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Le culte de Notre-Dame de Lourdes au Kouy-Tcheou

Le culte de Notre-Dame de Lourdes au Kouy-Tcheou Au Kouy-tcheou il y a deux centres où le culte de N.-D. de Lourdes est particulièrement en honneur. De là il commence à rayonner sur toute la mission. Le premier est le district de Tssen-y ruiné par les persécutions de 1884, suivies d'une longue période de malaise et de tension. Mgr Guichard avait confié au P. Poinsot la charge de le relever. Le missionnaire dans sa première visite en 1892 constata l'étendue du désastre.
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    Le culte de Notre-Dame de Lourdes
    au Kouy-Tcheou

    Au Kouy-tcheou il y a deux centres où le culte de N.-D. de Lourdes est particulièrement en honneur. De là il commence à rayonner sur toute la mission. Le premier est le district de Tssen-y ruiné par les persécutions de 1884, suivies d'une longue période de malaise et de tension. Mgr Guichard avait confié au P. Poinsot la charge de le relever. Le missionnaire dans sa première visite en 1892 constata l'étendue du désastre.
    Il mit sa confiance en N.-D. de Lourdes et lui consacra son district. Dès que les jours furent moins mauvais, il lui éleva un sanctuaire aussi beau que lui permirent ses ressources.
    Vers la fin de 1903, il reçut une magnifique statue de N.-D. de Lourdes : « En route, elle courut un grand danger. A deux journées de Tsen-y, des brigands apostés, voyant cet énorme colis, crurent à une bonne aubaine, et se précipitèrent l'arme au poing sur les porteurs, qu'ils arrêtèrent et dévalisèrent. La caisse fut ensuite défoncée, l'emballage éventré, et la statue apparut dans sa blancheur immaculée. Désappointés, les brigands voulurent quand même porter sur elle une main sacrilège. Le bruit court qu'à ce moment, le visage de la bonne Mère se colora subitement d'une vive rougeur. Ce que voyant, les brigands s'enfuirent épouvantés. Les porteurs, remis de leur terreur, purent continuer leur route.
    « Inutile de dire avec quelle piété et quelle joie nous reçûmes cette statue à l'église. Aussitôt arrivée, elle fut installée sur un beau piédestal. Elle domine le grand autel, ayant à ses pieds le crucifix et le tabernacle, sa grande douleur et sa grande joie. Sa blancheur se détachant sur le bleu tendre des voûtes et des murailles et sur la grisaille des vitraux, elle apparaît souriante, les mains jointes, le regard vers le ciel. Rien que sa vue porte à la piété les plus indifférents.
    « Depuis cette époque N.-D. de Lourdes répand ses grâces à profusion à Tsen-y, et, la foi et la piété des chrétiens croissant de plus en plus, le district s'est renouvelé. Chaque année, le 11 février, la fête de l'apparition se célèbre en grande pompe. Les chrétiens accourent des campagnes, et ce jour-là, l'église est trop petite pour contenir les foules. Un autel est dressé dans la cour et les offices se font en plein air. Quelquefois la bise et la neige essayent de troubler la fête, car les premiers jours de février sont les plus froids au Kouy-tcheou. Peu importe, la neige peut tomber, le vent peut souffler, les cérémonies continuent quand même. La piété des fidèles est plus forte que les éléments déchaînés... Et la foule des païens, qu'on laisse entrer, ne se retire que bien avant dans la nuit, ne se lassant pas de considérer la Belle Dame dans son berceau de fleurs et de lumières 1 ».

