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Le diocèse du Puy et la Société des Missions Etrangères

Le diocèse du Puy et la Société des Missions Etrangères La Société des Missions Etrangères a toujours témoigné d'une dévotion profonde, à la fois filiale et confiante, envers la Très Sainte Vierge, Reine des Apôtres. Le culte de Marie, avec les solennelles manifestations de son grand Jubilé de Notre Dame du Puy, tient une grande place dans la vie des populations chrétiennes du Velay.
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    Le diocèse du Puy et la Société des Missions Etrangères

    La Société des Missions Etrangères a toujours témoigné d'une dévotion profonde, à la fois filiale et confiante, envers la Très Sainte Vierge, Reine des Apôtres.
    Le culte de Marie, avec les solennelles manifestations de son grand Jubilé de Notre Dame du Puy, tient une grande place dans la vie des populations chrétiennes du Velay.
    De cette communauté de sentiments devaient résulter des liens spirituels que le temps a resserrés fortement depuis le jour lointain où Le Puy envoyait son premier enfant demander à être admis dans la vieille Société missionnaire de la rue du Bac.
    C'était en 1789, au moment où la Révolution allait entraver pour longtemps le recrutement des ouvriers apostoliques. Au début de cette année, l'abbé Pierre Gire, originaire du Velay, entrait au Séminaire des Missions Etrangères. L'année suivante, il partit pour la Cochinchine et commença ses travaux apostoliques dans le Quang-binh ; en 1798, une persécution ayant éclaté, il fut dévalisé et faillit être pris. Il évangélisa les provinces du Binh-dinh et du Phuyen et mourut en 1804.
    Après ce premier Ponot et jusqu'aujourd'hui, 180 enfants du Velay ont consacré leur vie à l'apostolat dans la Société des Missions Etrangères. Sur ce nombre, 125 sont allés recevoir la récompense de leurs labeurs, 55 combattent encore en Extrême-Orient pour la cause de Dieu et de son Eglise.
    Parmi les défunts, 7 furent honorés de l'épiscopat : il convient de les mentionner en premier lieu.
    Augustin Chausse, né en 1838 à Saint-Didier-la-Séauve, entré à 21 ans au Séminaire des Missions, y fut ordonné prêtre en 1862 et partit la même année pour la mission de Canton, alors particulièrement difficile. Il y travaillait avec grand zèle depuis 18 ans lorsque, en 1880, il fut nommé évêque de Capse et Coadjuteur de Mgr Guillemin, qui, retenu par la maladie en France, lui laissa entièrement le gouvernement de la Mission et, à sa mort, en 1886, le titre de Préfet apostolique. Lors de l'expédition française au Tonkin (1884-85), Mgr Chausse, dut se réfugier à Hong-Kong avec la plupart de ses missionnaires. De retour à Canton, il répare les dégâts, reconstruit l'évêché, le séminaire et termine la cathédrale, oeuvre magnifique de Mgr Guillemin. Après vingt années d'un laborieux épiscopat, une attaque de paralysie l'obligea à se retirer au sanatorium de Béthanie (Hong-Kong), et c'est là qu'il mourut le 12 octobre 1900. Il avait doublé le nombre des chrétiens de sa mission, qu'il laissait en plein progrès.
    Martin Pontvianne, originaire de La Brousse, hameau d'Yssingeaux, entré au Séminaire des M.-E. en 1860, âgé de 21 ans, partit en 1863 pour la Cochinchine Septentrionale (Hué), où, à cause des troubles, il n'arriva que l'année suivante. Il fut chargé successivement du district de Saobun et de la province de Quang-binh. En 1877, il était nommé évêque de Botra et Vicaire apostolique. Il entreprit aussitôt après son sacre (1878) la visite de sa mission, mais bientôt, épuisé par les fatigues de ce ministère, il dût se rendre au sanatorium de Hong-Kong, où il s'éteignit le 30 juillet 1879, laissant le souvenir d'une charité qui, souvent, se privait même du nécessaire pour venir en aide aux malheureux. Un de ses frères, Jean, de 12 ans plus jeune que lui, entra aussi dans la Société des M.-E. et travailla durant 34 ans au Setchoan Occidental ; il mourut à Chengtun en 1908.
    Jean-Louis Vey, né à Araules en 1840, entré aux Missions Etrangères en 1862, fut destiné à la mission du Siam, où il arriva en 1865. Chargé du séminaire et de la paroisse de l'Assomption, à Bangkok, il devenait, en 1875, évêque de Géraza et vicaire apostolique. Durant son épiscopat de 33 ans, il fonda de nouvelles chrétientés, commença l'évangélisation du Laos, développa les oeuvres d'enseignement et de bienfaisance. Il fut nommé Officier d'Académie en 1893 et Chevalier de la Légion d'Honneur en 1896. I1 mourut à Bangkok en 1909.
