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Le Japon religieux 3 (Suite et Fin)

Le Japon religieux PAR M. J. REYNAUD Missionnaire apostolique à Hakodaté. (Fin1) VIII. UN INTERVIEW EN DIX ARTICLES. 1. Voir An. M-E, n° .93, p. 120, 'n° 94, p, 474. L'Asaki de Tôkyô, devant cette diversité d'opinions émises de tous côtés, voulut faire un peu de lumière sur cette question. Il envoya un de ses reporters interroger M.Tokonami lui-même. Ce dernier s'y prêta de bonne grâce. Voici cet interview en dix articles :
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    Le Japon religieux

    PAR

    M. J. REYNAUD

    Missionnaire apostolique à Hakodaté.

    (Fin1)

    VIII. UN INTERVIEW EN DIX ARTICLES.

    1. Voir An. M-E, n° .93, p. 120, 'n° 94, p, 474.

    L'Asaki de Tôkyô, devant cette diversité d'opinions émises de tous côtés, voulut faire un peu de lumière sur cette question. Il envoya un de ses reporters interroger M.Tokonami lui-même. Ce dernier s'y prêta de bonne grâce. Voici cet interview en dix articles :
    1° Dans votre manifeste du 18-19 janvier, vous parlez d'union et d'entente entre l'Etat et la religion. Est-ce vraiment un plan gouvernemental ?
    R : Oui.
    2° Ce congrès projeté, est-il une affaire personnelle ou officielle ?
    R. Jusqu'ici tout m'est personnel. Je compte le rendre officiel ensuite.
    3° Vous croyez-vous suffisamment informer pour exécuter vos projets ?
    R. Evidemment oui. Je mûris mon plan depuis 3 ans.
    4° Pourquoi exclure de ce congrès l'élément scientifique et scolaire ?
    R. Je l'ai cru plus naturel et plus sage pour ce premier essai seulement. On verra ensuite.
    5° Avez-vous réellement cru qu'un congrès des religions était le meilleur moyen pour réaliser votre but ?
    R. J'ai fait mon choix tout simplement. Que m'aurais-tu conseillé toi ? De laisser la chose à un autre. Mais c'est précisément parce que cet autre n'existait pas, que je m'en suis chargé moi-même. Et puis d'ailleurs, quel mal vois tu à la réunion d'un congrès des religions par le gouvernement ?
    6° Est-ce une institution temporaire ou durable ? Nommerez-vous une commission chargée d'étudier et de délibérer ?
    R. Elle sera, je l'espère, durable et aura au moins un congrès par an, et cela dans un but d'études et de délibérations.
    7° Qu'un gouvernement estime la région, rien de mieux, mais qu'il travaille avec elle directement et officiellement, le pour et le contre se valent. Témoin votre insuccès récent, et celui du précédent cabinet sur le respect dû aux jinja (temples).
    R. L'élément religieux faisant partie de l'organisme d'un Etat pourquoi trouver mal qu'il concoure, de concert avec l'élément civil, à procurer le bien public ? N'est-ce pas immoral, déraisonnable, un non sens ?
    Ce sera une source de méprises et d'inconvénients, dites-vous. Mais on peut en prémunir le public en l'avertissant. Vous autres journalistes, vous pouvez beaucoup dans ce sens. Aidez-nous donc, je vous en prie.
    8° Le précédent cabinet avait donné ordre d'inculquer aux écoliers le respect des jinja (temples) et de les y mener en pèlerinage. Les chrétiens y ont vu une infraction à la liberté de conscience. Qu'en pensez-vous, vous-même ?
    R. Dans nos jinja nous célébrons, nous glorifions les exploits de nos héros nationaux. Ceux-ci ont droit à nos honneurs. Si les chrétiens croient le contraire, ils ont tort. A vous journalistes de travailler à rectifier cette erreur de leur part.
    9° N'ayez-vous pas l'intention de réglementer à nouveau les 3 religions ?
    R. Non.
    10° On vous fait de tous côtés une opposition formidable. N'allez-vous pas abandonner vos projets ?
    R. Jamais. Ma résolution est prise, et je briserai plutôt tous les obstacles de ma route. On verra ensuite.
    Et le journaliste ajoute : « Après avoir formulé mon opinion sur le danger et les inconvénients pour un Etat de se mêler de religion, j'ai pris congé de M.Tokonami, et me suis retiré ».

