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Le martyrologe de l'Eglise de Chine

Le martyrologe de l'Eglise de Chine En 1931, le 5 mars, le P. Tierney, du Kiangsi, mourait captif des brigands. Le jour de Pâques (5 avril), le P. Adons, franciscain du Houpé, était mis à mort par les brigands. Le 20 mai, 4 prêtres chinois, Bonaventure Tseng, Thomas Kuo, Gabriel Hu et François Tseng, étaient massacrés au Houpé. Le 1er juin, le P. Geser. Salvatorien, était mis à mort au Fokien. Le 15 novembre, le P. Paul Li, âgé de 67 ans, était arrêté par les Rouges et décapité le même jour.
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    Le martyrologe de l'Eglise de Chine

    En 1931, le 5 mars, le P. Tierney, du Kiangsi, mourait captif des brigands.
    Le jour de Pâques (5 avril), le P. Adons, franciscain du Houpé, était mis à mort par les brigands.
    Le 20 mai, 4 prêtres chinois, Bonaventure Tseng, Thomas Kuo, Gabriel Hu et François Tseng, étaient massacrés au Houpé.
    Le 1er juin, le P. Geser. Salvatorien, était mis à mort au Fokien.
    Le 15 novembre, le P. Paul Li, âgé de 67 ans, était arrêté par les Rouges et décapité le même jour.
    Mgr Ricci, franciscain, vicaire apostolique de Laohokow (Houpé), est capturé en mai avec 4 prêtres : deux, les PP. Checcacci et Santini, meurent durant leur captivité. L'évêque, relâché en septembre, meurt deux mois après des suites des souffrances qu'il a endurées.
    11 missionnaires ont donc été mis à mort durant l'année 1931 : 1 évêque, 4 prêtres et un frère européens, 4 prêtres et un frère chinois.
    Depuis 1923, 37 missionnaires ont été massacrés en Chine par les brigands.

    L'Ame d'un Missionnaire

    Les pages qui suivent sont extraites d'un ouvrage de M. le Chanoine Monteuuis: L'A me d'un Missionnaire. Le Père Nempon (18621889), dont une nouvelle édition vient de paraître, enrichie de nombreuses illustrations.

    Présentant un tableau exact de la vie d'un missionnaire au Tonkin il a 50 ans et encore aujourd'hui, elles intéresseront certainement les lecteurs des Annales et inspireront à plusieurs le désir de faire plus ample connaissance avec le jeune et sympathique apôtre dont elles nous laissent entrevoir la belle âme.

    L'humilité, la souffrance, les vertus personnelles ne suffisent pas à un missionnaire. Dieu ne lui a pas seulement confié le soin de son âme, il l'a choisi, il l'a envoyé pour sanctifier les autres et se dépenser à leur service par l'action et le dévouement. Le P. Nempon ne comprenait pas autrement sa mission, et, au jour de la grande épreuve (1), il puisa dans sa douleur même un nouveau motif de zèle et d'apostolat. Un travail plus intense serait à la fois une diversion à sa peine et un sûr moyen de témoigner son amour à ceux qu'il a perdus.
    Une occasion favorable se présentait. Mgr Puginier venait fonder des chrétientés nouvelles dans l'île de Namxang et conférer le Baptême aux infidèles préparés par le ministère du P. Ramond et du P. Nempon.
    Le 18 janvier, Monseigneur arrivait à Késo, par le canal de Phuly et la rivière de Namxang. Les chrétiens allèrent nombreux à sa rencontre sur des barques ornées de pavillons multicolores, et une foule plus nombreuse encore vint l'attendre sur la rive. Au moment où Sa Grandeur débarqua, tous s'agenouillèrent pour recevoir la bénédiction de l'évêque, puis l'applaudirent avec toutes les manifestations bruyantes dont les Annamites sont prodigues en pareille circonstance.

    (1) Le P. Nempon avait appris la mort de sont frère.

