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Le district de Pillavadandey 3 (Suite)

KUMBAKONAM Le district de Pillavadandey PAR M. FLUCHAIRE Missionnaire apostolique. (SUITE) 1. XV De 1838 à 1846. Départ des Govéars. Le P. Lazare. Visite pastorale de Mgr Bonnand.
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    KUMBAKONAM

    Le district de Pillavadandey

    PAR

    M. FLUCHAIRE

    Missionnaire apostolique.

    (SUITE) 1.

    XV

    De 1838 à 1846. Départ des Govéars. Le P. Lazare. Visite pastorale de Mgr Bonnand.

    Depuis la chute de la puissance portugaise, les églises, placées sous le patronage du gouvernement de Lisbonne, souffraient beaucoup d'un relâchement introduit dans la discipline par les circonstances où l'on se trouvait. Quelques sièges épiscopaux étaient même vacants depuis un demi-siècle ; la mission du Maduré voyait sa vie s'éteindre peu à peu faute de prêtres ou par l'incurie des Govéars.

    Il est vrai que dès 1778, la Propagande avait permis à l'évêque de la mission du Carnate d'étendre ses soins et sa juridiction sur le Maduré, et ce pouvoir fut renouvelé à Mgr Hébert. Mais Rome n'avait pas abrogé la juridiction portugaise. Voilà pourquoi le Goanais de Pillavadandey était resté à son poste, tenant ses pouvoirs de Goa. Cet état de double juridiction conduisait l'Église de l'Inde à sa ruine, et le Portugal ne montrait que de la mauvaise volonté envers le Saint-Siège. Grégoire XVI résolut d'y mettre fin. L'Inde fut divisée en sept Vicariats apostoliques, administrés par des évêques. Le Vicariat apostolique de Pondichéry ou de Coromandel fut érigé le 8 juillet 1836 et Mgr Bonnand nommé Vicaire apostolique.

    1. Voir no 45, p. 133 et n° 46, p. 193.

    Un bref du 23 décembre de la même année érigea celui du Maduré, qui fut confié aux Jésuites Français. Ceux-ci, arrivés à Pondichéry en octobre 1837, prirent possession de leur mission en février 1838. Comme ils n'avaient pas de supérieur avec caractère épiscopal, la juridiction de Mgr Bonnand fut étendue au Maduré1 ; cet état de choses dura jusqu'au 22 mai 1846, date à laquelle Mgr Canoz S. J. fut nommé évêque et Vicaire apostolique du Maduré.

    Après la création des Vicariats apostoliques, l'Église de Maïlapur entra dans le schisme avec dom Antonio Texeira, évêque nommé par la reine de Portugal, sans bulles de Rome, et qui ne fut pas sacré.

    Il prit possession du siège de San-Thomé en octobre 1836 ; Mgr Bon-nand fit demander, par le curé de Karikal, aux Govéars de Pillavadandey et de Tranquebar de n'avoir aucune communication avec Texeira pour ce qui regarde la religion. Ces deux prêtres répondirent favorablement à la demande du Vicaire apostolique : « Pourvu, disaient-ils, que nous ayons un autre évêque, en communion avec le Saint-Siège, qui puisse nous donner les pouvoirs nécessaires pour exercer le saint ministère ». Ils ajoutaient qu'ils étaient, disposés à les recevoir de Mgr Bonnand ; de fait, en 1837, ces deux prêtres acceptèrent la juridiction de l'évêque de Drusipare.

    Le 24 avril Grégoire XVI signa la bulle Mulla praeclare qui supprimait les sièges épiscopaux de Cranganore, Cochin, Maïlapur et leur juridiction. L'archevêché de Goa était maintenue, mais réduit à son territoire pour la question de juridiction. La bulle donnait juridiction absolue aux Vicaires apostoliques dans leurs Vicariats respectifs.

    La bulle, arrivée à Pondichéry en août 1838, fut promulguée aussitôt dans les deux Vicariats soumis à Mgr Bonnand. Puis le Vicaire Apostolique demanda aux Govears de se soumettre et de lui écrire pour recevoir de lui leurs pouvoirs.

    1. Voir sur toutes ces questions l'ouvrage de M. Adrien Launay : Histoire des Missions de l'Inde, 5 vol. in-8°, taris 1898.

