Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Le catéchiste de la Providence

Le catéchiste de la Providence Converti du protestantisme il y a environ 25 ans, Oû Yongfa est aujourd'hui presque septuagénaire. C'est un type d'honnête homme, qui a toujours été dans une situation voisine de l'indigence, mais, par ailleurs, sa foi est vive et il n'a donné que de bons exemples depuis son entrée dans le catholicisme.
Add this
    Le catéchiste de la Providence

    Converti du protestantisme il y a environ 25 ans, Oû Yongfa est aujourd'hui presque septuagénaire. C'est un type d'honnête homme, qui a toujours été dans une situation voisine de l'indigence, mais, par ailleurs, sa foi est vive et il n'a donné que de bons exemples depuis son entrée dans le catholicisme.
    Peu après mon installation à Pantien, sous-préfecture de Pinglo, en août 1928, il m'arrivait de son village, situé à 15 kilomètres de là, pour me demander de le recevoir à la mission, lui et sa femme : la sécheresse avait détruit sa récolte, et plus rien à la maison : c'était la misère en perspective... J'interrogeai alors mon évêque qui me répondit à ce propos : « Ne vous pressez pas de le recevoir ; mieux vaut dans l'intérêt de tous qu'il demeure chez lui, dussiez-vous lui donner quelques piastres pour l'aider à vivre ».
    Oû Yongfa était encore à la mission quand m'arriva la lettre de Sa Grandeur le concernant. Dans l'intervalle, j'avais pu me rendre compte qu'il connaissait la doctrine et qu'il était pieux. Je lui demandai donc d'essayer de faire un peu de propagande dans son village et aux environs ; en retour, je lui promis de l'aider à vivre dans la mesure où lui-même m'aiderait. J'avoue que je voyais surtout là un moyen de le secourir sans susciter des jalousies ; je ne comptais guère sur ses succès apostoliques. Je me trompais.
    Dès les débuts il prit sa tâche à coeur. Il se mit à parcourir les nombreux villages de ses montagnes, emportant un paquet de livres sur son dos, et c'est ainsi que, depuis 3 ans, il circule, passant d'un village à l'autre, sans le sou dans la poche, parlant de doctrine à qui veut l'entendre. Jusqu'à ce jour il a toujours trouvé le nécessaire pour vivre et, le soir arrivé, un gîte pour reposer la nuit. Infirma élégit Deus : mystère de la bonté divine qui se plaît à faire ainsi éclater sa puissance.
    Les privations, les fatigues supportées par ce vieillard n'ont pas été inutiles : à Hiang-houa-tang, par son intermédiaire, la moitié du village a embrassé la religion ; on y compte aujourd'hui 60 chrétiens baptisés ; à Li-kié-tchong, plus de 10 familles ont renoncé à leurs superstitions et se préparent actuellement au baptême ; ailleurs encore, dans de nombreux villages à plusieurs lieues à la ronde, combien de païens ont entendu la bonne nouvelle qui leur vaudra le salut, s'ils ne ferment pas leur coeur à la grâce de Dieu !
    Sans doute le travail accompli reste encore fragile : beaucoup d'hésitants attendent, pour faire le pas décisif, qu'ils n'aient plus à redouter les vexations et les injustices des autorités ; c'est ce que prouvent les baptêmes d'adultes in articulo mortis, 28 pour ces 4 ans. Il faut que le missionnaire paye de sa personne, mais malgré son désir, il ne peut remplacer un bon catéchiste.
    L'heure est venue pour moi de quitter ce champ d'apostolat. Mon successeur, un Père américain de Maryknoll, est déjà arrivé et apprend la langue avec ardeur. Puisse-t-il, ainsi que ses autres confrères, in exultatione récolter ce que les missionnaires des Missions Etrangères de Paris y ont semé depuis 30 ans dans les difficultés : c'est le voeu que je forme et la grâce que je demande pour eux à Notre Seigneur.

    Joseph MADÉORE,
    Missionnaire de Nanning (Kouang-si).

    1932/281-282
    281-282
    Chine
    1932
    Aucune image