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Le diocèse de Nantes et la Société des Missions Étrangères

Le diocèse de Nantes et la Société des Missions Étrangères
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    Le diocèse de Nantes et la Société des Missions Étrangères

    Le diocèse de Nantes est regardé à juste titre comme un généreux pourvoyeur de vocations à l'apostolat en pays infidèles. Tous les Ordres, toutes les Congrégations ont eu et ont encore parmi leurs membres des Nantais ; il va sans dire que la Société des Missions Etrangères n'a pas été oubliée dans cette distribution d'ouvriers pour les régions les plus lointaines et les plus déshéritées de la vigne du Maître ; sa part a même été des plus honorables, et c'est cette part dont nous voudrions résumer ici les faits et rappeler les noms les plus saillants.
    La Société missionnaire de la rue du Bac était encore bien jeune, lorsque, en 1669, le premier Nantais vint y demander son admission. Il avait nom Louis Lotteaux ; né vers 1637 à Châteaubriant, il était déjà prêtre, aussi fut-il, dès l'année suivante, destiné à l'Extrême-Orient. Le 10 mai 1670, il s'embarquait à Port-Louis, mais il ne devait pas arriver à destination : après une longue et pénible navigation, il mourut à Fort Dauphin, dans l'île de
    Madagascar, au mois de mars 1671. Mgr Pallu a fait l'éloge de ses vertus et de « ses beaux talents pour la prédication ».
    Cette mort prématurée n'arrêta pas le souffle de l'esprit apostolique dans les âmes bretonnes. En 1689, un autre Nantais s'embarquait pour l'Extrême-Orient, où il devait travailler durant trente-deux années. Il se nommait Gabriel Braud. Le Tonkin et le Siam furent successivement le théâtre de ses efforts pour la conversion des païens. En 1698, il est nommé provicaire et cherche à renouer les relations du Siam avec la France. Curé de la paroisse Saint-Joseph à Juthia, il s'y dépensa sans relâche pendant 15 années ; terrassé par la maladie, il alla mourir à Batavia.
    Depuis lors, Nantes n'a cessé de fournir à la Société des Missions Etrangères des prêtres pour l'apostolat et des aspirants pour s'y préparer au Séminaire de la rue du Bac. De 1670 à 1938, 95 Nantais se sont enrôlés dans la vieille Société missionnaire de Paris. Sur ce nombre, 7 ont été élevés à l'honneur de l'épiscopat et c'est eux que nous devons saluer d'abord.
    Mgr Jean-Jacques Tessier de Quéralay, né à Chantenay vers 1668, fut envoyé à Pondichéry en 1699 comme procureur de la Société. Il remplissait cette charge depuis dix-sept ans avec le plus grand dévouement, lorsqu'il fut nommé évêque de Rosalie et coadjuteur de Mgr de Cicé, vicaire apostolique du Siam, à qui il succéda en 1727. Durant son épiscopat, il lutta courageusement contre les autorités siamoises qui voulaient imposer aux missionnaires et aux chrétiens des règlements opposés à la foi chrétienne. Mgr de Quéralay mourut à Juthia en 1736.
    Mgr Félix Ridel, né en 1830 à Chantenay, prêtre en 1857, après une année de vicariat à La Renaudière, entra aux Missions Etrangères et fut envoyé en Corée, où il pénétra en 1861. Lors de Ici persécution de 1866, dont furent victimes 2 évêques, 7 missionnaires et des centaines de chrétiens, il échappa aux recherches et put gagner Shanghai. C'est là que vint le trouver sa nomination d'évêque de Philip-popolis et de vicaire apostolique de la Corée. Il se rendit à Rome pour assister au Concile du Vatican et y fut sacré par le Cardinal de Bonne chose. Ce n'est qu'en 1877 qu'il put pénétrer dans sa mission ; trois mois après, il était arrêté et emprisonné à Séoul. Délivré, grâce à l'intervention des ministres de France, de Chine et du Japon à Pékin, il fut reconduit en Chine, puis se rendit au Japon, où il publia une grammaire et un dictionnaire de la langue coréenne. Frappé de paralysie à Nagasaki en 1881, il rentra en France et mourut à Vannes en 1884.
