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Le cataclysme du japon

Le cataclysme du japon Lettre du P. Souvey. Les détails sur l'affreux malheur qui a frappé le Japon ont commencé à nous arriver. Le procureur de la Société des Missions Etrangères à Hongkong, le P. Souvey, a résumé pour nos Annales les faits racontés dans les premières lettres de nos confrères et dans les conversations qu'il a eues avec les officiers et les passagers du navire des Messageries Maritimes, l'André Lebon. Nos lecteurs liront avec un intérêt, hélas, combien douloureux ! Les détails qu'il donne:
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    Le cataclysme du japon

    Lettre du P. Souvey.

    Les détails sur l'affreux malheur qui a frappé le Japon ont commencé à nous arriver.
    Le procureur de la Société des Missions Etrangères à Hongkong, le P. Souvey, a résumé pour nos Annales les faits racontés dans les premières lettres de nos confrères et dans les conversations qu'il a eues avec les officiers et les passagers du navire des Messageries Maritimes, l'André Lebon.
    Nos lecteurs liront avec un intérêt, hélas, combien douloureux ! Les détails qu'il donne:
    C'est le lundi 3 septembre au matin seulement que fut connue à Hongkong la catastrophe qui désola le Japon le premier jour du mois, et, songeant à l'épouvantable malheur de nos confrères, nous ne pouvions retenir un frisson en lisant au premier psaume des Vêpres du lundi ces paroles si pleines de sens dans le malheur actuel : « Circumdederunt me dolores mortis et pericula inferni invenerunt me ».

    NOVEMBRE DÉCEMBRE 1923. No 154.

    Le samedi 1er septembre à 11 h. 58, se produisit la grande secousse sismique qui en quelques instants fit de Yokohama un monceau de ruines. Un typhon avait précédé.
    Le fond de la mer fut secoué par .le tremblement de terre, les flots se précipitèrent en raz-de-marée dans la baie de Tokio. Enfin l'accident se produisant juste à l'heure du repas du milieu du jour, au moment où partout le feu était allumé pour préparer les aliments, l'incendie se déclara aussitôt, et, attisées par le vent soufflant en sens différents successivement, comme cela arrive en temps de typhon, les flammes se propagèrent rapidement, s'enflèrent, embrasèrent tout. Puis ce furent les réservoirs de pétrole eux-mêmes qui se brisèrent, et prirent feu ; le mazout se répandit sur le port à la surface des flots mettant gravement en danger les bateaux, consumant comme des brûlots les petites embarcations et les appontements.
    Le tremblement de terre seul n'eût pas fait un nombre si considérable de victimes. Le feu irrésistible fut la consommation de la catastrophe.
    Quantité de personnes, retenues prisonnières sous les débris de leurs habitations, eussent pu être sauvées, n'eût été l'incendie qui se propagea sans laisser le temps de dégager les malheureuses victimes. Beaucoup d'autres, échappées au tremblement de terre, périrent dans les flammes ; la chaleur causée par l'embrasement général de la ville était atroce ; on cherchait de l'eau pour se rafraîchir la figure et les mains ; mais par la force du brasier l'eau bienfaisante devint un nouvel élément de mort. Certains moururent brûlés par l'eau surchauffée et devenue bouillante ; d'autres, qui avaient cru trouver un refuge en se jetant à la nage en mer, se trouvèrent aux prises avec le pétrole et moururent dans les flammes.
    Le paquebot André Lebon, qui avait échappé le 28 août au typhon de Hongkong grâce à l'habile manoeuvre de son commandant, se trouva à Yokohama de nouveau exposé à toute la fureur des éléments. A son retour à Hongkong, nous avons pu avoir les premières nouvelles circonstanciées du triste sort qui fut celui de nos confrères pendant ces mortels instants.
    ***

