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Le massacre de M. Castanet au Kien-Tchang

ANNALES DE LA Société des Missions Etrangères SOMMAIRE
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Etrangères

    SOMMAIRE

    LE MASSACRE DE M. CASTANET, lettre de Mgr de Guébriant. La RÉVOLUTION EN CHINE par M. Souvey. Se-tchoan occidental et oriental : La RÉBELLION, lettres de M. Couderc et de M. Dangy. Se-tchoan méridional: Les REBELLES à YANG HIEN, lettre de M. Cadart. Siam : La CONVERSION D'UN TALAPOIN en 1865, lettre de M. Juglar. MONOGRAPHIE DU KIEN-TCHANG par Mgr de Guébriant et M. Gourdin. Kouy-tcheou : UN SÉMINAIRE SAUVAGE, lettre M. Thirion. NOUVELLES DIVERSES : Singapore, Tonkin Occidental. Kien-tchang.
    GRAVURES. Mgr de Guébriant, vicaire apostolique du Kien-tchang. Les Talapoins en voyage. Les Talapoins au travail. Pagode de Ratchabopit. Pagode à Bangkok.

    Le massacre de M. Castanet au Kien-Tchang

    Voici les renseignements qui nous sont parvenus sur le massacre de M. Castanet que notre numéro de janvier annonçait :

    LETTRE DE Mgr DE GUÉBRIANT

    Vicaire Apostolique du Kien-tchang.

    MALGRÉ l'état depuis longtemps troublé de la province du Se-tchoan (dont fait partie le Kien-tchangg), M. Frdinand Castanet crut pouvoir, aux derniers jours d'octobre, se mettre en route pour sa tournée d'automne. Il se rendit d'abord à Kiang-tcheou, localité située sur une grande route, à vingt kilomètres est sud-est de Houi-li-tcheou, sa résidence ordinaire.
    Depuis moins de dix-huit mois, il avait converti et baptisé là plus de cent personnes. Deux jours après son arrivée, le mandarin de Houi-li-tcheou lui dépêcha un exprès pour l'avertir que des troubles très graves avaient éclaté et que les missionnaires étaient en danger.

    MARS AVRIL 1912, N° 86.

    Le lendemain et les jours suivants, le même message fut réitéré jusqu'à six fois, pressant M. Castanet de se mettre en sûreté : plus inquiet pour son troupeau que pour lui-même, le bon pasteur refusait de fuir. Cependant, aucune illusion n'était plus possible.

    ***

    On savait que des Européens avaient été attaqués et probablement tués à trente lieues plus au Nord, que les mandarins de Te-tchang et de Si-tchang avaient été mis à mort, que Ning-yuen fou, le chef-lieu du Kien-tchang, était lui-même au pouvoir des révoltés... Ce n'était pas une révolution victorieusement poursuivie en vue d'un résultat déterminé : c'étaient les brigands de toute la contrée qui, réunis en bandes, profitaient du désarroi de l'Empire pour exercer impunément leur sinistre métier.
    Eclairé enfin, mais trop tard, sur le vrai caractère de l'effervescence qui grondait autour de lui, M. Castanet se décida à quitter Kiang-tcheou de bonne heure, le 4 novembre, se dirigeant vers le Yang-tse ou fleuve Bleu, qui, par là, sert de frontière au Se-tchoan et au Yun-nan. Il pensait trouver hors du Se-tchoan une sécurité relative, et, en quelques jours de marche, gagner la capitale du Yunnan, où j'étais moi-même attendu vers le 10 novembre.

    ***

    Mais il était déjà, sans le savoir, guetté par les bandits. A quinze kilomètres de Kiang-tcheou, il s'arrêta pour prendre un rafraîchissement au village de Tié-tsiang-tsen, le dernier avant d'atteindre le fleuve. Mais il s'aperçut que des individus à mine suspecte se rassemblaient autour de lui.
    Accompagné de deux jeunes chrétiens dévoués, Tchou-pin-tchang et Tcheou-keou-tien, et d'un serviteur nommé Ouang-tche-yuen, il repartit en pressant le pas de sa mule. Une trentaine de scélérats le suivirent de près. Au bout de six kilomètres, la route devint très mauvaise, c'est la descente abrupte qui mène au fond de la gorge où coule le Yang-tse. Force fut de ralentir le pas. Des cailloux, des blocs de pierre, jetés par les assassins, tombaient sur les fugitifs. M. Castanet abandonna sa mule ; les autres chrétiens laissèrent sur la route ce qu'ils portaient, et tous hâtèrent te pas. Mais la poursuite n'en continua pas moins, et bientôt ils furent rejoints. Frappé de deux coups de poignard, l'un à l'épaule, l'autre au côté, le missionnaire fit, dit-on, une quinzaine de pas et tomba mort. Les deux jeunes chrétiens, plus rapprochés de lui, furent également poignardés. Le troisième, plus âgé, plus pauvrement vêtu et paraissant n'être qu'un coolie de rencontre, fut laissé indemne, et c'est à lui que je dois le récit qui précède.
    Quant au corps du missionnaire, one croit savoir qu'il a été mis en bière et qu'il est gardé en lieu convenable par les chefs de Tié-tsiangtsen.
    En effet, le jour même où M. Castanet mourait victime de son dévouement à ses ouailles, le gros des bandes révoltées était taillé en pièces aux environs de Ning-yuen fou par un corps de troupes régulières. On assure qu'il y eut en cette rencontre plus de mille brigands tués sur place, cent cinquante pris et décapités, et tous les chefs exécutés, quelques-uns même punis d'affreux supplices. Depuis lors, le parti de l'ordre a repris quelque assurance, et j'espère pouvoir moi-même, malgré des dangers trop réels encore, rentrer dans quelques jours au Kien-tchang, pour y chercher les restes du meilleur de mes missionnaires, consoler et rallier les chrétiens, et, d'ans la faible mesure de mon possible, contribuer à l'apaisement des esprits. Un autre de mes confrères du Kien-tchang a pu se réfugier au Yun-nan ; je suis sans nouvelles des autres, et bien que j'aie lieu l'es croire sauvés, je ne puis me défendre d'une terrible anxiété.

    1912/57-58
    57-58
    Chine
    1912
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