    TROISIÈME PARTIE

    La mise à exécution.

    I. LE PREMIER CONGRÈS DES RELIGIONS.

    Comme on le voit, M.Tokonami, a été fort critiqué et mal mené. On est allé jusqu'à traiter d'énergie sauvage, son courage et sa constance à maintenir son idée.
    Malgré les flots de colère et d'opposition, qui plusieurs fois ont menacé de submerger sa faible barque, il est allé de l'avant. Il a toujours fait face aux attaques sans se décourager, et il s'est expliqué hardiment et clairement avec tous ceux qui lui ont fait des objections. De l'aveu même de ses ennemis, son attitude courageuse mérite de la sympathie.
    Ce qu'il avait résolu, il l'a mis à exécution, quoique avec un peu moins de solennité qu'il ne l'avait d'abord projeté.
    C'est le 25 février à 3 h. du soir qu'eut lieu la réunion au cercle des nobles. Le gouvernement y était représenté par le ministre de l'intérieur, M.Hara, et son vice-ministre, M.Tokonami, par les vice-ministres des autres ministères, et par quelques agents politiques : en tout une vingtaine. Le bouddhisme par 75 représentants ; le shintoïsme par 15 ; le christianisme par 9.
    Au total on comptait environ 120 congressistes
    Le Ministre de l'Intérieur M.Hara, en quelques mots fort habilement dits, leur souhaita d'abord la bienvenue. Voici son petit discours : « Messieurs, je vous remercie d'être venus si nombreux, et je suis heureux d'avoir cette occasion de causer amicalement avec vous tous.
    « Mettant de côté les mille rumeurs qui courent dans le public, je veux seulement reconnaître ici publiquement les efforts que vous avez faits pour relever le niveau religieux du peuple et vous en remercier.
    « A l'avenir surtout, j'attends beaucoup de vous pour la réforme et les progrès moraux de la nation. Il y a longtemps que je désirais prendre contact avec vous et vous dire ma pensée.
    « Je n'ai qu'un désir : être bien compris de vous tous et vous voir travailler de plus en plus avec ardeur au bien du pays ».
    Un banquet suivit immédiatement cette allocution. On n'y causa que de choses assez futiles et indifférentes.
    On se sépara à 5 h. 30.

    Il. LE SECOND CONGRÈS RELIGIEUX.

    Cette première réunion avait été officielle. Le gouvernement en fut peu satisfait, et dès le soir même il travaillait à en susciter une autre purement privée pour le lendemain. Il y réussit. Cette seconde réunion était l'affaire seule des représentants religieux. Ces derniers y invitèrent M.Tokonami et le représentant du bureau des cultes. Elle eut lieu le 26 février.
    Une motion commune fut d'abord élaborée et formulée par une commission de 3 membres, pris un dans chaque grand groupement.
    Présentée aux congressistes, elle fut approuvée entièrement. La voici :
    « Nous reconnaissons ici, que le gouvernement en suscitant ce congrès a voulu (tout en laissant chacun dans sa sphère) relever le prestige de la religion, et créer une entente entre l'Eilat, l'école et la religion. Nous savons qu'il l'a fait dans un but de réforme sociale et pour le plus grand bien de l'empire.
    Ce but cadre précisément avec ce que nous avons toujours désiré nous-mêmes. Nous l'approuvons donc et prenons à nouveau la résolution de travailler de toutes nos forces, par la prédication, et chacun selon ses principes, au bien moral de la nation.
    Nous demandons au gouvernement de nous aider à mettre ce ferme propos à exécution.
    Nous formulons nos désirs comme il suit :
    Article premier : Nous efforcerons tous de relever par la prédication le niveau moral de la nation.
    Article second : Nous demandons que le gouvernement, tout en respectant la religion, s'emploie à rapprocher l'Etat, l'école et la religion et à créer une entente entre eux ».
    Cette motion, présentée et lue aux congressistes, fut approuvée des deux mains.
    Après cette lecture, M.Tokonami, entrant dans la salle des délibérations, adressa aux congressistes la courte allocution suivante :
    « Je vous remercie, Messieurs, de votre vote de tout à l'heure, et j'espère voir cette réunion se renouveler tous les ans.
    « Je me félicite de voir que vous m'avez compris, et que vous voulez travailler de concert pour le bien de l'Empire.
    « Je vous recommande seulement de vouloir bien tenir compte des circonstances où vous vous trouvez, et d'y adapter votre action avec sagesse et intelligence.
    « Certains m'ont objecté l'indifférence religieuse de l'Europe, et l'inutilité de la religion. Mon opinion motivée diffère de la leur, et j'attends beaucoup de la religion pour la prospérité nationale. Soyons unis dans l'action pour le bien du pays ».
    C'est ainsi que se termina cette seconde réunion dans laquelle tous, groupés autour du drapeau du Soleil Levant, ont mis sans cesse eu avant le bien de la patrie qu'ils semblaient considérer avant tout.
    Il était 4 h. 30 du soir. Ces deux congrès successifs étaient certainement un résultat et un succès appréciables et M.Tokonami a eu du mérite à rassembler sans gros incidents, des éléments si disparates, et à obtenir d'eux le vote d'une motion commune. C'est un vrai tour de force, car comme disait quelqu'un, malgré un extérieur correct, chrétiens et non chrétiens réunis dans une même salle étaient là comme chiens et chats. Il régnait dans l'assemblée un état de tension, de qui-vive universel, et l'orage grondait au fond des coeurs.
    Un rien eut suffi pour le faire éclater.
    Certains s'y attendaient et le désiraient même, paraît-il.
    Il ne fut conjuré que par l'habileté de MM. Hara et Tokonami.