    A Tokio, nous n'avons à déplorer la mort d'aucun confrère, seul le Père Chérel, curé de Kanda, fut blessé, mais rien de grave.
    Tsukiji est détruit, ainsi que Honjo, Kanda et Asakusa.
    A Sekiguchi l'église est endommagée, mais la grotte de N. D. de Lourdes est intacte. Les nouvelles bâtisses faites au commencement de l'année par le P. Flaujac ont pu supporter la tourmente, et elles ont abrité les rescapés.
    La seule paroisse qui soit absolument intacte est Azahu, résidence du P. Tulpin.
    Quant aux Institutions religieuses de Tokio, leurs pertes sont très lourdes, Voici les quelques détails que nous avons pu recueillir :
    1° Le collège des Pères Jésuites : Pas de perte de vie à enregistrer, mais les bâtiments sont à moitié démolis. Les anciennes constructions ont beaucoup souffert. Un nouveau bâtiment en ciment armé a bien résisté. C'est là que pour le moment S. E. Mgr. Giardini, délégué apostolique du Japon, a dû chercher refuge.
    2° A côté de cette maison se trouve l'institution des Dames de Saint-Maur, à Yotsuya ; les constructions sont fortement endommagées.
    3° Les Dames du Sacré- Coeur. Aucune perte de vie à déplorer, les bâtiments sont très lézardés, toutefois les Soeurs pensent pouvoir faire rentrer leurs élèves en janvier prochain.
    4° Le grand collège des Marianistes comprenant plus de 1.100 élèves. Grâce à Dieu tout n'a pas été détruit, mais les bâtiments qui servaient d'école primaire ont été brûlés.
    5° Les Soeurs de Saint-Paul de Chartres. Elles ont eu davantage à souffrir ; leurs maisons sont complètement détruites. De plus elles ont été frappées cruellement par la mort de Sur Joseph, de nationalité anglaise. Cette religieuse se trouvait dans une salle occupée à faire de la peinture, en compagnie d'une Soeur japonaise et de deux fillettes. Lorsque se produisit la violente commotion, toutes sortirent de la salle, la Soeur japonaise entraînant les deux enfants tourna à gauche en franchissant la porte, elle fut indemne. Soeur Joseph tourna à droite et quelques pas plus loin une cheminée l'écrasa en tombant. On releva son cadavre et on le transporta dans la partie des bâtiments encore restée debout. Mais bientôt l'incendie survint ne laissant finalement qu'un monceau de décombres ; de Sur Joseph, il ne resta que des cendres mêlées aux ruines de l'établissement.
    Deux des plus anciennes Soeurs sont descendues à Hongkong , Soeur Agathe, 44 ans de mission, dont 16 mois passés à Saigon à son arrivée, et le reste au Japon, et Soeur Virginie, chinoise, originaire de Hongkong. Les autres Soeurs se sont réparties entre les maisons de leur ordre à Moryoka et Sendai.
    Par ailleurs la colonie française de Tokio n'a eu à porter le deuil d'aucun de ses membres.

    ***

    A Yokohama, le désastre fut plus terrible. Il ne reste pas 20 maisons. Seules quelques maisons japonaises, à Nakamura, dans la banlieue à l'ouest de Yokohama, sont demeurées intactes.
    Le port étant le terminus des grandes lignes de paquebots, la Mission de Hakodaté y avait établi son procureur, le P. de Noailles. Un télégramme de Mgr Berlioz nous a appris la mort de notre confrère, avec cette triste précision : « Tout est perdu ».
    Les flammes ont dévoré tout l'avoir de l'infortunée Mission de Hakodaté. Les coffres-forts ont résisté extérieurement aux chocs et aux flammes, mais la chaleur fut telle que le contenu des coffres fut pour ainsi dire torréfier.
    On ne cite qu'un seul coffre-fort qui ait résisté dans la ville de Yokohama, il était au sous-sol d'une des firmes de la ville.
    Partout ailleurs, lorsque les autorités vérifièrent ce qui restait des biens de leurs nationaux, on ne trouva dans les coffres que des monceaux de papier noircis, calcinés. Le cher P. de Noailles habitait le n° 80 de Honmura-nori; des habitants de cette maison aucun n'échappa au sinistre.
    Dès le 6 septembre, les télégrammes Reuter nous annonçaient aussi la mort de notre confrère, le P. Lebarbey, curé de l'église du Sacré Coeur, dans le quartier européen du «Bluff». L'inventaire de ses effets fut fait par le Secrétaire de la Chambre de Commerce, lequel ne trouva dans son coffre-fort que quelques vases sacrés abîma par la chute des briques placées à l'intérieur du coffre pour le rendre résistant en cas d'incendie.
    Le P. Demangelle résidait habituellement à Yokohama, mais par bonheur il s'en trouvait justement absent ce jour-là.
    Le P. Caloin, curé de la paroisse de Wakabachô, est sauvé lui aussi, il a même pu emporter quelques objets, il s'est réfugié ensuite à Omori; où tout est intact.
    Le P. Lemoine fui sauvé après être resté plusieurs heures enseveli sous les 'décombres.
    Le P. Breton, curé de Omori, est venu à Yokohama pour aider, et a été d'un grand secours aux Français réfugiés à bord de l'André Lebon.
    Les collaborateurs et collaboratrices religieux et religieuses ont souffert plus encore que nous.
    La plus terrible catastrophe a anéanti le bel établissement des Dames de Saint-Maur, et ici la mort a frappé à grands coups. La Communauté de Yokohama comprenait 16 Soeurs, 12 étaient présentes au moment du tremblement de terre. Toutes furent prises sous les ruines de leur maison sise sur le lot 80.
    Du collège des Marianistes, situé non loin de là sur le lot 85, les PP. Jannin et Abramitis vinrent pour essayer de leur porter secours, mais ils n'avaient que leurs deux mains pour déblayer les décombres. Ils purent sauver deux soeurs et une fillette. Les autres soeurs restaient là comme dans un tombeau, causant avec leurs sauveteurs qui n'arrivaient pas à bout de leur travail surhumain.
    Alors, ô horreur ! Chassées de tous côtés par le vent, arrivent les flammes de l'incendie, c'est l'embrasement général de Yokohama qui gagne de ce côté ; impossible de délivrer ces malheureuses victimes. Les Pères Marianistes ne peuvent plus que donner une dernière absolution, et de dessous les ruines s'élève la voix des enfants qui récitent avec abandon l'acte de contrition. Le feu est venu : ce qui eût pu n'être qu'un accident s'est transformé en catastrophe.

