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Le Centenaire du Bienheureux Théophane Vénard 1829 1929

Le Centenaire du Bienheureux Théophane Vénard 1829 1929 Les fêtes du centenaire de la naissance du Bienheureux Théophane Vénard se sont déroulées, dans sa paroisse natale, Saint Loup sur Thouet (Deux-Sèvres) « dans la beauté des jours, dans la ferveur remarquée des coeurs, dans la splendeur des cérémonies, en particulier, mardi, 20 août, le jour de la clôture ».
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    Le Centenaire du Bienheureux

    Théophane Vénard

    1829 1929

    Les fêtes du centenaire de la naissance du Bienheureux Théophane Vénard se sont déroulées, dans sa paroisse natale, Saint Loup sur Thouet (Deux-Sèvres) « dans la beauté des jours, dans la ferveur remarquée des coeurs, dans la splendeur des cérémonies, en particulier, mardi, 20 août, le jour de la clôture ».
    Le Séminaire et la Société des Missions Etrangères étaient représentés par Mgr le Supérieur, par Mgr Deswazières, le R. P. Schlicklin, provicaire de Hanoi (Tonkin) où Théophane fut martyrisé le 2 février 1861, les PP. Gérard, Sibers et Depierre, et douze Aspirants ou futurs Aspirants.
    Ajoutons qu'à l'occasion de cette glorification solennelle de l'angélique Martyr « et en signe de l'union dans son culte de son diocèse d'origine et de la Mission dans laquelle il a versé son sang, Mgr de Durfort a nommé S. G. Mgr Gendreau, Vicaire apostolique de Hanoi, Chanoine d'honneur de la cathédrale de Poitiers ».
    Voici comment une chronique locale donnait, dès le 24 août, le compte-rendu de cette fête diocésaine:
    La Voix des Deux-Sèvres, en annonçant la fête du centenaire de Théophane Vénard, avait dit que ce serait bien.
    Ce fut très bien.
    Très bien sur toute la ligne.
    La vieille petite ville était pavoisée avec un goût parfait et un luxe auquel on pouvait seulement reprocher de faire trop oublier les curieuses façades moyenâgeuses disparaissant sous les banderoles, les guirlandes, les drapeaux et les fleurs.
    Pas une maison n'a boudé à la joie commune ce qui est très rare, et jusque dans les coins les plus retirés toutes les fenêtres étaient en fête...
    C'était pour « Théophane », comme on l'appelle à Saint Loup.
    Ils disent « Théophane » comme nous disons Pierre ou Jacques... Il est de chez eux... C'est un compatriote. Il y a dans ce petit nom, devenu glorieux, de l'affection, de la familiarité et je ne sais quelle fierté.
    Très bien aussi du côté de la foule. Combien de milliers de pèlerins étaient accourus des quatre coins du diocèse ? On a dit 7.000 ; on a dit 10.000 ; c'est dire qu'ils étaient difficiles à dénombrer exactement.
    Du haut de la splendide tribune, dressée devant la façade du beau château de M. de Maussabré, le coup d'oeil était merveilleux. L'immense cour du château était pleine et, dans les rues, on s'écrasait.
    Très bien, la procession de plus de trois cent cinquante prêtres escortant le Cardinal archevêque de Rennes, les évêques et les prélats, entre deux haies serrées d'une foule chantante et enthousiaste. La moitié du clergé du diocèse était là.
    Très bien et très imposante la messe solennelle chantée en plein air par Mgr de Guébriant, supérieur des Missions Etrangères, un vétéran de la Chine, qui nous parla avec une voix un peu cassée, mais avec tant de coeur, de la générosité du martyr de Saint Loup!
    Très bien, la cérémonie du soir où, devant la foule immense, le Cardinal Charost évoqua, avec de beaux mouvements d'éloquence, la foi, l'amour et la force de Théophane.
    Très bien enfin, ce Credo final chanté devant l'église, après la bénédiction de la plaque appliquée sur la maison natale du Bienheureux et rappelant les fêtes du Centenaire...
    Sur le seuil de l'Eglise, un évêque missionnaire, Mgr Deswazières, tenait l'ostensoir ... Et devant l'hostie pour la quelle Théophane était mort, la foule criait sa foi et son amour...
    C'était une joie de voir,à la tête de cette armée qui priait, le député de Parthenay, la poitrine barrée de son écharpe tricolore et affirmant avec une belle crânerie ses convictions chrétiennes...
    Saint Loup et toute la région ont magnifiquement marqué le centenaire de la naissance de notre glorieux martyr Théophane Vénard.