    Henri Vasselon naquit en 1854 à Craponne-sur-Arzon. Prêtre en 1877, il fut envoyé au Japon Méridional (Nagasaki) et fut professeur à Osaka. Lors du partage de la mission (1888), il fit partie du nouveau vicariat d'Osaka. Mgr Midon le choisit pour son provicaire et le chargea du poste de Kyôto. Il succéda en 1894 à Mgr Midon, dont il continua les oeuvres ; mais, frappé d'apoplexie le 7 mars 1896, il mourut le même jour. Il avait montré durant toute sa vie des qualités de calme et de bonté qui le firent vivement regretter.
    Hippolyte Teissier était né en 1853 à Saint Ferréol dAurore. Entré au Séminaire de la rue du Bac, il y fut ordonné prêtre en 1879 et partit la même année pour la mission de Mysore (Inde). Après avoir exercé le ministère apostolique dans divers postes, il fut appelé, en 1890, aux fonctions de procureur de la mission et d'aumônier de l'hôpital Sainte-Marthe de Bangalore, il sut s'attirer les sympathies et la reconnaissance des missionnaires et des malades. En 1910, il fut nommé Vicaire général par Mgr Baslé, à qui il succéda en 1916. Après deux années de travaux et de soucis aggravés par la guerre, il fut terrassé par une angine de poitrine : la maladie fut enrayée, mais non guérie et, le 16 février 1922, Mgr Teissier rendait son âme au Dieu pour lequel il avait vaillamment travaillé durant les 42 années de sa vie de missionnaire.
    Auguste Chapuis était originaire de Saint-Hostien, où il naquit le 20 avril 1869. Après ses études secondaires au petit séminaire de la Chartreuse, il entra au Séminaire des M.-E. en 1887, y fut ordonné prêtre en 1892 et envoyé dans la mission de Pondichéry. Il fut 5 ans professeur au collège de Karikal, après quoi, sur son désir, il devint missionnaire ** missionnant ». Lors de l'érection du diocèse de Kunbakônam (1899), détaché de Pondichéry, il fit partie de la nouvelle mission. Hautement estimé de son évêque, Mgr Bottero, il fut choisi pour coadjuteur et sacré évêque de Castoria le 25 juillet 1911. Deux ans après, Mgr Bottero mourait subitement et Mgr Chapuis recueillait sa succession. Il entreprit aussitôt la visite de son diocèse, pendant laquelle éclata la grande guerre, qui lui enleva 14 de ses missionnaires, mobilisés dès le début. Cette lourde épreuve terminée, l'évêque vint en Europe pour assister, en 1920, à la commission réunie à Rome pour préparer la première assemblée générale de la Société, qui eut lieu à Hong-Kong l'année suivante. En 1928, sa santé, fortement ébranlée, l'obligea à un voyage en France. Peu après, il donnait sa démission et le diocèse de Kumbakônam était enlevé à la Société des M.-E. et transféré au clergé indigène. Il rentra dans l'Inde et ce fut pour y mourir le 14 juillet 1932. La vertu caractéristique de Mgr Chapuis fut la bonté : il fut bon avec ses missionnaires, avec les prêtres indiens, avec ses diocésains et même avec les païens ; aussi fut-il aimé et regretté de tous.
    Auguste Gauthier, né en 1868 à Saint-Haon, entra au Séminaire des M.-E. à 22 ans et partit en 1894 pour la mission de Canton. Après quelques années de ministère, il fut nommé Supérieur du Collège du Sacré-Coeur. En 1911, il devient économe de la Maison de Nazareth (Hong-Kong) ; il fait un voyage en France, puis, de retour à Canton, il est chargé par Mgr de Guébriant, alors Vicaire apostolique, d'initier les premiers missionnaires américains de Maryknoll au ministère qui sera le leur dans la mission qui doit leur être confiée et il s'acquitte de cette tâche à la satisfaction de tous. En 1921, la partie occidentale de la province de Kouangtong était érigée en mission autonome et le P. Gauthier en était nommé le premier Vicaire apostolique ; il fut sacré à Hong-Kong évêque de Dobero le 25 mai 1922. Installé à Pakhoi, il obtint que l'île du Hainan fût détachée de son vicariat et confiée aux Pères de Picpus. En 1925, il fit un nouveau voyage en Europe pour les affaires de sa mission ; mais, à peine était-il de retour en Chine qu'un mal inexplicable le saisit, que rien ne put conjurer : il mourut au sanatorium de Hong-Kong le 12 mai 1927, sans avoir réalisé tout ce que son âme d'apôtre avait projeté pour l'extension du règne de Dieu et le service du prochain.

