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Le Foyer des Étudiants d'Extrême-Orient

Le Foyer des Étudiants d'Extrême-Orient Combien sont nombreuses à Paris les oeuvres que l'on ne connaît pas ! Et des oeuvres qui travaillent avec dévouement, sans rechercher les éloges, et faisant pourtant un bien immense aux personnes qu'atteint leur inlassable activité.
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    Le Foyer des Étudiants d'Extrême-Orient

    Combien sont nombreuses à Paris les oeuvres que l'on ne connaît pas ! Et des oeuvres qui travaillent avec dévouement, sans rechercher les éloges, et faisant pourtant un bien immense aux personnes qu'atteint leur inlassable activité.
    Dernièrement, je fus très surpris d'apprendre qu'il existait, en dehors de la Cité Universitaire, vers laquelle vont les faveurs, les subventions des gouvernements et les dons de généreux Mécènes, un Foyer des Etudiants d'Extrême-Orient : Foyer destiné aux seuls étudiants de ces pays lointains dont les noms nous font rêver d'exotisme et de mystère. Dans ce Foyer, que j'ai visité, maison bourgeoise à l'architecture bien française, vaste et bien située dans le décor sobre et charmant d'un jardin engourdi par l'hiver, j'ai trouvé l'accueil le plus aimable et le plus bienveillant. Pas de longues robes de soie fleurie, pas de sandales feutrées, mais des jeunes gens habillés avec distinction, saluant gentiment en un français un peu chantant : Bonjour, Monsieur. Le Directeur voulut bien me donner les renseignements suivants.
    Fondée par la Propagation de la Foi à l'époque où il y avait en France tant de jeunes Chinois à la fois ouvriers et étudiants, cette oeuvre fut confiée à la Société des Missions Etrangères de Paris et inaugurée en 1925. Elle comprend une Maison de Famille à Bourg-la-Reine, un Secrétariat et un Cercle Paris, près du quartier latin. Le Foyer réserve la plus cordiale réception à tout étudiant d'Extrême-Orient, quelle que soit sa nationalité ou sa religion.
    Son but est d'atténuer pour les jeunes gens qui le fréquentent l'éloignement prolongé de la famille, de leur procurer une atmosphère réconfortante pour le corps, pour l'esprit, pour le coeur, de chercher enfin, par tous les moyens en son pouvoir, à rendre aussi fructueux que possible leur séjour en France.
    Il n'impose à ses adhérents aucune obligation en dehors de celles auxquelles se soumet librement tout jeune homme de bonne éducation et qui se résument en quelques mots : politesse, discrétion, culte de l'honneur, amour du travail.
    Depuis sa fondation, le Foyer a donné asile à 170 étudiants ; dont 79 Chinois, 61 Annamites, 16 Japonais, les autres Laotions, Coréens, Cambodgiens ou Siamois.
    Le cercle de la rue Hallé est à la disposition des Etudiants pour y passer agréablement leurs moments de loisirs au milieu de leurs études journalières. Des jeux, des livres, des revues, des journaux, et aussi des amis les accueillent. Dans cette atmosphère familiale et tranquille, dans le farniente de longues conversations, les heures s'envolent, moins monotones et plus joyeuses. Parfois des conférences sont données et alors on ouvre bien grandes les portes, afin que nombreux viennent les auditeurs ; mais, en général, les conférences ne sont guère appréciées, car, pour cette jeunesse qui ne cesse tout le jour d'assister à des cours plus ou moins ardus et indigestes, entendre encore un discours devient presque une corvée, qui cause plus de fatigue que de contentement. Ce qu'ils préfèrent, c'est une réunion intime, où tout le monde est à l'aise, où une discussion sans fin, et parfois sans intérêt bien précis, les occupe sans contention et leur permet de déguster une tasse de thé authentique.
    Tous les étudiants, quelle que soit leur croyance, sont admis à la Maison de Famille et au Cercle, et les relations entre eux et le Directeur ont toujours été des plus courtoises. Aussi, à la fin de leur séjour, tous emportent dans leur coeur le souvenir des années passées au Foyer. Ils ont appris à connaître le Missionnaire et se sont rendu compte de ses vues désintéressées, reconnaissant sa grande charité qui s'adresse à tous sans aucune distinction. Autant de jeunes gens qui fréquentent le Foyer, autant d'amis pour la religion catholique.
