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Le Jubilé Sacerdotal de M. Delpech

Le Jubilé Sacerdotal de M. Delpech Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères Cette fête, que nous avons précédemment annoncée, a été célébrée le 17 octobre. Elle a eu le caractère de piété et de joie doucement pénétrante, qui marque les fêtes des familles religieuses.
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    Le Jubilé Sacerdotal de M. Delpech
    Supérieur du Séminaire des Missions-Étrangères
    Cette fête, que nous avons précédemment annoncée, a été célébrée le 17 octobre. Elle a eu le caractère de piété et de joie doucement pénétrante, qui marque les fêtes des familles religieuses.
    La veille, Mgr Biet, vicaire apostolique du Thibet, Mgr Pineau, vicaire apostolique du Tonkin méridional, Mgr Gendreau, vicaire apostolique du Tonkin occidental, les Directeurs du Séminaire des Missions Étrangères et les missionnaires présents à Paris se rendirent près du vénéré jubilaire. Mgr Biet lui exprima les félicitations et la reconnaissance de tous « félicitations et reconnaissance fraternelles, filiales pour les services rendus à la Société » ; il y joignit nos vux pour un très long et heureux avenir.
    Notre procureur général à Rome, M. Cazenave, lui présenta une lettre du Cardinal Ledochowski, préfet de la Sacrée-Congrégation de la Propagande, dont voici la traduction :
    Rome, 27 septembre 1900.
    Très Révérend Père,
    Il est parvenu à la connaissance de cette Congrégation que vous célébrerez bientôt votre jubilé sacerdotal. Je ne puis laisser passer cette grande circonstance, sans vous exprimer mes félicitations les plus sincères et mes souhaits les plus vifs.
    En ce jour de fête, vous serez doucement pénétré du souvenir des premières grâces sacerdotales que vous avez reçues, et très justement vous vous réjouirez dans le Seigneur, dont vous avez su si bien servir la cause en prodiguant tous vos talents, toutes vos forces pour sa plus grande gloire et le salut des âmes, même parmi les nations infidèles.
    Tous et chacun des membres de votre Institut seront heureux de cet événement, qu'ils célébreront avec amour, comme une fête de famille, en vous adressant des régions lointaines de l'Extrême-Orient leurs compliments et leurs souhaits de bonheur.
    Que le Seigneur daigne exaucer tant de vux et vous donner pendant de longues années encore une santé vigoureuse.
    Pour augmenter l'allégresse de votre fête, je me fais une joie de vous annoncer que le Saint-Père lui-même vous accorde en ce jour une bénédiction spéciale, gage de la particulière bienveillance, qu'il vous porte à vous personnellement et à votre méritant Institut.
    Sur ce, je prie le Seigneur de vous conserver longuement et de vous rendre heureux.
    De Votre Révérence, le très dévoué serviteur,
    M. CARD. LEDOCHOWSKI.

    Cette lecture achevée, M. Cazenave pria M. Delpech de bien vouloir accepter un reliquaire apporté de Rome et contenant quelques parcelles des restes précieux des BB. Gabriel Dufresse, Ignace Delgado, Jean Clet et Jean de Triora, les quatre représentants des Sociétés religieuses ou apostoliques, qui avaient eu de leurs membres béatifiés au mois de mai dernier.
    Gracieusement et simplement notre Supérieur nous remercia de nos félicitations et de nos vux, et faisant allusion au progrès de la Société dont avait parlé Mgr Biet, il nous rappela que lors de son arrivée au Séminaire, en 1850, il y avait seulement 25 aspirants et dans toute la Société 189 missionnaires, qu'aujourd'hui le nombre des aspirants était de 321 et celui des missionnaires de 1.200, puis il ajouta : « La constitution et l'organisation de notre Société sont telles que personne ne peut s'approprier ce progrès qui est le fait de la collectivité et non d'un individu. »
    Toute exacte que soit la remarque, n'aurions-nous pas le droit d'y faire cette correction, que dans les collectivités il y a des unités de valeur double.
