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Le drame de Mao-keou 3 (Suite et Fin).

Le Drame de Mao-Keou (FIN1). AGATHE LIN Le catholicisme, quelle que soit la région du monde où il s'implante, met la virginité en honneur. Parmi les âmes qui le pratiquent, plusieurs sentent l'absolu besoin de demeurer uniquement à Dieu.
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    Le Drame de Mao-Keou

    (FIN1).

    AGATHE LIN

    Le catholicisme, quelle que soit la région du monde où il s'implante, met la virginité en honneur. Parmi les âmes qui le pratiquent, plusieurs sentent l'absolu besoin de demeurer uniquement à Dieu.
    Dans l'Empire du Milieu, un évêque de la Société des Missions Etrangères, Mgr Enjobert de Martillat, créa pour ces natures d'élite une sorte de congrégation : la congrégation des vierges chrétiennes, de règlement très large et adapté aux habitudes et aux préjugés des Chinois. La chrétienne dont nous allons raconter la vie édifiante et la sainte morte en faisait partie.

    1. Voir Annales des M.-E. n° 51 p. 174 et n° 52 p. 215.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1906, N° 53.

    I

    Agathe Lin que, dans son enfance, on appelait Lin Tchao, et plus tard Lin Kou-po, terme employé pour désigner les vierges consacrées à Dieu, naquit vers 1817, à Ma-tchang, petit village situé à une dizaine de lieues de la sous-préfecture de Gan nan, dans le département de Hin-y, province de Kouy-tcheou. Ses parents avaient été convertis par un chrétien du Su-tchuen, venu dans ces parages, pour fuir la persécution. Son père, Lin Ta-kong, faisait le commerce du sel ; il était intelligent, honnête, bon chrétien, mais d'un caractère irascible. Au moment de la naissance de sa fille, il était en prison et y confessait courageusement la foi ; trois jours plus tard il partait pour l'exil, à Long-ly-hien, où il resta trois ans. En 1839, il fut de nouveau emprisonné, et sur son refus d'apostasier, il reçut une trentaine de coups de bâton.
    La mère d'Agathe, Ly Yu-che, était une bonne et vertueuse femme qui vécut jusqu'à un âge fort avancé.
    L'enfant fut élevée avec beaucoup de soin, habituée au travail manuel vers lequel d'ailleurs son activité se porta toujours avec plaisir. Elle reçut quelques leçons de Denis Ten et aussi de Ly Eul-sien-sen, un fervent chrétien, originaire du Su-tchuen.
    Elle était encore toute jeune, quand son père la fiança, sans même lui en parler, selon la coutume chinoise, au chrétien Liou Jouenkouy, de Ta-pa-tien. Agathe ignora pendant longtemps l'engagement paternel ; sa piété d'enfant s'aviva, se transforma en une très grande ferveur, et elle ne songea qu'à se consacrer à Dieu ; aussi lorsque, déjà âgée de 18 ans, ses parents lui firent part de l'avenir qu'ils lui avaient ménagé, elle leur exposa sa résolution et l'appuya de si bonnes raisons qu'ils n'insistèrent pas. Les fiançailles furent rompues d'un commun accord entre les deux familles, et la jeune fille envoyée pour quelque temps chez une vieille chrétienne, Yuen, venue du Su-tchuen au Kouy-tcheou, et directrice de la seule école de filles que possédait alors toute la province. Afin d'obtenir de cette école toute l'utilité possible, on la transférait d'une station dans une autre ; elle était installée à Kouy-yang au moment où Agathe s'y rendit.
    A peine la jeune fille habitait-elle cette ville depuis deux mois, que la persécution éclata. Elle s'enfuit avec sa maîtresse à Long pin, où elle demeura près de deux ans ; puis elle retourna dans sa famille qu'elle trouva à demi ruinée par les pillages et par l'emprisonnement de son père. Elle continua seules ses études et réussit à pouvoir lire tous les livres de doctrine chrétienne, même les ouvrages de controverse.
    Le prêtre chinois qui passait à peu près chaque année dans le district de Hin-y-fou, sut distinguer ses qualités et les apprécier. Il lui confia le soin d'instruire les jeunes filles chrétiennes d'un certain nombre de stations, et de les réunir dans un village tranquille, à Ta-pa-tien. Cette initiative réussit.
    Quand elle n'était pas employée à faire l'école, Agathe se retirait dans sa famille où elle vivait paisiblement, honorant, ses parents, les édifiant par ses vertus et la prudence de ses paroles, toujours parfaitement d'accord avec sa belle-soeur, ce qui est rare en Chine, s'occupant aux travaux de la maison, hors le temps consacré à ses exercices de piété.
    Son père étant mort, elle alla avec sa mère se fixer à Chan-ki-tsin, à deux lieues de Tchen-lin-tcheou. Bientôt il se forma en ce village, sous sa direction, une petite chrétienté que l'on regarda comme un véritable modèle et dont on lui attribua tout l'honneur.
    Agathe Lin y resta plus d'une année avec sa mère Lin Yu-che et son frère Lin Ouen-leang. Elle s'occupa avec sollicitude de ses neveux qui avaient, perdu leur mère.
    Elle fit demander en mariage pour l'un deux, la fille d'un païen. « Soit, répondit celui-ci, mais dans ce cas il sera nécessaire de faire deux mariages ». En entendant ces paroles, les chrétiens comprirent que cet homme avait l'intention d'épouser Agathe Lin, peut-être même d'user de violence contre elle. Ils la prévinrent et aussitôt, craignant que cette interprétation ne fût vraie, la vierge retira sa demande.
    Cependant le neveu auquel elle s'intéressait ayant contracté des dettes et se voyant pressé par son créancier, François Ouang Yu-kong, sans pouvoir le satisfaire, mit fin à ses jours.
    Agathe éprouva un ressentiment si vif contre le créancier, qu'elle resta une année sans s'approcher des sacrements. M. Lions la réprimanda de cette rancune : « Comment, vous voulez devenir une sainte, lui dit-il, et vous gardez de telles dispositions pendant de longs mois ? » Agathe s'humilia, ressaisit sa volonté et pardonna.

