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Le diocèse de Luçon et la Société des Missions Étrangères

Le Diocèse de Luçon et la Société des Missions Étrangères
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    Le Diocèse de Luçon et la Société des Missions Étrangères

    La catholique Vendée ne pouvait se désintéresser de l'important problème de l'apostolat en pays infidèle. Aussi a-t-elle fourni un contingent notable à toutes les Congrégations missionnaires, et donc à la Société des Missions Étrangères de Paris. Cependant la seconde moitié du XVIIe et tout le XVIIIe siècle s'écoulèrent avant qu'un Vendéen vînt frapper à la porte du Séminaire de la rue du Bac ; mais le début fut, on peut le dire, sensationnel, car fait unique dans nos annales, ce premier Vendéen fut sacré évêque à Paris même, avant son départ pour la Mission à laquelle il était destiné.
    Jacques PÉROCHEAU était né aux Sables-d'Olonne en 1787. Ses études terminées, il fut ordonné prêtre en 1812 et nommé professeur de philosophie au Grand Séminaire de La Rochelle. Cinq ans plus tard il entrait au Séminaire des Missions. Or, à ce moment, l'évêque martyr du Setchoan, Mgr Dufresse, était mort depuis trois ans, et son successeur désigné, Mgr Fontana, n'avait pu recevoir la consécration épiscopale. A Rome, on décida que M. Pérocheau serait sacré évêque de Maxula et qu'il irait consacrer Mgr Fontana au Setchoan, où il pourrait rester. Le sacre eut lieu dans l'église du Séminaire le 2 janvier 1818 ; trois semaines après le nouvel évêque partait pour la Chine et, le 21 mai 1820, à Tchangcheou, il conférait la consécration épiscopale au Vicaire apostolique, qui le prit comme Coadjuteur. En 1838, Mgr Fontana mourait et Mgr Pérocheau, devenu Vicaire apostolique, prenait en mains le gouvernement de la Mission du Setchoan, qui comptait alors 9 missionnaires, 25 prêtres indigènes, 30 catéchistes, 900 vierges chinoises et 50.000 chrétiens. En 1840, le Yunnan est érigé en vicariat apostolique et Mgr Pérocheau lui donne pour chef un de ses missionnaires, le P. Ponsot. La même année, il reçoit du Saint Siège le pouvoir de nommer un vicaire apostolique pour le Kouytcheou : il choisit le P. Albrand. Dans son vicariat ainsi réduit, mais encore immense, il s'occupe de la formation du clergé indigène, il fonde des écoles, il développe l'OEuvre des baptêmes d'enfants de païens. Avant de mourir, il vit son vicariat divisé en trois missions : il s'éteignit en 1861, âgé de soixante-quatorze ans, laissant une réputation de sainteté et de prudence. Il eut pour successeur Mgr Desflèches, son Coadjuteur depuis dix-sept ans.
    Sept autres missionnaires vendéens devaient, après Mgr Perocheau, être élevés à l'épiscopat. Résumons brièvement leur carrière apostolique.
    Joseph CHAUVEAU, né à Luçon en 1816, ordonné prêtre en 1839, durant quatre années fut vicaire à Aizenay, puis à Challans. Entré aux Missions Étrangères en 1843, il partit l'année suivante pour le Yunnan. En 1847, son évêque, Mgr Ponsot, le nommait provicaire, puis l'obtenait pour coadjuteur, et, en 1849, le sacrait évêque de Sebastopolis. Quinze ans plus tard, il était nommé Vicaire apostolique du Thibet et, en attendant que les missionnaires puissent pénétrer dans ce pays rigoureusement interdit, il s'établit à Tatsienlu, et c'est là qu'il mourut en 1877, sans avoir eu la consolation de fouler le sol du pays dont l'évangélisation avait été confiée à son zèle actif et prudent.
    François GUICHARD, originaire de Bois-de-Cené, où il était né en 1841, entra au Séminaire des Missions en 1863 étant sous-diacre et, deux ans après, il était envoyé au Kouytcheou (Chine), où il devait travailler près d'un demi-siècle. Ses premières années de ministère se passèrent au milieu des horreurs de la famine et de la révolte des Mahométans. Il fut ensuite curé de la cathédrale de Kouiyang, procureur de la mission, provicaire, et, en 1884, il était nommé évêque de Toron et coadjuteur de Mgr Lions, dont il devint le successeur en 1893. Son épiscopat fut marqué par de nombreuses conversions et par l'augmentation du nombre des prêtres indigènes. En 1907, il prit pour coadjuteur Mgr Seguin, sur qui il se déchargea d'une partie de l'administration. Il mourut à Kouiyang en 1913, à soixante-douze ans.
