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Le grand congrès Marial de Madras

Le grand congrès Marial de Madras Impressions d'un Congressiste
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    Le grand congrès Marial de Madras

    Impressions d'un Congressiste

    Enfin, après une attente de sept années, attente rendue obligatoire par les horreurs d'une guerre universelle et par sa répercussion inévitable et prolongée sur la marche de toutes les entreprises, le Congrès Marial, dont l'idée avait pris naissance en janvier 1914, s'est tenu à Madras les 4, 5 et 6 janvier 1921. 22 prélats ayant à leur tête le Délégué du Pape, plus de 350 prêtres ou religieux appartenant aux différents Ordres ou Congrégations qui travaillent dans le si vaste champ ouvert dans nos régions à leur zèle apostolique, et près de 50.000 fidèles accourus de tous les centres catholiques de l'Inde, de Ceylan et de la Birmanie, participèrent à l'assemblée. Ils en firent un vivant témoignage de la vitalité du catholicisme dans les Indes Orientales, et un magnifique monument élevé à la gloire de Celle en l'honneur et sous le Patronage de laquelle ce Congrès avait été décidé.
    L'organisation en fut splendide, tant au point de vue matériel, qu'au point de vue doctrinal. Dés sessions biquotidiennes permirent aux orateurs éminents et éclairés qui s'étaient inscrits, de faire profiter leurs milliers d'auditeurs de leur longue expérience dans des questions d'intérêt vital pour le progrès du Catholicisme et de ses oeuvres.
    Le 4 au matin, réception de Son Excellence le Délégué Apos tolique, Mgr P. Pisani, à la gare de Perambur; réception enthousiaste dirigée par le R. P. Vanderburg. Puis l'on se rend processionnellement au majestueux pandel d'un mille et demi de pourtour, qui doit servir de salle du Congrès. Affectant la forme d'une croix grecque et divisé en quatre nefs d'égale longueur, avec, au centre, un emplacement surélevé de deux ou trois pieds pour servir d'estrade, et couronné d'un dôme que rehausse un fin velum de couleur; orné de tentures aux couleurs bleue et blanche de la Vierge et jaune du Pape, de drapeaux des nations alliées, de lanternes rutilantes, de banderoles et de festons, ce pandel vous donne l'impression, en y entrant, que vous étiez convié à une fête vraiment grande.
    Voici l'Harmonie salésienne de Tanjore qui, sous l'habile direction du R. P. Mederlet, joue la marche papale. Son Excellence le Délégué fait son entrée dans le hall et prend place sous le dais luxueux qui lui a été préparé au centre de l'estrade.
    Mr. A. Djeganaden Poullé, un des principaux promoteurs du Congrès, lit alors une adresse de bienvenue à Mgr Pisani, et celui-ci, au milieu de l'émotion générale, lui apprend que le Pape, en reconnaissance de ses nombreux services rendus à la cause catholique, lui confère la croix de chevalier de I Ordre de St Grégoire. Une longue salve d'applaudissements accueille cette nouvelle. De son côté, Mgr l'Archevêque de Madras félicite et remercie tous les assistants de l'empressement avec lequel ils ont répondu à son appel; puis, après la Bénédiction Apostolique donnée par Son Excellence, l'on se retire et l'on se donne rendez-vous pour le soir à 5 h. 30, heure à laquelle doit s'ouvrir le Congrès.
    Dès 4 h. 1/2, plus de 12.000 personnes sont réunies dans le hall, tandis qu'une foule, évaluée au double de ce nombre, attend au dehors l'arrivée du Délégué. Le voici qui se présente à l'heure exacte. On chante l'antienne « Ecce Sacerdos » tandis qu'il se dirige vers son trône, et l'hymne « Veni Creator » une fois qu'il est arrivé. Mgr J. Allen, archevêque de Madras, Mgr A. Faisandier, évêque de Trichinopoly, et Mgr T. de Castro, évêque de Mylapore, lisent des adresses de bienvenue, puis Son Excellence ouvre officiellement le Congrès « institué en l'honneur et placé sous la protection de notre Divine Mère la T. Sainte Vierge Marie, pour la plus grande gloire de Dieu et pour le bien général de l'Eglise catholique dans les Indes Orientales ». Il donne ensuite lecture d'une lettre de Sa Sainteté Benoît XV, datée du 15 octobre 1920, dans laquelle le Pape fait part « de la grande joie qu'il éprouve à la pensée que Marie, la Vierge Mère, va trouver dans ce Congrès une occasion de plus de voir proclamer ses gloires à la face des vastes régions asiatiques ». Suit un magnifique discours de Mgr A. Goodier, archevêque de Bombay, où l'éminent orateur rappelle d'abord le motif pour lequel « Madras, la ville de Madre de Dios, comme l'appelèrent nos ancêtres dans le catholicisme, a été choisie de préférence aux autres villes de l'Inde pour centre de cette grandiose manifestation ». Il passe alors en revue les bienfaits apportés par le catholicisme dans ces régions. A l'issue de ce discours, des télégrammes de respectueuse soumission sont envoyés, au nom des Congressistes, d'une part au Très Saint Père, d'autre part à Sa Majesté Britanique. Finalement la Bénédiction Papale est donnée par Mgr Pisani, et ainsi se termine la première journée du Congrès.
