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Le frère Joseph Gendron de la société des Missions Étrangères

Le frère Joseph Gendron de la société des Missions Étrangères Jean-Marie Joseph Gendron fut l'un des premiers frères coadjuteurs de la Société des Missions Etrangères et le premier qui fut envoyé en Mission. Il était appelé simplement « Frère Joseph », soit au Séminaire de la rue du Bac (juillet 1872-octobre 1881), soit au Sanatorium de Béthanie à Hongkong, où s'écoulèrent quarante-deux ans de sa vie (décembre 1881-septembre 1923).
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    Le frère Joseph Gendron de la société des Missions Étrangères
    Jean-Marie Joseph Gendron fut l'un des premiers frères coadjuteurs de la Société des Missions Etrangères et le premier qui fut envoyé en Mission. Il était appelé simplement « Frère Joseph », soit au Séminaire de la rue du Bac (juillet 1872-octobre 1881), soit au Sanatorium de Béthanie à Hongkong, où s'écoulèrent quarante-deux ans de sa vie (décembre 1881-septembre 1923).
    Il était né en Bretagne, le 15 novembre 1848, de parents chrétiens, cultivateurs dans la paroisse de Janzé, au diocèse de Bennes. Les détails nous manquent sur son enfance; mais comme l'arbre se juge à ses fruits, ainsi la vie vertueuse et déjà édifiante du jeune homme, comme plus tard celle du Frère Joseph, démontra que la famille fut le milieu favorable où germa sa vocation. Là donc furent les racines des vertus que la grâce devait dans la suite développer et faire épanouir : sa vraie et solide piété, son esprit de religion, sa simplicité, sa charité si serviable, sa douceur qui ne devait jamais se démentir.

    Mai Juin 1925, n° 163.