    La mesure prise par le Souverain Pontife fut fortement combattue par le Portugal et le clergé de Goa. Les choses allèrent même plus loin qu'on n'aurait pu le craindre ; une grande partie du clergé portugais refusa d'obéir. Hélas ! Ce fut un grand malheur pour le salut des âmes ; mais enfin ces maux inévitables ne devaient avoir qu'un temps, et l'ancien état de choses aurait amené la ruine totale de la foi catholique dans l'Inde. Certes 1a tâche de Mgr Bout-land était difficile, mais l'évêque de Drusipare était à la hauteur, et ses vertus, qui l'ont fait vénérer comme un saint par tous ceux qui l'ont connu, finirent par faire accepter le doux joug, de sa houlette.

    Le prêtre de Pillavadandey, ainsi que celui de Tranquebar, qui s'étaient soumis en 1837, refusèrent d'obéir en 1838. En conséquence Mgr Bonnand envoya le P. Lazare, prêtre indigène, pour prendre possession de ce district.

    Le P. Lazare, plus connu sous le nom d'Appavusâmy ; de caste mudali, est né à Pondichéry en 1809. Son père avait une assez belle place dans l'administration française ; quelques-uns de ses parents étaient au service de la Compagnie Anglaise.

    Il fit ses études au petit séminaire de Pondichéry, où il apprit à bien parler le français, ce qui était rare à cette époque. Il fut ordonné prêtre la veille de la Trinité en 1837. Jeune, habile, plein d'ardeur, connaissant à fond la langue et les moeurs du pays grâce à sa naissance et à son éducation, le P. Lazare était plus apte que tout autre à réussir dans la mission difficile qui lui était confiée. Il se rendit tout d'abord à Kumbakonam : nous allons dire pourquoi.

    La ville de Kumbakonam comptait très peu de chrétiens ; ceux qui actuellement y sont établis sont venus d'ailleurs, pour y trouver plus facilement des moyens d'existence.

    La famille de Sâminâdemudaliar occupait à Kumbakonam un haut rang et par sa fortune et par l'emploi de son chef. Sâminâden était originaire de Pondichéry ; il avait fait ses études au petit séminaire. Il était sherestadar à la cour de Kumbakonam, ce qui lui donnait de l'influence et sur ses compatriotes et auprès des Anglais. Il eut de bonnes relations avec les missionnaires de Pondichéry, comme du reste taus les membres de sa famille.

    C'est du temps de Sâminâden, et sous l'administration du P. Savériârsâmy que le dôme de l'église de Kumbakonam fut bâti. Plus tard Sâminâden éleva les murs de la nef jusqu'à la corniche. Le P. Arulandasâmy voulut l'en empêcher. Sâminâden porta l'affaire devant le magistrat anglais, qui rendit un jugement contre le prêtre, donnant droit aux chrétiens sur l'église. Sâminâden mourut quelques années avant la bulle Multa praeclare. Son fils Tambusâmy lui succéda dans son emploi de sherestadar. Le mariage de ce dernier avait été célébré à Pillavadandey même par le Savériârsamy, qui, dit-on, avait refusé de se rendre à Kumbakonam pour cette circonstance.

    En 1838 les mudaliars se rangèrent aussitôt sous la houlette de Mgr Bonnand, tandis que les chrétiens de Pillavadandey tenaient à leur Goanais, non pas certes par affection, mais parce qu'avec lui ils étaient les maîtres et pouvaient piller à l'aise les biens de l'église.

    Les mudaliars, en vertu du jugement dont nous venons de parler, étaient possesseurs de l'église ; ils s'étaient soumis à l'évêque légitime, ils étaient puissants et riches et aussi les amis du père Lazare ; voilà les raisons pour lesquelles celui-ci commença sa mission par Kumbakonam.

    C'était en 1838 ; vers la fin de l'année, Arulandasâmy était à Kumbakonam ; chassé de l'église, dont le P. Lazare prit possession, il se cantonna dans son presbytère, sans vouloir en sortir. Que faire ? Le blocus fut déclaré et, pris par la famine, le Goanais dut s'en aller.

    Il vint se réfugier à Pillavadandey au milieu de ses fidèles. Le P. Lazare partit pour Karikal, afin d'être à même de se rendre rapidement ici au moment voulu. Pendant ce temps Tambusâmymudaliâr, vint à Tranquebar, où il convoqua les principaux chrétiens de Pillavadandey. Il leur expliqua ce qui s'était passé à Kumbakonam, et les raisons pour lesquelles eux aussi devaient rejeter le schismatique, faire tout leur possible pour installer dans leur église l'envoyé de Mgr Bonnand.

