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Le collège catholique en mission 1

Le collège catholique en mission 1 PAR LE P. FAHRER Missionnaire apostolique à Pondichéry. Un des plus zélés et des plus érudits missionnaires de Pondichéry, le P. Fahrer, nous envoie ses réflexions sérieuses et vraies sur le rôle du collège catholique en mission; nous sommes heureux de les insérer.
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    Le collège catholique en mission 1

    PAR LE P. FAHRER

    Missionnaire apostolique à Pondichéry.

    Un des plus zélés et des plus érudits missionnaires de Pondichéry, le P. Fahrer, nous envoie ses réflexions sérieuses et vraies sur le rôle du collège catholique en mission; nous sommes heureux de les insérer.

    Le P. Fahrer est depuis plus de dix ans professeur au grand collège de Cuddalore qui compte plus de six cents élèves, il est donc très au courant de la question qu'il traite, et d'ailleurs, ceux qui le connaissent et le voient à luvre savent avec quelle ardeur il met sa conduite en rapport avec les idées qu'il exprime.

    L'adversaire le plus acharné du collège Saint-Joseph de Cuddalore disait un jour, dans un moment de dépit et de colère, à la vue des succès et de l'influence croissante de cet établissement : « Pourquoi les missionnaires s'occupent-ils de collèges? les collèges, mais ce n'est pas leur affaire. » Le missionnaire livré à son travail ordinaire dans un district ne semble guère tracasser cet homme: mais le missionnaire dans un collège, l'ennemi du Christianisme ne pouvait l'y voir. Il se serait bien chargé (le répondre au pourquoi qu'il se posait; car il fut, jusqu'à sa mort, l'adversaire du missionnaire sur le terrain de l'enseignement avec une énergie et une persévérance dignes d'une meilleure cause. Nous allons chercher la réponse à la question de M. Bradshaw. Pourquoi un collège dans une mission? Pourquoi le missionnaire dans la chaire du professeur?

    ***

    Depuis son origine, l'Église a toujours considéré les oeuvres d'instruction et d'éducation , comme d'excellents moyens d'action, non seulement pour conserver, mais pour propager le Christianisme. Aussi, afin de déchristianiser l'Europe, le démon s'efforce de déchristianiser l'école. Aux premiers siècles, on trouve presque toujours une école à côté d'un temple élevé au vrai Dieu. Dans les missions, l'Église suit encore avec fidélité son ancien programme; à côté de chaque nouveau sanctuaire qu'elle bâtit, elle élève une école, et quand, avec le progrès des nouvelles églises, un petit sanctuaire devient une cathédrale, l'école se transforme en collège.

    Eu ce moment, dans les Indes, il n'y a pas de question plus actuelle que la question de l'enseignement chrétien ; elle est devenue une question de vie ou de mort pour les missions. En effet, dans un pays où les études primaires, secondaires, universitaires sont organisées à peu près aussi parfaitement qu'en Europe ; où tous les emplois du gouvernement depuis les plus hauts jusqu'aux plus molestes, où toutes les carrières ne sont accessibles qu'à ceux qui ont passé des examens; dans un pays, où celui-là seulement est respecté, qui a atteint un certain degré d'éducation et d'instruction, les chrétiens qui en ont les moyens, à moins de vouloir se condamner pour toujours à occuper les derniers rangs de l'échelle sociale, sont obligés de faire étudier leurs enfants. Donc si pour répondre à ce nouveau besoin, une Mission n'ouvre pas et ne sait pas faire marcher, à la satisfaction de tous, des établissements où les enfants chrétiens puissent étudier et se préparer aux divers examens, elle n'est plus à la hauteur de sa tâche.

    Quel reproche adresser aux parents qui envoient leurs enfants dans les collèges protestants ou athées, quand ils vous diront :

    « Père, je dois élever mon fils de manière à ce qu'il puisse gagner honorablement sa vie; ouvrez un collège, et mon fils s'y rendra avec joie au lieu d'aller chez les protestants. »

    Car hélas! le gouvernement n'a pas seul établi des collèges, les protestants l'ont fait également, et ils sont merveilleuse-, ment outillés pour réussir; depuis longtemps, ils n'ont pas hésité à faire les plus grands sacrifices pour les oeuvres d'enseignement, qui sont à leurs yeux leurs premières oeuvres de propagande, et par conséquent, leur action sur ce terrain constitue un vrai danger pour les catholiques.

