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Le culte de Notre-Dame de Lourdes à notre séminaire de l'immaculée conception (Bièvres)

Le culte de Notre-Dame de Lourdes A Notre Séminaire de L'immaculée Conception (Bièvres) PAR M. COMPAGNON Directeur au Séminaire des Missions Etrangères
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    Le culte de Notre-Dame de Lourdes

    A Notre Séminaire de L'immaculée Conception (Bièvres)

    PAR M. COMPAGNON

    Directeur au Séminaire des Missions Etrangères

    De 1860 à 1880 le Séminaire des Missions Etrangères s'est développé d'une manière merveilleuse. Il ne pouvait plus contenir les aspirants de plus en plus nombreux. D'un autre côté, depuis l'institution d'un cours de philosophie en 1878, il parut indispensable de donner aux plus jeunes séminaristes une formation première spéciale. Pour ces raisons, le cours de la rentrée 1889 est installé à Meudon. La maison de campagne, cependant suffisante pour le temps des vacances, n'est pas appropriée à la vie, ni organisée pour tous les exercices d'une communauté permanente.

    ***

    La divine Providence, qui est l'unique confiance de la Société des Missions Etrangères et sa pourvoyeuse paternelle, dans cette circonstance encore la servit admirablement.
    Elle choisit pour atteindre son but des instruments généreux et dociles, Monsieur le baron et Madame la baronne de Gargan. Ces charitables bienfaiteurs apprennent indirectement la situation du Séminaire. Aussitôt leur plan est tracé. Ils donnent l'ordre de chercher une propriété à vendre dans les environs de Versailles. Ils achètent le château de Bel-Air, situé sur la commune de Bièvres. Le parc occupe un angle au sud-ouest du vaste plateau qui s'étend entre Châtillon et Versailles, limité à l'est et au nord par les bois de Clamart, Meudon, Vélizy, et à l'ouest par la vallée de la Bièvre. Il domine cette riante vallée et les gracieux villages de Jouy, Bièvres, Igny, etc. Son horizon s'étend à plus de vingt kilomètres.
    Le 13 juin 1889, Monsieur le baron de Gargan pose la première pierre du Séminaire qu'il a résolu de bâtir. Les constructions, malgré de grandes difficultés, s'achèvent en une année.
    Le 21 octobre 1890, la communauté de Meudon s'y transporte et le 22 a lieu la bénédiction.

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    Le Séminaire s'élève à l'extrémité du plateau, une statue de Marie Immaculée domine le bâtiment et sous ses pieds une inscription en brillants caractères, publie que c'est le Séminaire de l'Immaculée Conception. La statue est entourée d'une guirlande de métal creux en forme de chapelet. Au soir des fêtes, de chaque grain s'échappe une flamme qui forme un brillant rosaire illuminant l'Immaculée, tandis que toute la communauté, groupée dans la cour, chante ses glorieux privilèges et l'invoque pieusement dans ses transports de filial amour.
    A la chapelle, au-dessus de l'autel, dans une niche mystérieusement éclairée par les reflets de la lumière du jour, apparaît belle et souriante la blanche Madone de Lourdes. Elle a une couronne de douze étoiles sur la tête et le croissant de la lune à ses pieds. Dans les grandes circonstances, le gaz acétylène transforme la niche en foyer lumineux qui donne à la statue les mystérieuses formes d'une apparition toute céleste.
    Que de scènes profondément touchantes se sont répétées dans cette pieuse chapelle du Séminaire, sous les yeux de la bonne Mère ! Le coeur y est toujours aussi sensible, car elles sont divinement vraies. Ce sont les adieux des aspirants avant de partir pour la caserne, avant de quitter Bel-Air, leur berceau clérical, avant d'entrer au Séminaire de Paris.

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    Cependant cette belle statue ne suffit pas encore à leur piété, il leur faut un fac-similé de la grotte de Lourdes. Ils choisissent sur le versant de la colline, un pli de terrain d'où la vue s'étend à l'infini sur la vallée. Aux jours de congé, pendant les vacances, ils apportent des pierres de tous les coins du parc et commencent la construction du monument. Ils le veulent toujours plus grand, toujours plus beau ; les plans succèdent aux plans, les pierres s'entassent toujours. Chacune prend sa place, elles s'harmonisent ; voici la grotte, la niche, les replis du rocher. En avant, des jardinets formés de terre rapportée se garnissent de fleurs variées ; des plantes grimpantes s'accrochent aux aspérités de la pierre, et les cedums se fixent dans les excavations. L'églantier pousse aux pieds de la blanche Madone.