    Voici la liste des victimes :
    Soeur ST PIERRE. Française.
    Soeur ST ETIENNE, id.
    Soeur ST SÉBASTIEN id.
    Soeur STE-MARY. Anglaise.
    Soeur ST-DUSSTAN, id.
    Soeur ST-WILFRID, id.
    Soeur ST MICHEL, id.
    Soeur STE GERTRUDE. Japonaise.
    Soeur STE-EUGÉNIE, id.
    Soeur STE HÉLÈNE. Belge.
    Et parmi les enfants on a pu identifier :
    Marguerite, tertiaire
    Sophie MAYER, pensionnaire.
    Elisabeth SMITH id.
    Conception TORES, id.
    Athena CONSTANDINIDIS, grecque de religion orthodoxe.
    Lola STRELESKI, pensionnaire russe id.
    MARGUERITE, id.

    En plus on compte au moins 12 Japonaises.
    La Supérieure de la Communauté, Soeur Louise, se trouvait à Akôbara avec quatre autres Soeurs, et put ainsi échapper à l'effroyable catastrophe.
    Les Dames de Saint-Maur de Yokohama échappées à ces ruines se sont depuis réfugiées dans leur communauté de Shidzuoka.
    Les Pères Marianistes ont aussi souffert dans leur Collège St Joseph, de Yokohama, cependant ils ont pu conserver une de leur maison : ils avaient inauguré en juillet dernier, pour la distribution des prix, une nouvelle construction en ciment armé qui devait servir à la rentrée prochaine pour les salles de classe. Malheureusement les fonds manquèrent pour faire le toit aussi en ciment. Il fut fait en tuiles ordinaires avec charpente en bois. Le quartier étant tout en flammes, une maison voisine s'affaissa contre la nouvelle école, le feu prit par le toit et consuma la toiture, le plafond et le plancher de l'étage du sommet. Là s'arrêtèrent les dégâts parce que là commençait, sous le plancher, le ciment armé. Dès le lendemain, cette maison servait de refuge pour les blessés. Dans tout le quartier du Bluff cette maison est la seule qui reste debout.
    Les secousses se ressentirent très loin. Les Pères Marianistes de Yokohama possèdent une maison de campagne à Yamakita, 2 heures de chemin de fer depuis le port. Une de leurs maisons fut à moitié remplie de terre par les éboulements de la montagne à laquelle elle était adossée, leur seconde maison fut renversée, mais le Saint-Sacrement put être sauvé. La plupart des membres de la Communauté des Marianistes de Yokohama se trouvaient en vacances à Yamakita et c'est sans doute ce qui leur évita dans Yokohama une catastrophe semblable à celle qu'éprouvèrent les Dames de Saint-Maur. Voyant leurs habitations détruites, ils crurent qu'il ne s'agissait que d'une secousse locale, et voulurent rentrer à Yokohama; mais plus de train, plus de voie ferrée, et des routes défoncées ; ils mirent deux jours pour revenir à pied. Le long du chemin, ils purent constater que des versants de montagne s'étaient éboulés; ils ne pouvaient croire les voyageurs qu'ils rencontraient et leur affirmaient que Yokohama était entièrement détruit.
    Je n'insiste pas sur la douleur de tous, sur l'arrêt des travaux apostoliques au Japon, sur la perte des vies et des biens... Que Dieu et les âmes généreuses viennent en aide à la mission si éprouvée de Tokio.

    1923/202-207
    202-207
    Japon
    1923
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