Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Le dispensaire de Tindivanam

PONDICHÉRY Le dispensaire de Tindivanam LETTRE DU P. ABEL COMBES Missionnaire apostolique Le 26 juillet 1898, trois Soeurs de Saint-Joseph de Cluny arrivaient à Tindivanam. Elles venaient y établir un dispensaire et apportaient deux grandes caisses pleines de remèdes. Dès le lendemain de leur arrivée, elles se mirent à l'oeuvre : on décloua les caisses, on rangea flacons et petits paquets en bon ordre dans une vieille armoire aux larges flancs, et on attendit les malades. Ah ! Ce ne fut pas long.
Add this
    PONDICHÉRY
    Le dispensaire de Tindivanam
    LETTRE DU P. ABEL COMBES
    Missionnaire apostolique
    Le 26 juillet 1898, trois Soeurs de Saint-Joseph de Cluny arrivaient à Tindivanam. Elles venaient y établir un dispensaire et apportaient deux grandes caisses pleines de remèdes.
    Dès le lendemain de leur arrivée, elles se mirent à l'oeuvre : on décloua les caisses, on rangea flacons et petits paquets en bon ordre dans une vieille armoire aux larges flancs, et on attendit les malades.
    Ah ! Ce ne fut pas long.
    Deux jours après, la vérandas de la maison des Soeurs était pleine de monde ; l'un avait mal à la tête, l'autre à l'oeil, un troisième au doigt ; à celui-ci, les Soeurs donnèrent de l'onguent, à celui-là une pilule, au suivant je ne sais quoi. Mais on découvrit bientôt que la place était mal choisie pour recevoir les clients.
    En effet, la tranquillité, le silence devenaient impossibles dans le couvent, et les religieuses n'y pouvaient trouver le recueillement et la régularité nécessaires à leurs exercices de piété. Leur vie intérieure risquait d'être compromise ; il fallait chercher autre chose.
    Même dans les cas difficiles, un missionnaire est rarement embarrassé et, s'il arrive qu'il le soit, l'embarras dure peu.
    Les bonnes Soeurs et moi, nous étions trop pauvres pour songer à construire un beau bâtiment, et puis le temps pressait, car l'état des choses ne pouvait durer davantage.
    Nous fîmes donc du provisoire, et rapidement ; au bout d'une semaine, nous avions un large hangar, solide, couvert de feuilles de cocotiers : tel fut le premier dispensaire de Tindivanam.
    De temps à autre, quand le vent soufflait trop fort, quelques feuilles mal attachées prenaient bien leur vol, ou si la pluie tombait trop dru ou trop longtemps, bonnes soeurs et malades étaient légèrement mouillés, mais on n'en était que plus gai.
    Au début, la moyenne des malades variait entre 100 et 120 par jour. Six mois après l'installation du dispensaire, la clientèle quotidienne atteignait le chiffre de 175. Nous avons eu jusqu'à 260 malades : notre maximum. En résumé, durant les années 1899 et 1900, les bonnes Soeurs, dans leur pauvre dispensaire provisoire, soignèrent 106.556 malades.
    Inutile de dire que ce chiffre représente une somme considérable de dévouement, de charité, d'abnégation, et une dose de patience peu commune, étant donné le caractère de nos Indiens qui veulent que la guérison immédiate suive l'application du remède.
    Voici, par exemple, un homme influent de la caste des red-dy, il souffre de fortes coliques : « Vite, un remède ! » Dès qu'il l'a avalé, il prend son ventre à deux mains et s'écrie : «Aio ! aio ! je ne suis pas encore guéri. Ce remède n'est pas le bon ; n'en auriez-vous pas un meilleur ? » La religieuse lui dit de revenir le lendemain, et lui donne encore le même remède ; l'homme se trouve mieux ; « Ah ! dit-il, si hier vous m'aviez donné ce remède, je n'aurais pas été obligé de revenir aujourd'hui ».
    Et ce vieux qui est là, silencieux dans un coin. L'âge lui donne la physionomie d'un patriarche. Ce grand papa a la vue très basse, il s'accommode mal de cette infirmité et demande purement et simplement des poudou kannou : des yeux neufs ! On lui fait comprendre que ce n'est guère possible ici-bas, mais que, s'il était chrétien, il les aurait certainement dans le paradis du bon Dieu. Huit jours après, je le baptisais in extremis. Bon vieux, va au ciel, tout droit à la lumière éternelle...
    Laissez-moi vous raconter ici la guérison presque miraculeuse d'un riche païen, obtenue par les prières de nos fer ventes religieuses.
    Perumal, de la caste reddy, était bien malade. La paume de sa main droite, traversée de part en part par un furoncle infectieux, le faisait cruellement souffrir. Résultat : appétit nul, sommeil zéro, déperdition rapide des forces.
    Les brahmes, qui étaient à raffut et qui prétendaient le guérir par leurs prières et leurs sorcelleries, le voyant aux portes du tombeau, lui insinuèrent doucement de régler ses affaires et surtout de ne pas les oublier dans ses volontés dernières, car, disaient-ils, ils seraient obligés, après sa mort, de faire des sacrifices coûteux et des cérémonies particulières et très longues, pour empêcher son âme d'errer trop longtemps dans les espaces, avant de trouver à revivre d'une manière honorable. Notre homme, en païen convaincu qu'il était, se rendit à leurs désirs, et leur fit présent de quatre ou cinq belles vaches et de je ne sais combien de roupies.
    Pendant la nuit suivante, Perumal eut un songe. Il vit une belle dame qui lui dit : « Va à l'est ; là tu trouveras un hôpital tenu par des Vierges et tu seras guéri ». Les songes exercent une grande influence sur les Indiens très superstitieux. Quand un Indien a eu un songe, quel qu'il soit, heureux ou malheureux, rêve ou cauchemar, il ne manque jamais de dire qu'il a vu le Sami : le Dieu. Tout bouleversé par son rêve, Perumal se fit transporter presque mourant au dispensaire de Tindivanam où, pendant quinze jours, il fut entre la vie et la mort. On lui suggéra de pieuses pensées ; la Soeur Saint-Pierre Claver lui parla de Notre-Dame de Lourdes, l'engagea à mettre sa confiance en cette bonne mère, lui fit promettre de faire brider quelques cierges devant la statue de Marie, s'il guérissait, et elle lui donna quelques gouttes d'eau de Lourdes.
    Petit à petit, notre malade revint à la vie ; tous les jours le mieux s'accentuait, la plaie de la main se fermait. Après deux mois de soins quotidiens, Perumal était sur pieds et retournait triomphant dans son village, après avoir accompli le voeu qu'il avait fait à la sainte Vierge : il porta lui-même et plaça de sa main guérie huit gros cierges de cire blanche aux pieds de notre Mère immaculée. Il fit même davantage : délicatement, sans aucune ostentation, il laissa sur le piédestal de la statue 20 roupies pour aider à secourir les malades.
    Vous avez guéri son corps, me direz-vous ; et son âme ? Dans son âme la sainte Vierge a certainement déposé la bonne semence ; priez avec nous, chers lecteurs, pour que cette semence germe et porte les fruits du salut en ce pauvre païen.
    Cette guérison eut un grand retentissement à vingt milles à la ronde ; les malades affluèrent plus nombreux encore. Quelques-uns, qui venaient de loin, demandaient à être hospitalisés. Hélas ! Il nous était impossible de les garder, ce qui nous causait une grande peine, car, de ce fait, beaucoup d'âmes nous échappaient. N'ayant pas les malades sous les yeux, nos religieuses ne pouvaient pas, au dernier moment, leur administrer le grand remède, celui qui guérit de tous maux et donne la vie éternelle.