    Des centaines de confrères ont connu notre cher défunt durant le cours de sa probation à Paris et de sa vie de travail à Béthanie ; pas une voix discordante ne s'élèverait pour contester qu'il avait reçu de Dieu, comme le Sage, « une âme bonne », et qu'il fut, à l'imitation et suivant la recommandation du divin Maître, « doux et humble de coeur ». Ces deux mots paraissent bien caractériser la vie entière de notre Frère Joseph.
    Au sortir de l'enfance et de l'école, il avait dû se joindre à ses parents dans les travaux de la campagne et, jusqu'à l'âge de vingt ans, contribuer pour sa part à l'entretien de la famille, donnant d'ailleurs l'exemple d'un jeune homme rangé, fidèle à ses devoirs et aimable envers tous. Ce fut à cette époque, en 1868, que l'arrivée d'un nouveau vicaire dans la paroisse provoqua, par les entretiens qu'il eut avec lui, ses premières pensées de renoncer au monde. Cet ecclésiastique, M. l'abbé Hévin, aujourd'hui protonotaire apostolique et curé, à Rennes, de la Basilique du Sauveur, en apprenant la mort de son ancien dirigé, a écrit au Supérieur du Sanatorium de Béthanie :
    « Je n'ai jamais douté de sa vocation. A mon arrivée comme vicaire à Janzé, où habitaient alors ses parents, il avait dix-huit ans. Il m'édifia tellement par sa piété et son bon esprit que j'eus la pensée de lui commencer le latin. Mais comme il était déjà le gagne-pain de la famille, je ne pus réaliser mon désir. Toutefois, la Providence, qui voulait en faire un jour un saint religieux, permit qu'il eût la pensée de s'enrôler dans les zouaves pontificaux de Pie IX et, quelques années après la guerre de 70-71, étant allé aux Missions Etrangères pour voir un futur missionnaire, aujourd'hui évêque de Hué, Mgr Allys, que je connaissais très intimement, on me parla du dessein qu'on avait d'avoir des Frères coadjuteurs.
    « De retour à Janzé, je fis part à Joseph Gendron de ce projet il se décida facilement...»
    Le 5 juillet 1872, il entra au Séminaire des Missions Etrangères en qualité de Frère coadjuteur ; il était le quatrième membre de la jeune communauté. Comme les trois autres qui l'avaient précédé, il fuit appliqué à un travail soit dans les bureaux des procures, soit à la culture du jardin. L'acceptation surnaturelle du règlement et les devoirs de charité fraternelle ne devaient pas être difficiles à ce caractère heureux et doux, à cette nature dirigée de bonne heure vers l'exercice de la vertu et du sacrifice. Au temps des récréations, mêlé aux aspirants, il était modeste, d'humeur aimable et égale, prête à rendre service.
    C'est ainsi qu'il se disposait, en associant la vie de piété et celle de travail, à se consacrer à Dieu selon la forme marquée par le Règlement, et à être reçu définitivement membre de la Société des Missions Etrangères. Cette agrégation eut lieu le 21 novembre de l'année 1877. Le Frère Joseph continua quatre ans encore, dans le Séminaire, sa vie méritoire, en attendant l'heure de Dieu en toute patience et tout espoir.
    Elle arriva pour lui cette heure tant désirée, vers le milieu de 1881. Le Conseil des Directeurs lui fit connaître que son envoi dans les Missions était décidé et qu'il était adjoint à un groupe de Partants devant s'embarquer à Marseille sur la fin d'octobre. Le poste qui lui était assigné était le Sanatorium de Béthanie, dans file de Hongkong.
    Au jour du 26 octobre, l'heureux Frère Joseph disait adieu à la patrie, à la famille, et partait du Séminaire de la rue du Bac, avec 12 nouveaux missionnaires. Cinq semaines après, il débarquait à Hongkong et commençait, sous l'autorité si douce du P. Patriat, sa vie toute de dévouement et d'abnégation que la mort seule devait interrompre après quarante-deux ans. Il continua d'être à Béthanie, par le caractère et la vertu, ce qu'il avait été au cours de son temps de probation, attentif à sa sanctification personnelle, docile aux ordres et aux directions qui lui étaient donnés, et tâchant d'édifier toujours et partout.
    Son premier travail, à titre d'aide infirmier, consista à seconder et même à suppléer parfois le Supérieur auprès des missionnaires dont la maladie réclamait assistance. Il s'y donna de toute sa bonne volonté dès le premier jour.
    Il fut ensuite nommé sacristain, fonction qui paraissait convenir également à sa piété et à sa régularité. Il y trouvait, en effet, un aliment pour sa dévotion et pour son zèle à bien entretenir les ornements, les linges et autres objets du culte, à tenir propre la chapelle et à préparer ce qui devait servir pour chaque jour.
    Il avait aussi à s'occuper des deux cimetières où reposent nos missionnaires.
    Telle fut, en courte analyse, la vie laborieuse de notre bon Frère Joseph, dans cette suite de quarante ans et plus passés à Béthanie, au service de la Société. Vie cachée et monotone au point de vue humain, mais combien riche « en jours pleins » de mérites! Il allait et venait au milieu de nous sans se faire remarquer ni entendre, mais toujours fidèle à sa modestie, tranquille et uniquement occupé de son devoir à remplir ; à quoi l'on doit joindre sa discrétion parfaite et sa grande réserve dans la conversation. Sa piété était connue de tous, et de même la juste composition de son port extérieur, non moins que sa tenue édifiante à la chapelle. S belle âme se reflétait dans cette vie si calme, si simple et si bien réglée.
    Bien que ne jouissant pas d'une forte santé, il avait vécu à Hong-kong sans voir son travail interrompu par un mal sérieux. Il prenait chaque semaine son jour de « vacance » qu'il allait passer en ville, à la Procure. La Maison de Nazareth, avec son imprimerie fondée à proximité de Béthanie peu de temps après son arrivée à Hongkong, lui fournissait aussi quelques distractions momentanées et intéressantes.
    Cependant la vieillesse arrivait avec son cortège habituel d'infirmités et de fatigues. Il tâchait sans doute de les dissimuler et de les taire; mais vint le moment, vers le milieu de l'année 1923, où son état inspira des inquiétudes. Le cher Frère avait alors soixante-quatorze ans et demi ; c'était le soir de sa vie et il allait bientôt dormir son dernier sommeil, non sans passer d'abord par de cruelles souffrances. Lorsqu'il dut accepter de consulter le médecin, ce fut pour apprendre qu'il était atteint du mal irrémédiable de l' « usure du coeur ». On vit l'oedème envahir de plus en plus le corps, le visage excepté, et le mal progresser de telle sorte que dès le lin de juillet un dénouement subit était à craindre. Aussi, le Frère se hâta-t-il de demander les derniers Sacrements. Il fut administré le 3 août au matin, ce qui ne l'empêcha pas de descendre au réfectoire pour le repas de midi, et il fit de même les jours suivants, tant que les forces le lui permirent. Avec la même énergie, il continua chaque matin d'assister à la sainte Messe et d'y recevoir son Dieu, d'abord au pied même de l'autel, un peu plus tard dans le banc le plus rapproché de l'autel, ensuite sur son fauteuil dans le corridor; enfin, il lui fallut renoncer à l'assistance au divin Sacrifice et communier dans sa chambre, bonheur qu'il devait goûter encore le jour même de sa mort.
    Le 12 septembre, fête du Saint Nom de Marie, et un mercredi, jour consacré à son saint Patron, notre pieux Frère Joseph s'endormit du sommeil du juste comme les confrères terminaient auprès de lui, vers sept heures et demie du soir, les prières des agonisants. Le lendemain avait lieu, le matin, la messe solennelle de sépulture, chantée par M. Monnier, Supérieur de Nazareth, directeur et compatriote du défunt, en la présence de Mgr Rays sac, de passage à Hongkong; et le soir, après une absoute dernière donnée par Mgr Gauthier, auprès et autour duquel étaient NN. SS. Pozzoni et Rayssac, des délégués des PP. Italiens et Dominicains, le Supérieur des Frères des Ecoles Chrétiennes et tous les confrères de nos trois Maisons, avec une bonne partie des chrétiens de Pokfulurn, avait lieu la conduite au cimetière de la dépouille mortelle. Elle fut descendue dans la tombe creusée à l'endroit même que le Frère Joseph s'était choisi et préparé pour lui-même, près des croix qui abritent les restes des nombreux missionnaires décédés depuis quarante ans à Béthanie.
    C'est bien justement que le P. Marie, qui a connu pendant vingt-trois ans le Frère Joseph au Sanatorium, porte de lui cette appréciation élogieuse : « Il fut dans toute la force du terme d'une fidélité exemplaire à sa vocation, jusqu'à la fin de sa vie. Piété, charité, humilité, pauvreté, il a tout pratiqué avec constance et simplicité, en cherchant toujours à ne pas paraître. Il fut de coeur et d'esprit très fidèle au don héroïque fait de lui-même au jour de son départ de Paris pour les Missions, ne regardant pas en arrière et ne cédant à aucun désir de retourner au pays natal.


    1925/82-85
    82-85
    France
    1925
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