    Mgr Désiré Van Camelbeke naquit à Nantes en 1839 ; entré diacre au Séminaire des Missions Etrangères, il y fut ordonné prêtre en 1863 et envoyé, la même année, en Cochinchine Orientale. A cause de la persécution, il s'arrêta à Penang puis à Saigon et n'arriva dans sa mission qu'en 1865. Après quelques années de ministère, il fut nommé supérieur du séminaire, provicaire, et, en 1884, évêque de Hiérocésarée et vicaire apostolique. L'année suivante, se déchaînait sur l'Annam la terrible persécution soulevée par les mandarins et les lettrés à l'occasion de la conquête du Tonkin par la France. Le vicariat fut ravagé : 8 missionnaires, 5 prêtres indigènes et plus de 25.000 chrétiens massacrés ; séminaires, églises, presbytères, écoles, couvents incendiés. Relever la mission de ses ruines, telle fut la tâche à laquelle Mgr Van Camelbeke employa les dernières années de sa vie et qu'il sut mener à bonne fin. En 1884, il avait trouvé dans son vicariat 41.000 chrétiens ; en 1886, il n'en restait que 15.000 ; en 1901, il y en avait 73.000. En quinze ans, le chiffre des fidèles avait quintuplé. Après de tels résultats le vaillant évêque pouvait mourir en paix : il s'éteignit à Langsong le 9 novembre 1901.
    Mgr Jean-Marie Mérel, originaire de Vay, où il naquit en 1854, fut ordonné prêtre à Nantes en 1879, entra en Séminaire des Missions Etrangères en 1881 et partit l'année suivante pour la mission du Kouangsi, qu'il quitta peu après pour celle du Kouangtong. Il y travaillait depuis près de vingt années lorsqu'il fut nommé Préfet apostolique et évêque d'Orcisto. De nombreuses difficultés entravèrent son épiscopat et le décidèrent, en 1915, à donner sa démission. Il eut pour successeur, à Canton, Mgr de Guébriant. Quant à lui, retiré dans la mission de Malacca, il reçut de Rome le titre d'archevêque de Craina et, pendant quinze années encore, vécut dans la plus grande simplicité, s'appliquant à rendre service aux missionnaires et les édifiant par sa piété et son inaltérable bienveillance. Il mourut à Singapore le 13 octobre 1932.
    Parmi les 47 évêques que compte actuellement la Société des Missions Etrangères, deux sont originaires du diocèse de Nantes : nous devons nous contenter de les mentionner brièvement.
    Mgr Pierre-Philippe Giraudeau est né en 1850 à Saint-Mars-de-Coutais. Ordonné prêtre en 1876, il entra aux Missions Etrangères et, en 1878, fut envoyé au Thibet. Il y a donc soixante ans qu'il travaille dans une mission écartée et pénible, sans être jamais revenu au pays natal. Provicaire en 1894, il devint, trois ans après, coadjuteur de Mgr Biet, à qui il succéda en 1903. En 1936, âgé de quatre-vingt-six ans, il a donné sa démission et transmis le gouvernement du Vicariat à Mgr Valentin, son coadjuteur depuis 1921 ; mais il travaille encore, par la prière et par l'exemple, à la sanctification des âmes auxquelles il a voué sa longue carrière apostolique.
    Mgr Jean-Marie Blois, né en 1881 à Machecoul, missionnaire de Moukden en 1905, a été nommé en 1921 évêque de Lambèse et vicaire apostolique : il y a donc dix-sept ans qu'il gouverne avec zèle et prudence son importante mission du sud de la Mandchourie.
    Fermons cette parenthèse ouverte en l'honneur de deux évêques vivants et revenons à ceux qui ne sont plus. Sur les 95 missionnaires Nantais enrôlés dans la Société des Missions Etrangères, 75 sont allés rendre compte au grand Juge de la manière dont ils ont répondu à leur grande et sainte vocation. Nous ne pouvons les citer tous, mais rappelons du moins quelques noms dont le souvenir est demeuré plus vivant en raison des circonstances particulières dans lesquelles ils ont manifesté leur générosité au service de Dieu et des âmes. Et d'abord ceux qu'une mort violente a arrachés à leur ministère de dévouement et de sacrifices.
    Le P. François Mabileau, né en 1829 à Paimboeuf, missionnaire du Setchoan Oriental en 1858, massacré par les païens à Yeouyang le 29 août 1865.