    Il réussit à les persuader, et sur le champ fut dressé le plan de compagne. Les délégués revinrent à Pillavadandey avec le P. Lazare.

    On construisit, à l'est du village, un cottaï espèce de hangar en feuilles de cocotier. Le P. Lazare s'y abrita et pendant plusieurs jours il y célébra la sainte Messe. Enfin, comme le Govéar n'entendait pas raison, le P. Lazare se rendit au presbytère avec quelques chrétiens ; un nommé Appasârnyodéar, de Cassandettey, et un vellage Mariepillai, de Cadely saisirent le pauvre Arulandasâmy et le mirent à la porte du presbytère. Le P. Lazare s'y installa.

    Arulandasâmy se retira dans une maison à l'est du presbytère actuel ; quelques familles lui étaient restées fidèles. Défense fut faite de lui procurer quoi que ce soit cependant comme il avait conservé des amis qui lui fournissaient en secret ce qui lui était nécessaire, il put tenir un certain temps. Un vieillard nous racontait qu'ayant été au service du Goanais, et pris de pitié pour son ancien maître, il s'en allait en ces mauvais jours, à Tranquebar, et revenait la nuit lui apportant des provisions dans le plus grand secret.

    Le vide complet ne tarda pas à se faire autour de lui. Il quitta le village en le maudissant ; il se dirigea sur Tranquebar ; de là il se retira à Mandjacuppam, où il est mort.

    Le P. Lazare était le maître de la situation ; désormais le vaste district de Pillavadandey fera partie de la mission de Pondichéry.

    Le P. Lazare alla se fixer à Kumbakonam, qu'il jugeait plus convenable comme lieu de résidence ordinaire du prêtre ; peut-être l'amitié des mudeliars n'y était pas étrangère. Cependant le titre du district ne fut pas changé, il resta officiellement le district de Pillavadandey ; c'est une erreur de dire le district de Kumbakonam : pour preuve, les publications de bans de mariages continuaient à être libellées ainsi : « un tel de Kumbakonam, district de Pillavadandey etc », et les registres de baptême de cette époque portent « un tel, né à Kumbakonam, district de Pillavadandey ».

    Les mudaliars reprirent les travaux de l'église ; la nef fut couverte d'une voûte, mais la première s'étant écroulée, la voûte actuelle est la seconde ; les deux bras en transept furent construits. Ce travail commencé en 1839 fut achevé en 1840.

    En 1842 le district de Pâlur fut cédé à Tranquebar, où une nouvelle paroisse venait d'être érigée.

    Le territoire danois n'étant pas suffisant pour occuper un missionnaire, on lui donna 7 ou 8 villages chrétiens, qui dépendaient de Pillavadandey et qui étaient plus près de Tranquebar ; c'est le district de Pâlur. Dans ce village, central pour les autres, était une petite chapelle.

    La même année fut achetée un terrain à Cornâdu. La ville de Mayavaram a été formée de la réunion de plusieurs villages voisins en une seule municipalité par le gouvernement anglais ; Cornâdu se trouve au centre de la ville actuelle.

    Mayavaram était loin d'être ce qu'il est maintenant. Peu à peu des maisons ont été construites entre les anciens villages, de sorte que Mayavaram offre aujourd'hui l'aspect d'une ville indienne assez considérable ; pour les Hindous c'est un lieu de pèlerinage à la déesse Câvéry ; pendant le mois Aïpassi (oct.-nov.) des milliers de païens viennent se baigner dans les ondes sacrées de la déesse.

    Mayavaram, au carrefour de nombreuses routes, favorisé aujourd'hui d'un embranchement du South Indian Railway, est une place de commerce actif.

    L'ancien taluk de Péralam ayant été supprimé, Mayavaram devint taluk, et ainsi y furent créées des tribunaux civils et criminels. Toutes les branches de l'administration y ont des bureaux.


    Quant à la chrétienté, en 1842, dans la ville de Mayavaram, il n'en existait pas Aujourd'hui c'est une des plus belles de la mission de Kumbakonam.

    Le P. Lazare, sur le conseil de Mgr Bonnand, chercha un endroit pour établir une église centrale dans la partie nord-ouest de Pillavadandev : il jeta son dévolu sur Mayavaram. Un terrain y fut acheté pour la fondation d'un nouveau district, et aussi pour y établir une école de catéchistes.