    De retour dans leur pays, ils noueront des relations amicales avec les Missionnaires et, vu leur position sociale dans la classe dirigeante, ils pourront leur rendre bien des services et les aider ainsi à propager l'Evangile.
    Pendant leur séjour à Paris, bien peu, sans doute, deviennent catholiques et reçoivent le baptême. Peut-être le nombre en serait-il plus important si, au lieu de rechercher du solide, on s'arrêtait davantage au clinquant... Si le baptême donne une auréole d'apôtre au prêtre qui convertit, souvent, hélas ! Il est trompé par le néophyte, qui, lui, ne voit dans le fait de devenir chrétien qu'un moyen pratique d'obtenir des avantages positifs et matériels. Du jour où on lui refuse les secours habituels, auxquels il est convaincu qu'il a droit parce que baptisé, peu à peu, il s'éloigne de la religion et, quand il quittera In ville témoin de ses serments, il redeviendra païen. Au Foyer de Bourg-la-Reine, on ne baptise qu'après une enquête longue et minutieuse, car combien de jeunes étudiants sont déjà fiancés avant de venir en Europe pour leurs études ! Combien aussi auront la force de résister à l'autorité paternelle, une fois de retour au pays, si celle-ci ne veut pas approuver la conversion ? Sans doute, pour servir le Christ, il faut tout quitter : mais ce jeune homme, que deviendra-t-il si plus tard, chez lui, on le considère comme un paria ? Vaut-il mieux briser l'union patriarcale de la famille, se mettre en révolte contre toute une parenté, s'exposer à vivre en dehors de la communauté, ou bien attendre quelques années que, dégagé de toute entrave, devenu libre de ses actes et seul responsable, il choisisse la voie où son coeur et sa foi l'entraînent ? Combien même verraient leurs ressources supprimées et se trouveraient ainsi dans l'impossibilité de continuer leurs études, si l'on apprenait chez eux qu'ils ont abandonné le culte des ancêtres. C'est pourquoi si, au foyer de Bourg-la-Reine, on donne l'instruction religieuse aux catéchumènes, on prend des précautions avant d'accorder le baptême. Si le père de famille refuse à son fils l'autorisation demandée de se faire chrétien, ou si le catéchumène est déjà fiancé, on préfère attendre et continuer l'instruction du néophyte. A son départ pour son pays, il est recommandé au missionnaire de la région où il va habiter ; le Vicaire Apostolique est prévenu : sur place ils seront meilleurs juges de l'opportunité du baptême. Ainsi on évite des complications spirituelles et morales et des difficultés presque insolubles. L'expérience des pays de mission est en faveur de cette solution prudente et réfléchie. Sans doute, une telle façon d'agir ne donne aucun relief de gloriole ; elle a même l'apparence de manquer de zèle pour le salut des âmes, et cependant elle est la plus sage et obtient des résultats plus sérieux. Souvent, en temporisant ainsi, non seulement on a conquis l'âme d'un étudiant, mais aussi on a converti des familles entières, qui ont compris, par cette manière de faire, que la religion n'est pas une secte destructive de l'autorité familiale et paternelle, mais qu'au contraire elle la fortifie en tenant compte de ses droits et de ses prérogatives.
    Cette ligne de conduite, adoptée au Foyer de Bourg-la-Reine, est, du reste, en tout point conforme à l'esprit et aux désirs de la « Commission Synodale de Chine », établie à Pékin sous la présidence de S. Exc. Mgr Costantini, Délégué Apostolique. Dans le dernier fascicule des « Dossiers » de la Commission (Décembre 1932, page 1.086), on peut lire, dans un rapport du P. de Jonghe, Inspecteur des écoles des Missions de Chine, les réflexions suivantes :
    « Presque partout j'ai entendu des lamentations sur les étudiants retour de l'étranger. Ceux qui pratiquent ou même trouvent le chemin de l'église sont de rares exceptions !!! Il faut croire qu'ils n'ont reçu à l'étranger qu'une instruction religieuse de surface. Trop souvent ne sont-ils pas entrés dans l'Église dans un but intéressé ?
    « Ceux qui, à l'étranger, s'occupent des étudiants chinois devraient moins rechercher le nombre que la qualité. Il serait plus prudent de laisser au curé qui se trouve en Chine le soin de baptiser ces catéchumènes : il sera meilleur juge de la foi et surtout de la situation matrimoniale de ces jeunes gens.