    Jules COUSIN, de Chambretaud, né en 1842, prêtre en 1865, partit l'année suivante pour le Japon, où le ministère ne pouvait encore s'exercer que secrètement. La persécution ayant éclaté, il conduisit dix séminaristes au collège de Penang. Nommé ensuite au poste d'Osaka, il y bâtit l'église de l'Immaculée Conception, qui devait, quelques années plus tard, devenir cathédrale d'un nouveau diocèse. Après la mort de Mgr Petitjean, il fut nommé évêque d'Acmonie et Vicaire apostolique du Japon Méridional et fixa sa résidence à Nagasaki. En 1888, toute la partie de sa mission située dans la grande île Nippon était érigée en vicariat autonome du Japon Central ; Mgr Cousin ne conservait que le Kyûshû et les îles qui en dépendent. Son épiscopat de vingt-six années fut marqué par un grand progrès de toutes les oeuvres catholiques ; il construisit à Nagasaki l'église Notre Dame des Martyrs ; il bénit 50 chapelles, ordonna 40 prêtres japonais, fonda 38 chrétientés, appela dans son diocèse les Soeurs de Saint-Paul de Chartres, les Franciscaines Missionnaires de Marie, les Marianistes.
    En 1891, la hiérarchie ecclésiastique ayant été établie au Japon, il était devenu le premier évêque de Nagasaki. C'est dans cette ville qu'il mourut en 1911 après un épiscopat des plus fructueux.
    Pierre GENDREAU naquit en 1850 à Le Poiré-sur-Vie ; ordonné prêtre le 7 juin 1873, il partait le mois suivant pour la Mission du Tonkin Occidental. Il fut professeur au séminaire jusqu'au jour où Mgr Puginier, l'ayant obtenu pour coadjuteur, le sacra évêque de Chrysopolis (16 octobre 1887). Cinq ans plus tard il devenait Vicaire apostolique. Succéder à un grand évêque comme Mgr Puginier était une tâche difficile : Mgr Gendreau l'accepta courageusement et la remplit durant quarante-trois ans avec un zèle infatigable soutenu par une profonde piété. Quand il prit en mains le gouvernement de la Mission du Tonkin Occidental, on y comptait 53 missionnaires, 101 prêtres indigènes et 220.000 chrétiens. Durant son épiscopat, trois nouvelles missions (dont une confiée au clergé annamite) ont été successivement détachées de Hanoi, qui comptent ensemble 95 missionnaires, 357 prêtres indigènes et 395.900 catholiques. Ces chiffres suffisent à prouver combien fécond fut le ministère de Mgr Gendreau, digne successeur de Mgr Puginier. Le vaillant évêque s'éteignit à Hanoi, âgé de quatre-vingt-cinq ans, le 7 février 1935. Si Mgr Puginier avait été un grand défricheur, son successeur planta profondément la foi et fit fleurir les vertus chrétiennes dans cette terre tonkinoise arrosée du sang de tant de Martyrs !
    Jean SIMON, né en 1855 à Chaillé-les-Marais, entra diacre en 1877 au Séminaire des Missions, d'où il partit l'année suivante pour la Mission de Birmanie Septentionale. Il y travailla durant dix ans à Bhamo, puis à Mandalay. Nommé, en 1888, évêque de Domitiopolis et Vicaire apostolique, il construit à Mandalay la cathédrale du Sacré Coeur et déploie une grande activité pour développer dans la mission les oeuvres d'enseignement et de bienfaisance ; c'est durant son épiscopat qu'un de ses missionnaires, le P. Wehinger, fonda la léproserie Saint-Jean. Mais tous ces travaux achevèrent d'épuiser une santé toujours chancelante : Mgr Simon mourut à Mandalay, n'ayant pu réaliser tout le bien que permettaient d'espérer ses talents et ses vertus.
