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Le Concile plénier de Hanoi 18 novembre - 6 décembre 1934

Le Concile plénier de Hanoi 18 novembre - 6 décembre 1934
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    Le Concile plénier de Hanoi

    18 novembre - 6 décembre 1934

    12 novembre. La date approche fixée pour l'ouverture du Concile. A Hanoi la mission est encore vide, mais le Père Procureur et son assistant ont le sourire : tout est préparé pour recevoir les hôtes distingués que l'on attend. La procure, le petit séminaire Saint-Jean, tous les vieux locaux quelque peu délaissés ont été remis à neuf ; on a vidé de leur contenu les maisons de Mauson et de Keso : cela ne suffisait pas. Pendant des mois, maçons, menuisiers, commerçants se sont partagé tes commandes et les travaux. Maintenant on en est aux derniers préparatifs : un ultime coup de balai à donner, une longue haie de mâts tricolores à dresser, des oriflammes à y fixer, et tout sera fini.
    Oui, mais il manquera à la fête l'éclat de nos beaux soleils de novembre. A cela le Procureur ne peut rien, sinon prier tous les Saints du Paradis. En attendant, il fait gris, il fait sombre, il crachine incessamment. Décidément le Tonkin ne se fait pas accueillant pour recevoir ses hôtes de demain.

    15 novembre. Ils arrivent dans la journée du jeudi 15, venant de tous les coins de l'Indochine, des forêts du Laos comme des grasses rizières du Siam, du Cambodge qu'illustrent les ruines d'Angkor, comme de Saigon où sévit la crise : Quinhon, Kontum, Hué, Vinh ont emmené Thanh Hoa et Phatdiem en un long pèlerinage vers les missions du Tonkin, qui les attendaient avec un fraternel empressement. Le dernier typhon, les pluies torrentielles ayant défoncé les routes, coupé la voie ferrée, il y eu quelques incidents au cours du voyage ; S. Exc. le Délégué apostolique lui-même se vit retardé par un difficile transbordement, mais enfin tous arrivèrent à bon port et Mgr Dreyer, au premier repas qui groupait tous les membres du Concile, put remercier la bonne Providence, qui avait réuni sans trop de contretemps les représentants si divers de la grande famille indochinoise.
    Belle réunion, en effet. A côté de la bure de Saint-François on voyait la blanche robe de Saint Dominique ; le Prieur de la Trappe de Notre Dame d'Annam faisait revivre le souvenir de saint Bernard ; saint Alphonse était là avec ses fils les Rédemptoristes ; Monsieur Olier ne manquait pas à cette assemblée ecclésiastique, car deux Sulpiciens faisaient partie du Concile. Mais la note dominante était donnée par l'humble soutane des Missions Etrangères et des prêtres indigènes. Belle réunion, assemblée fraternelle et joyeuse, qui préludait aux assises plus solennelles du Concile plénier de demain.
    Les membres du Concile sont au nombre de 50 : 17 évêques, 2 préfets apostoliques, 5 supérieurs d'ordres religieux, 20 consulteurs (12 européens, 7 annamites) et 6 officiers (4 européens, 2 annamites). Voici la liste des évêques :

    Son Exc. Mgr DREYER, O. F. M., Délégué apostolique

    NN. SS. Ramond, Vic. ap. de Hunghoa NN. SS. Marcou, Vic. ap. de Phatdiem

    Munagorri, » Buichu Perros, » Bangkok
    Eloy, » Vinh Gouin, » Laos
    Chaize, Coadiut. de Hanoi Dumortier » Saigon
    Herrgott, Vic. ap. de Phnompenh
    Tardieu, » Quinhon
    De Cooman, » Thanh-Hoa Chabanon, » Hué
    Artaraz, » Bacninh Gomez, » Haiphong
    Tong, Coadj. de Phatdiem Jannin, » Kontum

