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Le maréchal Joffre à Moukden

Le maréchal Joffre à Moukden 24 février 1922. La route est longue de Moukden à Paris, et l'intéressante relation qui va suivre a mis longtemps à en parcourir les étapes. Mais, pour tardive que soit la publication de ces pages, nous sommes persuadée que nos abonnés les liront avec plaisir. Durant son court passage en notre ville, le glorieux vainqueur de la Marne n'a fait que des heureux, parmi lesquels il faut compter au premier rang les missionnaires.
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    Le maréchal Joffre à Moukden

    24 février 1922.

    La route est longue de Moukden à Paris, et l'intéressante relation qui va suivre a mis longtemps à en parcourir les étapes. Mais, pour tardive que soit la publication de ces pages, nous sommes persuadée que nos abonnés les liront avec plaisir.

    Durant son court passage en notre ville, le glorieux vainqueur de la Marne n'a fait que des heureux, parmi lesquels il faut compter au premier rang les missionnaires.
    Malgré l'invitation pressante de notre gouverneur Tchan-tsouo-linn, les Japonais de Moukden avaient l'intention bien arrêtée d'accaparer le Maréchal pendant cette journée du 24. Les démarches habiles de le consul Lépissier triomphèrent de ces prétentions quelque peu exagérées. Une réception fixée à 10 heures du matin à la Banque Industrielle de Chine, transformée pour la circonstance en consulat de France, fut le dernier argument qui libéra le Maréchal de l'emprise nippone en le mettant sur la route de la ville chinoise.
    Cette réception de 10 heures fut toute cordiale et bien française. Elle s'ouvrit dès l'arrivée du gouverneur Tsouo-linn. M. Lépissier présenta les anciens combattants de la grande Guerre (Français, Anglais, Américains) et les Français de Moukden. Mgr Blois, accompagné de MM. Beaulieu, Huchet. Darles, Marcadé, Sage, Lacroix et bientôt suivi de six Soeurs de la Providence, fut reçu avec une cordialité charmante.
    Le programme de la journée ne comportait aucune visite à la Mission. Mgr Blois se permit de dire au Maréchal quel plaisir ce serait pour tous, et quel encouragement pour nos travaux, s'il daignait nous accorder quelques minutes. Le Maréchal acquiesça sans la moindre hésitation et donna immédiatement des ordres en conséquence. « Je veux, dit-il, vous faire ce plaisir, et vous accorder ce témoignage public de sympathie à votre oeuvre ». Il eut un mot aimable pour chacun de nous, et ses traits s'épanouirent en présence de notre cher confrère, l'ancien « lieutenant Marcadé ». La cornette des Soeurs françaises attira également le sourire et les félicitations du Maréchal, et les 47 ans d'apostolat de la vénérable soeur Philomène lui valurent un témoignage tout spécial d'admiration.
    Missionnaires et religieuses furent non moins aimablement reçus par Mme et Mlle Joffre. Devrons-nous ajouter qu'il fallut presque un ordre de Mgr Blois pour faire accepter par nos chères Soeurs une coupe de champagne et quelques gâteaux. Les règlements des Soeurs de la Providence leur interdisent de prendre quoi que ce soit hors de leur communauté; mais ces règles vénérables n'ont pas prévu le cas d'une réception du Maréchal Joffre à Moukden !
    Le Maréchal Gouverneur de la province de Moukden, et inspecteur général de toute la Mandchourie, Tchang-tsouo-linn, se montra plein d'amabilité et de prévenances pour nous. Aux missionnaires il rappela ses anciennes et cordiales relations avec quelques-uns de nos aînés, et les Soeurs l'amenèrent à parler de ses séjours fréquents à la ferme Saint-Joseph, dirigée à cette époque par la chère Soeur Rosine.
    Vers 11 heures le Maréchal nous quitta pour se rendre, en compagnie de Tchang-tsouo-linn à la Banque des Communications où il prit, pour la forme, possession des appartements que lui avait préparés le Gouvernement chinois. De là, il se rendit à la demeure privée du Gouverneur pour y déjeuner.
    A 2 heures de l'après-midi, un officier chinois venait nous annoncer l'arrivée imminente de Joffre. L'automobile blindée du Gouverneur, dans laquelle avaient pris place le Maréchal Joffre et le fils aîné de Tchang-tsouo-linn (colonel, à 22 ans, de sa garde du corps), stoppait à 2 h. 1/4 devant la porte de la mission. Notre glorieux Maréchal marche difficilement, appuyé sur une canne. Il gagne lentement le modeste salon de la résidence. Pendant que Mgr Blois s'entretenait avec lui, ses officiers d'ordonnance multipliaient les commentaires sur l'objet principal de la conversation au déjeuner de Tchane-tsouo-linn : l'amitié de ce dernier pour les évêques et les missionnaires. Quatre prêtres chinois, les PP. Ting, S. Yen, Paul Tou et Lin Pai eurent l'honneur de serrer la main du Maréchal et de Mme Joffre qui dit d'un accent ému : « Je vois ici les résultats de l'OEuvre de la Propagation de la Foi ». Lorsque notre illustre visiteur apprit que Mer Choulet, malade, retenu à la chambre, désirait ardemment le saluer, il alla sans hésitation donner à notre vénéré malade cette grande joie.
    De chez nous, il se rendit à la Banque Industrielle de Chine pour prendre quelques heures de repos. Dans la soirée, Tchang-tsouo-linn envoya à Mme la Maréchale de riches présents : fourrures de renard blanc et magnifiques poteries chinoises qui firent l'admiration de tous.
    A 6 heures, nous étions convoqués au palais du Gouverneur pour une dernière réception. Arrivés les premiers, nous eûmes un long entretien avec le gouverneur Tchang-tsouo-linn et les gouverneurs, Souen de Kirin et Ou de Tsitsikar. Bientôt les accents de la Marseillaise, jouée par la musique militaire chinoise, annoncèrent l'arrivée du Maréchal. Une courte conversation au salon : Je Maréchal et les hautes autorités échangent congratulations et remerciements, Mgr Blois faisant interprète pour la circonstance. Le dîner fut rapide. Les toasts suivirent immédiatement le potage aux nids d'hirondelles, et nous étions encore loin du dessert lorsque le Maréchal et le Gouverneur se levèrent pour prendre la route de la gare. Tchang-tsouo-linn accompagna son hôte, et les missionnaires, invités à prendre place dans les automobiles de service, les suivirent de près.
    Nous allâmes saluer une dernière fois le Maréchal Joffre dans son wagon-salon, lui souhaiter un heureux voyage, et le remercier une fois encore de sa bienveillante visite. Il nous redit sa joie de nous avoir été agréable et de nous avoir, recommandé ainsi publiquement aux autorités chinoises, ajoutant que notre oeuvre si belle méritait ce témoignage de sympathie. A 7 h. 30, le train spécial se mit en marche... Le Maréchal Joffre partait. Il avait été pour nous l'incarnation glorieuse de la France triomphante et si ardemment aimée; par sa sympathie si hautement témoignée,' il avait empli nos coeurs d'une joie profonde et donné à nos oeuvres un prestige de force et de grandeur.
    Monsieur le Maréchal, de tout leur cur les missionnaires et les catholiques de Mandchourie vous disent merci.

    1922/133-135
    133-135
    Chine
    1922
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