    Le cortège s'organisa, formé de deux catégories bien distinctes : « la première composée des notables de la paroisse (c'est la suite d'honneur) ; la seconde, des porteurs, gens du peuple, corvéables de bonne volonté, qui s'exécutent avec la meilleure grâce du monde. Ajoutez à cela un bataillon de gens portant drapeaux, étendards, lances, sabres dorés, etc., une compagnie de joueurs de flûtes, violons, guitares, cymbales et grosses caisses..., et vous aurez une idée de cette marche triomphale ».
    L'accueil fait au simple missionnaire est déjà très important, mais, pour leur évêque, les Annamites n'ont pas assez de présents, de compliments et de saluts. « Dix mille saluts à l'évêque, dit le chef des notables. Le Grand Père, suivant l'impulsion de son coeur, est venu visiter ses enfants ; le Pasteur aime ses brebis ». Et les salutations suivent, profondes et réitérées jusqu'à quatre fois, car, au Tonkin, les saluts se mesurent et se comptent à la dignité des personnages.
    Le lendemain, avant même que le gros tam-tam Suspendu à la porte de l'église ait annoncé le retour du soleil, deux ou trois mille chrétiens sont réunis qui se disputent l'honneur d'assister à la messe de Monseigneur. La paroisse de Phuda, convertie tout entière depuis, plusieurs années, n'arrêta pas davantage le Vicaire apostolique, qui poursuivit aussitôt sa route vers les villages dont il devait baptiser les catéchumènes et organiser les chrétientés.
    Rien de plus simple et de plus grandiose à la fois que la cérémonie de l'administration du baptême dans la petite chrétienté de Nhangia. Un missionnaire nous en a fait le récit. «L'église étant trop petite pour la circonstance, on a construit un vaste hangar, dont les bambous forment l'enceinte et la paille de riz la toiture. Les catéchistes prennent dans les caisses de Monseigneur quelques grandes pièces de soie annamite qu'ils étalent en guise de tenture et auxquelles ils suspendent de brillantes images encadrées à la mode annamite. Les catéchumènes ont été examinés dès la veille et préparés à la réception des sacrements. Un missionnaire procède aux exorcismes, puis Sa Grandeur, revêtue d'une chape en drap d'or, la crosse à la main et la mitre en tête, debout sur les degrés de l'autel, leur adresse une chaleureuse allocution, les félicitant d'avoir répondu à l'appel de Dieu et les exhortant à rester fidèles à sa grâce. Les païens se pressent, également avides de voir et d'entendre le grand évêque. Le pontife, assisté des missionnaires, répand l'eau sainte sur la tête des catéchumènes et la grâce de Jésus-Christ lave toutes leurs souillures : ils sont chrétiens. Le lendemain, c'est la confirmation et la première communion pour ceux qui sont en âge de recevoir ces deux sacrements ».
    Cette vie absorbée, fiévreuse, se continua vingt-huit jours, pleins de travaux et de mérites, car, au témoignage de Mgr Puginier lui-même, « la tournée de Namxang fut très pénible à tous les égards ». Les missionnaires se sentaient encouragés par la bonne volonté manifeste des peuples qu'ils évangélisaient : les païens eux-mêmes prêtaient leur concours aux manifestations que les chrétiens préparaient à leur évêque. Ceux-ci venaient nombreux, et parfois de bien loin, jusqu'au village où devait passer Sa Grandeur. Semblables aux disciples qui suivaient le divin Sauveur à travers les vallées et les montagnes de la Judée, ils négligeaient souvent de rentrer chez eux pour boire et pour manger, et supportaient avec une égale patience la pluie qui tombait avec abondance et presque sans discontinuer. « La pluie, on n'en parle pas, rapporte Mgr Puginier, rendant compte de sa tournée pastorale. Les fidèles annamites bravent les orages pour venir jusqu'à nous ». Lui-même prend la bonne précaution de « distribuer à tous ceux qui étaient venus au devant de lui une petite tasse de vin annamite, pour les réchauffe et corriger le mauvais effet de la pluie (1) ».
    Le vicaire apostolique et ses missionnaires parcoururent ainsi tous les villages, récitant chaque fois « un Pater et un Ave pour implorer les bénédictions de Dieu sur ses habitants, pratique que nous suivons lorsque nous entrons dans une chrétienté ou que nous la quittons », remarque Sa Grandeur. Le 6 février 1888, on pria pour tout le district : la tournée était achevée. Le baptême avait été conféré à 486 infidèles, ce qui portait le nombre des chrétiens de Namxang à 10.000, sans compter 5.000 catéchumènes ; 46 chrétientés avaient été fondées et plus de 30 villages païens étaient venus demander à embrasser notre sainte religion. Après Dieu, l'Auteur de tout bien, Mgr Puginier rend grâces de ce succès au zèle éclairé du P. Ramond et au dévouement du jeune missionnaire, le P. Nempon, qui, « tout en s'exerçant au ministère apostolique, l'aidait déjà beaucoup dans les confessions et l'administration des sacrements ». « Il eut sa bonne part de travail en, cette pénible tournée », témoigne encore son évêque. Quant à l'humble missionnaire, il avouait modestement avoir eu « peu de loisirs durant cette période de son apostolat ».

