominant la mer, et couché dans une fosse que l'on remplit de chaux vive, afin que ces restes précieux se conservent jusqu'au jour où, la belle saison ramenant les bateaux portugais, ils puissent être relevés et emportés à Malacca. Le Santa-Croce revint, en effet ; le tombeau ouvert, le corps fut trouvé en parfait état de conservation comme il est demeuré jusqu'aujourd'hui, et transporté sur le navire, qui, le 17 février 1553, levait l'ancre et faisait route vers le sud. Le 20 mars, le corps fut débarqué à Malacca et, après un office solennel à l'église Notre Dame du Mont, fut descendu dans une fosse creusée dans le roc, près de l'autel. Ce ne devait pas être la sépulture définitive du grand apôtre. Le 2 décembre de cette année, le corps du Santo Padre, couché dans un riche cercueil, capitonné intérieurement de damas de Chine, était embarqué sur un navire qui se dirigeait vers Goa, où il n'arriva que trois mois plus tard, après une traversée des plus accidentées. Il y est encore, dans l'église du Bom Jesus, et tout récemment, du 3 décembre 1931 au 10 janvier 1932, a eu lieu l'ostension solennelle de ses reliques, qui a attiré une foule immense de pèlerins, non seulement des Indes, mais de Hongkong, de Malaisie et même de l'Afrique.



    (1) De documents nouvellement produits il ressort que le saint est mort non pas le 27 novembre comme le disait le P. Cros, ni le 2 décembre comme le dit le Bréviaire, mais le 3, jour auquel sa fête a été fixée par la liturgie. (A. BROU, Saint François-Xavier, II, 442.)



    Le tombeau de Sancian, devenu vide, demeura près d'un siècle dans l'état d'abandon où l'avaient laissé les Portugais. Ce n'est qu'en 1639, 17 ans après la canonisation du saint, que les Jésuites de Macao élevèrent un premier monument dans l'île à la mémoire de l'apôtre des Indes. C'était une stèle avec une inscription rappelant que le corps de Xavier avait reposé là.

    En 1698, le navire français Amphitrite fut poussé par la tempête dans le dangereux détroit qui sépare Sancian du continent chinois. Sur le point de sombrer, les matelots invoquèrent saint François-Xavier et firent voeu, s'ils échappaient au naufrage, d'élever dans l'île une chapelle en son honneur. Ils furent sauvés et, deux ans après, en exécution de leur promesse, un oratoire fut construit sous la direction des Pères Turcotti et Visdelou, missionnaires jésuites de Canton.

    Au XVIIIe siècle la chapelle subit le sort des établissements religieux de Chine. Lors des persécutions de 1724 et de 1732, elle fut démolie, et, quand Mgr Guillemin, Préfet Apostolique de Canton, visita l'île pour la première fois en janvier 1867, il ne trouva que des ruines.

    L'évêque de Cybistra n'était pas homme à se résigner à un tel état de choses. C'était le temps où il bâtissait sa magnifique cathédrale de Canton, dont il avait fait l'oeuvre principale de sa via Son zèle pour les constructions était tel que ses amis disaient en plaisantant qu'il souffrait de la « maladie de la pierre ». D'autres, s'emparant de la devise de ses armoiries épiscopales : In morte vita (dans la mort est la vie), se permettaient d'y changer un mot, et la devise devenait : In mortier vita (dans le mortier est la vie). Dès cette première visite, Mgr Guillemin fit l'acquisition d'un terrain sur lequel il bâtit une belle église dédiée à Notre Dame de Lourdes, avec une résidence pour le missionnaire et une école pour les enfants. Au mois d'avril 1869 il conduisit à Sancian un pèlerinage, auquel prirent part 200 Européens (1) et une centaine de Chinois chrétiens, et, le 25 de ce mois, il inaugurait et bénissait une chapelle érigée au lieu même où saint François-Xavier avait été inhumé pendant deux mois.



    (1) Parmi eux était le Père Osouf, alors Procureur général de la Société à Hongkong, qui devint plus tard archevêque de Tôkyo et bâtit dans la capitale du Japon une grande et belle église dédiée à saint François-Xavier.