    ***

    Les oeuvres du bon Dieu naissent, généralement, petites et faibles. Le diable suscite mille et mille obstacles pour empêcher leur développement, les ressources manquent, etc... Cependant elles grandissent peu à peu, prennent une physionomie, donnent des espérances ; enfin, après bien des difficultés traversées et vaincues, ces oeuvres revêtent leur forme définitive et poursuivent leur but précis.
    Ainsi l'heure était venue pour notre petit dispensaire, de grandir et de devenir un hôpital véritable dans lequel nous pourrions recevoir et garder les malades. L'année dernière notre vénérable archevêque, Mgr Gandy, au retour d'une visite pastorale, s'arrêta pendant quelques heures à Tindivanam pour donner à nos oeuvres naissantes sa paternelle bénédiction et les meilleurs encouragements.
    Il vit le dispensaire : « C'est bien primitif, dit-il en souriant. Si nous bâtissions un bel hôpital... qu'en dites-vous, Père Combes ? A vos ordres, Monseigneur. Avez-vous des briques ? Une centaine de mille. Alors commencez ».
    Pendant six mois, on ne vit que briques charriées, mortier et chaux remués, poutres et poutrelles hissées sur les murs, maçons, serruriers, charpentiers travaillant sous mon regard, souvent courroucé à cause de leur lenteur. Cependant, un beau jour, tout fut fini, et le 24 juillet 1902, Mgr Gandy bénissait et inaugurait l'hôpital au milieu des chrétiens de Tindivanam, naïvement heureux de l'entourer, et d'une foule de païens qui dévoraient des yeux le Grand Gourou des chrétiens.
    Il y a quelques semaines que l'hôpital est ouvert, et déjà de nombreux pauvres malades y ont trouvé le chemin du ciel.
    Un point noir se montre bien à l'horizon : aurons-nous les ressources suffisantes pour entretenir cette oeuvre ? Oui, puis que nous avons mis notre confiance en Celui qui nourrit les oiseaux et revêt les lis des champs

    1902/317-320
    317-320
    Inde
    1902
    Aucune image