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Le Christianisme en Pays Sedang

Le Christianisme en Pays sedang A partir de 1932, grâce aux longues souffrances des missionnaires de Dak-Kona, grâce surtout aux prières faites un peu partout, le bon Dieu envoya sur ce pays une telle rosée divine que la semence germa et se développa enfin. En quelques mois, le nombre des villages chrétiens passa de 5 à 12, et la population catholique, 700 âmes au début, compta bientôt 2.064 baptisés ou catéchumènes. Devant ce résultat, le P. Crétin, rempli de joie, pouvait chanter un Magnificat de reconnaissance.
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    Le Christianisme en Pays sedang

    A partir de 1932, grâce aux longues souffrances des missionnaires de Dak-Kona, grâce surtout aux prières faites un peu partout, le bon Dieu envoya sur ce pays une telle rosée divine que la semence germa et se développa enfin. En quelques mois, le nombre des villages chrétiens passa de 5 à 12, et la population catholique, 700 âmes au début, compta bientôt 2.064 baptisés ou catéchumènes. Devant ce résultat, le P. Crétin, rempli de joie, pouvait chanter un Magnificat de reconnaissance.
    En 1936, il avait la tâche formidable de catéchiser 20 villages, avec 1.844 chrétiens et 1.005 néophytes ; l'Esprit Saint continuait de souffler sur ces régions...
    De plus, outre les villages déjà admis dans l'Eglise, beaucoup d'autres auraient voulu obtenir la même faveur. Mais le missionnaire se voyait contraint de freiner ses propres désirs, par le fait que le nombre de ses catéchistes vraiment capables était insuffisant et qu'il ne pouvait suffire seul à une tâche qui dépassait ses forces. Tout autre aurait reculé, sa confiance en Dieu et son esprit de foi l'emportèrent. Voici ce qu'il écrivait alors à son évêque :
    « Quoique déjà accablé par le nombre des nouveaux catéchumènes à instruire, je crois qu'il est de mon devoir de ne pas refuser encore d'autres village. Forgeons le fer pendant qu'il est chaud; ne laissons pas les circonstances favorables que Dieu nous donne passer sans les utiliser à creuser une poche profonde dans l'empire du diable... Donc, comme conclusion, envoyez-moi des catéchistes, et des catéchistes, et en avant! »
    Oui, il fallait des catéchistes pour instruire tous ces nouveaux catéchumènes. L'instruction des catéchumènes, voilà le grand labeur des missionnaires s'ils veulent consolider les conversions ; or cette instruction est très difficile, surtout dans des pays où, comme ici, personne ne sait ni lire ni écrire et où, par conséquent, on ne peut se servir que de l'enseignement vocal : il est nécessaire de répéter des dizaines de fois les mêmes choses avant qu'il en reste quelques bribes dans les mémoires de nos Moïs: dur travail s'il en fut! Pour cela l'action des catéchistes est absolument nécessaire, et celle du missionnaire ne l'est pas moins. Le P. Crétin le savait et il le mettait largement en pratique ; il n'oubliait pas la consigne du divin Maître envoyant ses apôtres à travers le monde et leur disant d'enseigner et de baptiser.
    D'abord l'instruction chrétienne, puis un commencement de mentalité chrétienne, voilà les deux choses indispensables aux adultes qui veulent être baptisés ; mais pour obtenir cette mentalité, il faut compter avec le temps, le missionnaire ne l'ignorait pas:
    « Je vais commencer à baptiser les catéchumènes de mes nouveaux villages, écrivait-il, après les avoir fait attendre au moins deux ans et demi. Je constate après expérience que si, pendant ce temps-là, la foi ne s'est pas encore profondément enracinée dans leurs âmes, elle y a nettement germé, et elle se développera ensuite peu à peu ».
    Puis il faut changer les moeurs païennes en habitudes chrétiennes : « N'allez pas croire que le diable a quitté mon district, écrivait encore le P. Crétin en 1937, il se sert des chefs de maison comme agents, ceux-ci étant également les chefs des superstitions chez eux. C'est le chef de maison qui dispose des buffles, du riz, des gongs, du tambour; par là il détient tous les éléments de réjouissance du village. Les chrétiens son : brimés par lui. Oui, le diable les tient bien et pour longtemps, mais confiance en la grâce de Dieu qui est bien plus puissante! »