    II

    C'est à Chan-ky-tsin, que Mgr Albrand, encore simple missionnaire, la rencontra pour la première fois ; et lui, qui avait un don particulier pour juger les Chinois, fut frappé de ses qualités et de ses vertus. « Il la proclamait la première de toutes les jeunes Chinoises qu'il connaissait, et il disait n'avoir jamais rencontré, en Chine, une personne qui ressemblât davantage à nos bonnes filles de France ».
    Dès lors, il ne la laissa plus dans sa famille, et l'appliqua continuellement à l'enseignement. Elle alla à Ma-gan-tchan, à Ta-chan, à Kin-kia-tchang, dans les faubourgs de Hin-y-fou, à Tien-sen-kiao, à Ngy-tang, à Hoang-tsao-pa.
    Les routes ne sont pas faciles en Chine, surtout pour les femmes aux petits pieds ; sans jamais se plaindre, Agathe s'en allait bravement, d'une station dans une autre, marchant lentement, appuyée sur un long bâton.
    Ceux qui la connurent à cette époque, ont tracé d'elle ce portrait : « Elle se tenait très droite, avait le port noble, un peu fier, quoique de manières simples et aisées ; sa démarche était grave sans être compassée ; son visage légèrement allongé, presque blanc ; ses traits fins et réguliers ; ses yeux, noirs et doux sous d'épais sourcils, achevaient de lui donner un air de grande distinction ».
    Sa mise était des plus modestes. De bonne heure elle renonça aux pendants d'oreilles et, selon la coutume des femmes chinoises qui veulent conserver la virginité ou la viduité, elle ne porta plus que de petits anneaux d'argent et des bracelets sans valeur. Ses vêtements étaient en toile de coton, généralement de couleur sombre, excepté les jours de fête où elle les portait d'une nuance bleue plus claire ; mais jamais elle ne voulut d'étoffe brochée de fleurs. « Ce sont là, disait-elle, des ornements qui ne conviennent pas aux personnes consacrées à Dieu ». Elle gardait ses pieds serrés par des bandelettes, sans affectation mondaine. Elle avait toujours la tête couverte d'un voile noir auquel, pendant l'hiver, elle ajoutait un voile blanc.
    On a loué sa patience, qui lui permit de vivre longtemps en compagnie d'une malade acariâtre, insupportable à tout le monde. Cette vertu lui coûta bien des efforts, car elle avait un caractère vif et prompt, dont la répression lui était parfois si pénible qu'elle en devenait malade. Elle ne se laissait cependant aller à aucun emportement, pas davantage à une excessive gaieté ; elle conservait en toutes circonstances un ton de voix doux, un visage calme, souriant ; elle ne riait jamais.
    Sa charité était si large que M. Lions, alors chargé du district, disait aux chrétiens qui venaient de loin et en grand nombre pour recevoir les sacrements : « Si le riz que vous avez apporté ne vous suffit pas, prenez-en dans le grenier de la vierge Agathe, qui vous le permettra avec plaisir ».
    Elle nourrissait ses élèves pauvres. Ayant reçu de son père cinquante taëls (400 francs environ), elle en employa trente pour acheter des champs à Ma gan chan et en consacra les revenus aux bonnes oeuvres.
    Quand les missionnaires venaient faire l'administration de la station dans laquelle elle se trouvait, elle leur rendait les petits services qui étaient en son pouvoir.
    Aussi sévère pour elle-même que charitable envers son prochain, elle jeûnait fréquemment, et lorsqu'on lui disait : « Il suffit d'observer les jeûnes ordinaires ; à quoi bon souffrir si longtemps et si souvent la faim ? » Elle répondait : « Vous ne comprenez pas main tenant, plus tard vous saurez ».