    Sept évêques en moins d'un siècle : voilà certes une contribution bien honorable du Puy en faveur de la Société des Missions Etrangères. Mais, pour avoir rempli un ministère plus effacé, combien de simples missionnaires n'ont-ils pas bien mérité et de leur diocèse d'origine et de la Congrégation dans laquelle ils s'étaient enrôlés ? Plusieurs, sans mériter le titre de martyrs et les honneurs de la béatification, ont cependant versé leur sang pour la cause du Christ qu'ils prêchaient.
    Le P. Jean Terrasse, de Lantriac, travaillait depuis 9 ans au Yunnan (Chine) lorsque, attaqué par des païens dans le village de Tchang-in, il fut massacré, et les assaillants dévorèrent son coeur et son foie. C'était le 28 mars 1883.
    Le P. Henri Chanès, de Coubon-sur-Loire, missionnaire du Kouangtong depuis 1890, fut de même massacré par les païens le 14 octobre 1898.
    Le P. Jean-François Régis Souvignet, de Monistrol-sur-Loire, ordonné prêtre en 1882, fut envoyé en Mandchourie. Après avoir occupé plusieurs postes, il s'installa en 1895 à Houlan, où aucun missionnaire n'avait encore pu résider : les P.P. Noirjean, Conraux, qui l'y avaient précédé, avaient dû céder devant la violence. Lui voulut tenir : il construisit une église, il ouvrit des écoles et enregistra plusieurs centaines de baptêmes ; mais, en 1897, il fut attaqué dans sa résidence par des soldats chinois, qui le frappèrent rudement et le laissèrent pour mort. Lors de la révolte des Boxeurs, il était éloigné de Houlan ; apprenant que ses chrétiens étaient menacés, il partit pour leur porter secours ; quelques jours après, le 30 juillet 1900, il était massacré. Après sa mort, un soldat lui ouvrit la poitrine, en arracha le coeur et mit à la place le bréviaire que le missionnaire avait caché sous sa soutane. Le P. Régis Souvignet s'était toujours distingué par son dévouement, sa générosité et son énergie : il méritait plus que tout autre de mourir martyr. Un de ses frères, Henri, plus jeune d'une année seulement, entra aussi aux Missions Etrangères et le devança de 15 jours en Extrême-Orient, mais au Tonkin : il y est encore et, bien qu'octogénaire, il continue, à l'exemple de son glorieux aîné, à se dévouer généreusement au bien des âmes qu'il évangélise depuis plus de 50 ans.
    Le P. Auguste Boursolles, de Tence, n'avait passé que quatre mois au Laos lorsque la mobilisation le rappela en Europe. Affecté comme sergent au 22e Colonial, il fut tué, le 8 novembre 1915, par un éclat d'obus qui lui laboura le crâne. Il ne mourait pas dans sa mission, mais il avait offert sa vie pour elle et pour la France.
    Nous l'avons dit, le nécrologe de la Société des M.-E. mentionne 125 missionnaires originaires du diocèse du Puy. Combien parmi ceux-là outre ceux que nous venons de rappeler mériteraient, sinon un prix d'excellence, du moins un prix d'honneur dans le palmarès du labeur apostolique !
    Le premier qui, après la Révolution, prit le chemin de la rue du Bac puis de l'Extrême-Orient, fut Jean-Jacques Aulagne, d'Yssingeaux, qui travailla 37 ans (1829-1866) dans la mission de Pondichéry.
    Après lui, Privat Bouquet, de Saint Vénérant, dont la carrière apostolique au Mysore (Inde), fut de 46 années (1848-1894), marquées par des vertus douces et fortes, pratiquées avec une persévérance qui le classe parmi les bons ouvriers évangéliques.
    Antoine Moutot, de Riotord, missionnaire de Suifu (Setchoan) en 1870, provicaire en 1887, termina en 1922 un ministère de 52 années, pendant lesquelles les épreuves furent plus nombreuses que les consolations.
    Pierre Pouzol, de Saint-Paulien, mourut en 1919 dans la 50e année de sa vie apostolique. Pendant 30 années, il avait été chancelier de l'Archevêché de Pondichéry et directeur de la Congrégation indienne des Soeurs du Saint Cur de Marie.
    Jacques Vissac, de Langeac, missionnaire du Mysore en 1872, fonda à Bangalore le Collège Saint-Joseph, qu'il développa si rapidement qu'on y comptait 800 élèves en 1894. Sa santé l'obligea à laisser en d'autres mains la direction de son oeuvre, qui continua de prospérer et qui, lorsqu'elle fut transférée aux PP. Jésuites de Calicut (1937), réunissait plus de 2.000 élèves. Le P. Vissac mourut à Bangalore en 1913.