    III. CONGRÈS MIXTE DES RELIGIONS ET DE L'ÉDUCATION

    Le ministère de l'intérieur avait eu d'abord l'idée d'inviter les savants et les éducateurs aux précédents congrès, puis l'avait abandonnée devant les difficultés que cette démarche pouvait entraîner.
    Un certain nombre de ceux-ci se montrèrent mécontents d'avoir été laissés de côté. C'est alors qu'Anezaki, tant pour consoler les modérés que pour apaiser les radicaux, proposa pour le 28 une réunion mixte des deux éléments religieux et scientifique sous la présidence de M.Inoué.
    La proposition fut acceptée. Mais avec des hommes aux idées si disparates et dont la langue tourne si bien, la tâche était délicate.
    Par précaution, on désigna d'avance dans chaque groupe l'orateur qui devait parler au nom de tous. La réunion eut lieu au Sevijôken d'Ueno (restaurant).
    Dès 5 h. du soir, les congressistes s'y trouvaient au nombre d'environ 220. L'aspect de ces divers éléments mélangés dans une seule salle était vraiment typique.
    Après que M.Anezaki eût ouvert la séance, en annonçant le but de cette réunion, il fut permis au représentant de chaque grand groupe : éducateur, shintoïste, bouddhiste et chrétien d'exposer son idée.
    Voici leur allocution respective en commençant par le président M.Inoué.

    1) Toast de M.Inoué au nom des éducateurs.

    Cette réunion n'est pas gouvernementale, elle est notre affaire à tous. Il faut avouer qu'elle est unique en son genre depuis que le Japon existe. On ne saurait trouver pareille merveille, ni en Europe, ni en Amérique. Il est vrai que là-bas il n'y a ni bouddhisme, ni shintoïsme. Quoi qu'il en soit, nonobstant nos divergences de croyances, nous sommes tous Japonais, et comme tels unissons à l'avenir nos efforts dans l'intérêt et le bien de l'empire.

    2) Toast de M.Shibata Reichi au nom des shintoïstes.

    Messieurs, je suis heureux d'assister à cette réunion mixte des représentants de la science, de l'école, et de la religion, pour vous exprimer mon opinion.
    Pour moi, l'enseignement des dix sectes shintoïstes cadre admirablement bien avec l'esprit actuel de l'éducation nationale basée tout entière sur le rescrit impérial.
    La motion commune que nous avons votée dans le congrès des religions, le 26 février, confirme mes paroles. Soyons tous unis, pour exécuter ce qui a été résolu.

    3) Toast de Toki-Horyu au nom des bouddhistes.

    Le congrès des religions, suscité par notre ministère de l'intérieur, semble vouloir produire plus de fruits que celui qui eut lieu à Chicago. Comme l'a dit M. Inoué, malgré la divergence de nos croyances il faut nous unir dans un but commun.
    Pour parfaire l'éducation de notre peuple, il faut à l'école le secours de la religion. Je souhaite que, dans un respect mutuel, les deux unissent désormais leur action pour travailler au bien du pays.