    (1) Mgr Puginier était assez coutumier du fait. Le P. Girod rapporte ce trait qu'il relève dans la tournée faite à Namxang en 1882. « Aux avenues de l'église étaient assises plusieurs vieilles marchandes de gâteaux de riz, nougats de pistache et bêlons de cannes à sucre. Sa Grandeur fit tout acheter en gros et distribuer aux pauvres d'abord, puis à tous les gamins présents, chrétiens et païens, si nombreux qu'on aurait dit qu'ils avaient flairé la chose de cinq lieues à la ronde ».

    L'évêque, tout en se félicitant de voir prospérer ainsi sa belle mission de Namxang, s'attristait de ne pouvoir suffire à cette riche moisson. « Hélas ! Disait-il, il faudrait ici 80 catéchistes au lieu de 40 ; mais je ne puis restreindre ma sollicitude à un seul endroit, je dois pourvoir également aux besoins des autres paroisses ». Les missionnaires partageaient la généreuse pitié de leur évêque et s'efforçaient de suppléer à leur petit nombre par l'ardeur de leur zèle, lorsque arrivèrent des nouvelles attristantes d'une partie de la mission, la plus éprouvée, et dès lors la plus chère au coeur de l'évêque, le Laos tonkinois.
    Le Laos, vaste région si tuée entre la Chine, l'Annam et le royaume de Siam, avait été, de la part de Mgr Puginier, l'objet d'une sollicitude particulière. La pauvreté d'un pays souvent dévasté par la famine, la difficulté des communications, la fièvre des forêts malsaines peuplées de tigres et de panthères, les invasions, les guerres et les persécutions, rien n'avait pu le faire renoncer à la généreuse idée qu'il avait conçue d'évangéliser ce malheureux pays.
    Les premiers missionnaires qui pénétrèrent au Laos, en octobre 1878, avaient retrouvé les traces d'une évangélisation primitive dans la croix que les « Muongs » portent sur la poitrine au milieu de tatouages variés. Cette croix était à la fois le vestige du passé et le signe de l'avenir : elle signifiait les épreuves qu'aurait à traverser la chrétienté nouvelle. En effet, les premiers apôtres ne tardèrent pas à succomber, et nombreux furent ceux qui moururent après une seule année de ce pénible apostolat. Leurs souffrances, jointes à leurs travaux, attirèrent sur la mission les bénédictions du Ciel et, en moins de cinq ans, le Laos compta 4.000 chrétiens et 5.000 catéchumènes.
    La perspective d'aussi beaux résultats, et surtout l'attrait des sacrifices que ce pénible ministère imposait à ses apôtres, firent longtemps du Laos la terre convoitée de tous : au Laos, on était sûr d'épuiser pour la gloire de Dieu ses forces, sa santé, sa vie, en un mot, d'être martyr : si l'on ne succombait pas sous le rotin ou la hache, c'était du moins dans les glorieuses fatigues d'un apostolat forcément héroïque, sous la dent des animaux ou les atteintes de la fièvre.
    En 1884, le péril devint extrême, ou plutôt la mission du Laos fut anéantie tout entière dans un horrible désastre. Les mandarins, jaloux des progrès du christianisme, avaient excité contre les chrétientés naissantes la plus sauvage des persécutions. Six missionnaires (1), la plupart des catéchistes, un grand nombre de néophytes, furent massacrés ; 32 églises pillées, 60 chrétientés détruites, et plus de 4.000 chrétiens, chassés de leurs demeures, durent se réfugier dans les bois. Le P. Nempon était alors au séminaire de Paris, et l'on n'a pas oublié combien il fut saintement jaloux et de la gloire des martyrs, et du bonheur de ceux qui partaient pour le Tonkin, et peut-être pour le Laos.
    Les événements du Tonkin ne permirent pas à Mgr Puginier de recueillir le glorieux héritage des martyrs. Ce ne fut qu'au mois de décembre 1887 qu'il put songer à poursuivre sa grande uvré apostolique. A cet effet, il fit choix du P. Beaumont et du P. Idatte, qui partirent de Késo le 8 décembre. Ils arrivèrent le 27 du même mois à leur poste de Phulé et, le 22 janvier 1888, le P. Beaumont, supérieur de la mission, rendait compte à Sa Grandeur de l'heureuse issue de son voyage et de sa première installation au Laos.
    Mgr Puginier s'applaudissait d' « avoir enfin rétabli cette chère mission du Laos », lorsque, le 6 février, au lendemain de la tournée de Namxang, arrivait à Namdinh cette laconique dépêche : « Père Beaumont mort Laos (2) ». « Que deviendra le P. Idatte ? S'écria le pieux évêque, car on ne peut songer à lui envoyer un auxiliaire avant le mois d'octobre ? Tiendra-t-il jusque-là ? » (3)