    En tout temps sa table était frugale ; elle-même faisait la cuisine, et souvent elle ne dépensait pas plus d'une vingtaine de francs par an, « craignant, disait-elle, de prodiguer l'argent de l'Église, qu'elle savait provenir des aumônes des chrétiens d'Europe ».
    Sa réputation était irréprochable ; jamais on n'a entendu personne, chrétien ou païen, dire la moindre parole sur sa conduite ; très modeste toujours et partout, elle évitait de parler aux hommes, et s'éloignait de la société des jeunes gens avec un soin extrême. « Je suis convaincu, a écrit M. Lions, qu'elle a toujours conservé son corps et son coeur purs, sans jamais avoir contracté de graves souillures contre la belle vertu de chasteté ; soit naturel, soit vertu de sa part, elle avouait que dans sa jeunesse, elle n'avait jamais eu de penchant pour tout ce qui est contre la chasteté. Un léger amour-propre semble avoir été son seul défaut ».
    A l'école elle parlait avec une clarté remarquable et stimulait vivement et doucement l'ardeur de ses élèves. Bien que les verges soient d'un usage courant en Chine, Agathe ne s'en servait pas ; elle préférait encourager et persuader. Lorsque certaines enfants ne savaient point leur leçon, elle leur disait : « Comment !... Comment ! Vous ne pouvez graver dans votre mémoire un petit nombre de caractères ! Etudiez donc avec plus d'ardeur... mais surtout, le soir, priez le bon Dieu qui ouvrira votre intelligence ».
    Entre les heures de classe, elle travaillait, priait, lisait.
    Les livres de piété avaient ses prédilections, surtout ceux-ci: Tchen Se Tche Lan (livre des méditations). Chen Gnien Koang Y (vie des saints) Chen Mou Lin Che (vie de la sainte Vierge) Me Siang Tche Tchang (raison de bien méditer, Tong Tchen, Siou Kouy (règles des vierges) Kin Pen (livre des prières) Ly Kouy (rituel).
    Elle fit partout beaucoup de bien, non seulement aux enfants des écoles, mais à tous les chrétiens, grâce à l'influence que son jugement droit, son caractère réservé, son instruction, sa bonté et sa générosité lui acquéraient. « Nulle part, écrit M Lions, elle n'a suscité la moindre fâcheuse affaire ; au contraire, elle a souvent fait cesser ou empêché bien des scandales ; partout où elle séjournait quelque temps, la station s'améliorait considérablement».
    En 1853, Mgr Albrand voulut l'appeler à Kouy-yang, et lui confier les écoles de cette ville ; mais il mourut à cette époque, et M. Perny, qui devint supérieur de la Mission, ne donna pas suite à son projet.
    En 1854, Agathe Lin était à Ma Gan Chan, quand M. Chapdelaine, qui se préparait à entrer au Kouang-si, arriva dans cette station. Elle se fit le professeur du futur martyr qui ne progressait pas vite dans 'l'étude de la langue ; elle lui montrait du doigt les objets, lui en disait le nom et ne se fatiguait jamais de son rôle de professeur. « Agathe fut son meilleur maître, assure M. Lions ». En retour, le missionnaire lui donnait de bons conseils ou lui inspirait de pieuses pensées. Ayant, un jour, vu dans la maison de la vierge, un beau cercueil comme les Chinois aiment à en posséder longtemps avant leur mort, il dit, en le lui montrant de la main : « A quoi bon cela? » Agathe répondit : « C'est la bière qui servira à ma sépulture, quand Dieu me rappellera du milieu, des vivants ». « Si vous voulez souffrir plus longtemps dans le purgatoire, soit ; pour moi, quelques légères planches suffisent ». La vierge comprit et vendit le cercueil neuf taëls (environ 72 francs). « Quand je mourrai, dit-elle, un cercueil de 700 sapèques (4 francs) me suffira ».