    Cette double construction de l'église Notre Dame de Lourdes et de la chapelle du Tombeau ne satisfaisait pas encore la dévotion de l'évêque. Il rêvait d'un monument élevé au sommet de la colline, de telle sorte que les bateaux venant d'Europe ou y allant puissent reconnaître l'île où le grand Apôtre avait terminé sa rude vie de missionnaire. Il sut réaliser son rêve et l'histoire mérite d'être contée.

    Les intérêts de sa mission amenèrent Mgr Guillemin en Europe de la fin de l'année 1856 à la fin de l'année 1858. Il avait quitté Canton simple prêtre ; il y revint évêque de Cybistra, ayant été sacré à Rome, le 25 janvier 1857, par le Pape Pie IX lui-même.

    Après sa consécration, il s'était rendu dans son village natal de Vuillafans, au diocèse de Besançon. Un jour quelques habitants, ses amis, lui demandèrent dans quelle direction se trouvait Canton par rapport à leur village. C'était alors le mois de juin, époque où à Canton le soleil de midi est au zénith et où ses rayons tombent perpendiculairement sur la tête des habitants, et, lorsqu'il est midi à Canton, il est 5 heures du matin en France. De là la réponse de l'évêque : « Demain matin levez-vous à 5 heures et voyez où est le soleil. Laissez ensuite tomber devant le soleil un fil à plomb : il vous donnera la position exacte de Canton ». Ils suivirent le conseil. A 5 heures le lendemain matin ils remarquèrent la position du soleil et le point de la montagne de Vuillafans qui devait marquer la direction de Canton ; puis, le soir, ils gravirent la colline et, à l'endroit indiqué, amassèrent un tas de pierres de 4 à 5 pieds de hauteur, au sommet duquel ils dressèrent une croix en bois brut. Le rustique monument reçut dans le pays le nom de « Pyramide de Canton » et fut vénéré des habitants jusqu'à sa destruction durant la guerre franco-allemande de 1870.

    Il se trouva heureusement que Mgr Guillemin était de nouveau en Europe à cette époque, venu pour assister au Concile du Vatican. Quand il vint à Vuillafans et y vit les ruines de la « Pyramide de Canton », sa « maladie de la pierre » le reprit et il n'eut pas de repos que le petit monument n'ait été restauré ; mais il voulait faire mieux. Il fit élever un petit édifice de style chinois, sur lequel prit place une statue de saint François-Xavier. Le tout fut surmonté d'une petite tour ou beffroi, dans lequel on suspendit une cloche chinoise qu'il avait rapportée de Sancian même en venant en Europe. La statue fut exécutée sous sa direction par un artiste distingué, Bonnassieux, membre de l'Institut. On en prit le moulage, qui produisit non seulement la statue destinée à la « Pyramide de Canton » de Vuillafans, mais aussi celle que l'on voit sur la tombe de Mgr Guillemin (1), celle qui fut élevée plus tard dans l'enclos de la mission de Canton et enfin celle qui surmonte la « Pyramide de Sancian », au-dessus de la chapelle du Tombeau.

    Le 29 janvier 1877, Mgr Guillemin conduisit encore un nombreux pèlerinage à Sancian pour la bénédiction solennelle de la statue. Trois évêques l'y accompagnèrent : Mgr de Souza Ennes, de Macao ; Mgr Raimondi, de Hongkong et Mgr Le Turdu, de Malacca. Depuis lors la chapelle du Tombeau a souffert des intempéries, des typhons et des pirates ; huis les missionnaires de Maryknoll, à qui est confiée maintenant l'île de Sancian, sauront trouver les moyens de la restaurer.

    Quant à la « Pyramide de Sancian » que surmonte la statue de Bonnassieux, elle demeure fidèle à son rôle d'inviter les voyageurs, matelots et passagers, à adresser leurs hommages et leurs prières au grand Apôtre des Indes et du Japon, mort dans cette île lointaine, les yeux fixés sur l'immense continent chinois qu'il aurait voulu aussi conquérir à Jésus-Christ.



    (1) Philippe François Zéphirin Guillemin, né 1e16 mars 1815 à Vuillafans (Doubs), prêtre le 8 septembre 1839, entra au Séminaire des Missions Etrangères en 1847 et partit l'année suivante pour le Kouangtong. Préfet Apostolique en 1853, il fut sacré évêque de Cybistra en 1857. Il mourut à Besançon le 5 avril 1886 et fut inhumé dans le cimetière de son village natal.




    1932/63-65
    63-65
    Chine
    1932
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