    « Les Lettres Sublimes » du Bienheureux Théophane Vénard.

    Dans le très beau livre qu'il vient de consacrer au Bx Théophane. Vénard, M. l'abbé Francis Trochu, aumônier de l'Adoration à Nantes, intitule l'un de ses chapitres : « Les lettres sublimes ». Ce sont les lettres que le jeune martyr écrivit de sa cage dans la nuit du 20 au 21 janvier 1861 à la lueur d'une lampe que le chef des gardes consentit à placer près de la cage dans laquelle elle projetait sa lumière.
    « Les lettres que Théophane écrivit dans sa cage à l'adresse des siens, note l'auteur, furent trouvées si remarquablement belles par les juges ecclésiastiques qui instruisirent sa cause, qu'elles ont été insérées dans leur texte original bien que ce ne soit pas la coutume d'y garder des documents de ce genre, parmi les pièces du Procès de Béatification ».
    Il nous a semblé intéressant d'en reproduire plusieurs à l'occasion du centenaire de la naissance du jeune martyr que l'on a justement appelé « une fleur de beauté et de grâce, une des plus exquises figures que nous puissions aimer ».
    Nous en reproduisons trois : celle à Mgr Jeantet, vicaire apostolique, son évêque, et les deux' adressées à son père et à sa soeur Mélanie. Toutefois nous les ferons précéder d'une autre écrite, le 2 janvier, à Mgr Theurel, évêque d'Acanthe, coadjuteur du vicaire apostolique, son confesseur. (1)

    « Cher Seigneur,

    « J'ai reçu voire lettre si affectueuse. Merci ! Je profite de l'absence du grand mandarin pour écrire avec quelque loisir.

    (1) Semaine religieuse de Poitiers, 25 août 1929.

    « Me voilà donc rendu à cette heure que chacun de nous a tant désirée. Ce n'est plus peut-être un jour... (Comme dans le chant du départ des missionnaires), c'est :

    Bientôt, bientôt, tout le sang de mes veines
    Sera versé ; mes pieds, ces pieds si beaux,
    Oh ! Quel bonheur! Ils sont chargés de chaînes.
    Près de moi, je vois les bourreaux (1)!

    « Dans les longues heures de ma cage, ma pensée s'envole vers l'éternité. Le temps va finir, il faut se dire adieu. Vous, vous répéterez la parole de saint Martin : Seigneur, si je suis encore utile à votre peuple, je ne refuse pas le travail. Moi, je dirai avec saint Paul: Le moment de mon départ est proche... Le Christ, pour vous est la vie ; pour moi, je le posséderai par ma mort. Je dirai encore avec la sainte liturgie : Oh! Quil est glorieux le royaume où tous les saints se réjouissent avec le Christ !... J'ai entendu une voix qui disait: Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur !
    « Tous mes manquements à votre égard, vous me les pardonnez, n'est-ce pas ? Qui ne pardonnerait pas à un prisonnier de Jésus-Christ ?
    « J'envoie l'adieu suprême à Mgr Jeantet et aux confrères. J'ai reçu le petit billet de Sa Grandeur, en réponse au mien. Je ne sais si je pourrai encore écrire. Adieu !
    « J'eusse été heureux de travailler avec vous : j'ai tant aimé cette mission du Tonkin ! A la place de mes sueurs je lui donnerai mon sang.
    « J'ai le glaive suspendu sur ma tête, et je n'ai point le frisson. Le Bon Dieu ménage ma faiblesse : je suis joyeux. De temps en temps j'honore de mes chants le palais du mandarin :
    O Mère chérie !
    Place-moi
    Bientôt dans la patrie
    Près de toi !

    (1) Le texte du Chant du Départ des Missionnaires dont Théophane se fait l'application porte :

    Peut-être aussi tout le sang de vos veines
    Sera versé; vos pieds, ces pieds si beaux,
    Peut-être un jour seront chargés de chaînes
    Et vos corps livrés aux bourreaux.