    III

    Lorsque s'ouvrit la chrétienté de Mao-keou, M. Lions confia à Agathe Lin le soin d'aller y instruire les femmes.
    La tâche était particulièrement ardue ; outre la pauvreté du pays, la grossièreté native des Tchong-kia-tse auxquels elle allait avoir affaire, la vierge devait encore enseigner la doctrine chrétienne, en chinois, à des catéchumènes qui ne comprenaient pas ou peu cette langue et qui, au dire de la plupart des missionnaires « n'ont reçu d'intelligence que pour ce qui est visible, que pour les besoins matériels de la vie présente ». Agathe entrevit les misères de cet avenir ; elle accepta d'avance tous les sacrifices et répondit à M. Lions ces paroles où se reflètent la foi, l'amabilité, la reconnaissance et l'humilité : « Le Père n'a pas balancé à quitter parents, amis, patrie, pour venir dans ce pays sauvage du Kouy-tcheou afin de sauver nos âmes, et moi pécheresse, j'oserais refuser de souffrir quelque chose pour la gloire de Dieu,et seconder le Père dans l'oeuvre du salut des âmes. Les péchés de ma vie sont grands et nombreux, je n'ai encore aucune bonne oeuvre à mon actif ; plaise à Dieu que je trouve l'occasion d'expier mes péchés et d'acquérir un peu de mérite ».
    Elle partit donc pour Mao-keou, s'installa dans la famille Lou et fit pieusement ses fonctions de catéchiste. « Elle eut besoin d'un travail et d'une patience presque au-dessus de ce qu'on peut imaginer ; pour le comprendre il faut l'avoir vu et éprouvé ».
    Les pauvres femmes qui furent ses élèves, admirèrent aussi son dévouement. « Ah ! Répétaient-elles, avec quelle clarté et quelle lenteur la vierge Agathe s'appliquait à prononcer à cause de nous ! »
    Elle comprit alors mieux que jamais la valeur du sacrifice que font les hommes apostoliques, en quittant leur patrie, pour vivre au milieu des peuples étrangers. « Aussi, dit M. Lions, elle ne se serait jamais permis la moindre plaisanterie sur le compte des missionnaires qui, principalement les nouveaux venue, y donnent parfois occasion ; et si quelqu'un nous faisait de la peine, elle en était plus sensiblement affligée, que nous-mêmes ». Une de ses élèves lui demanda un jour : « Comment avez-vous osé venir dans cette région sauvage de Mao-keou, vous qui êtes d'un pays riche et bien cultivé ? » La dévouée maîtresse lui répondit gracieusement : « J'ai reçu de la sainte Eglise la mission de me transporter chez vous, et de remplir près de vous la fonction de prédicatrice et de maîtresse d école ; je l'ai acceptée très volontiers et je me réjouis qu'on m'ait fourni cette occasion de former avec vous les liens de l'amitié chrétienne, qu'autrement je n'aurais jamais connus ».
    Dans le courant de l'année 1855, elle eut la grande joie de voir toutes les femmes dont elle s'était occupée, recevoir le baptême et la confirmation. L'année suivante, elle les prépara à la réception de la communion. « Sans elle, écrit M. Lions, je crois que cette chrétienté aurait eu bien de la peine à se soutenir, malgré tous les efforts des missionnaires ».