    Cette école ne fut pas fondée, des objections ayant été faites contre la situation, et surtout Mgr Bonnand n'ayant pas alors sous la main l'homme voulu pour créer cette oeuvre.

    Le P. Lazare fut appelé à Pondichéry et le district fut confié au P. Godelle.

    Le P. Lazare revint bientôt. Il assista au synode de 1844 avec le titre de curé de Pillavadandey. C'est en cette circonstance que le premier, parmi les prêtres indigènes, il revêtit l'angui (soutane) blanc et la barrette rouge, alors en usage dans la mission pour les prêtres européens ; auparavant les prêtres indigènes portaient l'habit des sanniassis brahmes.

    En 1845, il construisit le presbytère actuel de Kumbakonam, à l'est de l'église.

    Cette même année Mgr Bonnand fit la visite pastorale du district. Il commença par Pillavadandey. A en juger par son Journal, il ne fut guère édifié soit de la conduite des chrétiens, soit des souvenirs laissés par le Govéar.

    Le 19 avril, il écrit : « Le soir il y a en aïttam (préparation à la confession), mais peu de personnes y sont venues, et encore n'étaient-ce que des femmes. Cela nous montre la marche de ces chrétientés, ou le prêtre séjourne trop longtemps. Les hommes ne viennent plus à confesse et tombent dans une pitoyable indifférence et une coupable apathie. Mais quand on arrive dans une chrétienté qui ne voit le prêtre qu'une fois l'année, dès qu'on dit l'aïttam, tous viennent en foule, hommes et femmes ».

    Il trouve les vanniers indisciplinés, de foi peu solide, pour un rien se faisant protestants. Cela est bien vrai ; cependant actuellement, si les vanniers sont encore turbulents, sans discipline et de foi peu vive, nous ne pensons pas qu'ils passeraient au camp de l'ennemi.

    « Les nâdârs tiennent bon, écrit-il ; chez eux il y a une bonne règle ». Les nâdârs (monteurs des cocotiers ou palmiers), en effet, sont attachés à leur religion, mais ils sont peu pratiquants, et leur foi n'est guère plus vive que celle des vanniers.

    Monseigneur fait encore une remarque : « prêtre de Pillavandandey aura du mal pour empêcher les gens du village de prendre sur les biens de l'église ». Cela est encore bien vrai, et cette monographie pas n'est pour le contredire. Les odéars surtout ont l'air de croire que tout ce qui est à l'église ou au prêtre est leur propriété. Ils ont abusé de cette idée sous les Goanais, et ils continuent.

    Terminons ce chapitre par cette note de juin 1845, à l'éloge du P. Lazare, Mgr Bonnand écrit : « Il travaille autant que les prêtres européens, il confesse aussi longtemps qu'eux le matin et le soir. Il se lève de grand matin et célèbres tous les jours la messe, de préférence la première. Il a des ornements et du linge propre. Il récite son bréviaire avec une piété extérieure qui fait plaisir. Il ne paraît pas être recherché dans la nourriture. Dans tout ce qu'il fait, il y a un certain naturel qui ferait croire que tout ce que je viens de dire n'est pas trop étudié. Il montre beaucoup de sagacité dans les affaires. Il est aussi très pliant, mais cela d'une manière toute naturelle ».

    XVI

    Division du district. Ses limites. Le P. Lazare chargé du nouveau district de Pillavadandey. Constructions. Un mot sur l'oeuvre du P. Lazare.

    Le district était trop vaste pour être administré par un seul prêtre d'une manière fructueuse pour le salut des âmes. Mgr Bonnand décida de le diviser pour former deux districts : Kumbakonam et Pillavadandey.

    En juin 1845 il écrit dans son Journal : « La portion de l'est doit avoir Pillavadandey pour chef-lieu, celle de l'ouest Kumbakonam. Il y a tout près de Kumbakonam, au nord-ouest, des chrétientés qui sont de la mission de Tandjaour, mais la bonne administration demande qu'elles soient jointes à celle de Kumbakonam. L'église de Pillavadandey a un mâniam, dont les chrétiens prennent en partie les revenus ; il produit 50 roupies de revenu par an ; la fête patronale a quelque célébrité. Dans la division de Pillavadandey devraient se trouver Attucudy, Mayavaram, Erukkur ».

    C'est en 1847 que la division eut lieu.