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    Chaque année apporte quelque nouvelle ornementation au gracieux monument.
    Quand il y a permission de se promener dans le parc, les aspirants y accourent et les joyeux Ave du cantique de Lourdes sont répétés par les échos de la vallée.
    Notre-Dame de Lourdes est encore la reine du petit oratoire érigé à cent mètres du Séminaire, à l'ombre des grands châtaigniers. C'est un hexagone en charpente et maçonnerie rustiques. Il est également l'oeuvre des aspirants. La veille des fêtes, au commencement de la récréation du soir, ils s'y réunissent pour chanter un cantique et les invocations à la Reine des Apôtres, à la Reine des martyrs.
    A Noël l'oratoire devient la crèche de Bethléem.
    La veille, après la collation, une procession aux flambeaux s'y organise à la lueur d'une brillante illumination, et la statue du Divin Enfant est portée triomphalement dans les allées du parc aux chants de joyeux Noëls. Puis elle y reste jusqu'à la Purification ; les pèlerinages s'y multiplient aux pieds des statues du Verbe fait chair et de Marie et de Joseph en adoration.

    NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1908, N° 66.

    ***

    La communauté de Bièvres, pendant 16 ans, a reçu l'hospitalité de l'antique abbaye de Ferrières, près de Montargis (Loiret). Le vénérable sanctuaire de Notre-Dame de Bethléem lui servait de chapelle. D'après une respectable tradition, Marie serait apparue, de son vivant, dans ce coin de terre privilégié, aux premiers apôtre de la Gaule, saint Savinien et saint Potentien. Elle tenait Jésus dans ses bras, et les pieux missionnaires se seraient écrié en contemplant le Divin Enfant et sa Mère : « Nous sommes vraiment à Bethléem ! » De là le nom de Bethléem donné à ce premier pèlerinage fondé en l'honneur de Marie. Les aspirants, à peine arrivés à Ferrières, parcourent la grande et solitaire forêt de Montargis, pour chercher le plus beau chêne (car comme à leurs confrères de Paris, il leur faut un oratoire au terme de leurs promenades journalières). Quand ils l'ont trouvé, ils le consacrent à Notre-Dame des Aspirants, et la statue, placée dans les hautes branches, reçoit tous les jours leurs visites et leurs pieux hommages. A ses pieds, ils chantent, eux aussi, l'office, des cantiques et des invocations. Ils font des neuvaines pour obtenir de nombreuses et vaillantes recrues. Ils prient Marie de sécher les larmes de la séparation et d'adoucir les sacrifices demandés aux parents par les nouveaux aspirants, qui vont bientôt briser les doux liens de la famille.

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    Une statue de la Vierge de Lourdes, rapportée d'un pèlerinage de 1886, a élu son domicile à Ferrières. Elle se dresse sur un rocher, dans la cour de l'abbaye, auprès de l'église de Saint-Pierre. Désormais, les réunions des veilles des dimanches et des fêtes se font à ses pieds. Le soir, après la prière, avant de se livrer au repos, le matin au premier réveil avant de commencer la méditation, les aspirants, un à un, recueillis et silencieux, se jettent à genoux devant Elle. Ils se remettent entre ses mains maternelles pour marcher le long du jour, lui en consacrent le commencement comme ils lui en offriront la dernière heure.

    La fête de l'Assomption est célébrée chaque année par une brillante illumination dont cette statue de Notre-Dame de Lourdes est le centre. Plusieurs jours auparavant tous les aspirants ont rivalisé de zèle pour confectionner les guirlandes de verdure, et leur ingénieuse piété lui construira un trône rustique.

    ***

    Quand, il y a quelques années, le Séminaire, abandonnant le Loiret, loua pour les vacances une maison de campagne située à Sainte-Mesme près Dourdan, moins éloignée, plus abordable et mieux appropriée à une communauté nombreuse, Notre-Dame de Lourdes quitta Ferrières, elle suivit sa famille sur les bords de l'Orge. Un piédestal lui fut dressé au centre de la cour. Elle y reçoit les mêmes hommages. Les mêmes exercices de piété se répètent à ses pieds, les mêmes fêtes se célèbrent devant elle.
    Notre-Dame des Aspirants, elle aussi, a laissé le Gâtinais, abandonné la forêt de Montargis. Elle a choisi pour trône, un vieux chêne debout sur les bords d'une fontaine dans la forêt de l'Ouïe. Selon la tradition, ce serait là que Maximin, sur les ordres de son père, le roi Dourdan, trancha la tête de sa soeur sainte Mesme qui refusait d'abandonner Jésus-Christ et de sacrifier aux dieux du paganisme. Maximin, devenu soldat de Clovis, se convertit avec lui et est honoré sous le nom de saint Mesmin.
    Tels sont les principaux faits qui nous paraissent devoir entrer dans l'historique de la dévotion de notre Séminaire de Bièvres à la sainte Vierge ; ils prouvent surabondamment que le Séminaire de l'Immaculée Conception a tenu à mériter son nom.

    1908/339-344
    339-344
    France
    1908
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