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Le diocèse d'Angers et la Société des Missions Étrangères

Le diocèse d'Angers et la Société des Missions Étrangères
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    Le diocèse d'Angers et la Société des Missions Étrangères

    L'Anjou, cette terre si profondément imprégnée de foi et de vaillance chrétiennes, ne pouvait se désintéresser de l'apostolat catholique dans les pays infidèles. Vingt ans ne s'étaient pas écoulés depuis la fondation à Paris de la Société des Missions Étrangères qu'un jeune homme, originaire de la paroisse Saint-Maurille d'Angers, se présentait au Séminaire de la rue du Bac pour y être admis comme aspirant. Il tenait vivement à être accepté, car il avait quitté Angers à l'insu de sa famille et fait le voyage de Paris à pied en lisant la Somme de saint Thomas et en vendant quelques livres pour se procurer sa subsistance. Né en 1654, il se nommait Bernard Martineau et était le fils d'un conseiller au présidial d'Angers. En 1677, il s'embarquait à La Rochelle, mais le vaisseau ayant fait naufrage, il revint à Paris, y fut ordonné prêtre l'année suivante et envoyé au Siam. Après quelques années de professorat au Collège général, il exerça le ministère à Tenasserim, puis à Jong-Selang. Nommé provicaire par Mgr Laneau, il revint à Juthia et, lors de la révolution de 1688, fut emprisonné et frappé. Après sa libération, son évêque le chargea d'aller s'entendre avec les Vicaires apostoliques et les missionnaires de la Chine au sujet du Règlement de la Société des Missions Étrangères. Mais, pendant la traversée il mourut en mer dans les parages de l'île de Hainan, le 25 août 1695. Sa mort était encore inconnue à Rome quand il fut nommé, au commencement de 1697, évêque de Sabula et Coadjuteur de Mgr Laneau, qui lui-même était mort en 1696. Il n'y avait alors ni paquebots à vapeur, ni avions, ni télégraphe, et les nouvelles de l'Extrême Orient n'arrivaient que fort lentement en Europe.
    Telle fut la carrière apostolique du premier Angevin de la Société des Missions Etrangères. On peut croire que cette initiative ne parut pas engageante à ses concitoyens, puisqu'il nous faut franchir un intervalle d'un siècle pour lui trouver un successeur.
    Jean André Doussain, né en 1756 à Doué-la-Fontaine, entra diacre aux Missions Étrangères et, en 1781, fut destiné à la Cochinchine. Ayant supporté bravement les fatigues du ministère et les périls de la persécution, il fut nommé provicaire en 1799, puis, en 1807, Coadjuteur de Mgr Labartette, vicaire apostolique de la Cochinchine. Il ne devait pas lui succéder, car il mourut après une année seulement d'épiscopat.
    Mais par lui le diocèse d'Angers avait renoué avec la Société des Missions Étrangères un lien qui ne devait plus être rompu.
    Parmi les évêques angevins de l'Extrême Orient, Angers serait en droit de revendiquer Mgr Charbonnaux, qui fut Vicaire apostolique de Mysore (Inde) de 1844 à 1873, mais il était originaire du diocèse de Rennes, incorporé à Angers, et sa carrière apostolique a été résumée dans le dernier numéro des Annales.
    Édouard Gasnier, né en 1833 à Angers, après ses études secondaires à Combrée entra au Séminaire des Missions Étrangères, y fut ordonné prêtre en 1857 et envoyé au Mysore. Il y travaillait depuis vingt ans avec un zèle des plus fructueux lorsqu'il fut nommé évêque d'Eucarpie et vicaire apostolique de la presqu'île de Malacca. Son épiscopat de dix-huit années répondit aux espérances qu'avait fait concevoir sa nomination : il créa de nouvelles chrétientés, bâtit beaucoup d'églises et d'écoles ; à sa mort, en 1896, le nombre des catholiques avait passé de 6.000 à 18.000. En 1888, le vicariat était devenu diocèse par la restauration de l'ancien siège de Malacca ; Mgr Garnier en fut le premier évêque, avec faculté de résider à Singapore.