    Le second jour, commença le travail des sessions. Trois sessions avaient été prévues : deux pour le 5 janvier et la troisième pour la matinée du 6. Chacune comprenait quatre séries de conférences données en des locaux différents. Chaque série avait eu ses orateurs et ses sujets désignés à l'avance; et un bureau, composé d'un Evêque comme Président, d'un Evêque ou d'un Vicaire Général comme Vice Président, et de deux Secrétaires, dirigeait les débats de chaque séance.
    Sous ces 4 chefs principaux : « 1° Marie et la vie catholique, 2° les Congrégations de la Sainte Vierge, 3° Marie et les oeuvres catholiques, 4° Marie et les non catholiques, furent traités des sujets pleins d'actualité et offrant un intérêt tout spécial dans ce pays. L'un des plus remarquables traita de la diffusion de la presse catholique et des publications de « l'Indian Catholic Trulli Society ». Les principaux orateurs furent le B. P. L. Lacombe, de Trichinopoly, et le R. P. Gille, éditeur du « Catholic Herald, » tous deux bien connus pour leur expérience en la matière. Ils montrèrent la nécessité qu'il y avait de se servir de la presse « comme d'une arme à double usage ; car son rôle ne doit point se borner à défendre seulement les intérêts catholiques, en démasquant le camouflage des doctrines adverses, mais encore à répandre le bon grain et à montrer que la vérité et le progrès réel sont du côté de l'Église Catholique. « Mais, pour cela, ajoutèrent-ils, la coopération des évêques, des prêtres et des simples fidèles est indispensable. Des encouragements doivent être donnés, par eux tous, aux éditeurs des journaux et des revues catholiques, en les faisant profiter de leur talent d'écrivain d'abord, puis, ce qui est très important aussi, de leur bourse personnelle, ou, s'ils ne le peuvent, de la bourse des autres, en tachant d'intéresser ceux-ci à la grande oeuvre de la presse catholique ».
    A 2 heures de l'après-midi, deuxième session. Le sujet traité dans la troisième salle était la formation des catéchistes pour l'enseignement de la Doctrine catholique. Le R. P. Gavan-Duffy, des Missions Etrangères de Paris, fit ressortir, avec l'humour qui caractérise sa parole, toute l'importance de l'oeuvre des catéchistes, et montra le grand bien que cette oeuvre fait, partout où elle existe, en Chine, au Japon, etc.
    Le lendemain matin, à la troisième et dernière session, le même orateur, parlant sur un sujet qui complétait celui qu'il avait traité la veille, faisait ressortir « la nécessité d'avoir des maîtres d'école d'un catholicisme éclairé et d'une instruction solide ». Il ne cacha pas le rêve qu'il caressait : voir s'établir, dans les Indes Orientales, une vaste Association catholique de l'éducation, ayant ses branches diocésaines et ses réunions plénières régulières.
    La place me manque pour citer tous les sujets discutés duran les trois sessions du Congrès. Qu'il me suffise de rappeler que 21 questions du plus grand intérêt furent examinées, et que le vote d'une résolution termina chaque discussion. Pour la première fois, les laïques furent admis à discuter, en commun avec des ecclésiastiques, les moyens possibles de progrès du catholicisme. La plus grande sagesse avait présidé au choix des sujets et des orateurs, la plus grande prudence dicta les résolutions votées. En grande partie, ces résolutions règlent les rapports des pasteurs, évêques ou curés, avec leurs ouailles.
    Le Congrès se termina comme il avait commencé, par une grandiose manifestation de foi ; en l'occasion, ce fut une splendide et imposante procession, laquelle commencée à 4 h. 30 du soir ne devait prendre fin qu'à 6 heures, pour parcourir une distance d'un quart de mille. Vous auriez pu y voir les neuf paroisses de Madras, en groupes distincts, conduites par leur clergé respectif. Vous auriez pu y admirer les magnifiques tableaux vivants portés sur des chars somptueux et représentant les principaux titres de gloire de Marie : Reine des Anges, de la Paix, du Ciel, du Saint Rosaire, de tous les Saints, ou mettant en relief les mystères de l'Assomption, de l'Annonciation, de l'Epiphanie, tous tableaux rendus avec grâce et perfection par les élèves des différentes écoles catholiques de filles de Madras.
    Les premiers rangs de la procession s'engageaient déjà dans la vaste salle du Congrès que les derniers n'avaient point encore commencé à franchir la distance qui les en séparait. Quand cependant le hall fut comble, le service de clôture commença. Son Excellence le Délégué, dans une magnifique allocution, invita tous les congressistes « à venir déposer aux pieds de Marie, la Vierge puissante, la Corédemptrice du genre humain, les présents dont ceux des Mages étaient un fidèle symbole : l'encens de notre amour, l'or de notre foi, la myrrhe de nos efforts. L'Inde a soif de vérité, elle est une terre prête à recevoir la rosée divine et dussions-nous souffrir et peiner pour la répandre, Marie saura changer, comme jadis à Cana, l'eau de nos larmes et de nos sueurs en le vin précieux d'efforts récompensés ». Un salut très solennel, où les Vicaires Généraux des diocèses de Goa et de Damao assistèrent Mgr P. Pisani, comme diacre et sous-diacre, et durant lequel le Te Deum fut chanté par toute l'assistance, marqua le dernier acte du Congrès.

    SERVUS MARIE

    1921/110-113
    110-113
    France
    1921
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