    Félix PERROY, originaire de Talmont, où il était né en 1866, entra à vingt et un ans au Séminaire de la rue du Bac et, deux ans après, fut envoyé dans la Mission de Birmanie Méridionale. Il fut chargé successivement des postes de Bassein, puis de Thonze où il bâtit une église et fonda des écoles devenues très florissantes. Le Vicaire apostolique, Mgr Cardot, le choisit pour coadjuteur, le sacra, en 1921, évêque de Médéa, et se déchargea sur lui d'une grande partie de l'administration du Vicariat. Quatre ans après, Mgr Cardot mourait et le Coadjuteur recueillait la succession ; mais sa santé ne fut pas à la hauteur de son zèle ; il dut à son tour demander un coadjuteur : ce fut Mgr Provost, qui s'appliqua à lui éviter toute fatigue, mais ne put empêcher la maladie de suivre son cours. Le 11 avril 1831, Mgr Perroy rendait son âme au Dieu qu'il avait servi avec courage et ferveur.
    Le diocèse de Luçon est encore représenté dans la Société des Missions Étrangères par Mgr Stanislas BAU-DRY, né en 1887 à La Pommeraie, missionnaire du Kientchang en 1913, Vicaire apostolique en 1927, qui continue dans cette mission les traditions de zèle et de sacrifice qu'y a semées son premier évêque, Mgr de Guébriant.
    Si l'honneur de l'épiscopat a été ainsi dévolu maintes fois à des fils de la Vendée, il en est un autre, plus glorieux encore, qui ne lui fut pas refusé : l'honneur du martyre. En Corée, au Tonkin, en Annam, le sang vendéen a été répandu pour la cause de Jésus-Christ et de son Église. Donnons à ces vaillants Apôtres un souvenir ému et reconnaissant.
    Henri DORIE, né en 1839 à Saint Hilaire de Talmont, entra minoré au Séminaire des Missions Étrangères et y fut ordonné prêtre en 1864. Destiné à la Mission de Corée, il passa d'abord quelques mois en Mandchourie pour étudier la langue coréenne. En avril 1865 il put pénétrer dans sa mission, mais il n'eut pas le temps d'y exercer efficacement son ministère. La persécution se déchaîna : le 27 février 1866, il était arrêté, jeté en prison, soumis à la bastonnade et condamné à mort comme prédicateur du catholicisme. Il fut décapité près de Séoul, le 8 mars, en même temps que son évêque, Mgr Berneux, et deux de ses confrères, les PP. de Bretenières et Beaulieu. La veille de son départ pour la Corée, les Vendéens du Séminaire avaient, dans l'intimité, célébrer la fête de saint Henri, son patron, et l'un d'eux, le futur évêque de Nagasaki, Mgr Cousin, avait en son honneur fait une poésie dans laquelle était cette strophe :

    Peut-être alors on coupera sa tête
    Pour Jésus-Christ.
    Et deux fois l'an pour nous viendra la fête
    De saint Henri.

    Le poète fut prophète et lorsque lui-même, à la fin de mars 1866, arrivait au Japon, le martyre était consommé. La cause de béatification des neuf Martyrs de Corée de 1866 est introduite en Cour de Rome.
    Pierre GÉLOT, de Saint-Michel-Mont-Malchus, né en 1843, entra sous-diacre au Séminaire des Missions, y fut ordonné prêtre en 1866 et partit l'année suivante pour le Tonkin Occidental. Après avoir dirigé le Séminaire de Phucnhac, il fut envoyé en 1882, avec le titre de provicaire, dans la région inhospitalière du Laos tonkinois. Il s'y dévoua avec grand zèle, mais ses travaux y furent vite arrêtés et leurs résultats détruits. Il fut massacré le 6 janvier 1884 par des bandes que soudoyait le gouvernement annamite pour se venger de l'expédition française au Tonkin.
    Auguste MACÉ, né en 1844 à Bazoges-en-Paillers, ordonné prêtre à Luçon en 1868, fut pendant six années professeur au Petit Séminaire des Sables-d'Olonne ; il entra ensuite au Séminaire de la rue du Bac et, en 1875, il partait pour la Mission de Cochinchine Orientale. Dix ans après il était Supérieur du Séminaire de Nuocnhi lorsque commença la persécution : attaqué dans son établissement, il se défendit avec ses chrétiens pendant plusieurs heures, puis, les munitions épuisées, il s'enfuit, fut poursuivi et blessé par un païen qui lui coupa la tête. C'était le 2 août 1885.
