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Le district de Kedah en Malaisie

Le district de Kedah en Malaisie La presqu'île malaise, étincelante de soleil et couverte d'une luxuriante végétation, se baigne gracieusement entre les eaux brûlantes de l'Océan Indien et celles de la Mer de Chine. La ville de Singapore est la porte par laquelle passe le flot humain qui sans cesse afflue de l'Europe par l'Inde ou du Japon par la Chine et l'Indochine.
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    Le district de Kedah en Malaisie

    La presqu'île malaise, étincelante de soleil et couverte d'une luxuriante végétation, se baigne gracieusement entre les eaux brûlantes de l'Océan Indien et celles de la Mer de Chine. La ville de Singapore est la porte par laquelle passe le flot humain qui sans cesse afflue de l'Europe par l'Inde ou du Japon par la Chine et l'Indochine.
    C'est seulement en 1909 que l'Angleterre étendit son Protectorat sur les deux Etats malais, Kedah et Perlis, situés au nord de la presqu'île, sur les confins du Siam, dont ils étaient jadis tributaires.

    ***

    Les origines du royaume de Kedah se perdent dans la poésie quelque peu nuageuse de la mythologie.
    Au temps du grand roi Salomon, à quelques lieues de la côte occidentale de Kedah, dans l'île Langkawi, toujours verte au milieu des flots bleus, vivait l'oiseau Girda, roide l'île et maître de tous les animaux qui l'habitaient. C'était aussi l'ami de Salomon, le Sage des sages.
    En ce temps-là, le roi du petit état des Rums, dans l'Inde occidentale, avait promis de donner son fils unique en mariage à la fille du roi des Jins, en Chine. Mais Girda, le bel oiseau, le maître de Langkawi et de la mer, avait, par jalousie, juré d'empêcher ce mariage. Or, un jour, du haut ciel azuré où il planait, Girda aperçut au loin un point blanc qui avançait sur les flots bleus. C'était la flottille du roi des Rums, qui portait son fils et sa fortune. Elle était commandée par le premier ministre, le Rajah Marong Maha Wangsa. A cette vue, Girda, irrité, déchaîna une tempête et ralliant tous les autres oiseaux, ses serviteurs, attaqua résolument les bateaux rums. Sa victoire fut décisive : seul le navire qui portait le Rajah échappa au désastre ; les autres se brisèrent contre les rochers.
    Après une journée de recherches infructueuses pour retrouver le prince, le premier ministre, n'osant plus rentrer à Rum pour y annoncer le désastre, aborda sur la côte de Kedah, s'y maria et devint le premier roi du pays.
    Pendant ce temps, Girda voulait compléter sa victoire. D'un coup d'aile il gagnait le palais du roi des Jins ; c'était la nuit, tout le monde dormait. La fenêtre de la chambre où reposait la princesse était ouverte ; pour un oiseau comme Girda, ce ne fut qu'un jeu de saisir doucement avec son bec la princesse endormie et de la transporter dans son île, où, à son réveil, elle se trouva dans une grotte de marbre, au milieu de Langkawi, lieu choisi pour son exil.
    Un jour qu'elle se promenait sur le rivage en contemplant tristement la mer qui bornait sa prison, elle aperçut un jeune homme assis près d'une roche. C'était le fils du roi des Rums, seul sauvé des flots. Les rochers l'avaient dérobé aux regards de Girda. Il avait échoué là et se mourait de faim. Emue de compassion, la princesse chinoise se demanda : Que faire pour le sauver ? Elle eut recours à un stratagème. — « Girda, mon bel oiseau, lui dit-elle, ne voudriez-vous pas aller me quérir quelques vêtements dans le palais de mon père ? » Girda consentit et, pendant son absence, la princesse put offrir au naufragé un peu de nourriture.
    Cependant Salomon, ayant appris ce qui se passait, écrivit au roi des Rums, lui conseillant de s'allier au roi des Jins et de livrer bataille à Girda : il le fit et remporta une brillante victoire... Et, depuis les Indes jusqu'en Chine, il y eut de grandes réjouissances lors du mariage du prince des Rums et de la princesse des Jins, échappés aux serres du méchant Girda.