    Noble Tonkin, terre par Dieu bénie,
    Des héros de la Foi glorieuse patrie,
    Je suis venu pour te servir,
    Heureux pour toi de vivre et de mourir !

    « Quand ma tête tombera sous la hache du bourreau, ô Mère Immaculée, recevez votre petit serviteur, comme la grappe de raisin mûr tombée sous le tranchant, comme une rose épanouie cueillie en votre honneur. Ave Maria ! Je lui dirai aussi de votre part : Ave Maria ! (1)
    « Adieu, Monseigneur, ou plutôt Messeigneurs et tous mes chers confrères !
    « Votre très humble et très obéissant serviteur, enchaîné pour Jésus-Christ.

    « JEAN THÉOPHANE VÉNARD, M. S. »

    ***

    « A Sa Grandeur Monseigneur Jeantet, Vicaire apostolique, et à tous les confrères de la Mission (2).

    « 20 janvier 1861.

    « Le Père Thinh (3) vous dira comment je l'ai régalé d'une tasse de thé, en présence de toute la foule. Il m'a apporté en revanche le Pain du voyageur, mon Jésus, mon Dieu, dans ma cage !...
    « ...Je n'ai pas reçu un seul coup de rotin. J'ai rencontré peu de mépris, beaucoup de sympathie ; personne ici ne voudrait m'en voyer à la mort. Les gens de la maison du grand mandarin sont charmants ...
    « Je ne souffre rien en comparaison de mes frères. Je n'aurai qu'à incliner humblement ma tête sous la hache, et aussitôt je me trouverai en présence du Seigneur Jésus, en disant : Me voici, Seigneur, votre martyr. Je présenterai ma palme à Notre Dame, et je lui dirai : Salut, ô Mère, ô Maîtresse, ô Reine, salut, et je prendrai rang sous la bannière des tués pour le nom de Jésus, et j'entonnerai l'hosanna éternel. Amen ! Donc :

    (1) A ce passage Mgr Theurel a joint cette explication : « Je l'avais instamment prié de saluer Marie de ma part, à son arrivée én paradis ».
    (2) Il ne reste malheureusement de cette lettre dont l'autographe est perdu, que ces fragments transcrits par Mgr Theurel dans le récit du martyre adressé à Eusèbe Vénard.
    (3) Prêtre annamite.

    Adieu, mes amis de ce monde!
    Il se fait tard, séparons-nous.
    Et ne pleurez pas sur ma tombe,
    Mais plutôt réjouissez-vous !
    Je ne veux plus de cette vie,
    D'un dur exil trop sombre lieu :
    Nous nous verrons dans la patrie,
    Adieu ! Adieu ! Adieu !

    ***

    A M. Vénard, greffier de la justice de paix, à Saint Loup sur-Thouet.

    « Très cher, très honoré et bien-aimé père (1).

    « Puisque ma sentence se fait encore attendre, je veux vous adresser un nouvel adieu qui sera probablement le dernier. Les jours de ma prison s'écoulent paisiblement. Tous ceux qui m'entourent m'honorent, un bon nombre me montrent de la sympathie. Depuis le grand mandarin jusqu'au dernier soldat, tous regrettent que la loi du royaume me condamne à la mort.
    « Je n'ai point eu à endurer de tortures comme beaucoup de mes frères. Un léger coup de sabre séparera ma tête, comme une fleur printanière que le maître du jardin cueille pour son plaisir. Nous sommes tous des fleurs plantées sur cette terre, que Dieu cueille en son temps, un peu plus tôt, un peu plus tard. Autre est la rose empourprée, autre le lis virginal, autre l'humble violette. Tâchons tous de plaire, selon le parfum ou l'éclat qui nous sont donnés, au souverain Seigneur et Maître.
    « Je vous souhaite, cher père, une longue, paisible et vertueuse vieillesse. Portez doucement la croix de cette vie à la suite de Jésus jusqu'au Calvaire d'un heureux trépas. Père et fils se reverront en paradis. Moi, petit éphémère, je m'en vais le premier. Adieu !

    « Votre dévoué et respectueux fils ».