    (1) Les PP. Gélot, Rival, Manissol, Antoine, Séguret et Tamet.
    (2) Le P. Beaumont était mort le 2 février 1888. C'était le quatorzième apôtre qui succombait en moins de dix ans. Comme la plupart de ses confrères, il est mort victime de son dévouement au Tonkin et à la France. A peine était-il arrivé dans sa mission, que l'officier français du poste voisin lui écrivait : « Père, venez vite. Je suis entouré d'ennemis, et ne puis avoir aucune confiance en mes interprètes ». L'appel était pressant. Le P. Beaumont part aussitôt, fournit une course de huit heures, traduit à l'officier les renseignements donnés par les chrétiens fidèles, et reprend la route de sa mission. Cette fatigue, ajoutée à toutes celles du voyage, fut l'occasion de sa maladie. Il était déjà gravement atteint quand il rejoignit le P. Idatte, son confrère. Huit jours après, la fièvre des bois l'emportait.
    (3) Le P. Idatte put se soutenir jusqu'à l'arrivée de ses confrères ; mais, « à peine avait il goûté quelques jours le plaisir de se voir en leur compagnie, qu'il fut saisi de la fièvre des bois et emporté comme le P. Beaumont ».
    « Oh ! Que je souffre, en songeant à tous ces malheurs, mais encore une fois il faut nous incliner devant les desseins de Dieu (1) ».
    L'émotion du P. Nempon ne fut pas moins vive que celle de son évêque. Le P. Beaumont ! N'était-ce pas son condisciple du séminaire des Missions, son compagnon de voyage à bord du Djemnah, son ami, son frère d'armes au Tonkin ? Aussi l'évêque et ses missionnaires s'entretinrent-ils, jusque bien avant dans la soirée, de la chère mission du Laos.
    Toute la nuit le P. Nempon songea au P. Beaumont, son ami, présenté au ciel par Marie Immaculée, le jour même de la Présentation de son divin Fils ; au P. Séguret, dont le souvenir s'était ravivé lors du passage à Quinhon et dans les conversations avec le P. Ramond ; au P. Pinabel, le dernier survivant de tant de massacres, qu'il avait vu mourir à Késo, en un mot, au Laos, à ses chrétiens, à ses apôtres, à ses martyrs. « Le Laos ! » Répétait-il, « sans doute, au point de vue de la nature, ce n'est pas très gai ; mais, au point de vue de la foi, c'est le plus beau poste que Mgr Puginier puisse donner à ses missionnaires. Mourir, il le faudra tôt ou tard. A la grâce de Dieu ! »
    Le lendemain, après avoir célébré la sainte messe, le P. Nempon s'en fut auprès de son évêque. « Monseigneur, dit-il, la place du P. Beaumont est vide, il vous faut un missionnaire ; je vous en prie, envoyez-moi au Laos ». « Mon ami, répondit Mgr Puginier, touché de cette démarche du jeune missionnaire, je ne doute pas de votre générosité, soyez-en bien assuré ; mais vos forces ne suffiraient pas aux fatigues de ce pénible ministère. Déjà votre santé a été gravement compromise, et la mission de Namxang est toute votre mesure ». « Je suis faible, il est vrai, Monseigneur, repartit le P. Nempon, et, quelque poste que l'on me confie, je ne puis espérer y demeurer longtemps, mais n'est-ce pas une raison pour épargner les autres et sacrifier à ce climat dévorant un homme destiné à fléchir quand même partout ailleurs ? » « Dieu vous tiendra compte de votre bonne volonté, répliqua Sa Grandeur ; quant à moi, je ne puis vous envoyer au Laos. Restez à Namxang et continuez d'y faire l'oeuvre de Dieu avec zèle et prudence, sous la conduite du bon P. Ramond ». Le jeune apôtre voyait ainsi s'évanouir l'espoir qu'il avait conçu d'être bientôt martyr. « L'apostolat, pensait-il, n'est pas à celui qui se le propose et qui y court, mais à celui que Dieu appelle dans sa miséricorde. L'apôtre ne suit pas ses caprices, il ne va pas où il veut ; mais, comme saint pierre, il attend l'ordre de Jésus-Christ et de son Église ; et, comme saint Paul il doit savoir dire à son Maître: « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? »