    Les deux Préfets apostoliques sont Mgr Hedde, de Langson, et Pasotti, de Rajaburi (Siam). Mgr Gendreau et Mgr Allys furent empêchés par leur grand âge et leur état de santé de prendre part au Concile, au grand regret de tous.
    Le vendredi 16 et le samedi 17 novembre furent des journées préparatoires : discours d'ouverture par S. Exc. le Délégué apostolique, prestation de serment, désignation des commissions, etc.
    18 novembre. Au dimanche 18 était réservée la grande manifestation de la solennelle ouverture du Concile. De la mission à l'église cathédrale flottent les drapeaux et les oriflammes ; une foule nombreuse emplit les rues et les places d'alentour ; le ciel, rasséréné pendant la nuit, déverse sa blonde lumière sur le splendide cortège qui s'avance lentement : porteurs d'étendards en tunique écarlate, cuivres des fanfares, soutanes rouges des enfants de choeur, troupes de Croisés, notables en robes bleues, formaient un tableau des plus pittoresques, et cependant la foule le regardait a peine, attentive qu'elle était à ne rien perdre du cortège conciliaire. Précédés des séminaristes, venaient d'abord les représentants des Ordres religieux : Trappistes, Franciscains, Rédemptoristes, Dominicains ; suivaient les 20 consulteurs, et enfin, en chape rouge, mitre en tête, s'avançaient les 19 que. Le long cortège défile et lentement pénètre dans la cathédrale aux accents d'une marche triomphale exécutée par un jeune Annamite, organiste de talent.
    Quand tout le clergé eut pris place dans le choeur rutilant de lumière, Mgr Eloy célébra la messe pontificale et, après l'évangile, Mgr Hedde adressa à l'assistance un éloquent discours.
    Après la grand'messe se tint la première session solennelle et publique du Concile.
    Tous ces rites dans la majesté des cérémonies liturgiques satisfaisaient assurément la piété des fidèles, mais ne leur permettaient pas de manifester autant qu'ils l'auraient voulu leur respectueuse vénération. Ils purent le faire dans l'après-midi, avant le salut du Saint-Sacrement. Alors, plus de cortège, plus de contrainte ; on se presse, on se bouscule jusque dans le sanctuaire pour baiser l'anneau épiscopal ; on salue en toutes langues et même une petite fille, toute fière de montrer sa science encore bien courte du français, lançait un gracieux « Bonsoir, Madame la Supérieure », à la barbe blanche d'un grand évêque qui souriait bénignement. Avant la bénédiction, Mgr Tong prononça en annamite une magistrale instruction.
    19-24 novembre. Pendant la semaine, les séances se tiennent selon le programme fixé : après les réunions des commissions, suivie d'une réunion plénière, une séance épiscopale sanctionne par un vote délibératif les décisions proposées.
    Le jeudi 22, toute l'assemblée se trouva réunie dans les salons de la Résidence supérieure pour un thé d'honneur offert par le Résident supérieur : réunion des plus cordiales.
    Le vendredi 23, un service funèbre fut célébré pour les évêques défunts de l'Indochine. Devant une nombreuse assistance, le Délégué apostolique célébra le Saint Sacrifice et Mgr Gomez prononça une éloquente oraison funèbre.

    25 novembre. Ce dimanche ramena les assises de la deuxième séance publique et solennelle. Tout se passa comme le dimanche précédent, sauf que le cortège dans les rues de la ville fut supprimé. Les chants des offices furent exécutés à la perfection par la chorale paroissiale sous la direction du P. Hanh. Le soir, au salut du Saint-Sacrement, Mgr le Délégué lut l'Acte de Consécration de l'Indochine à la Sainte Vierge.
    26 novembre - 1er décembre. La deuxième semaine se déroula comme la première à la cadence de deux séances par jour : la première de 9 à 11 heures du matin, la seconde de 3 à 5 heures de l'après-midi. Au dehors rien ne transpirait de ce qui se disait ou se faisait dans les assemblées.
    On travaillait beaucoup, mais il y avait des heures de détente, pendant lesquelles les membres du Concile visitaient les nombreux établissements catholiques de la ville : grand séminaire, Maison Lacordaire, communauté des Rédemptoristes, hospice des incurables, écoles, etc. Et, pour être complet, ne faudrait-il pas mentionner les joyeux entretiens où s'écoulaient trop rapidement les heures des fraîches soirées de novembre ? Ballottés par les hasards de la vie apostolique, se retrouver après 20, 30 ans ! Que de souvenirs à évoquer ! Que d'anecdotes à conter ! Et que de jeunes rires dans ces barbes déjà blanches !.. Un soir qu'on vantait les beautés de la civilisation à un missionnaire des sauvages Bahnars, celui-ci, interrompant soudain la conversation, parut médusé : un chat civilisé, un chat de Hanoi, venait de se précipiter sur ses lacets de souliers et les dévorait à belles dents. « Ah! Bien, non ; dites ce que vous voudrez de votre civilisation, mais un chat bahnar n'aurait jamais pareil estomac ! »
    Après ces agréables instants de détente on se remettait avec ardeur à l'étude des graves questions con- cernant l'apostolat, la vie religieuse, l'action sociale, etc.
    2 décembre. Cérémonie semblable à celle des deux dimanches précédents. C'est Mgr Chabanon qui célèbre la messe pontificale et Mgr Herrgott qui donne le sermon. Au salut du soir, Mgr Tong prononce encore un beau discours en annamite.
    Les trois jours suivants on dut augmenter la durée des séances pour achever les travaux du Concile, dont la clôture était fixée au jeudi 6.
    6 décembre. La cérémonie de ce jour fut la conclusion des la beurs de trois semaines. Après la messe solennelle, tous les évêques, revêtus de la chape blanche, montèrent à l'autel et y signèrent l'acte authentique des décrets conciliaires. Les accents triomphants retentirent alors du Te Deum, suivi des acclamations traditionnelles, dont la dernière fut répétée avec une ardeur toute spéciale : Confirma hoc, Deus, quod operatus es in nobis. Fiat ! Fiat !
    J. VILLEBONNET,
    Missionnaire de Hanoi.

    1935/51-56
    51-56
    Vietnam
    1935
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