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Le Christ chez les Parias

LE CHRIST CHEZ LES PARIAS Merkupady est un village de nouveaux chrétiens situés dans le diocèse de Coimbatore (Inde méridionale), et ces chrétiens, actuellement au nombre de 200, appartiennent à la caste des Parias ; il reste encore une centaine de païens, qui probablement se convertiront peu à peu.
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    LE CHRIST CHEZ LES PARIAS



    Merkupady est un village de nouveaux chrétiens situés dans le diocèse de Coimbatore (Inde méridionale), et ces chrétiens, actuellement au nombre de 200, appartiennent à la caste des Parias ; il reste encore une centaine de païens, qui probablement se convertiront peu à peu.

    Merkupady m'a donné bien des soucis. Quand j'ai été chargé de ce village, il y a environ 4 ans, ces païens d'hier, que je n'avais pas baptisés moi-même, n'avaient guère de regards pour moi. La construction de l'église venait de s'achever, mais il n'y avait pas encore d'école. Il y avait bien un emplacement convenable juste à l'entrée du village ; sans perdre de temps, je réquisitionne un certain nombre de gens, moyennant finances naturellement ; justement ce sont des maçons de profession, qui se montrent enchantés du projet: belle aubaine pour conquérir leur sympathie et prendre davantage contact avec eux. Bientôt les murs en terre sont crépis, des tuiles mises sur le toit. Le résultat attendu ne tarde pas à se faire sentir ; le dimanche suivant, l'église n'était plus aussi déserte, les gens n'avaient plus peur de venir voir le Père célébrant la messe, ni de lui exposer leurs besoins.

    Depuis deux ans, nous avons même une fête annuelle, avec grand'messe et procession, et à cette occasion les païens ne craignent pas de se joindre à nous pour honorer N.-D. de Lourdes et attirer sur eux les bénédictions de la Sainte Vierge. Chose curieuse: ces païens n'ont jamais eu l'idée de remplacer, sous le vieux tamarinier où elle trônait jadis, la statue du dieu Ganesa que Mgr Tournier avait enlevée tout au début du mouvement de conversions, avec leur assentiment d'ailleurs ; ils n'ont pas davantage repris assez de courage pour célébrer dans leur village une cérémonie religieuse païenne ; au contraire, ils considèrent notre église comme leur et semblent tout fiers d'avoir à côté d'eux un si bel édifice.

    Pourtant, il y a une question assez épineuse: c'est la question des mariages, que païens et chrétiens seraient portés à conclure en dehors des règles de l'Eglise, mais seulement d'après les us et coutumes de la caste. Voici un cas typique de ce genre:

    Antoine reçut le baptême il y a 6 ans. Il fut le seul de sa famille à se faire baptiser. Intelligent, il eut vite fait d'apprendre les prières et le catéchisme ; obéissant et respectueux, il donna toute satisfaction au missionnaire qui, après le baptême, eut la joie de le voir venir régulièrement à la messe et s'approcher des sacrements.

    Quand il fut âgé de 18 ans, son père parla de le marier ; il lui choisit une jeune fille hindoue, de Merkupady même. Je fis bien mon possible pour persuader tous les parents païens de profiter de cette occasion pour se convertir, je ne pus les décider: ceux de la jeune fille ne voulurent rien entendre et, un beau jour, j appris que le mariage d'Antoine avait été célébré selon les rites de la caste. Les païens avaient préféré agir sans se préoccuper ni du missionnaire, ni des rites catholiques, ni d'aucune cérémonie religieuse...

    Antoine se souviendra longtemps des paroles de reproche que je dus lui adresser. Je confiai son cas à N.-D. de Lourdes, patronne de Merkupady, et lui demandai d'éclairer ces pauvres gens et de les amener dans la voie droite.

    Bien des mois se passèrent sans que la situation changeât. Et même, pour comble de malheur, un autre jeune catnolique, Jacob, longtemps mon enfant de choeur, épousa lui aussi une païenne. Notre Dame de Lourdes veillait. Un jour, Jacob arrive en pleurant et me dit: «Père, Antoine est très malade. Il vous appelle et ne veut pas mourir sans vous voir. Il se souvient que vous lui aviez prédit tout ce qui lui arrive maintenant, et il veut se réconcilier avec le bon Dieu. Venez vite, ce pauvre Antoine souffre tellement! » Et Jacob d'ajouter : «Moi aussi, je suis bien criminel d'avoir épousé une païenne, je vous prie, Père, de régula- riser ma situation; je ne veux pas rester en cet état ».

    Je pars de suite, et trouve mon Antoine couché misérablement sous la véranda étroite et basse de sa hutte. « Gloire au Seigneur, s'écrie-t-il en me saluant ». Un chapelet est enroulé autour de son cou, il n'a pas oublié la Sainte Vierge. « Oh ! Que ma jambe me fait mal ! Ajoute-t-il, c'est ma faute si j'en suis là, vous me l'aviez bien dit, Père. Je veux me confesser, je veux communier... » Un gros abcès, non soigné, avait fait enfler et la cuisse et la jambe. S'il reste dans son village, il ne guérira pas ; je l'emmène donc de suite à l'hôpital de Gobi ; il reçoit l'extrême-onction, et le médecin l'opère avec succès. Déjà sur le point d'entrer en convalescence, il repart pour son village, tous ses proches parents se déclarent catéchumènes. Mais après quelques semaines, nouvelle alerte! Antoine est atteint de dysenterie et ses forces déclinent de nouveau. Je l'emmène à Coimbatore et le confie aux Soeurs Franciscaines Missionnaires de Marie. Son père vint l'y rechercher quand il fut à peine guéri.

    Dès que notre convalescent put marcher un peu, ce fut pour venir l'église remercier la Sainte Vierge. Il y eut, cette semaine-là, deux mariages chrétiens à Merkupady, celui d'Antoine et celui de Jacob. Le P. Beaudement, mon vicaire, avait, la veille, administré le baptême aux catéchumènes de la famille d'Antoine. La Vierge de Lourdes dut sourire, du haut du Ciel, devant un tel triomphe pour son divin Fils.

    Il faut espérer que, petit à petit, les païens qui restent encore à Merkupady se convertiront tous. Au mois de mai, j'ai eu de nouveau le bonheur de baptiser une vingtaine de catéchumènes. Le temps approche où cette chrétienté sera suffisamment importante pour nécessiter la présence d'un Père au milieu des nouveaux convertis ; je demande donc aux lecteurs des Annales de prier pour Merkupady et Kolappalur en particulier, quand ils penseront aux missions en général.

    Et vous, chers petits Croisés, offrez vos petits sacrifices. Vous y penserez, n'est-ce pas? Merci d'avance.



    Francis AUDIAU,

    Missionnaire de Coimbatore (Inde).




    1940/17-19
    17-19
    Inde
    1940
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