    Le collège chrétien dans l'Inde est donc devenu une oeuvre absolument indispensable aux missions qui doivent conserver la jeunesse à l'Église, et ne dût-il faire autre chose, nous devrions nous y dévouer; mais il peut également servir à propager la foi catholique, il peut aussi nous être utile pour la formation du clergé indigène. Nous allons essayer de le prouver.

    ***

    Et d'abord le collège est utile au clergé indigène.

    Que clans les temps de persécution on ait ordonné des prêtres qui savaient à peine lire le latin, c'est explicable; mais dans les moments de paix, lorsque les Églises ont le loisir de s'organiser, le prêtre indigène doit évidemment recevoir une formation plus sérieuse. Aussi clans chaque mission on a cru devoir créer des établissements sur le modèle des établissements d'instruction secondaire d'Europe, où s'enseignent la littérature, les sciences, les mathématiques, l'histoire, etc.,. dans le but de donner aux étudiants ecclésiastiques une instruction préparatoire aux études philosophiques et théologiques; peu à peu, ces établissements se sont développés pour être à la portée de toute la jeunesse chrétienne et même païenne; les étudiants ecclésiastiques ne les fréquentaient que pendant les classes et se retiraient ensuite clans leur internat où sous la direction d'un ou de plusieurs prêtres, ils recevaient une éducation plus en rapport avec leur vocation. Ainsi se sont formés les collèges catholiques. C'est donc l'idée de posséder mi clergé indigène à la hauteur de sa position, qui leur a donné naissance. Nous n'insistons pas. Nous voudrions plutôt montrer les services que le collège catholique purement laïque, si l'on peut s'exprimer ainsi, peut rendre à une mission au point de vue du recrutement du clergé indigène, et faire ressortir sous ce rapport son caractère apostolique.

    Actuellenient le clergé indigène se recrute d'ordinaire de la manière suivante. Les prêtres chargés des districts choisissent (les enfants qui semblent avoir les qualités de l'esprit et du cur pour devenir un ,jour (le bons prêtres; ils sont envoyés au séminaire où l'éducation qu'ils reçoivent prépare au sacerdoce ceux qui persévèrent dans leurs bonnes dispositions. C'est la méthode suivie en France dans les écoles apostoliques. On voit immédiatement comment le collège chrétien peut seconder et perfectionner ce recrutement du clergé dans une mission. Parmi les enfants qui vivent au collège, sans autre but que d'y trouver une instruction solide et une bonne éducation chrétienne, il doit s'en rencontrer, si l'esprit du collège est bon et les élèves pieux et vertueux, qui, au moment de finir leurs études, se sentent le courage de renoncer à un avenir clans le monde pour suivre la voix de Dieu les appelant à son service. Quel beau spectacle dans une mission que celui d'un jeune homme dirigeant ainsi ses pas vers le sanctuaire, malgré l'opposition de' sa famille, aussi violente parfois que celle rencontrée par le missionnaire lui-même sur le chemin de sa vocation? C'est là un des premiers avantages. Passons au second.

    ***

    En général, le collège, comme nous l'avons dit, vu la condition présente des missions de l'Inde, est une institution absolument nécessaire à la conservation de la foi chez les enfants. Il est en même temps un levier puissant pour rehausser le niveau social et religieux des chrétiens. Si l'on examinait de près la généalogie de tel ou tel qui occupe en ce -moment une position influente dans le pays, il ne faudrait probablement pas aller loin pour trouver qu'il descend de quelque malheureux païen, mourant de faim, dont un missionnaire a eu pitié, qu'il a ramassé, soigné et baptisé. Ce païen baptisé est mort, on peut le craindre, sans être bien chrétien au fond du cur, mais ses enfants et surtout ses petits-enfants ont peu à peu oublié les pratiques païennes, se sont formés à la vie et aux vertus chrétiennes; pour encourager et soutenir cette famille, le missionnaire a envoyé au collège un des enfants qui se distinguait par son intelligence; cet enfant y a fait ses études avec succès, s'est élevé à de hauts emplois et est devenu un grand homme, que les chrétiens montrent avec fierté à tous ceux qui leur reprochent, comme on le faisait aux premiers fidèles, de professer une religion d'esclaves, de parias. Dans l'espace de cinquante ans, quels immenses services un collège peut rendre sous ce rapport à toute une mission! Car, il ne faut pas l'oublier, nos chrétiens ne sortent pas pour la plupart des premiers rangs de la société ; donc si par l'instruction on parvient à améliorer leur condition sociale, le Christianisme y gagnera en respect et en influence. Du reste, chaque année, quand l'université de Madras publie les résultats des examens, on est frappé du grand nombre de candidats protestants. C'est que les ministres de l'erreur se servent de leurs beaux établissements pour élever le niveau social de leurs adeptes, leur procurer le bien-être matériel et, par là même, augmenter leur influence. Si nous ne luttons pas dans nos collèges afin d'égaler, sinon dépasser leurs succès, peu à peu le catholicisme tombera dans l'obscurité et dans le mépris, pendant que le protestantisme sera de plus en plus respecté et influent auprès des populations païennes.