    4) Toast de M. Honda Yoichi, au nom des chrétiens.

    (M. Honda est méthodiste).

    « Je suis honoré, Messieurs, de me trouver ici pour parler avec vous. Depuis la restauration (1868), notre pays a fait d'énormes progrès sous tous les rapports. Il n'en est pas de même, hélas ! Au point de vue des idées. Il existe encore chez nous des tendances d'esprit en opposition avec le grand courant mondial, et pour les redresser, les administrateurs n'y peuvent pas grande chose. Ce rôle doit nécessairement être laissé à l'influence mixte de l'éducation et de la religion. Il nous revient surtout à nous tous.
    « M. Inoué a taxé de merveille cette réunion. C'est sans doute à cause de la présence des chrétiens (plusieurs voix no ! no !) Je suis de son avis. Quoi qu'il en soit, malgré notre petit nombre, nous sommes aussi les vrais enfants de l'empereur et partant vos frères à tous. Nous sommes, je l'avoue, un peu têtus, et pourtant dignes par moments d'être mis à la raison !!! Cependant, malgré tout, nous voulons rester vos frères, et comme tels nous comptons sur votre indulgence ».
    De tous les discours c'est le seul qui dise quelque chose. (La fin est fine et paraît un peu ironique.)
    Les toasts terminés, on s'est séparé après avoir acclamé trois fois l'empereur. Il était 8 h. 30.

    IV. RÉSULTAT DE CES CONGRÈS.

    Si M.Tokonami a éprouvé d'abord une vive opposition et de nombreuses critiques, finalement, certains ont reconnu qu'il n'avait pas travaillé en vain.
    Voici quelques appréciations sur ces congrès des religions.

    1) Appréciation ennemie.

    Ecoutez d'abord les voix de MM. Kato et Miyake, deux coryphées de l'opposition.
    M.Kato Hiroyuki s'exprime ainsi : « On connaît partout en Europe les mauvais résultats des salades politico-religieuses. M.Tokonami a agi trop à la légère, et si le gouvernement a un jour des ennuis, il n'aura qu'à faire son mea culpa.
    Question de doctrine mise à part, nos bonzes, 8 ou 9 sur 10, doivent être rangés au dernier degré de l'échelle sociale.
    Le Christianisme au contraire a des prêtres de valeur, mais sa doctrine ne saurait s'adapter à notre constitution.
    (Par respect pour l'empereur, on évite toujours la critique du shintoïsme et de ses prêtres, les Konnushi.)
    Miyake Setsurei. « On l'avait bien déjà dit, les gens de Satsuma (patrie de Tokonami) n'ont pas les idées claires. On devrait leur donner quelques grains d'ellébore. Tokonami est bien de son pays. Pour moi, toute religion renferme un levain d'anarchie et d'antipatriotisme. Comment, dans ces conditions, allier l'Etat et la religion ?
    Quelle comédie
    D'autres ont dit que ce congrès des religions avait fait fiasco.

    2) Appréciation amie.