    Louis Pineau, né en 1842 à La Tour Landry, fut, dans son enfance, guéri miraculeusement, par l'intercession du Bx Grignion de Montfort, d'une maladie qui le privait de l'usage de ses jambes. Il fit ses études à Combrée, entra aux Missions Étrangères à vingt ans et, en 1867, il arrivait dans la mission du Tonkin Méridional. C'était encore l'ère des persécutions, auxquelles mit fin, au moins temporairement, le traité de 1874 entre la France et l'Annam. Dix ans plus tard éclatait l'insurrection de 1885 qui mit l'Église annamite en grand péril de ruine. C'est dire que les vingt premières années de mission du P. Pineau furent des plus tourmentées. Sur ces entrefaites, le Vicaire apostolique, Mgr Croc, étant mort, il fut choisi pour lui succéder et, le 24 octobre 1886, il était sacré évêque de Calama par Mgr Puginier. Pendant son épiscopat, la mission se releva de ses ruines et les oeuvres catholiques, sous son impulsion, prirent un développement qui a fait du Tonkin Méridional une des plus belles missions de la Société. En 1909, Mgr Pineau comptait soixante-sept ans d'âge et quarante-deux ans d'apostolat, dont vingt-trois comme évêque. Sentant sa santé affaiblie et se jugeant incapable désormais de gouverner un grand vicariat, il donna sa démission, rentra en France et se retira à Beaupréau. Il y vécut encore onze ans, édifiant son entourage par sa piété et sa simplicité. Il s'éteignit le 15 janvier 1921. Ses obsèques eurent lieu, selon son désir, à La Tour Landry, son village natal : Mgr l'Évêque d'Angers voulut les présider lui-même et retracer en termes émus la carrière apostolique du vieil évêque du Tonkin.
    Frédéric Provost, né en 1877 à Montjean, prêtre en 1900, partit la même année pour la Birmanie Méridionale (Rangoon). En 1929, il était nommé évêque de Macri et Coadjuteur de Mgr Perroy, à qui il succédait deux ans plus tard. Depuis six années il dirige avec un zèle vigilant un vicariat qui compte plus de 80.000 chrétiens et toutes les oeuvres de l'apostolat catholique.
    Depuis la fondation de la Société des Missions Étrangères, le diocèse d'Angers lui a donné cent dix de ses enfants. Si, dans ce nombre on ne trouve pas de martyrs béatifiés par l'Église, il en est cependant qu'une mort violente a frappé en haine de la religion qu'ils prêchaient.
    Le P. Honoré Dupont, d'Andrezé, n'était pas depuis un an en Cochinchine Orientale lorsque, vers le milieu de 1885, éclata le soulèvement des païens contre les Français et contre les chrétiens. Il était alors dans le district de Giahuu. Lorsqu'il prévit qu'il allait être massacré, il écrivit à son frère : « Souvent j'ai imploré le Dieu des forts et la Reine des Martyrs : je vais être exaucé » Il fut, en effet, massacré le 3 août 1885.
    Le P. Dieudonné Piton, originaire de La Pommeraye ; missionnaire du Yunnan en 1890, il ny travaillait courageusement malgré une santé qui ne répondait pas à son zèle. Le
    4 janvier 1924, il fut arraché de son presbytère par des brigands et emmené captif dans les montagnes. Il y mourut d'épuisement quelque temps après, mais on ignorera toujours à quelle date et en quel endroit précis. Il était âgé de soixante-trois ans.
    Sur les cent dix missionnaires angevins qui ont appartenu à la Société des Missions Étrangères, quatre-vingt-cinq ont été recevoir la récompense de leurs travaux, de leurs sacrifices, de leurs souffrances. Dans ce nombre, combien, en dehors de ceux que nous avons mentionnés plus haut, ont mérité d'être cités à l'ordre du jour de leur Congrégation et, par conséquent, de leur diocèse d'origine ! Obligés de nous restreindre, rappelons quelques noms qui ont laissé un souvenir plus profond, bien qu'il n'implique pas nécessairement une vie plus méritoire devant Dieu.
    Le P. Pierre Lemonnier de la Bissachère, après quelque temps de vicariat dans le diocèse, entra aux Missions Étrangères et, à la fin de 1789, fut envoyé au Tonkin. En 1798, la persécution l'obligea à fuir ; il se retira sur un îlot montagneux à quatre heures de la côte et y demeura sept mois : sa tête était mise à prix. Rentré en Europe en 1807, il résida en Angleterre, puis fut nommé représentant de la mission de Cochinchine et directeur du Séminaire de la rue du Bac : c'est là qu'il mourut en 1830, après une longue maladie qui l'avait rendu aveugle et perclus de presque tous ses membres.