    Ce district de Dak-Kona avait donc été pendant 25 ans comme un pauvre petit arbrisseau qui, malgré tous les efforts, ne donne presque pas de fruits. Et pourtant, pendant cette longue période, il ne restait pas inerte ; silencieusement, ses racines se fortifiaient et plongeaient plus profondément dans la terre sedang.
    Aussi quand, à partir de 1932, la rosée céleste vint l'arroser, de suite il se mit à grandir à vue d'il et à jeter des rameaux dans toutes les directions, au point de couvrir de son ombrage bienfaisant un immense territoire.
    Ce mouvement s'étendant toujours davantage, il devenait évident que la tâche était trop absorbante pour un seul missionnaire, d'où la nécessité de diviser le district. L'arrivée dans notre Mission du jeune et vaillant P. Renaud en octobre 1934 permit au Vicaire apostolique de réaliser le projet, mais son exécution n'eut lieu officiellement qu'en mars 1936. L'ancien district de Dak-Kona allait ainsi faire place à deux nouveaux : celui de l'Est, avec la chrétienté de Dah-Chô comme centre, serait confié au P. Paul Renaud qui aurait la charge de 13 chrétientés avec 1.108 fidèles et 894 catéchumènes ; et celui de l'Ouest, ayant comme centre le village de Dak-Mot, resterait au P. Paul Crétin avec 917 fidèles et 952 catéchumènes.
    Le centre de ce district de l'Ouest est très bien placé, dans un gros village qui s'étale sur les flancs d'une colline au sommet de laquelle s'élèvent les bâtiments de la mission, phare de lumière au milieu de cette contrée. Le missionnaire y construisit d'abord une pauvre, mais vaste case indigène afin de commencer sans tarder l'instruction des nouveaux convertis, puis, grâce aux aumônes venues de France, il bâtit une élégante église afin de loger l'Hôte divin du Tabernacle. Ensuite il songea à ses serviteurs annamites et moïs, et c'est pourquoi il leur édifia une simple mais solide maison. Ce fut seulement deux ans plus tard que le cher Père pensa à lui-même.
    Mais comment, direz-vous, un missionnaire peut-il élever tant de bâtiments en pleine brousse? Dieu seul connaît combien le P. Crétin a peiné et sué pour arriver à ce résultat...
    Une chose plus magnifique encore, ce fut cette éclosion de christianisme dans tout le pays. Si vous l'aviez parcouru il y a seulement 4 ou 5 ans, vous n'y auriez pas rencontré un seul chrétien ; en 1936, ils étaient déjà presque 1.000, et il y en avait autant qui se préparaient à le devenir, Actuellement, fin 1939, le district s'étant encore augmenté de 3 nouveaux villages, il compte 12 chrétientés avec 1.328 chrétiens et 928 catéchumènes, soit un total de 2.256 âmes à conduire sur les voies qui mènent à Dieu.
    Dak-Chô, centre du district de l'Est, est un village de 250 habitants, situé à 60 kilomètres au N.-O. De Kontum, capitale civile et ecclésiastique des pays moïs. La population du district se compose uniquement de Sedangs, race guerrière qui a des coutumes différentes des Bahnars et possède un dialecte propre avec variantes de village à village. En 1939, on y comptait 2.313 habitants, dont 1.324 chrétiens et 989 catéchumènes, Tous les païens des environs demanderaient volontiers à se convertir également, nous ne pouvons malheureusement les accepter faute de personnel et de ressources.
    Le P. Renaud arrivait à Dak-Chô à Paques 1936. Son logement consistait en une paillote construite pour lui par ses futurs paroissiens : deux chambrettes, une pour le pasteur du lieu, et l'autre pour ses petits serviteurs. Quoiqu'à l'étroit, le Père était heureux de son sort ; ce n'était cependant ni convenable ni suffisant pour un centre de grand district.
    Plein de zèle et de talent, le missionnaire se mit alors résolument à la besogne en entreprenant la construction d'une église presbytère vaste et solide : un petit clocher, chose rare dans notre Mission, pointe maintenant vers le ciel sa modeste flèche. Au prix de quelles fatigues le P. Renaud arriva-t-il au bout de son travail? Dieu seul le sait...
    A Pâques 1939, Mgr Jannin vint avec de nombreux confrères pour procéder à la bénédiction solennelle de la nouvelle église. Le sacrement de confirmation fut administré à 314 néophytes du district, ce qui fut l'occasion de fêtes inconnues jusqu'alors dans le pays.
    Nos bienfaiteurs nous aideront à glorifier et à remercier le divin Maître, qui a daigné prodiguer l'abondance de ses grâces sur cette contrée, au point de faire des fiers Sedangs, esclaves du démon, des enfants de Dieu.

    J.M.


    1940/79-83
    79-83
    Vietnam
    1940
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