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Le journal d'un assiégé (Extraits)

Le journal d'un assiégé (Extraits) « A quand le grand Soir ? » écrivait le P. Costenoble, provicaire de la Mission de Nanning (Kouangsi), après les attentats communistes contre les PP. Barrière, Maillot et Crocq et l'anéantissement de leurs districts. 8 juillet. Un nuage noir à l'horizon. Le Provicaire écrit : « Les armées du Kouangsi, ne venant pas à bout des armées de Canton, sont allées chercher de nouveaux adversaires au Hounan. Les Cantonnais, ne trouvant plus d'ennemis devant eux, sont rentrés dans leur province en chantant victoire!
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    Le journal d'un assiégé
    (Extraits)
    « A quand le grand Soir ? » écrivait le P. Costenoble, provicaire de la Mission de Nanning (Kouangsi), après les attentats communistes contre les PP. Barrière, Maillot et Crocq et l'anéantissement de leurs districts.
    8 juillet. Un nuage noir à l'horizon. Le Provicaire écrit : « Les armées du Kouangsi, ne venant pas à bout des armées de Canton, sont allées chercher de nouveaux adversaires au Hounan. Les Cantonnais, ne trouvant plus d'ennemis devant eux, sont rentrés dans leur province en chantant victoire!
    « De ce fait nous espérions un peu de répit. Mais voici qu'une armée de Yunnanais a envahi le Kouangsi du côté de Longtchéou et Pésé et a enrôlé dans ses rangs les bandes communistes qui infestent ces régions. Leur but est de faire cause commune pour marcher sur Nanning qui est presque sans défenseurs.
    « Panique intense dans notre cité ! Quarante petits fortins ont été bâtis à la hâte autour de la ville : on les réunit maintenant par des fils de fer barbelés, des haies de ronces, etc... tout cela pour remplacer les remparts démolis en partie ».
    6 août. Le nuage crève. « Le siège de Nanning est effectivement commencé depuis le 22 juillet. L'armée yunnanaise assiégeante occupe tous les villages autour de notre ville ainsi que la rive opposée du fleuve. Son plan semble être d'affamer la population et les 4.000 soldats kouangsinais qui sont dans la place. Il n'y a pas encore eu d'assaut proprement dit. Tout se borne à des canonnades et à des fusillades intermittentes, surtout pendant la nuit.
    « Les vivres deviennent rares, les vidanges et les cadavres sont jetés aux étangs et au fleuve ; une épidémie est à craindre.
    « Nos chefs militaires ont exigé d'office cent mille dollars des principaux magasins qui sont taxés d'après leur importance. Malgré cela, nos soldats mal payés et mal nourris murmurent et parlent de révolte. Que Dieu nous garde !
    20 août. Voici un mois entier que nous sommes assiégés par l'armée yunnanaise qui se tient dans les faubourgs et les villages environnants ; seule, la ville murée, dont la surface n'est guère que de 300 hectares et la population de 50.000 habitants, est occupée et défendue par l'armée kouangsinaise.
    Du 21 juillet au 9 août, tout s'est borné à des canonnades, à des fusillades et à de petits assauts assez inoffensifs. Mais depuis le 10 août, les avions cantonnais se sont mis de la partie et sont venus jeter l'épouvante dans la population qui n'avait plus la possibilité de sortir.
    Dès le matin 11 août, nous étions envahis par de nombreux réfugiés, confiants dans la protection que devait, selon eux, nous obtenir notre titre d'établissement religieux et de bienfaisance.
    La journée du 12 août fut terrible : cinq avions apparurent vers 8 heures du matin et survolèrent d'abord l'enceinte assiégée, que domine la masse imposante de la cathédrale et de ses deux tours. Un quart d'heure après, nous vîmes un avion fondre directement sur nous et laisser choir sa bombe, qui vint s'abattre sur la cathédrale où il y avait une centaine de réfugiés. Le choc porta sur l'extérieur de la grande nef, à droite. Malgré son épaisseur de plus de 70 centimètres, le mur fut réduit en miettes, mais protégea les réfugiés de la grande nef. L'éclatement eut lieu dans les combles de la nef latérale : tout entier le plafond de cette nef s'abattit, faisant des morts et des blessés. La toiture fut projetée au dehors à 40 mètres à la ronde. Les dégâts sont incalculables et l'on peut se demander si la cathédrale est réparable. Le mur extérieur de la nef latérale est resté debout, mais il est sur le point de s'écrouler ; quatre colonnes de la grande nef sont fendues en plusieurs endroits dans toute leur épaisseur. Supporteront-elles longtemps le poids énorme du mur de quinze mètres qui repose sur elles et qui est d'ailleurs crevassé lui aussi ?
    Une des tours est un peu ébranlée dans un de ses piliers. Tous les vitraux ont été réduits en miettes et projetés au dehors ; les portes ont été arrachées ou ont volé en éclats ; les plafonds de la nef centrale et de la nef gauche sont en grande partie effondrés. L'autel dé saint Joseph a été démoli par les éclats ; la statue de saint Joseph et celle du Sacré Coeur sont très endommagées. La statue de Marie, la lampe du Saint-Sacrement et le tabernacle n'ont pas souffert.
