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Le Japon

Le Japon En ce moment où il est si souvent question du Japon, il nous paraît intéressant de donner sur ce pays quelques renseignements au point de vue économique.
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    Le Japon

    En ce moment où il est si souvent question du Japon, il nous paraît intéressant de donner sur ce pays quelques renseignements au point de vue économique.

    On a souvent appelé le Japon, l'Angleterre de l'Extrême Orient ; il y a, entre les deux contrées, certaines analogies qu'il ne faut pas, toutefois, pousser trop loin. La plus frappante de ces analogies, c'est que le Japon est, avec la Grande-Bretagne, le seul grand état insulaire qui existe dans le monde contemporain. Il est, jusqu’ici, complètement insulaire, mais il aspire à sortir de ses îles puisqu'il revendique la domination, sinon la possession de la Corée, terre continentale.
    La superficie du Japon est, sans Formose et les îles Pescadores qui sont des sortes de colonies, d'environ 382,500 kilomètres carrés, contre 314,600 kilomètres carrés qu'a le Royaume-Uni et 529,000 kilomètres carrés en chiffres ronds qu'a la France. La superficie du Japon dépasse donc de près d'un quart celle de l'Angleterre et, d'autre part, n'excède pas beaucoup les deux tiers de la France continentale.
    Ainsi, le Japon n'a qu'une médiocre étendue, mais sa population est très considérable, elle s'augmente de 500,000 âmes par année. Le Japon compte environ 47 millions d'habitants en 1904 ; il en a gagné près de 17 millions en trente-deux années.
    Celte poussée de sa population est une des raisons qui le portent à chercher de nouvelles possessions. Son territoire est très inégalement productif et très inégalement habité : les trois îles importantes du centre et du sud, Niphon, Shikokou et Kiushiou, qui représentent les deux tiers de l'empire japonais (Formose comprise), ont une population dense qui va de 145 a 165 habitants par kilomètre carré, en moyenne, pour chacune de ces îles, soit le double, ou même pour Shikokou et Kiushiou, sensiblement plus du double de la densité de la population française.
    Mais la grande île du nord, appelée Hokkaïdo ou Yézo, dont la surface représente 18,70 0/0 de tout l'empire japonais, n'a, par suite de son climat et de son sol, qu'une population très faible, 7 à 8 habitants par kilomètre carré ; cette population s'y accroît toutefois assez rapidement, car, de 191,000 habitants en 1884, la population du Yézo ou Hokkaïdo est passée à plus de 610,000 en 1898, ce qui indique un mouvement d'émigration des îles méridionales et une colonisation de cette île hyperboréale.
    Etant donné son territoire relativement restreint et en partie ingrat, le Japon a, parfois, besoin d'importer une assez grande quantité de denrées alimentaires ; cependant, il paraît se suffire dans les années normales. Dans les dix dernières années (1893-1902) il a importe pour 136 millions de yens ou environ 340 millions de francs de riz, qui forme la base de la consommation populaire, contre une exportation de 65 millions de yens ou 163 millions de francs de la même denrée ; c'est un surcroît d'importation de 177 millions de francs ou d'environ 18 millions de francs par an. Il y faudrait joindre une importation à peu près constante de farine, mais pour 4 à 5 millions de francs par an seulement. Ce ne sont pas là des chiffres très considérables ; ils ont, d'ailleurs, plus que leur compensation dans l'exportation du thé et celle du poisson sec.
    Tout considéré, et quoique la pression de la population soit assez grande au Japon, le pays peut, en temps normal, à peu près se suffire au point de vue alimentaire, et il n'est pas obligé de recourir, comme l'Angleterre, à d'énormes achats de nourriture au dehors. Cela ne lui arrive que dans des années de disette, comme en 1897 et 1898.
    Le Financial and Economical Annual of Japon donne de nombreux détails sur les finances du Japon. Les revenus publics ont beaucoup augmenté depuis une dizaine d'années. En 1880, les revenus ordinaires ne s'élevaient qu'à 80,728,000 yens ou 202 millions de francs; ils sont portés au budget de 1903-1904 pour 231,202,000 yens soit 580 millions de francs ; ils auront donc presque triplé en un court espace de temps : il faut y joindre une vingtaine de millions de yens ou 50 millions de francs de recettes extraordinaires. Les dépenses, d'après les chiffres de l'Annuaire, tant ordinaires qu'extraordinaires, seraient constamment au-dessous des recettes ; il en résulterait un excédent de 7 millions de yens environ ou 17 millions de francs pour l'exercice en cours.
    Si l'on cherche la décomposition des dépenses ordinaires et extraordinaires entre les principaux articles, on voit que sur un total de 612 millions de francs (241,750 000 yens), l'armée ne coûte pas plus de 150 millions de francs (42,171,000 yens), tandis que la marine, qui a été l'objet d'un grand effort récent du peuple japonais, coûte 75 millions de francs en chiffres ronds (29,250,000 yens) ; l'instruction publique n'absorbe que 17 à 18 millions de francs.
    Les finances japonaises paraissent avoir été, dans l'ensemble, bien conduites. Tout cet essor du pays n'a pu s'effectuer, néanmoins, sans des emprunts publics, d'autant que l'indemnité chinoise a été consacrée à développer la flotte. La dette publique du Japon, en 1903, montait à 1.400 millions de francs en chiffres ronds (559, 621,011 yens) ; elle a plus que doublé depuis 1892 où elle n'atteignait que 680 millions de francs en chiffres ronds (270, 552,000 yens).
    Le Japon est arrivé, sous la direction d'un ministre des finances très capable, en même temps président du conseil, le comte Matsukata, à établir effectivement son système monétaire sur la base de l'étalon d'or, en 1897 ; d'après les documents japonais, la banque du Japon détiendrait un stock d'or en monnaies où en lingots, de 271 millions de francs en chiffres ronds (108, 118, 817 yens). Les changes sur l'étranger, dans la dernière année (1902), seraient au pair, à savoir 2 sh. 006 et 2 fr. 55 c. le yen.

    Le développement du commerce extérieur du Japon est sans précédent et sans analogue, il s'élève à plus de 1,300 millions de francs. Les exportations ont plus que quadruplé 1890 à 1902, et les exportations plus que triplé.
    La marine marchande du Japon s'est considérablement accrue depuis dix ou douze ans : le nombre des navires à vapeur a passé de 585 en 1890 à 1,395 en 1901, et leur jauge de 150,058 tonnes brutes à 585,532 ; c'est, presque le quadruplement en ce court espace de temps. L'effectif de la marine à voiles a aussi énormément progressé : de 865 bateaux en 1890, il s'est élevé à 4,022 en 1901 et de 55,989 tonnes brutes à 336 446, soit plus de six fois plus.
    Le développement du réseau des chemins de fer, sans être égal, est très remarquable aussi : de 1,399 milles anglais ou 2,250 kilomètres en chiffres rond en 1890, ce réseau a passé à 4,237 milles ou 6,820 kilomètres en 1903, soit trois fois plus environ. Près des cieux tiers du réseau, à savoir 4,830 kilomètres environ, appartiennent à des compagnies privées, moins de 2,000 kilomètres sont la propriété de l'Etat.
    Les progrès du Japon, non seulement dans le dernier quart de siècle, mais surtout dans sa dernière décade d'années, sont tellement, prodigieux qu'ils provoqueraient l'incrédulité, si l'on ne pouvait aisément en constater l'exactitude. Dans ce pays, les chemins de fer, la marine, le commerce extérieur, tout a triplé ou quadruplé en une dizaine ou une douzaine d'années.

    1904/302-305
    302-305
    Japon
    1904
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