    « Les missionnaires de Chine sont heureux d'avoir dans leurs districts quelques chrétiens instruits pouvant occuper des situations brillantes, mais s'ils ne pratiquent pas la religion ou, ce qui serait pire, s'ils scandalisent ares anciens chrétiens, quel ennui pour le missionnaire ! »
    Je n'avais pas, je l'avoue, pensé à toutes ces conséquences et à ces difficultés au point de vue de l'apostolat, et ces réflexions m'ont donné la solution d'un problème que je me posais depuis longtemps. Comment se fait-il, me disais-je, que dans nos grands collèges des Missions : au Japon, les Marianistes ; en Chine, l'Université l'Aurore et les Frères Maristes ; au Siam, les Frères de Saint Gabriel ; aux Indes les magnifiques établissements des Missions Etrangères ; en Egypte, à Saigon, les Frères des Ecoles Chrétiennes, comment se fait-il qu'il y ait si peu de conversions ? Je comprends maintenant que c'est parce que les missionnaires sont obligés d'agir avec une extrême prudence et doivent tenir grand compte des coutumes et des moeurs des peuples qu'ils évangélisent. Un reproche que l'on ne peut leur faire, c'est de ne pas avoir l'esprit apostolique : donc, si les résultats semblent si peu encourageants, il faut admettre des raisons indépendantes de leur zèle et de leur volonté ; ce sont celles-là : porter le moins possible atteinte à l'autorité familiale et paternelle ; attendre que le jeune homme soit devenu libre de toute entrave matrimoniale ou filiale avant son admission au baptême.
    Au Foyer, il m'a paru, si je ne me trompe, que l'on n'y était pas beaucoup partisan de la thèse des mariages entre sujets de races différentes. Trop de déboires, trop de désillusions, trop de fausses espérances de vie heureuse, attendent celles qui, dans l'ingénuité de leur coeur, en acceptant de se marier se sont vouées à un lointain exil pour suivre leur mari dans son pays d'origine. Ce n'est pas sans raison que, par des articles et des notes parus dans la presse, des personnes autorisées ont jugé bon de mettre en garde des jeunes filles trop confiantes ou trop exaltées par l'illusion de l'exotisme et d'une civilisation raffinée.
    Ces jeunes filles ont-elles suffisamment réfléchi que par le mariage elle se mettent dans l'obligation de quitter leur pays, leurs amis, leurs familles, c'est-à-dire d'adresser un adieu éternel à tout ce qui fut le charme de leur jeunesse, pour s'en aller à l'aventure dans une nouvelle famille, qui peut-être ne les acceptera pas ? Quelle sera leur situation dans un pays inconnu, au langage et aux moeurs différents, où elles seront des déclassées, la société européenne considérant leur mariage comme une déchéance, et la société indigène les laissant de côté comme n'étant pas des leurs. Pour s'adapter à cette nouvelle vie, combien il leur faudra souffrir ! Et combien ces souffrances ne seront-elles pas terribles si jamais elles voient leur amour méconnu par celui pour qui elles auront tout sacrifié ?...
    Le Foyer de Bourg-la-Reine, maison familiale où l'on respire la cordialité et la simplicité, possède une chapelle, petite, mais jolie. Hélas ! Bientôt le bâtiment où elle se trouve sera démoli, la municipalité devant faire des travaux d'élargissement sur la voie publique. Il faudra donc construire, ce qui nécessitera de grandes dépenses, et l'argent actuellement se fait si rare ! Espérons que la Providence veillera sur cette oeuvre et lui donnera les moyens de vivre et de se développer, car elle est tout à l'honneur de la France et à l'avantage des étudiants d'Extrême-Orient.

    Soyons des hommes de vérité, mais soyons aussi des hommes de charité. Ne séparons jamais ces deux belles choses.

    Cardinal VERDIER.

    ***

    Ce que l'homme déteste le plus dans ses semblables, ce ne sont pas les défauts qui le vengent de sa petitesse, ce sont les avantages qui l'humilient.
    P. CAUSSADE.

    ***

    C'est une grande chose que de croire. Il y a dans le sentiment de la foi une force calme, simple et tranquille, qui porte l'âme et la soutient dans les épreuves les plus redoutables.

    Abbé PERREYVE.
    1933/76-79
    76-79
    France
    1933
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