    (1) Théophane ignorait que soir père était mort. Dans le récit de son interrogatoire, écrit au début de janvier à l'adresse de sa famille, ne disait-il pas : « Depuis trois ans que je n'ai point reçu de nouvelles de France, je ne sais pas ceux qui sont encore et ceux qui ne sont plus ».

    A Mlle Mélanie Vénard, chez son père, à Saint Loup sur Thouet, par Parthenay (Deux-Sèvres).

    « 20 janvier 1861. En cage au Tonkin.

    Chère Soeur,

    « J'ai écrit, il y a quelques jours, une lettre commune à toute la famille, dans laquelle je donne plusieurs détails sur ma prise et mon interrogatoire; cette lettre est déjà partie et, j'espère, vous parviendra.
    Maintenant que mon dernier jour approche, je veux t'adresser à toi, chère soeur et amie, quelques lignes d'un adieu spécial; car, tu le sais, nos deux coeurs se sont compris et aimés dès l'enfance. Tu n'as point eu de secret pour ton Théophane, ni moi pour ma Mélanie. Quand, écolier, je quittais, chaque année, le foyer paternel pour le collège, c'est toi qui préparais mon trousseau et adoucissais, par tes tendres paroles, la tristesse des adieux ; toi, qui partageas plus tard mes joies si suaves de séminariste; toi, qui as secondé par tes ferventes prières ma vocation de missionnaire.
    « C'est avec toi, chère Mélanie, que j'ai passé cette nuit du 26 février 1851, qui était notre dernière entrevue sur la terre, dans des entretiens si sympathiques, si doux, si saints, comme ceux de saint Benoît avec sa sainte soeur. Et, quand j'ai eu franchi les mers pour venir arroser de mes sueurs et de mon sang le sol annamite, tes lettres, aimables messagères, m'ont suivi régulièrement pour me consoler, m'encourager, me fortifier. Il est donc juste que ton frère, à cette heure suprême qui précède son immolation, se souvienne de toi, chère soeur, et t'envoie un dernier souvenir.
    « Il est près de minuit. Autour de ma cage de bois sont des lances et de longs sabres. Dans un coin de la salle un groupe de soldats jouent aux cartes, un autre groupe jouent aux dés. De temps en temps, les sentinelles frappent sur le tam-tam et le tambour les veilles de la nuit. A deux mètres de moi, une lampe projette sa lumière vacillante sur ma feuille de papier chinois et me permet de te tracer ces lignes. J'attends de jour en jour ma sentence. Peut-être demain, je vais être conduit à la mort. Heureuse mort, n'est-ce pas ? Mort désirée qui conduit à la Vie !...

    « Selon toutes probabilités j'aurai la tête tranchée. Ignominie glorieuse dont le ciel sera le prix. A cette nouvelle, chère soeur, tu pleureras, mais de bonheur. Vois donc ton frère, l'auréole des martyrs couronnant sa tête, la palme des triomphateurs se dressant dans sa main ! Encore un peu, et mon âme quittera la terre, finira son exil, terminera son combat. Je monte au ciel, je touche la Patrie, je remporte la victoire. Je vais entrer dans ce séjour des élus, voir des beautés que l'oeil de l'homme n'a jamais vues, entendre des harmonies que l'oreille n'a jamais entendues, jouir des joies que le coeur n'a jamais goûtées.
    « Mais auparavant il faut que le grain de froment soit moulu, que la grappe de raisin soit pressée. Serai-je un pain, un vin selon le goût du Père de famille ? Je l'espère de la grâce du Sauveur, de la protection de sa Mère Immaculée, et c'est pourquoi, bien qu'encore dans l'arène, j'ose entonner le chant de triomphe comme si j'étais déjà couronné vainqueur.
    « Et toi, chère soeur, je te laisse dans le champ des vertus et des bonnes oeuvres. Moissonne de nombreux mérites pour la même vie éternelle qui nous attend tous deux. Moissonne la Foi, l'Espé rance, la Charité, la patience, la douceur, la persévérance, une sainte mort ! ...
    « Adieu, Mélanie. Adieu, soeur chérie, adieu !

    « Ton frère ».

    1929/196-204
    196-204
    France
    1929
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