    ***

    Si, quittant la légende, nous passons dans le domaine de l'histoire ecclésiastique, nous constaterons que celle du district de Kedah se confond, au début, avec celle de la mission du Siam.
    En 1779, Mgr Le Bon, vicaire apostolique de Siam, fuyant la persécution, s'embarquait, avec deux de ses missionnaires, les PP. Coudé et Garnault, pour Malacca et de là pour Pondichéry. L'année suivante, le vieil évêque mourait à Goa, tandis que les missionnaires, toujours réfugiés à Pondichéry, attendaient une occasion de rentrer au Siam, alors envahi par les Birmans. C'est là qu'ils apprirent qu'un petit royaume, nommé Quéda (Kedah), limitrophe du Siam, dont il était le vassal, jouissait alors de la paix et que, dans l'un de ses ports, se trouvaient des chrétiens chassés de leur pays par la persécution. Ils décidèrent de s'y rendre et, le 7 novembre 1 781, ils abordaient à Port Quéda, la capitale. Le roi leur donna un petit terrain et une maison pour leur servir de chapelle. A la fin du même mois, le P. Coudé y administrait le premier baptême d'enfant.
    Au commencement de l'année 1782, le P. Coudé était nommé évêque de Rhesi et vicaire apostolique du Siam. Dans le même temps les missionnaires apprirent que, dans l'île de Jongselang, au nord-est de la côte de Kedah, mais dans les eaux siamoises, se trouvaient réfugiés d'autres chrétiens : Mgr Coudé, laissant à Kedah le P. Garnault, s'y rendit et aborda au village de Takua-thung, où il exerça pendant quelque temps son ministère.
    Cependant la paix était rétablie dans le royaume de Siam, mais non pas dans la chrétienté de Juthia : l'évêque élu avait bien fait publier sa nomination et les pouvoirs qu'elle lui conférait, mais les Portugais refusaient de le reconnaître ; parmi les fidèles, les uns soutenaient l'évêque, les autres le combattaient, d'où une scission dans la chrétienté. Mgr Coudé demanda au roi la permission de se rendre à Kedah pour y recevoir la consécration épiscopale que devait lui conférer Mgr Pigneau de Béhaine. Celui-ci, fuyant la persécution, errait à travers les îles du golfe de Siam dans une grande barque, avec ses séminaristes cochinchinois.
    Mgr Coudé, en route pour Kedah, s'arrêta à Takua-thung, où il célébra la fête de Noël, mais il y tomba malade et mourut le 8 janvier 1785, avant d'avoir été sacré. Le P. Garnault, provicaire, prit alors en main le gouvernement de la mission.

    En 1786, un Capitaine anglais, Light, fondait le port de Penang (aujourd'hui Georgetown), dans l'île de ce nom, qu'il acheta au roi de Kedah ; puis il invita les commerçants de Port-Kedah à y transporter leurs magasins. Un grand nombre répondirent à son appel, et, comme parmi eux il y avait des chrétiens, le P. Garnault les suivit ; mais, ayant été nommé évêque de Métellopolis et vicaire apostolique du Siam, il dut se rendre à Pondichéry pour y recevoir, le 15 avril 1787, la consécration épiscopale des mains de Mgr Champenois, Coadjuteur de Mgr Brigot.
    Un prêtre indigène, nommé Raphaël, qui, à Jongselang, avait succédé à Mgr Coudé, descendit alors avec bon nombre de ses chrétiens dans l'île de Penang et y fonda la paroisse de Pulo-tikus, à 6 km environ de la capitale et de la chrétienté établie par le P. Garnault. Et c'est ainsi que l'Eglise de Kedah devint, selon l'expression de Mgr Garnault lui-même, — la « Mère » des chrétientés de Penang et de Pulo-tikus, d'où sont partis tous les missionnaires qui ont fondé successivement les autres églises de la presqu'île malaise, y compris même celle de Malacca, abandonnée depuis 1641, et celle de Singapore, fondée seulement en 1819.
    Depuis 1 788, Kedah cessa d'être le centre d'un district ecclésiastique ; les quelques chrétiens restés à Port-Kédah furent visités par le missionnaire de Penang.
    En 1909, Kedah passait sous le protectorat de l'Angleterre ; peu après on y construisait un chemin de fer, on entreprit quelques plantations de caoutchouc.
    En 1917, le P. Louis Duvelle éleva une petite chapelle à Alor-star la nouvelle capitale du Kedah. Un missionnaire de Pulo-tikus visita alors périodiquement Alor-star et la chrétienté voisine de Sungei-patani ; un autre, les plantations.
    Enfin, en 1927, Kedah devenait de nouveau le centre d'un district autonome, dont le missionnaire en charge établit sa résidence à Sungeipatam.