    Le P. Charles Renou, né en 1812 à Vernantes, prêtre en 1837, partit l'année suivante pour le Setchoan. Le Thibet ayant été confié à la Société en 1846, le P. Renou en fut le premier missionnaire et est à juste titre considéré comme le fondateur de cette difficile Mission. Déguisé en marchand, il pénètre dans ce pays interdit aux Européens et particulièrement aux missionnaires, mais reconnu il est arrêté et reconduit à Canton. Il repart pour le Thibet par le Yunnan et réussit à demeurer une année dans une lamaserie dont le Supérieur, le croyant Chinois, consent à lui apprendre le thibétain. Puis il loue un terrain à Bonga et s'y installe. Il fait quelques chrétiens, mais les païens l'attaquent, le frappent et pillent sa maison. Il tente de pénétrer jusqu'à Lhassa, mais arrêté de nouveau, il se retire à Kiangka, et c'est là que mourut, le 18 octobre 1863, cet apôtre intrépide, fertile en ressources, versé dans la langue, l'écriture et les coutumes chinoises et thibétaines.
    Le P. François Gourdon, de Beaupréau, où il naquit en 1842, partit en 1866 pour la mission du Setchoan Oriental (Chungking) : il y travailla pendant soixante ans et s'y distingua comme Supérieur de Séminaire, grand bâtisseur, fondateur d'une importante imprimerie, et aussi comme prêtre pieux, vertueux, zélé. Il mourut le 25 juillet 1927 à quatre-vingt-cinq ans.
    Le P. Jules Artif naquit en 1844 à Saint Clément des Levées, fit ses études à Combrée, où il revint, après son ordination sacerdotale, comme professeur. Mais il n'y demeura alors qu'une année : en 1868 il entrait aux Missions Étrangères et l'année suivante il était envoyé, comme son compatriote et contemporain le P. Gourdon, au Setchoan Oriental. Il s'appliqua à une étude approfondie de la langue chinoise et, durant quinze ans, il fut le prédicateur infatigable et éloquent de la doctrine catholique. Mais sa santé trahit son zèle : gravement malade en 1884, il revient en France ; à moitié guéri il accepte la cure de Saint-Martin de la Place, où il se dévoue pendant onze ans. Puis la nostalgie de l'Extrême-Orient l'y ramène. En 1895, il est à la maison de Nazareth à Hongkong : il y fait imprimer un travail sur Notre Dame de Lourdes et surtout une Vie des Saints en douze volumes, dont les lettrés chinois eux-mêmes admiraient le style élégant. En 1903, il est à Saigon, où il devient procureur de la Société : pendant vingt ans il s'y dépensa au service de ses confrères ; puis, sentant ses forces s'épuiser et ses souffrances augmenter, il voulut revenir au pays natal, et c'est à La Blairie qu'il mourut le 7 février 1929, à quatre-vingt-cinq ans, laissant le souvenir d'une belle âme de prêtre, d'un esprit très cultivé, d'un sinologue distingué et surtout d'un grand coeur.
    Nommons encore le P. Boutier (1845-1927), des Ponts-de-Cé, le grand architecte de Saigon ; le P. Guéneau (1853-1936), d'Angers, latiniste remarquable, un des premiers membres de la maison de Nazareth (Hongkong) ; le P. Usureau (1860-1894), de Chemillé, missionnaire du Setchoan Méridional, qui, soignant le P. de Guébriant, contracta la fièvre typhoïde qui l'emporta : il n'avait que trente-quatre ans.
    Et combien d'autres mériteraient d'être mentionnés dans ce palmarès de la Société des Missions Étrangères ! Mais ils ont reçu la couronne des élus, ils n'ont que faire des louanges des hommes et ne nous tiendront pas rigueur de notre silence à leur sujet.
    Aujourd'hui vingt-cinq missionnaires angevins travaillent encore dans nos missions et y continuent les généreuses traditions de leurs devanciers.
    Dans nos séminaires, Angers est représenté par six aspirants : trois à Paris, deux à Bièvres, un fait son service militaire. C'est une contribution déjà notable, et pourtant nous osons dire que d'un diocèse aussi riche en vocations on peut espérer mieux encore. La fin approche des « années creuses » : nous verrons certainement s'accroître la phalange angevine d'aspirants missionnaires désireux d'aller porter aux extrémités du monde fa foi et la civilisation chrétiennes.
    Une nouvelle raison d'espérer un resserrement de l'alliance séculaire entre l'Anjou et les Missions Étrangères est fondée sur l'autorisation qu'a bien voulu accorder à notre Société le vénéré Mgr Rumeau, évêque d'Angers, d'établir à Beaupréau, tout à côté de son florissant Petit Séminaire diocésain, un Petit Séminaire destiné à la formation d'aspirants missionnaires pour la rue du Bac. Le nouvel établissement bénéficie depuis trois ans d'une bienveillante hospitalité qui ne peut qu'attirer les grâces d'en haut et sur le diocèse qui l'accorde et sur la Société qui la reçoit avec gratitude.

    1938/146-152
    146-152
    France
    1938
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