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Le collège catholique en mission 2 (Suite et Fin)

Fahrer Le collège catholique en mission 2 (Suite et Fin) PAR LE P. FAHRER Missionnaire apostolique à Pondichéry (SUITE ET FIN)
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    Fahrer Le collège catholique en mission 2 (Suite et Fin)

    PAR LE P. FAHRER

    Missionnaire apostolique à Pondichéry

    (SUITE ET FIN)

    Néanmoins les succès ne doivent pas être considérés comme un but, mais comme' un moyen. Pour que le collège catholique atteigne son vrai but, il faut organiser non seulement le travail intellectuel, mais aussi le travail moral, par le moyen d'une direction spirituelle exercée par le missionnaire sur l'âme et 'le 'cur des élèves chrétiens et païens. Cette direction spirituelle est. nécessaire dans toute maison d'éducation, chrétienne; elle l'est surtout dans le collège catholique en mission, et là elle doit revêtir un caractère particulier et se faire en vue du triple but du collège.

    Quel bonheur pour le missionnaire à la fin de sa journée, après avoir terminé son travail de professeur, de s'occuper de l'âme des enfants qui lui sont confiés et soit en confession, soit en direction, par de bons avis et tous les moyens qu'un zèle prudent et éclairé peut lui inspirer, de soigner les germes de vocation que le bon Dieu a déposés dans le cur de certains d'entre eux, de relever les autres de leurs fautes, de les encourager dans les combats intérieurs qu'ils ont à soutenir, car c'est souvent dans le 'cur de ces enfants que se livrent les plus grandes luttes du christianisme contre le paganisme. Le missionnaire suit ainsi pas à pas les progrès de chacun d'eux dans la vertu; il profite de toutes les occasions pour leur inspirer le zèle de la conversion des païens, les faire prier et souffrir pour cette grande cause avant qu'ils puissent y coopérer autrement, et ainsi façonne leurs curs en curs de bons chrétiens et d'apôtres. La même direction doit s'exercer sur l'âme des élèves païens; le missionnaire doit s'ingénier à trouver les moyens d'attacher à lui ces pauvres enfants, chercher à réveiller en eux ces sentiments d'une âme naturellement chrétienne, qui, selon Tertullien, se trouvent en tout homme, et soigner comme des trésors, ceux d'entre eux auxquels Dieu, dans sa miséricorde, aurait inspiré le désir de se convertir.

    ***

    En troisième lieu, il faut organiser ce qu'on pourrait appeler le travail social ; car le collège chrétien doit être un centre duvres, ayant pour but de soutenir son action intérieure par une action extérieure sur les chrétiens et les païens. Ces oeuvres sont d'abord des cercles littéraires ou scientifiques dont le but direct est d'exciter l'émulation des élèves pour les études, et le but indirect, d'attirer leur attention sur les questions de religion, au point de vue historique, philosophique et théologique. Sous ce rapport, les questions à traiter et la manière de les traiter étant évidemment de nature différente pour les chrétiens et lès païens, les réunions de ces deux classes d'élèves doivent se faire séparément ; et si quelquefois il se fait des réunions générales, ce doit être sous la direction et la surveillance directe du missionnaire; ainsi on évitera les inconvénients que le contact entre païens et chrétiens causerait naturellement à ces derniers.

    Ensuite viennent les oeuvres dont le but direct est la formation des chrétiens : les oeuvres de catéchisme, les classes de philosophie chrétienne, les congrégations et les oeuvres pieuses. Une fois que les élèves chrétiens ont quitté le collège, il ne faut pas les perdre de vue; il faut donc créer une association d'anciens élèves, qui puisse étendre son réseau sur toute la mission, sous la forme d'associations locales, pour réunir de temps en temps les anciens élèves clans quelque centre chrétien, et principalement pour les amener tous, une fois par an au collège, afin d'y faire une retraite et de s'y retremper dans la vie chrétienne.

    A cela, il faut ajouter les oeuvres dont le but direct est la propagation du christianisme parmi les païens de la bonne société : c'est-à-dire des conférences et des discussions publiques sur le christianisme et l'hindouisme, la publication de travaux écrits sous la' forme de brochures, d'articles, de revues, répandus dans le pays et destinés à réveiller l'attention publique sur le christianisme ou à le défendre contre les attaques de ses ennemis.

    ***

    Pour créer, organiser, diriger ce triple travail intellectuel, moral et social du collège chrétien, que doivent être les missionnaires qui en sont chargés? Ils doivent être premièrement des travailleurs dans toute la force du terme. Ils ont à lutter ou au moins à marcher de front avec des professeurs formés en Angleterre ou dans les universités du pays, ayant des diplômes de licenciés ou de docteurs et 'souvent une réputation de savants, gagnée par leurs talents, leurs publications, leurs succès; qu'on se sent faible en face de ces _ hommes et comment faire pour figurer au milieu d'eux sur la chaire de professeur, pour enseigner dans une langue étrangère des matières qu'on n'a guère étudiées jusqu'ici! Il faut travailler : Labor improbus omnia vincit. Ensuite pour être à la hauteur de son travail moral, spirituel et apostolique, le professeur-missionnaire plus que tout autre, doit sentir la nécessité de se sanctifier. I1 faut qu'il unisse en sa personne les vertus de l'apôtre et du moine : l'ardeur et le zèle du premier; l'esprit de travail, de solitude et de recueillement du second. Il faut ensuite .qu'il consacre ses loisirs à créer ou à diriger l'une ou l'autre des oeuvres dont le collège doit être le centre. Car il est évident que tout ce travail ne peut être le travail d'un seul, mais doit s'obtenir par les efforts combinés d'un corps 'de professeurs missionnaires, animés des mêmes idées et unis étroitement entre eux par la charité et par le zèle apostolique.

    Voilà le collège chrétien tel que nous le rêvons, tel que nous l'avons commencé et que nous continuerons, avec la grâce de Dieu, de l'organiser à Cuddalore. Nous avons ici les Congrégations de la Sainte-Vierge et des Saints-Anges, nous avons la confession et la communion fréquentes. Nous avons fondé le 4 janvier 1897, une association des anciens élèves dans une réunion qui a été précédée d'une retraite, à laquelle assistait un brahme païen que j'ai baptisé depuis. Que la Providence daigne nous aider dans notre oeuvre, nous donner patience et courage, et dût le succès ne pas immédiatement couronner nos efforts, nous garderons la sainte et fortifiante espérance!
    1898/80-81
    80-81
    France
    1898
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