    M. le Supérieur termina par ces paroles, fidèle expression de son attachement pour la Société qu'il a si grandement servie :
    « Voilà cinquante ans que j'entrais au Séminaire des Missions-Étrangères, et si j'avais à recommencer, je recommencerais, je viendrais frapper à la porte de cette maison en priant qu'on voulût bien m'y admettre... »
    Le lendemain, la messe solennelle eut lieu à 10 heures. M. le Supérieur la célébra devant les deux communautés réunies de Paris et de Bièvres, assisté de trois directeurs du Séminaire : M. Cazenave faisant fonction de diacre, M. Chirou de sous-diacre, M. Mollard de cérémoniaire.
    Après la messe, dans la salle des exercices spirituels, nos aspirants présentèrent leurs vux en ces ternies, dont la concision grandissait le respect :
    Monsieur le Supérieur,
    Vos deux communautés de Paris et de Bièvres sont unies dans un même sentiment de vénération filiale pour vous présenter à l'occasion de vos noces d'or, le pieux hommage de leurs félicitations et de leurs vux.
    Nous bénissons Notre-Seigneur et la bonne Mère de vous avoir donné un sacerdoce si long et si fructueux. Nous les remercions de vous avoir guéri pour cette fête. Nous les prions avec ferveur de vous conserver longtemps, jusqu'aux noces de diamant, pour l'édification, pour la prospérité du Séminaire et de toute la famille des Missions-Étrangères.
    M. le Supérieur répondit:
    Je vous remercie de vos vux qui me sont d'autant plus précieux qu'ils me sont plus chers, ils me vont directement au cur. Je demande que Dieu veuille bien les écouter dans la mesure du possible, surtout pour ce qui concerne les grâces nécessaires à ma situation. S'il me fallait spécifier quelle grâce m'est le plus nécessaire à mon âge, je crois que je vous conseillerais de demander celle de préparer la reddition de mes comptes plutôt que celle de me conserver longtemps encore. Vous m'exprimiez tout à l'heure ce dernier vu, d'autres me l'ont aussi exprimé avant vous, mais je vous avouerai comme le dit le bon Cardinal Richard, « que plus on me le répète, moins j'y crois. » Enfin, ce sera ce que le bon Dieu voudra.
    Le grand événement de la journée est la bénédiction que Notre Saint-Père, le Pape Léon XIII, m'a envoyée par l'entremise du Cardinal Préfet de la Propagande, et sur l'initiative de ce dernier. Cette bénédiction m'a causé d'autant plus de plaisir que notre Société professe une particulière dévotion envers le Saint-Siège. Après Notre Saint-Père, j'en remercie le Cardinal Préfet ; il m'a envoyé quelques éloges non mérités, avec des paroles qui font voir qu'il comprend ce que doit être un supérieur de séminaire.
    Continuez à prier pour moi, n'oubliez pas mes intentions, et en ce jour, où nous voilà réunis dans un sentiment de famille et de charité, demandez que cette vertu, dont nous avons fait comme la vertu caractéristique de notre Société, demeure son apanage à tout jamais.
    En terminant, M. le Supérieur donna sa bénédiction que tous les futurs missionnaires reçurent avec une piété émue.
    L'heure du dîner sonna, et quand les agapes touchèrent à leur fin, notre chorale exécuta une fort belle cantate en l'honneur du jubilaire. Puis Mgr Biet se leva et prononça cette allocution, charmante de simplicité et pleine de vérité, fréquemment interrompue par des applaudissements:
    Monsieur le Supérieur,
    Puisque nous célébrons votre jubilé sacerdotal, permettez-moi d'adresser quelques mots non à vous, mais aux chers aspirants, qui sont vos privilégiés, vos Benjamins actuels, car vous en avez eu beaucoup de Benjamins, beaucoup parmi les confesseurs, parmi les martyrs, et plus encore parmi ceux qui ont gagné le ciel par une vie inconnue aux yeux des hommes, mais très méritoire aux yeux de Dieu.
    Si licet parva componere magnis, puis-je dire que si Dieu par amour pour son Église lui a accordé les longs règnes de Pie IX et de Léon XIII, il a voulu, en nous gardant notre jubilaire pendant 50 ans, nous prouver qu'il nous aime, qu'il aime notre petite Société apostolique.
    Pendant cinq ans professeur à notre collège général de Pinang, depuis 45 ans à notre Séminaire de Paris, travaillant à la formation des futurs missionnaires, comme Directeur des aspirants, professeur de théologie, supérieur; telle est, mes amis, la vie de votre cher supérieur. Professeur, parlerai-je de son élégante diction, de sa doctrine précise et sûre, de la limpidité de ses explications qui permettaient aux intelligences les plus endormies de saisir l'ensemble et les détails de son enseignement ; j'ajouterai qu'il fut goûté à ce point que des séminaristes, déjà prêtres et qui ne faisaient pas partie de sa classe, se tenaient derrière la porte pour l'écouter.