    (1) La pensée de son cher Laos devait être la dernière préoccupation de l'évêque mourant. Je ne puis pas prier beaucoup dans la position où je me trouve, disait-il à Mgr Gendreau, mais j'offre toutes mes souffrances pour les confrères et pour les oeuvres de la Mission, en particulier pour les nouveaux chrétiens et pour le Laos.

    Le P. Nempon le comprit. Celui dont il ambitionnait la place, l'humble P. Beaumont, l'avait peut-être senti plus vivement encore.

    De même que le P. Beaumont s'était résigné à partir, ainsi le P. Nempon se résigna à rester, faisant humblement le sacrifice de ses plus chers désirs. Dans ses lettres, si expressives pourtant, on ne trouve aucune allusion à cette généreuse démarche, dont le P. Ramond nous a conservé l'édifiant récit. Il se contenta de recommander à sa mère l'ami qu'il avait perdu. «C'est encore une victime qui vient grossir la liste de ceux qui ont sacrifié leur vie à cette pénible mission du Laos. Priez pour elle ».

    Il conservait ainsi son secret sous la garde de l'humilité, lorsque, quelques jours après, il se vit deviné par un confrère qu'il était allé visiter à Késo. « Eh bien ! Père Nempon, lui dit le P. Bareille dès qu'il l'aperçut, pourquoi cet air triste et rêveur ? Qu'y a-t-il donc ? » «Vous savez bien, repartit-il, la mort du P. Beaumont et l'abandon du P. Idatte au Laos. « Sans doute, reprit le Père, mais n'auriez-vous pas désiré aller au Laos ? » « J'irais bien volontiers, si Monseigneur m'envoyait ». « Nous en sommes tous là », répliqua le P. Bareille ; puis, serrant le P. Nempon de plus près : « Et de plus, vous avez demandé à partir », ajouta-t-il. « Qui vous a dit cela ? » Repartit le P. Nempon visiblement gêné. « Personne ; et pourtant je le devinais, et aujourd'hui je le sais, car je le vois. Monseigneur vous aura répondu que vous n'y tiendriez pas quinze jours, n'est-ce pas ? Sa Grandeur a bien raison. Demeurez au Tonkin, Père Nempon, et tâchez d'être sage pour y faire feu qui dure ».

    Le P. Nempon promit d'être sage, mais il ne devait pas faire feu qui dure.
    1932/73-79
    73-79
    Chine
    1932
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