    1. Rapport sur le culte de N.-D. de Lourdes au Kouy-tcheou par M. Poinsot.

    Dans les premières années au sortir de la persécution, une certaine timidité, appuyée sur la prudence, imposait une grande réserve au missionnaire. Mais, bientôt, encouragé par les événements et confiant en Marie-Immaculée, il aspira à la glorifier par une manifestation plus grandiose de son culte extérieur. Il organisa une procession aux flambeaux : « quinze cents lanternes, de forme vénitienne, dessinaient les allées et les contours des bâtiments. La statue, descendue de son piédestal et placée sur un brancard magnifiquement orné, fut portée triomphalement à travers les cours et le jardin. Cinq reposoirs avaient été dressés sur le parcours. A chaque reposoir halte pour réciter une dizaine de chapelet et avec quelle piété ! J'ai vu de bons vieux de quatre-vingts ans pleurer à chaudes larmes. Durant tout le reste du parcours on chantait. J'avais composé, pour la circonstance, un cantique sur l'air de l'Ave de Lourdes. Nous étions cinq confrères à chanter les couplets, et la foule reprenait l'Ave curieusement transformée par la prononciation chinoise. N'importe le coeur et l'ardeur y étaient. Les Anges devaient bien sourire un peu, mais de joie, tenant compte de la bonne intention.
    « Sur le point de rentrer à l'église, la procession s'était arrêtée au dernier reposoir, le long d'un mur en pierres, séparant la propriété du voisin païen. Sur ce mur étaient montés de nombreux curieux, attirés par la nouveauté de la fête. Tout-à-coup, vers la fin de la dernière dizaine, j'entendis un bruit fort et sourd comme la détonation d'un petit canon chinois. Je le croyais inscrit au programme et je n'y faisais pas attention, quand un cri de mon vicaire me fit tourner la tête. « Père, dit-il, la sainte Vierge vient de faire un miracle ». Et je vis ce mur haut de sept ou huit pieds, fait de moellons de toutes tailles et de toutes dimensions, renversé dans toute sa longueur sur la foule massée à ses pieds. Evidemment les curieux avaient roulé avec les pierres. Et de tout ce monde pas un n'avait la moindre égratignure. N'est-ce pas un effet prodigieux ? Sans vouloir crier au miracle, n'eûmes-nous pas bien raison d'attribuer à une grâce spéciale de la bonne Mère la préservation de toute blessure ? Nos chrétiens le comprirent et redoublèrent d'ardeur dans leurs chants et dans leurs prières.
    « Je termine en racontant une autre grâce signalée. Un soir, vers six heures, le feu prit à une pagode en face de l'église, à une distance d'une cinquantaine de mètres. Au début on ne craignait pas grande chose. L'air était calme et la fumée montait droite vers le ciel. Tout-à-coup se lève un furieux vent d'Ouest qui chasse les flammes directement de notre côté. Nous ne sommes séparés du foyer de l'incendie que par des paillotes. Le vent fait rage, les flammèches tombent partout, toits des maisons, cours, jardins, reçoivent une pluie de cendres brûlantes. Fumée et poussière, chassées sur nous par la bourrasque, nous aveuglent. Le péril devient imminent. Les petites orphelines se jettent à genoux devant la statue et prient avec ferveur. Après quelques minutes d'angoisses, un orage épouvantable s'abat sur la ville, fait tomber le vent et éteint le feu. Nous étions sauvés.
    « Un chrétien, dont la maison était encore plus exposée que la nôtre, se trouvant dans le rayon de l'incendie, ne voulut ni déménager, ni laisser abattre sa maison. Il ferma sa porte aspergea d'eau bénite toits et murailles et se confia à la sainte Vierge, à qui il promit pour vingt taels de messes d'actions de grâces si elle le protégeait. Et, seule, sa maison resta intacte au milieu de toutes les autres en cendres. Le feu expirait à quelques pas du seuil.
    « Païens et chrétiens remarquèrent ce prodige, et la confiance s'en accrut encore, si possible, en la protection de la bonne Notre-Dame de Lourdes.
    « Et depuis quelques années le nombre des chrétiens a décuplé, et les foules accourent au sanctuaire de la Vierge publiant sa gloire et racontant ses bienfaits ».

    Cantique en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes de Tsen-y.

    Vierge Immaculée Montagnes altières,
    Vers toi nous venons, Vallons ténébreux,
    Lys de la vallée Tranquilles rivières,
    Nous te saluons. Torrents furieux.

    Tous nos curs s'enflamment Fleurs de la prairie,
    A ton non béni ; Doux oiseaux, chantez,
    Nos voix te proclament Proclamez Marie,
    Reine de Tsen-y. Sa virginité.

