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Le diocèse de Rodez et la Société des Missions Etrangères

Le diocèse de Rodez et la Société des Missions Etrangères Le Rouergue, toujours fidèle à ses traditions profondément catholiques, s'est de tout temps montré généreux dans l'offrande de ses enfants au service de Dieu et de l'Eglisé. Innombrables sont les prêtres, les religieux, les religieuses, qui ont porté dans toutes les parties du monde la foi et la charité chrétiennes avec le zèle infatigable de leur terroir natal.
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    Le diocèse de Rodez et la Société des Missions Etrangères

    Le Rouergue, toujours fidèle à ses traditions profondément catholiques, s'est de tout temps montré généreux dans l'offrande de ses enfants au service de Dieu et de l'Eglisé. Innombrables sont les prêtres, les religieux, les religieuses, qui ont porté dans toutes les parties du monde la foi et la charité chrétiennes avec le zèle infatigable de leur terroir natal.
    La Société des Missions Etrangères de Paris a bénéficié largement de la libéralité apostolique du diocèse de Rodez, qui lui a donné 170 missionnaires, dont 115 dans la seconde moitié du XIXe siècle et plus de 50 au XXe siècle.
    Il y a exactement 200 ans (1737) que le premier Rodézien aspirant missionnaire venait frapper à la porte du Séminaire de la rue du Bac et y demandait son admission. Il avait nom Jean de Carbon. Né vers 1700 à Milhau dans une famille protestante, il se convertit au catholicisme, ses études terminées, embrassa l'état ecclésiastique et entra au Séminaire des M.-E. Destiné à la Cochinchine, il s'embarqua à Lorient en novembre 1737, en même temps que Mgr des Achards de la Baume, Visiteur apostolique, et arriva dans sa mission en avril 1739. Envoyé au Khanh-hoa il voulut faire la route à pied, jugeant contraire à la dignité humaine que des indigènes le portassent dans un filet ; il tomba de fatigue et succomba le 6 septembre : il n'avait passé que 4 mois en Cochinchine.
    La mort si inattendue de ce premier apôtre rodézien eut-elle pour effet de déconcerter le zèle de ceux qui auraient désiré le suivre ? Toujours est-il qu'il faut franchir un long intervalle de 120 ans pour rencontrer de nouveau un Rouergat au Séminaire des Missions.
    Celui qui renoua entre Rodez et Paris la chaîne, qui désormais ne devait plus être rompue, fut le P. Pierre Bertrand, de Plaisance. En 1857 il fut destiné à la Birmanie. Quand il y arriva, son évêque, Mgr Bigandet, frappé de la pâleur de son visage, ne put se retenir de dire : « Les missionnaires de ce genre devraient apporter leur cercueil avec eux ! ». Or le « missionnaire de ce genre » ne mourut qu'en 1899, après plus de 40 années d'un ministère très actif et fructueux, laissant le souvenir d'une générosité admirable, témoin ce fait entre cent autres A un missionnaire qui, à bout de ressources, mettait son cheval en loterie, il s'empressa d'écrire : « Je prends tous les billets de votre loterie : gardez donc votre cheval, mais n'en dites rien à personne ».
    Après lui vinrent le P. Jacques Rieucau, de Rodelle, qui travailla 42 ans dans la mission de Pondichéry (1858-1901) et se fit remarquer par une patience et une égalité d'âme à toute épreuve ; le P. Jean-Baptiste Besombes, de Saint-Symphorien, dont la carrière apostolique en Cochinchine Orientale ne fut que de 8 ans (1859-1867) ; le P. Joseph Navech, de La Loubière, qui, après 5 années de professorat au Collège général de Penang, passa en 1865 en Birmanie, où il mourut du choléra contracté auprès des malades atteints de l'épidémie (1870).
    Et, depuis cette reprise de contact, jamais les missions de la Société n'ont manqué de Rodéziens et jamais le Séminaire de la rue du Bac ne s'est trouvé sans quelques Rouergats parmi ses aspirants missionnaires. Des quelque 170 missionnaires enrôlés dans la Société une centaine environ sont passés à une vie meilleure, les autres continuent en Extrême-Orient la lutte pour Dieu et son Eglise.
    Dans l'impossibilité de donner dans les limites d'un article de revue une notice même succincte de chacun, nous mentionnerons seulement ceux que des circonstances particulières ont mis quelque peu en vedette.
    Et d'abord ceux qu'une mort violente ou particulièrement lamentable a arrachés à leurs labeurs apostoliques.
    Le P. Placide Parguel, de La Roque Sainte Marguerite, après 23 années d'apostolat au Yunnam (Chine), fut en 1889 mordu par un chien enragé et mourut de cette blessure. Le légendaire P. Chicard, le « Chevalier Apôtre », qui l'avait initié au ministère apostolique, disait de lui : « C'est un type de croisé, un coeur d'or, d'une imagination hardie, d'une charité à toute épreuve merveilleusement secondée par une force herculéenne ».