    Jules Vialleton, de Saint-Didier-la-Séauve, missionnaire de Cochinchine Orientale en 1872, fut un des premiers apôtres des sauvages bahnars, à l'évangélisation desquels il se dévoua pendant 37 ans.
    Jean-Baptiste Ronat, de Boisset, passa les 47 années (18721919) de sa vie apostolique dans la province reculée du Kouytcheou et cela comme, du reste, la plupart de ses contemporains sans jamais revoir la France.
    Urbain Faurie, de Dunières, durant 46 ans missionnaire du Japon Septentrional (Hakodate), sut allier le zèle apostolique avec son goût de la botanique ; il étudia à fond la flore japonaise et en envoya au Museum de Paris de nombreux spécimens, dont il employa le produit à pourvoir ses stations chrétiennes de chapelles et de presbytères. Il mourut dans l'île de Formose que, botaniste impénitent, il avait toujours désiré explorer.
    Jean-Baptiste Vauzelle, de Saint-Etienne-sur-Alègre, missionnaire du Cambodge en 1874, y travailla sans relâche pendant 52 ans et, lui aussi, sans un seul retour en France.
    C'est au Siam que Jean-François Perbet, d'Araules, travailla pendant 48 ans (1876-1924), s'appliquant particulièrement à l'instruction religieuse de ses chrétiens et à la construction d'écoles.
    Jean-Christophe Monnier, de Saint-Ferréol-d'Auroure, missionnaire de Mandchourie Septentrionale en 1880, devint provicaire en 1891, et, durant ses 30 années d'apostolat, suscita des mouvements de conversion dans toutes les paroisses dont il fut chargé.
    Joseph Cubizolles, de Saugues, travailla en Mandchourie pendant 48 ans avec un zèle infatigable. Il fut longtemps provicaire de la mission de Kirin et mourut en 1935.
    Marie Victorin Accarion, de Beaulieu, missionnaire de Birmanie Septentrionale en 1890, fut un grand prédicateur de retraites et traducteur en birman de nombreux ouvrages de piété. Sa carrière apostolique fut de 37 ans.
    Henri Roubin, de Saint-Pierre-Eynac, partit pour la Mandchourie le 15 août 1895. Il y fonda, en 1902, la célèbre colonie de Saint-Joseph qui, aujourd'hui, comprend 10 villages en pleine prospérité, comptant plus de 6.000 chrétiens avec toutes les oeuvres des meilleures paroisses de France. Sa santé, délabrée par 30 années de travaux, de soucis et de luttes de toutes sortes, l'obligea à rentrer au pays natal, où il mourut le 16 août 1935.
    Joseph Davenas, de Pont-Salomon, missionnaire de Tatsienlu (Marches thibétaines) en 1909. Lorqu'éclata la Révolution (1911), il était à Taofu : les lamas et leurs partisans se saisissent de lui et, durant plusieurs jours, l'insultent et le torturent de mille manières ; attaché à un poteau, il entend les cris affreux des victimes que l'on écorche vivantes et il attend son tour de subir le même sort. Heureusement il est délivré par des soldats chinois ; mais sa santé ne se relèvera pas des souffrances qu'il a endurées et, bien que soigné avec dévouement à Tatsienlu même, il meurt le 30 avril 1924, à 39 ans.
    Terminons là cette énumération ; pour être vraiment impartial, il faudrait les citer tous, tous ces braves Ponots à qui l'on a généralement réservé les missions les plus pénibles et qui ont consumé leurs forces dans un labeur souvent obscur, mais qui n'en est que plus méritoire devant Dieu. Nous ne pouvons les mentionner tous, mais leurs travaux et leurs vertus ont été inscrits dans le ciel et nous avons confiance qu'ils jouissent de la récompense promise aux valeureux soldats du Christ et de son Eglise.
    Car nous n'avons parlé jusqu'ici que des morts. Les vivants ils sont encore plus de 50 dans les missions de la Société continuent courageusement l'oeuvre de leurs devanciers ; dans l'Inde, en Indochine, en Chine, ils combattent à leur tour et soutiennent avec bravoure leur titre d'enfants de Notre Dame du Puy.
    En terminant cet aperçu, il nous faut bien avec regret constater, depuis quelques années, un fléchissement dans le recrutement de notre Séminaire. Le diocèse du Puy, si généreux jadis, n'y est plus représenté que par 5 aspirants : 1 à Paris, 3 à Bièvres et 1 au service militaire. Nous avons l'espoir que ce n'est là qu'une crise passagère et que bientôt le Velay reprendra sa place, un des premières, parmi les bons fournisseurs de l'armée missionnaire d'Extrême-Orient.

    1938/4-13
    4-13
    France
    1938
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