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Le grand brigand

Le grand brigand Celui-ci avait nom Tchang Ta Han et était cultivateur dans la ville de Se-lan-fou, située dans l'est de la province du Koui-Tcheou.
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    Le grand brigand

    Celui-ci avait nom Tchang Ta Han et était cultivateur dans la ville de Se-lan-fou, située dans l'est de la province du Koui-Tcheou.
    Dégoûté de la charrue, Tchang se fit admettre à la suite d'un mandarin, parmi sa bande de satellites acoquinés à une troupe de voleurs. Grand et fort, ses exploits lui acquirent une telle renommée qu'on ne l'appela plus que « Le Grand Brigand ». Satellite, ses fonctions l'appelaient souvent sur les grandes routes où il assommait les voyageurs isolés qui refusaient de lui prêter l'argent ou les habits qu'il leur demandait. Mais il ne se refusait point non plus le malin plaisir d'opérer à domicile. Déguisé en saltimbanque, vêtu de sordides haillons, suivi d'un chien savant et portant un singe non moins savant dans ses bras, il se présentait à la porte des riches où on l'admettait volontiers dans les cours intérieures pour voir danser et son singe et son chien. Le bandit observait à son aise la disposition des lieux, les habitudes des gens et revenait, à ses heures, piller la maison.
    Cependant il devait entendre l'appel de la grâce et y être docile. Un jour qu'il passait par la ville de Tin-Fan, le grand brigand entendit parler de la religion chrétienne, de la félicité du ciel, des tourments de l'enfer. Cette doctrine, absolument nouvelle pour lui, lui plût très fort, et il résolut de l'étudier plus à fond. Il s'adressa à quelques chrétiens qui, connaissant sa réputation, prirent peur et l'éconduisirent sans vouloir l'entendre. Peu de temps après, apprenant qu'un missionnaire passait par Tin-Fan, il lui fit demander un entretien, mais les chrétiens n'accueillirent point favorablement sa demande. Tchang ne se découragea pas. Il s'enquit du lieu où se tenaient les réunions chrétiennes et chaque soir il s'y rendit, guettant une occasion propice. Il réussit, en lui offrant quelques friandises, à attirer à part un enfant et lui fit réciter toutes ses prières. Au bout de quelques jours, Tchang savait le signe de là Croix, le Pater, l'Ave, le Credo... et les habitudes du lieu.
    Profitant d'un moment où le missionnaire se trouvait seul, Tchang, qui se trouvait à l'affût, entre hardiment, fait la grande prostration, récite les prières qu'il connaît et demande à embrasser le christianisme. Le missionnaire le reçut favorablement, malgré les objurgations des chrétiens qui avaient peur, et l'envoya à Koui-Yang étudier la doctrine. Malheureusement sa réputation l'y suivit : Rudoyé par les catéchistes il s'en alla.
    Cependant cet homme avait la foi, il devait revenir. Il revint en effet, fut reçu, malgré les murmures, dans l'assemblée des chrétiens et, soigneusement éprouvé, baptisé enfin sous le nom de Mathurin. Le « Grand Brigand » était sincèrement converti : il devint baptiseur ambulant, un des meilleurs auxiliaires de la Sainte Enfance et sa vertu ne se démentit jamais.

    1930/36-37
    36-37
    Chine
    1930
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