    Le P. Jean Antoine Codis, de Saint Julien d'Empare, missionnaire du Kouangtong en 1874, y travaillait avec zèle depuis 13 ans : il dirigeait à Hocchan la construction d'une église, lorsqu'un vent violent renversa sur lui la toiture et le jeta du haut d'une terrasse sur les pierres du chemin ; il mourut quelques jours après.
    Le P. Joseph Séguret, de Rodez, n'avait que 4 années de mission dans le Laos tonkinois lorsque, le 9 janvier 1884, il fut massacré à Muong-deng par une bande de brigands soudoyés par les autorités annamites.
    Le P. Jean André Soulié, de Saint-Juéry, était missionnaire dans les Marches thibétaines (Tatsienlu) depuis 10 ans ; lors de la persécution de 1905, il fut saisi par les lamas et leurs affidés, et, après 12 jours de tortures physiques et morales, mis à mort à Ngarongchy. Il avait fait de bonnes collections botaniques qu'il envoya au Museum de Paris ; il avait relevé des routes peu connues et mérité en 1904 une médaille d'argent de la Société de Géographie.
    Le P. Frédéric Mazel, de Rodelle, missionnaire du Kouangsi en 1896, après avoir passé quelques mois au centre de la mission, se rendait à Silin, poste qui lui avait été assigné : en passant à Loli il fut massacré par une bande de Chinois ennemis des Européens : c'était le
    1er avril 1897.
    Le P. Marius Guiraud, de Plaisance, après 10 années de mission au Mysore (Inde), fut rappelé comme directeur au Séminaire de la rue du Bac. Deux ans après, la guerre éclatait et il était mobilisé comme infirmier. Fait prisonnier par les Allemands le 17 septembre 1914, puis rapatrié 10 mois plus tard, il repartit pour le front et, le 12 novembre 1916, il fut tué en Argonne par un éclat de bombe, « alors, dit une citation posthume, qu'il venait de s'offrir spontanément, comme agent de liaison, pour aller sous un bombardement violent, porter un ordre en première ligne ».
    Le P. Baptiste Delpal, de Ségur, mourut de la peste contractée au chevet des malades le 27 janvier 1911, après 12 ans de ministère en Mandchourie.
    Le P. Jean-François Cavaignac, de Vaureilles, missionnaire de Nagasaki (Japon) pendant 13 ans, tué à l'ennemi, dans le département de la Marne, le 18 avril 1917, au moment où il remplissait auprès d'un blessé son ministère d'aumônier. Il avait été cité trois fois à l'ordre du jour de la division.
    Le P. Lagarrigue, de Castanet, n'avait passé qu'un an dans la mission de Kumbakônam (Inde) lorsqu'il fut rappelé en France par la mobilisation ; 3 ou 4 jours après son arrivée sur la ligne de feu, il tomba frappé d'une balle en plein front, au moment où il levait la main pour absoudre un officier mortellement blessé à ses côtés. C'était au début de novembre 1914.
    Cette seule énumération suffirait à prouver que les missionnaires rodéziens ont vaillamment rempli leurs devoirs envers l'Eglise et envers la France. Combien d'autres cependant ont vécu et sont morts sans que rien n'attire sur eux les regards du monde, mais le diocèse qui les a vus naître et la Société à laquelle ils ont appartenu se doivent de ne pas laisser leur nom tomber dans l'oubli. Rappelons-en quelques-uns.
    Le P. Amédée Maury, de Rivière, qui fut missionnaire de Pondichéry pendant 14 ans, puis, durant 19 ans directeur du Séminaire des M.-E., où il mourut en 1884.
    Le P. François Chibaudel, de Montagnol, nommé en 1868 professeur au Collège général de Penang, rappelé en 1880 au Séminaire de Paris, devint supérieur du Séminaire de Bièvres en 1895. Quatre ans après il mourait, après une vie toute de travail, de piété, de régularité et de modestie.
    Le P. Paulin Vigroux, de Brousse, professeur au Collège générai de Penang pendant 4 ans ; durant 25 ans missionnaire de Tôkyô (Japon), il fut vicaire général de l'archevêque, Mgr Osouf ; dans ses courses apostoliques il fonda, de concert avec le P. Cadilhac, un autre Rodézien, environ 75 stations chrétiennes, fut chargé ensuite de la paroisse de la cathédrale et de la léproserie de Gotemba. En 1899, sa santé l'obligea à rentrer en France ; dès qu'elle se fut un peu améliorée, il accepta de se charger de la paroisse de Montclar, où il resta 5 ans, puis il se retira à Con-nac, et c'est là qu'il mourut en 1909. Son archevêque a dit de lui : « C'était vraiment un modèle de missionnaire ».
    Le P. Teyssèdre, de Lacalm, fut durant 45 ans missionnaire de Pondichéry, puis de Kumbakônam, et se distingua par son esprit de foi, son amour de la pauvreté et sa tendre dévotion envers la Sainte Vierge. Il mourut en 1915.
    Le P. Pierre Landes, de La Salvetat-Peyralès, missionnaire du Set-choan Oriental (Chine) durant 48 années (1867-1915), qui ne furent qu'une longue pratique de zèle et de mortification.