    A Mao-keou, la vénérable servante de Dieu eut une nouvelle occasion de prouver son amour de la virginité. Après la mort de sa première femme, Jérôme Lou qui, récemment converti, comprenait encore assez mal l'excellence de la consécration à Dieu manifesta l'intention de l'épouser. Agathe se sentit sérieusement offensée et résolut de faire à Jérôme des reproches en public, afin qu'il comprît mieux l'étrangeté de son projet ; mais après réflexion, l'excellent catéchumène alla de lui-même présenter ses excuses à la vierge, qui se contenta de lui répondre quelques pieuses paroles.
    C'est encore à Mao-keou qu'elle connût le martyre de M. Chapdelaine : son émotion fut si vive qu'elle tomba évanouie ; et à partir de cette époque, on l'entendit plusieurs fois, exprimer le désir de verser son sang pour Jésus Christ, « afin, disait-elle, d'imiter ma sainte patronne Agathe ». Elle ajoutait : « Il y a deux voies par lesquelles on va plus sûrement au ciel ; souffrir la mort pour Dieu, garder la virginité ; mais la route du martyre est plus courte ». «Le martyre, disait-elle encore, purifie l'âme en un instant et la conduit droit au ciel, tandis que la mort naturelle laisse des péchés à expier et des peines à payer ».
    Vers 1857, elle fit un voyage à Kouy-yang pour conduire la fille de Jérôme Lou Ting-mey au couvent. Il y avait dans cette maison trois religieuses, Rose Lieou, Agathe Lieou et Marie Ly. Rose Lieou, la supérieure de la petite communauté, craignant qu'Agathe Lin ne vînt pour la remplacer, l'interrogea sur le but de son voyage. Experte en politesse chinoise, l'institutrice répondit en souriant « J'ai entendu l'évêque Etienne (Mgr Albrand) et les missionnaires parler de vous ; et j'ai voulu vous voir afin de pouvoir vous reconnaître quand nous serons au Paradis ».
    Cette gracieuse réponse ne tranquillisa point Rose qui, au cours d'une promenade faite, quelques jours après, à Lou-tsong-kouang, ramena la conversation sur les travaux des vierges dans les petites stations et laissa entrevoir le fond de sa pensée. « Depuis longtemps nous faisons l'école dans la capitale, nous y sommes habituées, nous aurions de la peine à vivre dans les campagnes ». Avec une réserve qu'un diplomate de profession eut admirée, Agathe se contenta de répondre : « Si le bien y est plus difficile, il est plus méritoire ».
    Pendant son séjour au couvent de Kouy-yang, elle donna aux religieuses d'excellents conseils sur la charité et sur l'obéissance. Agathe Lieou semble avoir été celle à laquelle elle s'intéressa le plus : « Soyez patiente et bonne envers vos soeurs, lui disait-elle souvent ». Un jour que la supérieure s'était plainte à M.Perny d'une légère faute commise par la jeune religieuse, celle-ci, très mécontente, refusa de remplir son emploi. Agathe Lin la calma, l'exhorta à l'obéissance et pria le missionnaire de lui pardonner en considération de sa jeunesse.
    A partir de ce moment, M. Perny qui, précédemment, n'avait pas paru apprécier la servante de Dieu autant qu'elle le méritait, rendit hommage à ses vertus.
    Agathe retourna Mao-keou, afin d'y célébrer, la fête de tous les saints. Quelques semaines plus tard, elle devait aller la renouveler-avec les saints eux-mêmes dans la patrie des fêtes éternelles.



    1906/258-270
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    Chine
    1906
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