    Pitié, bonne Mère, Que, fuyant le monde
    Renverse Satan, Aux plaisirs maudits,
    Eloigne la guerre, Enfin, il réponde
    Sauve tes enfants. A Jésus, ton Fils.

    Elle est votre Reine, Que ta main bénisse
    Louez sa bonté ; L'oeuvre de nos mains ;
    Votre souveraine, Qu'elle raffermisse
    Parez sa beauté Nos coeurs incertains.

    O mère admirable, Nous voulons, ô Mère,
    Force du chrétien, Etre tes sujets ;
    Rends-toi secourable Au ciel et sur terre,
    Au pauvre païen A toi pour jamais !

    ***

    Houang-ko-chou est le second centre de la dévotion envers N. D. de Lourdes au Kouy-tcheou. Sa belle chapelle, construite par le Père Seguin consacré l'année dernière évêque de Pinara et coadjuteur de Mgr Guichard, remonte à l'année 1897. C'est la première qui ait été élevée au Kouy-tcheou en l'honneur de la Vierge Immaculée. « Elle est située dans un site ravissant, en face d'une merveilleuse cascade formée par une rivière qui perd son lit pour se jeter à pic et d'un seul bond dans un vide de 80 mètres de profondeur. Suspendues dans les airs, les eaux ont la blancheur de la neige. Quand leur masse atteint le fond du précipice, le choc formidable déplace et fait rebondir en gerbes d'écume à 30 ou 40 mètres de haut celles du nouveau lit qu'elles doivent suivre. Le fracas de leur chute ressemble au grondement continuel d'un tonnerre lointain.
    La jolie chapelle gothique est bâtie en pierres sorties d'une carrière située à quelques mètres seulement de la résidence du missionnaire. Cette carrière a son histoire qui mérite d'être notée : elle était connue des païens et personne n'ignorait que ses pierres fussent d'une qualité bien supérieure à toutes celles de la localité. Mais on n'osait pas les extraire. D'après un vieux préjugé superstitieux, elles passaient pour être ensorcelées. L'exploitation de cette carrière présenta une autre surprise. Elle donna tout juste la quantité de pierres nécessaires pour les bâtisses. Luvre projetée terminée, il n'en restait pas une seule ».

    NOVEMBRE DECEMBRE 1908, N° 66.

    Le sanctuaire de N. D. de Lourdes était à peine fini, qu'il devenait un lieu de pèlerinage pour les chrétiens des environs et même pour les infidèles. Marie Immaculée récompense avec usure la foi des pieux pèlerins. Parmi les grâces singulières dont il a été lui-même témoin, M. Roux, qui s'occupe du district de Houang-ko-chou, cite la guérison du fils de son domestique, Ouy Siao-mao : « Cet enfant, abandonné par les médecins, n'avait plus qu'un souffle de vie, lorsque sa mère promit de faire le pèlerinage de N. D. de Lourdes avec toute sa famille s'il guérissait. Elle me demanda aussi un peu d'eau de la grotte, dont elle aspergea le petit moribond, qui ne pouvait rien boire. Aussitôt il commença à aller mieux, et la guérison s'acheva sans le secours d'aucun autre remède ».
    M. Roux ajoute : « Je ne sais pas Je nombre de grâces déjà obtenues, mais j'en connais une dizaine, au moins, qui méritent le nom de grandes grâces. Ceux qui les ont reçues sont, pour la plupart, des malades abandonnés des médecins et guéris après l'emploi de l'eau de Lourdes et le voeu de faire un pèlerinage d'actions de grâces ».
    Les chrétiens ne s'adressent pas seulement à Marie Immaculée pour les faveurs temporelles, ils aiment à se jeter à ses pieds pour demander la conversion de ceux qui leur sont chers. Les fruits de ces supplications sont manifestes à Houang-ko-chou, dont les habitants demandent en grand nombre le baptême. N. D. de Lourdes doit aussi avoir sa part dans ce fait consolant que le temple païen, détruit depuis dix ans par un incendie, ne se relève point. Personne ne parle de le reconstruire.

    1908/334-338
    334-338
    Chine
    1908
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