    ***

    Un coup d'oeil jeté sur l'Etat de Kedah suffira pour nous convaincre que le pays est vraiment beau, par sa configuration, par sa faune, par sa végétation tropicale.
    On peut y distinguer trois zones parallèles. D'abord la zone de la côte, civilisée, organisée, peuplée ; jouissant de chemin de fer, de bateaux, de routes ; possédant plusieurs ports et de nombreux villages. Au milieu de la population malaise, on rencontre beaucoup de Chinois. — On y trouve plusieurs chapelles et les chrétiens sont nombreux.
    La deuxième zone est celle des cultures : rizières, plantations de caoutchouc, de cocotiers, de thé, de café, d'arbres fruitiers. Les routes sont plutôt des pistes praticables aux voitures à boeufs, mais plus rarement aux autos. Comme population, au milieu des rizières, dans les cabanes sur pilotis, vivent les Malais ; dans les plantations les Indiens dominent. — Le missionnaire fait l'administration de ce vaste territoire à l'aide d'une auto chapelle, qui lui sert de presbytère. Ce mode de ministère est pénible, sans doute, mais très actif et donnant beaucoup de consolation.
    Enfin la troisième zone est celle de la forêt, avec ses arbres géants et ses lianes puissantes, sous lesquels rôdent l'ours, le tigre, la panthère noire, l'éléphant, le python. On y rencontre les campements des sauvages Sémangs, des Négritos ; on ne peut y voyager qu'à pied ou à dos d'éléphant. — Cette zone vient seulement de s'ouvrir à l'évangélisation. Les sauvages qui l'habitent n'ont pas de domicile fixe, ni même de maison pour s'abriter. Lorsqu'ils arrivent dans un endroit, ils coupent des bambous qu'ils assemblent pour en former deux claies : l'une, posée à plat sur des pieds, leur sert de lit ; l'autre, inclinée sur la première, les protège contre le vent et la pluie. Comme vêtements, les hommes se contentent d'une simple ceinture ; les femmes portent un habit d'écorce d'arbre tressée, descendant de la ceinture au genou. Ils ont les cheveux crépus. Ils sont noirs et forts. Tout ce dont ils se servent est en bambou : ustensiles de cuisine, peignes, sarbacane pour tuer les animaux, etc. Ils transportent leur fortune dans de petites hottes tressées.
    Le missionnaire a réussi à triompher de leur timidité craintive, à les apprivoiser et même à obtenir leur amitié et leur confiance ; il a pu baptiser des enfants en danger de mort et il donne des leçons de catéchisme que les sauvages écoutent avec plaisir.
    En résumé, l'ancien royaume de Quéda, devenu le district ou l'État de Kedah, donne de bonnes espérances de prospérité au point de vue religieux. Mais pour que ces espérances deviennent des réalités, il faut des écoles, des orphelinats, des catéchuménats, des chapelles qui ne soient plus de simples hangars ; il faut, avec la grâce de Dieu, les prières et la générosité des âmes chrétiennes.
    L. RIBOUD.
    Missionnaire de Malacca.

    1934/165-170
    165-170
    Malaisie
    1934
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