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Le cocher des Petites Sœurs des Pauvres

Le cocher des Petites Sœurs des Pauvres
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    Le cocher des Petites Sœurs des Pauvres

    A Bangalore, la ville épiscopale de la Mission de Mysore, les Petites Sœurs des Pauvres ont un établissement qui hospitalise de nombreux vieillards, et, si ces « bons vieux » et ces « bonnes vieilles » ont habituellement le nécessaire, ils le doivent pour une large part aux officiers de la garnison anglaise. Le colonel lui-même, bien que protestant, n'est pas le dernier des bienfaiteurs de la maison. C'est lui qui dernièrement fournissait un nouveau cheval pour la tournée quotidienne. Un jour, en veine de curiosité, il décida de se livrer à une petite enquête, et vous pouvez croire qu'on ne trompe pas un colonel avec trois mots de charitable réponse.
    — Eh bien ! Mes Soeurs, j'espère que mes officiers sont bons pour vous.
    — Oh ! Oui, colonel, nous vous en sommes bien reconnaissantes.
    — Vous allez évidemment chez le capitaine N*** ?
    — Nous y allons, colonel, mais... à vrai dire, nous ne l'avons encore jamais rencontré.
    — Ah ? Toujours absent alors !...
    Le lendemain de cet entretien, vous auriez pu voir la vieille voiture des bonnes Soeurs s'arrêter devant la maison dont on ne rencontre jamais, paraît-il, le propriétaire. Et, comme d'habitude, la réponse du concierge fut :
    — Monsieur et Madame sont sortis.
    Mais le cocher riposte d'un air de doute
    — Sortis ? Remettez-leur ma carte.
    Intimidé par une injonction si expresse proférée d'un ton de commandement auquel il semble difficile de résister, le domestique rentre dans la maison, où l'on entend bientôt un branle-bas général, et le propriétaire se présente.
    — Vous voyez, capitaine, c'est moi qui ce matin conduis les Petites Sœurs. J'ai l'avantage de vous les présenter. Elles font de bon travail, croyez-moi : je vous les recommande.
    — Mais comment donc, mon colonel, certainement...
    Car c'était bien le colonel qui, ce jour-là, avait pris les rênes et conduit lui-même la carriole. Grâce à lui, la porte obstinément fermée s'est ouverte et les bons vieux compteront désormais un bienfaiteur de plus.

    1934/218-219
    218-219
    France
    1934
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