    Le P. François Barrat, de Rougé, envoyé en Cochinchine Orientale en 1879, victime, le 3 août 1885, de la persécution ourdie par les mandarins et les lettrés contre les missionnaires et leurs chrétiens.
    Le P. Jean-Marie Viaud, né en 1864 à Saint-Julien-de-Concelles, missionnaire de Mandchourie en 1891, massacré par les Boxeurs le Il juillet 1900 ; son corps fut jeté dans le fleuve.
    Le P. Louis Leray, de Ligné, n'avait pas deux ans de mission en Mandchourie lorsque, le 16 juillet 1900, attaqué par les Boxeurs, il fut frappé d'une balle et brûlé vif.
    Ajoutons à cette liste de morts héroïques le nom du jeune Gaston Dupas, de Nantes, qui, entré au Séminaire des Missions en 1913, fut mobilisé dès le début de la grande guerre et mourut pour la France à Verdun le 10 avril 1916. Il n'avait que vingt-deux ans : Dieu s'était contenté de son désir de consacrer sa vie aux missions.
    Citons encore quelques noms qui méritent mention.
    Le P. Brisard, de Saint-Hilaire-de-Chaléons, qui, pendant trente et un ans missionnaire de Pondichéry (1847-1878), se distingua tout particulièrement par sa charité pendant la grande famine qui désola l'Inde.
    Les PP. Julien Rabin, de Pannecé, et Louis Bernard, de Saint Etienne de Montluc, qui furent les deux premiers pionniers de l'évangélisation du Thibet par l'Inde (1851-1858), s'épuisèrent en vaines tentatives pour pénétrer dans le royaume interdit et revinrent tous deux mourir en France, le premier en 1876, el second en 1884.
    Les PP. Pierre Drouet, de Boussay, et Pierre Sécher, de Saint-Lumine-de-Clisson, qui, en 1860, embarqués pour l'Extrême-Orient avec six autres jeunes missionnaires sur le navire « Mercedes », firent naufrage dans les mers de Chine et périrent avec tout l'équipage et les passagers. Depuis la fondation de la Société (1658), c'est le seul cas où des missionnaires partant de France aient péri ainsi.
    Le P. Donatien Eveillard, né à Nantes en 1835, missionnaire de Saigon en 1861, fonda l'imprimerie de la mission et publia plusieurs ouvrages de spiritualité et de pédagogie. Il mourut en 1883.
    Le P. François Favreau, de Chéméré, missionnaire de Saigon en 1869, fut rappelé au Séminaire de la rue du Bac en 1877 et s'y dévoua pendant quatorze ans à la formation des aspirants missionnaires.
    Le P. Pierre Lallement, de Pouliguen, missionnaire de Saigon en 1875, provicaire en 1901, mort en 1908, se fit remarquer par la sûreté de son jugement et la bonté de son coeur.
    Le P. Jules Guillou, d'Aigre feuille, missionnaire du Siam en 1885, y travailla pendant cinquante-deux ans avec un zèle entreprenant et un tés intéresse ment admirable. Il ne revit jamais la France. « Il était, a-t-on dit, de cette phalange de missionnaires qui ont tout sacrifier ce qu'ils possédaient pour sauver le plus d'âmes possible et qui comptent uniquement sur la divine Providence ».
    Bien d'autres missionnaires nantais ont certainement fait partie de cette glorieuse phalange : ils nous pardonneront de ne pouvoir les citer tous ici ; ils ont reçu, ce qui vaut bien mieux, le témoignage de Celui qui a dit : « Merces vestra multa est in coelo ».
    Actuellement 20 missionnaires nantais travaillent dans les missions confiées en Extrême-Orient à la Société des Missions Etrangères et y continuent les traditions de zèle et d'abnégation léguées par leurs devanciers dans la carrière apostolique.
    De plus 10 aspirants se préparent à aller prendre leur part à l'oeuvre d'évangélisation des infidèles : 6 sont à Paris, 2 à Bièvres, 2 accomplissent leur temps de service militaire. C'est dire que le diocèse de Nantes est toujours disposé à venir en aide aux besoins des missions ; mais, étant donnée l'insuffisance numérique des ouvriers apostoliques, il est à souhaiter que ce concours aille encore en croissant, et dans la même mesure croîtront les bénédictions dont le Roi des apôtres récompensera la générosité nantaise pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

    1938/194-200
    194-200
    France
    1938
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