    Le P. Dé pommier, à Tranquebar, luttait sans beaucoup de succès contre le schismatique, que soutenait le magistrat anglais, et ces combats sans victoire l'avaient un peu découragé.

    D'autre part le P. Lazare, à Kumbakonam, avait eu des difficultés avec les mudaliars au sujet de l'église et du terrain, qui étaient leur propriété. Le P. Lazare avait voulu les amener à céder leurs droits à la Mission ; il échoua.

    Sur ces entrefaites la division étant décidée, le P. Dépommier alla à Kumbakonam ; Tranquebar et Pillavadandey provisoirement réunis furent confiés au P. Lazare.

    A Tranquebar, le Goanais, appuyé par le Collecteur anglais, refusait à nos chrétiens le droit d'enterrer leurs morts dans le cimetière du fort. Le P. Lazare fit l'acquisition du cimetière actuel, situé à l'ouest de l'église du Rosaire, à Nelipâleam, qui est le quartier de la nouvelle église de Tranquebar. C'est lui qui jeta les fondations de cette église, bâtie ensuite par les missionnaires.

    Les chrétientés, situées au nord-ouest de Kumbakonam, dont parle le Vicaire apostolique, et qui furent jointes à Kumbakonam, sont celles qui forment aujourd'hui le district de Manalur et la visâranei de Tiruvalancâdu. De ce côté, c'est-à-dire, entre le Coleron et l'Arasalâr, Mgr Bonnand ne fixa pas d'une manière précise les limites entre les deux districts. Entre l'Arasalâr et le Vettâr, une ligne droite, du nord au sud, passant sur Nannilam, partageait Kumbakonam et Pillavadandey.

    En 1851, par une lettre du 14 juin, adressée aux P. P. Dépommier et Lazare, l'évêque fixa définitivement les limites ainsi qu'il suit : du nord au sud, inclinant légèrement vers l'est, une ligne partant du Coléron et aboutissant à l'Arasalâr en passant au village d'Adutorei ; puis la rivière Arasalâr ; ensuite une ligne, nord-sud, de l'Arasalâr au Vettâr passant par Mannilam ; enfin à l'est, la rivière Vettâr jusqu'à son embouchure.

    La partie sud du district de Pillavadandey, située entre l'Arasalâr au nord, le Vettâr au sud, Mannilam à l'ouest, et la côte du Golfe de Bengale à l'est, fut cédée à Karikal, dont le P. Richon était curé ; c'est ce qui forme aujourd'hui le district de Karaiur.

    En 1853 le P. Richon bâtit une chapelle à Tenancudy, qui devint le chef-lieu du district.

    Quelques années après, vers 1859, cette partie du district fit retour à Pillavadandey. Alors que le P. Lazare était chargé de Kumbakonam, il avait acheté un terrain à Tiruvalancâdu pour y établir un centre d'administration. Plus tard, étant à Mayavaram, il y construisit une église en briques avec voûtes, un presbytère en brique et couvert en tuiles. Cette église a duré environ 25 ans ; les fondations n'étaient pas suffisantes, le terrain est peu solide, la voûte se fendit, et l'église finit par s'écrouler en grande partie. Vers 1895 le P. Firminhac éleva une nouvelle église, plus grande que l'ancienne, couverte en tuiles, avec une sacristie-presbytère.

    La grande oeuvre du P. Lazare, le but vers lequel, convergea sa vie entière, qui absorba toutes ses pensées et affections, est, on peut le dire, la fondation du district de Mayavaram.

    Il eut le mérite d'entrevoir l'importance future de ce poste, et il y consacra toutes ses forces. Les débuts furent humbles : le P. Lazare habitait un cottaï en feuille et cocotier, dans le cimetière connu sous le nom de Gnânamâl calarei ou cimetière de Gnânamâl.

    Ce n'était que du provisoire ; bientôt, sur le terrain, acquis pour l'établissement de ce nouveau poste, et agrandi, s'éleva un presbytère à 3 chambres, en briques, couvert d'une terrasse, entouré de vérandas en tuiles.

    Il y avait à Mayavaram, un chrétien, de caste nâdâr, nommé Savéry (Xavier). Cet homme était pauvre, mais laborieux et intelligent. Le P. Lazare offrit à Savérynâdâr de l'aider à trouver les moyens de prendre la ferme du callou, ou vin de cocotier, sur une grande échelle à la condition de céder une partie des bénéfices pour la construction de l'église. L'accord fut conclu, et l'affaire prospéra à merveille.