    Après cette catastrophe, le bombardement dura encore trois quarts d'heure qui parurent interminables. Nous sentions la mort planer au-dessus de nous.
    Et depuis lors, les sinistres oiseaux reviennent tous les jours semer avec les bombes la destruction, le feu, l'épouvante et la mort. Ces bombes sont excessivement meurtrières : certaines d'entre elles ont fait plus de 60 victimes. C'est horrible de voir massacrer cette population innocente qui ne peut ni fuir, ni se protéger, ni encore moins se défendre.
    21 août. Ce matin, 2 avions ont jeté dix bombes : chaque maison atteinte est une maison frappée à mort, elle s'écroule et ensevelit ses habitants. Les gens de plus en plus affolés, s'enfuient par-dessus les remparts au moyen d'échelles. Les chefs de l'armée yunnanaise semblent avoir eu un mouvement d'humanité, ils ont éloigné un peu leurs troupes pour permettre cette fuite. Tous les jours, l'évêché continue à être envahi, dès cinq heures du matin, par des centaines de réfugiés qui ont confiance dans la solidité de la construction.
    24 septembre. Soixante-quatrième jour du siège. « Le siège continue plus implacable que jamais... La poste n'arrive plus !!! Depuis cinq jours tout est bouché hermétiquement... On commence à avoir faim... Les esprits et les coeurs sont à bout... Pour ma part, je suis presque à bout de forces... Les soldats de la garnison pillent n'importe où et n'importe quoi. Ils sont venus chez nous piller les échafaudages de la chapelle de Monseigneur, en construction, de ces échafaudages ils ont fait du bois de chauffage.
    « Du matin au soir on est envahi par les porteurs d'eau qui vident noire puits et par les réfugiés qui craignent les avions. Le canon tonne continuellement... Quelquefois le crépitement des fusils et des mitrailleuses se mêle au bruit du canon... Difficile de dormir... »
    18 Octobre. « Meilleures nouvelles à vous annoncer. Le 14, après 84 jours de siège, on a ouvert les portes de la ville, et un peu de riz et de légumes ont pu pénétrer ; la poste également. Les soldats kouangsinais, affamés, ont fait une sortie désespérée et ont réussi à bousculer les Yunnanais.
    « Le 15, le Père Labully que je n'avais pas vu depuis trois mois, est venu du Séminaire (dans la banlieue de la ville) et, hier, j'ai eu la grande joie de voir arriver le Père Cuénot (retour du sacre de Mgr Albouy à Nazareth de Hongkong) : il était parvenu la veille au Séminaire, à pied, après deux jours de marche, son vapeur n'ayant pas osé remonter jusqu'à Nanning. C'est un courageux !
    « Il faut vous dire que le 26 septembre a été pour nous une journée épouvantable. Trois raids de 9 avions ont jeté près de cent bombes, dont deux de chaque côté de l'évêché, à 15 mètres environ avec incendies. Notre maison reste envahie de réfugiés.
    « Les avions cantonnais continuent à venir nous bombarder deux ou trois fois par jour, car ce n'est pas fini ... Mais Sainte-Thérèse de Lisieux nous protège. Alors, ayons confiance...
    6 Novembre. A propos du bombardement de la cathédrale, Mgr Albouy a, par l'intermédiaire du Consul de France à Canton, fait des démarches auprès du Gouvernement de Canton, demandant que les immeubles des Missions Catholiques soient respectés.
    Le Gouvernement de Canton a répondu, à la date du 7 octobre, « que déjà depuis plus de dix jours le bureau de l'Aviation n'a reçu aucune nouvelle de ce bombardement et que les officiers revenus du front ont déclaré aussi que cette opération militaire n'a pas eu lieu ».
    Il n'a plus qu'à admettre que les témoins, les blessés et les morts, ainsi que les plaques photographiques, etc., ont été victimes d'une hallucination collective...
    Nous savons maintenant que, d'après le plan des assiégeants, notre ville devait être anéantie par une action concertée des avions de bombardement et des troupes d'assaut. Sainte Thérèse, que nous avions invoquée avec tant de confiance depuis le début du siège et surtout pendant toute l'octave de sa fête, nous a visiblement protégés. Par ailleurs, humainement parlant, on comprend difficilement que quatre ou cinq mille soldats assiégés aient pu bousculer les quelque vingt mille Yunnanais assiégeants et les pourchasser jusqu'à la frontière.
    24 Novembre. Le second siège est imminent. Les avions viennent tous les jours en reconnaissance. Mgr Albouy est toujours confiné à Kong-Hien. Impossible de franchir la ligne du front. Ici, à Nanning, les soldats préparent fébrilement des abris pour eux. On inonde artificiellement les étangs qui entourent la ville. On a planté des lancettes de bambou, on a tendu des barbelés, on répare les murailles éventrées, on refait leurs créneaux. Bref, on semble se préparer à la résistance...

    1931/28-31
    28-31
    Chine
    1931
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