    ***

    Le collège doit être en même temps un foyer de vie religieuse. Pour faire leurs études, les élèves restent au collège une dizaine ou une quinzaine d'années, toute leur jeunesse; quel beau temps pour en faire de bons chrétiens! Parfois, afin de retremper leurs fidèles dans la vertu, des missionnaires les réunissent pendant un mois autour de leur résidence, par exemple à l'occasion d'une visite d'évêque; à force d'instructions, d'avis, d'exercices de piété en commun, etc., ils cherchent à les pénétrer davantage de l'esprit du catholicisme. Les chrétiens vivant au milieu des païens, les nouveaux chrétiens surtout sont bien exposés à perdre le peu de connaissances et de pratiques religieuses qu'ils ont acquis lors de leur préparation au baptême, à la première communion et au mariage, et luvre que fait alors le missionnaire est excellente. Or pendant dix ou quinze ans, le missionnaire dans un collège a sous sa direction l'âme de nombreux enfants; quelle magnifique occasion pour leur donner une connaissance éclairée et même raisonnée du Christianisme, pour les habituer à la fréquentation des sacrements, aux pratiques de dévotion, surtout pour tâcher de former leur âme à une vertu solide, qui les conserve dans le monde païen où ils seront obligés de vivre. A cause de la position qu'ils occuperont un jour et de l'influence qu'ils auront sur les autres, leur seul bon exemple fera un bien immense : de plus, que de services ils peuvent rendre au missionnaire dans ses difficultés avec les chrétiens et les païens ; ils seront son bras droit, surtout dans son action apostolique parmi les infidèles. On se plaint que les chrétiens sont indifférents à la conversion de leurs compatriotes, et cependant c'est au moyen des chrétiens qu'on arrive le plus facilement 'à convertir ceux qui ne le sont pas encore. Où trouvera-t-on une occasion plus propice qu'au collège pour souffler un peu de zèle apostolique au cur des enfants? Il faut qu'ils apprécient la grâce d'être devenus enfants de l'Église, qu'ils soient peinés à la vue des nombreux idolâtres qui les entourent et se sentent résolus en quittant le collège, quelles que soient leur vocation et leur position dans le monde, à contribuer eux aussi à l'établissement du Christianisme et au triomphe de la cause de Dieu dans leur pays. Sous ce rapport, autant que pour le recrutement du clergé indigène, le collège catholique doit être, dans le vrai sens du mot, une école apostolique dans une mission.

    ***

    La jeunesse la plus nombreuse dans nos collèges, c'est la jeunesse païenne. Quelle raison peut nous amener cette jeunesse, malgré les efforts du paganisme pour l'en détourner et nous l'arracher? Les succès scolaires et la réputation des professeurs, et aussi sans cloute l'effet d'une qràce qui, clans les vues (1e la Providence, doit, préparer la oie à d'autres plus éclatantes. Aussi grande est, la responsabilité du collège catholique vis-à-vis d'eux! Cette jeunesse est issue des lionnes familles du pays; elle appartient en grande partie à la caste dominante, les brahmes: elle formera un jour la classe dirigeante, on la trouvera à la tète des affaires, dans tous les emplois et dans toutes les carrières. Ah! Sil était possible de gagner au Christianisme l'intelligence et surtout l'énergie de volonté de ces jeunes brahmés! Il faut avoir vécu quelque temps au milieu d'eux pour apprécier les dualités supérieures de cette race si bien douée et ne plus s'étonner de son influence. Avec la conversion des brahmes, la conversion du pays aura fait un grand pas. Sans eux, malgré eux, on a fait et on fera des conversions; mais il semble que sans eux jamais l'Inde ne deviendra un pays chrétien. Seulement quelle tâche difficile que leur conversion; cette race n'est pas simplement comme les autres indifférente au Christianisme, elle porte au cur la haine du Christ; elle est la forteresse de Satan. Aussi des missionnaires l'ont appelée une race inconvertissable. Il faut l'avouer, ce n'est pas là le moyen de la convertir. On ne devrait cependant pas oublier que la conversion d'un pays, comme toutes les oeuvres surnaturelles, dépend d'un double facteur : le travail humain, l'effort du missionnaire; le travail divin, la grâce. Plus la tâche est hérissée de difficultés, plus doit être grand l'effort de l'apôtre, et plus sera grande la coopération de la grâce. Les saints et les hommes ordinaires sont d'accord pour nous dire que le vieux proverbe : « Aide-toi et le ciel t'aidera » est toujours vrai. Le missionnaire n'a qu'à travailler, Dieu se chargera du reste; le travail portera ses fruits tôt ou tard.