    Voici maintenant quelques appréciations plus calmes.
    C'est d'abord un vieillard M.Izavua shûji qui a la parole :
    « Dès le commencement, dit-il, j'étais avec Tokonami. Je trouvais cependant son plan audacieux et je doutais de son succès.
    « Le résultat a dépassé mes espérances et je m'incline devant l'oeuvre de notre vice-ministre de l'intérieur. C'est la première fois au Japon qu'on voit ainsi trois religions si disparates réunies en un même lieu, et prenant une décision commune.
    « Je souhaite vivement de les voir persévérer et travailler dans cet esprit pour le bien de la nation ».
    En finissant, je cite les paroles de MM. Hiraiwa Kembo et Tsunajima Kakichi. Tous les deux parlent des résultats de ces congrès. (Tous les deux sont protestants, voici ce que dit M.Tsunajima :
    « Que de choses ont changé depuis quelque temps. Jusqu'ici nous étions considérés, nous chrétiens, comme des intrus, comme une sorte de métis. On nous tolérait.
    Alors voici qu'on nous reconnaît officiellement aujourd'hui. Nous ne sommes plus des parias. Nous avons vécu jusqu'ici sous un ciel brumeux, or voici que le soleil de l'équité semble enfin avoir lui pour nous aussi. On ne nous juge plus comme jadis.
    « Bien qu'à notre point de vue particulier, persécution et opposition nous soient choses indifférentes, il en est tout autrement au point de vue social. La nouvelle situation qui nous est faite nous favorisera, et dissipera les préventions populaires.
    « Elle redressera les préjugés ordinaires des éducateurs et des savants. Désormais M. Kato, devra changer quelques notes à son fameux refrain : « le Christianisme a des hommes de valeur, mais ne saurait s'accorder avec notre constitution ; le bouddhisme n'en a pas, mais sa doctrine nous convient ».
    « Elle nous ouvre toutes grandes les portes de l'évangélisation.
    « Désormais nos adversaires, pour nous faire obstruction, seront obligés de désavouer leur parole ».
    M. Hiraiwa Kembo voit découler de ces congrès les trois résultats suivants :
    « 1° Disparition du mépris de la religion.
    « 2° Fin de l'éloignement de la religion et de la science.
    « 3° Bel avenir pour les chrétiens.
    « Entre païens et chrétiens, ajoute-t-il, faut-il attendre la paix ou la guerre ? Il est difficile de le prévoir. En tous cas, il risque d'y avoir concurrence, et dans ce cas la victoire sera au mieux muni, au mieux constitué.
    « Pour moi les chrétiens ont, un bel avenir devant eux ».
    Un autre ose prédire, dans cette lutte, la victoire des chrétiens.
    En tous cas, le christianisme étant la vérité, et le paganisme représentant certaines erreurs fondamentales, on peut dire sans se tromper qu'une alliance formelle et sérieuse entre les deux ne se fera jamais. Ce sera une lutte sans fin, et la grande bataille se livrera surtouts entre chrétiens d'un côté et bouddhistes et athées de l'autre.
    Les bouddhistes endormis jadis se sont réveillés et se préparent à conserver leurs positions.
    A cet effet, certains ont même révisé leurs croyances ; ils ont fait un certain triage et ont jeté par-dessus le bord les vieux articles par trop encombrants, tout ce qui sent le ridicule, et ne cadre plus avec les idées actuelles. Ils n'ont même pas hésité, paraît-il, à introduire chez eux des nouveautés empruntées aux chrétiens.
    Cette évolution est surtout le fait du nouveau bouddhisme (néo-bouddhisme, espèce de protestantisme bouddhiste).
    L'avenir, Dieu seul le connaît ; mais les catholiques, ayant pour eux la vérité et la prière de milliers de martyrs, de vaillants martyrs Japonais, ont mille raisons d'espérer.
    Nous comptons aussi sur les ferventes prières des chrétiens du beau pays de France toujours si généreux et si zélés pour la cause de Dieu.

    CONCLUSION

    Je viens d'exposer dans ses détails cette question des religions. Le lecteur aura pu se rendre facilement compte comment la question religieuse est envisagée au Japon par les divers éléments de la société.
    Il est un point sur lequel je veux surtout attirer votre attention, c'est que les hommes les plus sérieux et les plus éminents du Japon, et ceux qui désirent vraiment la grandeur de leur pays, après 50 ans d'expérience probante, ont finalement reconnu l'insuffisance de la morale purement laïque (morale dont, cependant, ils étaient si entichés), et ont fait appel à la religion, seule capable de former, ou de faire revivre et de maintenir les vertus d'un grand peuple.
    C'est un argument de valeur contre les protecteurs et les prôneurs de l'éducation et de la morale laïques d'Europe et d'Amérique.
    La France et plusieurs autres ont déjà connu comme le Japon les effets désastreux de cette éducation sans Dieu.
    Pour une fois, l'acte des Japonais peut leur donner à comprendre et à réfléchir.
    Pour moi, sans vouloir discuter ici le bon ou le mauvais des moyens dont M.Tokonami prétend se servir pour relever la morale publique de son pays, je le loue d'avoir reconnu avec le gouvernement Japonais la nécessité de la religion, et d'avoir fait le premier pas pour se rapprocher d'elle.
    Je lui souhaite d'en faire un de plus dans la voie où il est entré, de reconnaître le vrai Dieu, et de baser sa morale nationale sur la morale catholique, source de tonte civilisation vraie et durable.
    1913/235-242
    235-242
    Japon
    1913
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