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Le cordonnier de Tsin-Gay

Le cordonnier de Tsin-Gay A cette époque la coquette ville de Tsin-gay, qui, à une bonne journée de marche de Koui-Yang-fu, étage ses maisons sur une triple et verdoyante colline qu'entourent de tous côtés de vastes et riches rizières, n'avait pas encore daigné ouvrir ses portes aux ouvriers de l'Évangile.
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    Le cordonnier de Tsin-Gay

    A cette époque la coquette ville de Tsin-gay, qui, à une bonne journée de marche de Koui-Yang-fu, étage ses maisons sur une triple et verdoyante colline qu'entourent de tous côtés de vastes et riches rizières, n'avait pas encore daigné ouvrir ses portes aux ouvriers de l'Évangile.
    Ils s'en rapprochaient, cependant. Non loin des remparts, à quelques lys seulement, au fond d'une ravissante vallée, vivait une famille de néophytes. Le missionnaire la visitait assidûment et de tout son coeur il priait Dieu qu'il lui soit donné d'implanter la foi dans Tsin-gay. La Providence daigna exaucer sa prière.
    Un jour qu'il se trouvait là, le chef de la famille appela un savetier de la ville pour réparer des chaussures de cuir.
    L'ouvrier s'était déjà mis au travail quand le néophyte se précipite dans la chambre de son « père spirituel » et lui emprunte son portefeuille en maroquin violet.
    Le mettant sous les yeux du savetier :
    « Connais-tu cette peau ? dit-il.
    Par ma mère, je n'ai jamais travaillé de pareille matière, répondit l'artisan ébahi.
    Et ouvrant le portefeuille il y trouve une croix en broderie :
    « Qu'est ceci, demande-t-il ?
    C'est le signe de notre religion », répond le fermier.
    Et voilà le catéchiste improvisé parti à faire à son auditeur bénévole un cours de religion. Il insistait surtout sur la vanité des idoles.
    « Oui, disait le savetier, tu dis bien vrai, tous ces dieux sont des choses mortes.
    Tandis que notre âme est immortelle.
    Tu m'en contes, voyons : notre âme ! Mais elle est pareille à celle de la terre, du soleil et de la lune !
    Ce serait encore bien s'ils avaient une âme, mais ils n'en ont pas.
    Comment, ils n'ont pas d'âme, mais ils se meuvent pourtant ».
    Le néophyte laissant un instant son interlocuteur, monte chez le Père et lui emprunte sa montre.
    « Tiens, dit-il, mettant la montre entre les mains du savetier, tu n'as jamais vu objet pareil, j'imagine, est-ce que cela a une âme ?
    Ma foi, non.
    Cela se meut pourtant ; ne vois-tu pas les aiguilles tourner ? Ecoute un peu, n'entends-tu pas comme elle fait du bruit ?»
    Le cordonnier, au comble de l'étonnement, interroge, admire, crie au prodige, et nos deux amis en reviennent à la doctrine.
    « Le soleil, dit le néophyte, se meut tout seul parce qu'il a été créé pour se mouvoir. C'est Tien Tchou (le Maître du Ciel) qui l'a créé comme il a créé la terre, la lune et les dix mille choses ».
    De la création on passa au décalogue, au mystère chrétien, et le savetier peu à peu se laissa si bien convaincre qu'il demanda à être reçu au nombre des catéchumènes.
    A son tour, il se fit prédicateur ; son exemple fut suivi et Tsin-gay la ville au Rocher Noir, ne tarda pas à compter dans ses murs de fervents adeptes de la religion du « Seigneur du Ciel ». Quelques années plus tard le fermier apôtre, Jean-Baptiste Lo, et l'une des néophytes, Marthe Ouang, devaient donner la preuve de la solidité de leur foi en versant leur sang pour leur Dieu.
    L'Eglise a reconnu l'héroïcité de leur vertu et leur a accordé les honneurs de la Béatification.

    1930/37-38
    37-38
    Chine
    1930
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