    Telle est l'origine de la fortune de la famille de Savérynâdâr. Celui-ci se montra généreux pour l'oeuvre de la construction de l'église ; ses affaires devenant de plus en plus prospères, il donna largement au P. Lazare. C'est en son honneur que le nouveau temple fut dédié à saint François, son patron.

    Il se chargea, jusqu'à la fin de ses jours, des frais de la fête patronale du 3 décembre, son fils Pounounâdâr continue la tradition paternelle.

    L'église de Mayavaram fut bénite le 20 juillet 1852.

    L'administration du district était au-dessus des forces d'un seul prêtre : le P. Lazare eut un vicaire et indigène et souvent deux vicaires à la fois. Le curé était l'âme qui dirigeait toutes choses, il savait faire marcher ses auxiliaires : les vicaires travaillaient, et leur travail portait l'étiquette du P. Lazare. Le peuple aujourd'hui dit encore : « Ceci est l'oeuvre du P. Lazare », quand souvent c'est le fruit des travaux des vicaires. Nous devions cette réflexion à la vérité, car sans rien enlever au P. Lazare, il faut savoir attribuer aux vicaires leurs mérites.

    Le presbytère de Erukkur fut bâti par le P. Abraham, alors curé de cette paroisse, et ancien vicaire de Mayavaram.

    La nouvelle église d'Attucudy, qui remplaça la pauvre chapelle goanaise, fut la dernière construction du P. Lazare.

    Dès le commencement, vers 1848, le P. Lazare voulut faire changer le titre du district ; Mgr Bonnand s'y refusa.

    A ce sujet, un des anciens vicaires du P. Lazare racontait l'histoire suivante : Dans ses lettres à Mgr Bonnard le P. Lazare affectait de mettre : « District de Mayaravam » ; l'évêque répondait : « Au P. Lazare à Mayavaram, district de Pillavadandey ».

    Cependant comme le P. Lazare avait fixé sa résidence habituelle à Mayavaram et que de ce fait Pillavadandey était devenu une simple station, l'usage prévalut de dire « district de Mayavaram ».

    Jusqu'à présent en parlant des travaux du P. Lazare dans son district, il s'est agi du district tel qu'il était à cette époque, c'est-à-dire, de Pillavadandey, Mayavaram et Erukkur réunis.

    Nous avons vu ce que fut l'oeuvre du P. Lazare quant an progrès matériel dans son immense paroisse ; fonder de nouvelles stations, élever des églises, bâtir des presbytères fut le travail de toute sa vie. Néanmoins au point de vue spirituel son oeuvre fut incomparablement plus grande.

    Il avait à transformer des chrétientés négligées depuis longtemps ; et il faut reconnaître qu'il y travailla de toutes ses forces et avec succès.

    Le P. Lazare s'éteignit à Mayavaram le 16 juillet 1878.

    XVII

    1878-1887. Le Père Louis Inondation. Visite de Mgr Laouënan. Administration et travaux du P. Louis.

    Le 21 mai 1861, le vaillant et saint évêque de Pondichéry, Mgr Bonnand mourait à Bénarès, au cours de sa visite apostolique.

    Son coadjuteur et successeur, Mgr Godelle de retour de Rome, rendait sa belle âme à Chambéry le 15 juillet 1867. Mgr Laouënan, choisi pour recueillir la succession de ces pontifes, fut sacré à Pondichéry le 11 octobre 1868.

    L'année suivante au mois d'octobre, le P. Louis, prêtre indigène, fut envoyé à Mayavaram, en qualité de vicaire.

    Le district de Pillavadandey est situé en plein delta du fleuve Cavery, non loin des côtes du golfe de Bengale ; dans ces parages les cyclones ne sont pas rares. Nous avons nous-mêmes plusieurs fois été témoin de ces tempêtes effrayantes, où tous les éléments, la foudre, les eaux et les vents semblent être déchaînés et se livrer une bataille furieuse dans une mêlée gigantesque. En un instant la campagne est envahie par les eaux boueuses des torrents et des fleuves ; on dirait une mer en courroux. Des flots émergent les longues cimes des cocotiers, dont la verte chevelure s'agite en furie et dont le tronc se balance, comme le ferait un faible roseau, au souffle puissant de l'ouragan. Des quatre coins de l'horizon, l'orage s'élance, se mêle, s'entrechoque, emportant tout dans sa fureur. Le ciel semble avoir transporté dans ses hauteurs les eaux de l'abîme pour les lancer en jets sinistres sur la pauvre terre ; sous sa voûte blafarde l'éclair zigzague épouvantablement, comme au dernier jour. C'est un cyclone, que seuls connaissent ceux qui ont vécu dans la zone équatoriale.