    Par les rares conversions de brahmes faites parmi la jeunesse étudiante, on a pu constater quelle importance revêtent ces conversions au point de vue de la propagation de la foi dans ce pays. Du moment de leur conversion au christianisme, les brahmes en deviennent d'ardents propagateurs: le baptême les fait en même temps chrétiens et apôtres. En ce moment, un de ces jeunes gens convertis nous présente un exemple frappant de ces savants et philosophes des premiers siècles qui, passionnés pour la vérité, la cherchèrent partout, errant de système à système, et finirent par la trouver clans le christianisme. De même ce jeune homme a longtemps soupiré après la vérité. « J'ai invoqué le Seigneur, dit-il, et l'esprit de sagesse est venu en moi. J'ai plus aimé la sagesse que la santé, la beauté et les richesses, et j'ai résolu de la prendre pour ma lumière. » Depuis ce moment., avec une connaissance plus qu'ordinaire de l'anglais et du sanscrit, de la philosophie chrétienne et' hindoue, avec une force de raisonnement., une éloquence et une ardeur qni jettent dans l'admiration ses nombreux auditeurs païens et chrétiens, par des discours tenus dans toutes les grandes . villes, devant les auditoires de la meilleure société hindoue, par des brochures, des revues, des discussions privées et publiques, par tous les moyens que son zèle peut lui inspirer, il est devenu un apôtre dans l'Inde.

    Que le collège chrétien fournisse un certain nombre de ces apôtres, et le christianisme progressera plus rapidement dans ce pays. On voit par là quelle est la portée de l'action d'un collège chrétien au point de vue apostolique. Il ne doit pas supplanter ni gêner l'action des missionnaires clans les districts, il doit l'aider, la compléter. Sapientibus et insipientibus debitor sum, disait saint Paul; le programme de l'apôtre qui était également le programme de l'Église aux premiers siècles, doit être aussi le programme des Églises naissantes (le l'Extrême-Orient. Par conséquent, le collège catholique est le complément nécessaire de toutes les oeuvres d'une mission non seulement pour conserver, mais pour propager la foi. Que l'on considère le collège à ce point de vue, et le missionnaire que l'obéissance y renferme, au lieu de verser des larmes de regrets, versera, en y entrant, des larmes de joie et d'enthousiasme, car il ne verra pas dans la mission un plus beau champ de travail pour exercer son zèle.



    Mais pour élever le collège chrétien à la hauteur de cet idéal, que faire? Il faut d'abord en faire un bon collège, c'est et dire une maison d'études sérieuses, organisé d'après le programme de l'Université à laquelle il est affilié, afin d'obtenir des succès aux examens publics; de cette manière, il attirera l'attention sur lui, inspirera la confiance aux parents chrétiens et païens, et gagnera l'influence nécessaire à son action; car les succès aux examens sont la base matérielle, le point d'appui de toute son influence; les succès d'un collège catholique sur un collège païen ou protestant rival sont à considérer comme un vrai triomphe du catholicisme.

    (A suivre.)

    En 1888, au moment où allait paraître le premier numéro du Bulletin de l'OEuvre des Partants, Notre Très Saint-Père le Pape daigna bénir cette publication qui devait aider à l'extension de l'OEuvre et fortifier l'union entre les Associés.

    Sa Sainteté a eu la très grande bonté de renouveler cette faveur pour nos Annales, et nous sommes heureux d'insérer ici la lettre suivante qui nous a apporté ce précieux encouragement du Père commun des Fidèles.

    Monsieur FLEURY,

    Directeur de l'OEuvre des Partants.

    Rome, du Vatican, le 9 février 1898.

    J'ai l'honneur de vous apprendre que Sa Sainteté, Léon XIII, a daigné accorder avec effusion de cur la bénédiction sollicitée pour vos Annales de la Société des Missions -Étrangères et pour l'OEuvre des Partants.

    Je saisis l'occasion pour vous exprimer les sentiments de ma considération distinguée.

    RINALDO ANGELI,

    Chap. Sec. de Sa Sainteté.
    1898/38-46
    38-46
    Inde
    1898
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