    Le P. Bernard Ferrié, de Gages, qui pendant 38 ans exerça son ministère, la bo-rieux et fécond, dans le diocèse de Nagasaki (Japon). A sa mort, en 1919, son évêque lui rendit ce témoignage : « C'était le plus vaillant missionnaire de la mission de Nagasaki ».
    Le P. François Delmas, de Saint-Juéry, missionnaire de Nagasaki en 1889, directeur du Séminaire de Paris en 1896, Supérieur en 1913 ; en 1921, second Assistant de Mgr de Guébriant, Supérieur général de la Société, mort le 17 janvier 1922. On a dit de lui : « Il était de ceux que l'on peut mettre partout où il y a un danger à courir, une résolution à prendre, une responsabilité à porter.
    Le P. Marius Bernat, de Rodez, fut, de 1889 à 1901, missionnaire du Siam, après quoi, rappelé en France, il fut durant 27 ans directeur au Séminaire de la rue du Bac.
    Et la liste pourrait être allongée longtemps encore de ceux qui, répondant pleinement à leur vocation, ont rendu d'éminents services à la Société dont ils faisaient partie et par là même à la sainte Eglise de Dieu. Nous ne pouvons les nommer tous, mais nous avons la douce assurance qu'ils ont reçu au ciel la glorieuse récompense de leurs travaux et de leurs vertus.
    Nous n'avons jusqu'ici parlé que des morts et l'on aura peut-être remarqué avec étonnement que, sur une centaine de missionnaires rodéziens partis pour un monde meilleur après une vie de labeurs apostoliques, nous n'avons eu à en signaler aucun qui ait été revêtu de l'épiscopat. Pourquoi ? C'est le secret de Dieu, mais ce qui prouve que plus d'un parmi eux eût été digne quantum humana fragilitas nosse sinit de recevoir la plénitude du sacerdoce, c'est que, sur les quelque 70 Rodéziens travaillant actuellement dans les Missions de la Société, cinq sont évêques et vicaires apostoliques. Nous devons les mentionner ici ; mais, obéissant au précepte de l'Ecriture : « Ante mortem ne laudes hominem quemquam », nous nous bornerons à les nommer, laissant à Celui pour qui ils travaillent le soin de les récompenser selon leurs mérites.
    Mgr Paul Ramond, de Briols, missionnaire du Tonkin Occidental en 1881, fut nommé en 1895 évêque de Linoë et Vicaire Apostolique de la nouvelle mission du Haut Tonkin (Hunghoa), qu'il dirige depuis 42 ans. Octogénaire, il a depuis un an comme Coadjuteur Mgr Vandaele, qui l'aide dans l'administration de son grand vicariat. Ajoutons seulement que, au début de l'épiscopat de Mgr Ramond, la mission comptait 10 prêtres indigènes et 15.000 chrétiens ; aujourd'hui ces chiffres s'élèvent à 50 prêtres et 60.000 fidèles.
    Mgr Eugène Foulquier, de Luc, parti pour la Birmanie Septentrionale en 1889, en devint le Vicaire apostolique en 1906 ; après 23 années d'épiscopat, il a donné sa démission et transmis le gouvernement de sa mission à son compatriote, Mgr Falière.
    Mgr Paulin Albouy, de Camboulazet, missionnaire de Nanning (Kouangsi, Chine) depuis 1903, a été nommé évêque de Cidyessus et Vicaire apostolique en 1930.
    Mgr Adrien Devais, de Naucelle, parti pour la Malaisie en 1906, est évêque de Malacca depuis 1933.
    Mgr Albert Falière, de Rieupeyroux, envoyé en 1914 dans la mission de Birmanie Septentrionale, y a succédé comme évêque et Vicaire apostolique en 1930 à un autre Rodézien, Mgr Foulquier.
    Les simples missionnaires continuent en Chine, en Indochine, au Japon, l'oeuvre d'évangélisation avec toutes les difficultés et les sacrifices qu'elle comporte, y apportant le zèle et l'énergie puisés dans le sol de leur Rouergue.
    Cependant ce résumé de la coopération du diocèse de Rodez à l'apostolat de la Société des Missions Etrangères ne serait pas complet si l'on ne mentionnait encore la mort héroïque, non plus d'un missionnaire, mais d'un aspirant : M. Paul Magne, de Saint-Geniez-d'Olt, qui, entré minoré au Séminaire de la rue da Bac en 1913, fut mobilisé l'année suivante et frappé à mort le 14 mars 1915, en allant avec sa compagnie à l'attaque d'un fortin allemand. Il ne fut pas missionnaire, mais il avait offert sa vie pour les Missions et pour la France.
    De ce qui précède il est aisé de conclure que le diocèse de Rodez a bien mérité de la cause des Missions. Mais, après avoir rappelé un passé si glorieux, on ne peut se défendre d'un regret à la pensée que le Rouergue n'est plus représenté au Séminaire que par deux aspirants. Quantus mutatus abillo ! Quand ce grand diocèse, toujours si riche en vocations ecclésiastiques et religieuses, reviendra-t-il à sa généreuse collaboration à l'oeuvre apostolique de la vieille Société de la rue du Bac ?...

    1937/243-249
    243-249
    France
    1937
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