    Dans la nuit du 6 au 7 novembre 1871, un de ces terribles ouragans s'abattit sur le delta.

    Tout le Tandjaour fut éprouvé, mais surtout le triangle formé par Pillavadandey, Karikal et Tranquebar.

    Le P. Soucé, s'étant rendu à Pillavadandey pour administrer un malade, y fut bloqué par les eaux. Les pertes furent grandes : le Mantchavaïkal, le Cadalaliyar le Virôsogen avaient débordé et envahi la campagne, emportant toute la récolte sur pied. Nombre de mai sons surtout les pauvres huttes de parias, furent renversées. L'église de Saint-Antoine eut une grande partie de ses cocotiers abattus. La grande porte de la nef de l'église se fendit, et un bras s'écroula. Mais ce qui fut bien plus regrettable ce fut la mort de 5 chrétiens de Pillavadandey écrasés par la chute de leurs maisons.

    Vers le commencement de 1873, Mgr Laouënan divisa Pillavadandey en deux districts autonomes, Mayavaram et Pillavadandey. Le P. Louis fut désigné pour ce dernier poste. Ainsi depuis l'exode des Goanais, le P. Louis fut le premier prêtre qui résida à Pallavadandey.

    Dès le commencement le P. Louis prit à coeur la construction de la nouvelle église, il y travailla courageusement selon ses faibles ressources et quelques secours de Mgr Laouënan.

    Il fit creuser la terre pour remettre à jour les fondations, ébauchées par le P. Lazare ; sur le conseil du Vicaire Apostolique, il y ajouta les fondations des petites nefs.

    On doit au P. Louis la construction des deux sacristies, du transept, moins le dôme au-dessus de la corniche inférieure.

    Le P. Louis eut toujours une gestion prudente et sage des revenus du district, et des dons à Saint-Antoine, et c'est ainsi qu'il put avec le temps faire ces travaux de construction.

    SEPTEMBRE OCTOBRE 1905 N° 47.

    En 1875 le Local fund Board de Kumbakonam, sur la pétition des habitants, décida de faire une route de Perumalei à Sarmanârkôvil, passant par Cadaly. Le P. Louis s'occupa activement de recueillir le plus grand nombre de signature à la pétition, et certainement on lui doit de la reconnaissance de la peine qu'il s'est donné pour la création de cette route si utile, nécessaire même. Seulement il est à regretter qu'alors on n'ait pas insisté pour obtenir qu'elle passât par Pillavadandey.

    Le P Louis est mort à Pillavadandey, le 11 juillet 1886. Né à Colanur, de caste odéar, il se trouvait à Pillavadandey au milieu de ses parents. « Personne n'est prophète dans son pays » ; et c'est encore plus vrai dans l'Inde qu'ailleurs. Aussi le ministère spirituel du P. Louis en souffrit. Les hommes de Pillavadandey surtout, depuis de longues années, avaient abandonné les sacrements, et le P. Louis était impuissant à les y ramener. Huit villages parias, sous la pression de leurs maîtres païens, étaient tombés dans le service du diable ; c'est-à-dire qu'ils allaient à la fête de certaines pagodes traîner les chars des idoles. Ce n'est qu'après 1887 et avec des efforts inouis de diplomatie qu'ils furent affranchis de cet esclavage.

    Il est enterré dans l'enclos de l'église à côté du prêtre Goanais, Savériarsâmy.

    Le P. Delaune cumula avec la charge du district de Mayavaram celle de Pillavadandey jusqu'au mois de février 1887.

    Au mois de février 1887 le P. Thomas, prêtre indigène, fut chargé du district. Quelque temps après, Mgr Gandy, coadjuteur de Mgr Laouënan, fit la visite pastorale. Il se rendit compte que le district avait besoin d'être remué sérieusement.

    Au mois de novembre de la même année, le Père Thomas fut envoyé à Kurumbagaram.

    Le P. Philibert, succéda au P. Thomas.

    Nous nous proposons de recueillir et de publier plus tard les souvenirs du P. Philibert.
    1905/278-291
    278-291
    Inde
    1905
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