    Depuis le commencement du XIXe siècle, le diocèse de Luçon a donné à la Société des Missions Étrangères 92 de ses enfants. Sur ce nombre, 56 ont terminé leur carrière terrestre et jouissent au ciel du repos et de la gloire que leur ont mérités leurs travaux et leurs sacrifices. Parmi eux nous n'avons mentionné jusqu'ici que ceux qui ont reçu l'honneur de l'épiscopat ou la gloire du martyre ; mais combien d'autres, dont Dieu seul a connu la piété, le dévouement, l'énergie dans les circonstances les plus difficiles, mériteraient d'être rappelés ici ! Citons au moins quelques noms, sans prétendre aucunement dresser un palmarès pour lequel les données nous feraient défaut et dont la rédaction n'appartient qu'à Dieu.
    La famille PROTEAU, de Brouzils, donna deux de ses enfants à l'apostolat. L'aîné, Pierre, né en 1832, partit en 1856 pour le Yunnan, où il travailla activement durant trente-deux ans et mérita de son compatriote, Mgr Chauveau, ce témoignage : « Je ne connais aucun Missionnaire plus zélé à catéchiser que le P. Proteau ». Le second, Alexis, de cinq ans plus jeune que son aîné, ordonné prêtre en 1860, reçut sa destination pour Canton : quelques jours avant d'y arriver, le navire Mercedes, sur lequel il était embarqué avec sept autres missionnaires, fit naufrage et périt avec tout l'équipage et les passagers.
    Pierre RAUTUREAU, né en 1849 à La Gaubretière, partit en 1874 pour la Mission de Mysore (Inde), où il travailla avec zèle pendant cinquante-quatre ans. Son évêque a dit de lui : « Nous admirions tous avec quelle sainte énergie il travaillait au service des âmes, ne pouvant se résigner, en dépit de l'âge, à prendre du repos ».
    Anselme LUNEAU naquit en 1848 à Marmaison, en plein Bocage vendéen ; ordonné prêtre à Luçon en 1875, il fut pendant deux ans aumônier de l'Union Chrétienne à Fontenay-le-Comte, puis entra aux Missions Étrangères, où il reçut sa destination pour le Japon Méridional. Mgr Petitjean le plaça à Kôbe. Son compatriote, Mgr Cousin, lui confia le poste d'Okayama, où il obtint des succès remarquables. En 1896 il était nommé vicaire général et curé de la cathédrale d'Osaka ; il y travailla pendant dix-huit années, édifiant tout le monde par son zèle, sa piété et sa douceur inaltérable, et c'est là qu'il mourut en 1914.
    Joseph RUPPIN, de Sainte Gemme la Plaine, fut durant quarante ans en Birmanie Septentrionale le missionnaire simple, faisant peu de bruit, mais beaucoup de travail. Il mourut à Mandalay le 2 janvier 1936.
    Jean-Baptiste OUVRARD, de Saint-Vincent-Puymaufrais, missionnaire du Thibet en 1906, fut le premier à se rendre dans cette mission par la voie du Tonkin et du Yunnan ; après un court apprentissage à Lentsi, il fut appelé à Tatsienlu et chargé de la construction de la cathédrale dédiée au Sacré-Coeur. Envoyé ensuite dans les Marches yunnano-thibétaines, à Tsetchong, puis à Bahang et de nouveau à Tsechong, c'est là qu'il mourut en 1930. Ceux qui l'ont connu sont unanimes à proclamer que la bonté fut le caractère distinctif de son caractère.
    Nommons encore le P. Henri HERBRETEAU, de Chavagnes-en-Paillers, qui, missionnaire de Canton en 1925, se noya accidentellement dans la rivière, à Sheklung, moins d'un an après son arrivée dans la mission.
    Terminons là cette énumération nécessairement incomplète : l'omission de ceux qui n'y sont pas mentionnés il faudrait les citer tous, ne leur enlève rien de la gloire et du bonheur dont ils jouissent au ciel.
    Voilà pour le passé. Le présent, ce sont les trente-six Missionnaires vendéens qui travaillent actuellement en Extrême-Orient, s'efforçant de suivre les exemples de piéter, de zèle et d'abnégation laissés par leurs devanciers.
    Que sera l'avenir ? Dieu seul le sait. Avec tristesse nous devons constater que le Séminaire de la rue du Bac n'a actuellement qu'un seul aspirant de Luçon ; mais c'est là une épreuve passagère : l'Esprit qui « souffle où il veut » saura réveiller dans la jeunesse vendéenne la flamme du zèle apostolique et la sympathie pour la vieille Société à laquelle la Vendée a fourni tant d'intrépides Missionnaires.


    1939/147-155
    147-155
    France
    1939
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