    Notre jubilaire proteste en disant avec un sourire: « Vous êtes le seul, Monseigneur, à avoir vu cela. »
    Mgr Biet cite ses témoins:
    J'apporte en témoignage la parole du P. Huin, un martyr de la Corée, qui me disait : « Quelle joie de refaire ses études sous un tel maître! »
    C'est pourquoi, chers aspirants, avec les 34 évêques et les 1.200 prêtres de notre Société, rendez grâces à Dieu de nous l'avoir donné et conservé.
    Maintenant, mes chers amis, mes futurs confrères, j'aborde un autre aspect de mon sujet.
    Aujourd'hui on parle beaucoup de leçons de choses, c'est là un mot que je goûte peu, je préférerai notre vieux livre : La morale en action, ou mieux encore, La perfection chrétienne, dont Rodriguez a si bien écrit dans son ouvrage en quatre volumes seulement.
    Nous, nous avons le cinquième volume, la perfection chrétienne et apostolique en action. C'est un livre ouvert pour nous depuis 50 ans. Vous êtes jeunes, mes amis, nouveaux venus, vous ne connaissez pas bien ce livre-là; laissez-moi vous indiquer quelques titres de chapitre.
    De la piété, je ne dirai rien, quoique ce soit là le plus important, mais c'est celui que vous pouvez lire le plus aisément, et il serait trop long même de vous le résumer.
    Le chapitre de la règle douce et ferme, car notre jubilaire a toujours maintenu la règle dans son intégrité, mais avec une douceur qui la fait aimer.
    Le chapitre du travail. Il est long aussi celui-là: lettres diplomatiques, lettres aux évêques, lettres à ses fils spirituels d'autrefois, sans compter les réponses aux quémandeurs importuns.
    Au milieu de ce travail incessant, la porte est toujours ouverte et la réception gracieuse; quand le visiteur s'en va, le travail recommence. On frappe de nouveau à la porte et de nouveau la plume est laissée, puis reprise, avec une persévérance, avec un calme que rien n'arrête et que j'admire d'autant plus que, hélas! Jen suis incapable.
    Je ne continuerai pas l'énumération des chapitres. Pourtant j'en noterai encore un, dont le titre devrait être écrit en lettres d'or : c'est la douceur et l'énergie dans la souffrance, avec une paix telle que si nous ne voyions parfois les béquilles sur lesquelles il s'appuie, nous croirions notre jubilaire en pleine vigueur et santé.
    Reconnaissants à Dieu de ce don qu'il nous a fait pour le développement de notre Société et notre perfection personnelle, remercions-le et en même temps demandons-lui de conserver notre jubilaire jusqu'aux noces de diamant.
    Avec un accent de conviction émue, notre Père, en remerciant Mgr Biet, protesta contre les éloges qui lui étaient adressés et le rôle trop grand qu'on lui attribuait.
    Qu'il nous soit permis de respecter cette humilité et de partager l'avis du Vicaire apostolique du Thibet.
    Quelques instants plus tard, un salut solennel donné par M. le Supérieur assisté de M. Seguin et de M. Boyet, nous réunissait de nouveau au pied de l'autel, et les fronts s'inclinaient plus profondément, et les âmes priaient plus ardemment, remerciant Dieu d'avoir, en une seule année, donné à la Société des Missions-Étrangères, la joie de la Béatification de ses martyrs, la gloire, très peu humaine, de nouveaux et nombreux martyrs et le jubilé du Supérieur de son Séminaire, trois choses qui à des titres divers ont fait battre nos curs et les ont unis dans les mêmes sentiments de piété, de bonheur et de gratitude.
    En retour de ces grâces, de ces honneurs, de ces joies, puissions-nous, ô mon Dieu, vous aimer et vous servir comme vous méritez de l'être, donner sans compter, combattre sans souci des blessures, travailler sans chercher le repos, sans désirer d'autre récompense que de faire votre sainte et adorable volonté.

    1900/258-266
    258-266
    Chine
    1900
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