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Le Bienheureux Joseph Marchand 1803-1835

Le Bienheureux Joseph Marchand 1803-1835 Le 30 novembre 1835, un prêtre de la Société des Missions Etrangères, missionnaire en Cochinchine, le P. Joseph Marchand, après 20 mois d'une dure captivité, subissait le martyre par l'horrible supplice des cent plaies. Ce glorieux centenaire a été célébré solennellement le 18 août dans le diocèse de Besançon et particulièrement dans le village natal de l'héroïque Confesseur de la Foi, élevé par l'Eglise au rang des Bienheureux le 27 mai 1900.
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    Le Bienheureux Joseph Marchand 1803-1835

    Le 30 novembre 1835, un prêtre de la Société des Missions Etrangères, missionnaire en Cochinchine, le P. Joseph Marchand, après 20 mois d'une dure captivité, subissait le martyre par l'horrible supplice des cent plaies. Ce glorieux centenaire a été célébré solennellement le 18 août dans le diocèse de Besançon et particulièrement dans le village natal de l'héroïque Confesseur de la Foi, élevé par l'Eglise au rang des Bienheureux le 27 mai 1900.
    Les lecteurs des Annales seront heureux de trouver ici quelques détails sur la vie et la mort de l'intrépide apôtre et martyr.

    * * *

    Né le 17 août 1803 à Passavant (Doubs), Joseph Marchand appartenait à une famille de cultivateurs, excellents chrétiens, qui élevèrent leurs enfants dans la crainte et l'amour de Dieu. Après sa première communion, il exprima à ses parents son désir de se préparer au sacerdoce, mais ceux-ci lui objectèrent leur pauvreté et le besoin qu'ils avaient de son travail. L'enfant se soumit et, pendant cinq ans, aida courageusement ses parents. A 18 ans, il entra dans une petite école ecclésiastique à Orsans ; deux ans plus tard il faisait sa philosophie à Ecole, puis sa théologie au Grand Séminaire de Besançon. Là, sa vocation se précisant, il se sentit appelé à la vie apostolique. Le curé de Passavant, M. Jeune, fit son possible pour le détourner de cette voie : il fallait d'abord, disait-il, convertir les incrédules de France et, pour exercer avec succès l'apostolat chez les infidèles, il n'avait pas les talents et les connaissances nécessaires. L'abbé Marchand répondait avec autant de bon sens que d'humilité, mais il ne convainquit pas le bon curé, et ce fut malgré lui que, au mois de novembre 1828, il entrait au Séminaire des Missions Etrangères. Il était alors diacre ; le 4 avril 1829 il était ordonné prêtre et, un mois après, il s'embarquait à Nantes pour la Cochinchine. Dans l'intervalle, le curé de Passavant avait fait amende honorable et reconnu comme sérieuse la vocation apostolique de son paroissien.
    Arrivé à Macao le 19 octobre, le P. Marchand dut attendre quatre mois qu'une occasion se présentât pour pénétrer secrètement en Cochinchine, dont l'entrée était strictement interdite aux prêtres catholiques. Il monta dans une jonque commandée par un capitaine chinois et par un pilote portugais qui se dirigèrent vers Saigon. La traversée s'effectua sans incident, mais, à l'arrivée, le mandarin préposé à la douane voulut s'assurer qu'aucun Européen ne s'était glissé dans la barque : il fit défiler devant lui l'équipage et les passagers ; quand vint le tour du missionnaire, vêtu d'habits chinois, l'Annamite admira les joues vermeilles et l'embonpoint de ce Chinois de contrebande et le laissa passer, après l'avoir gracieusement félicité.
    Au mois de mars 1830, le missionnaire mettait enfin le pied sur la terre qui devait être le théâtre de ses travaux et de sa glorieuse mort.
    Après quelques mois passés au collège de Laithiu pour y apprendre la langue, il fut envoyé à Phnompenh, capitale du Cambodge, pour s'occuper des Annamites établis sur les rives du Mékong. Pendant deux années il circula ainsi du collège au Cambodge et du Cambodge au collège. Sur ces entrefaites, son évêque. Mgr Taberd, lui offrit de retourner en France en qualité de directeur du Séminaire des Missions Etrangères ; mais le missionnaire déclina un honneur qui lui ferait quitter le champ de bataille à la veille du combat, car la persécution s'aggravait et l'avenir était bien sombre. Mgr Taberd comprit cette généreuse pensée : il n'insista pas et, au lieu de l'envoyer en France, il lui confia les chrétiens de la province du Binhthuan.
    « 7.000 chrétiens distribués en 25 chrétientés très éloignées les unes des autres, sur une étendue à peu près égale à celle du diocèse de Besançon » : tel était le champ d'apostolat confié au zèle du P. Marchand, et, loin de s'en effrayer : « J'ai ce que je désirais, écrivait-il, je suis parfaitement heureux ». Hélas ! Il ne devait pas jouir longtemps de la belle et sainte liberté d'évangéliser : il avait à peine parcouru deux fois son vaste district que la persécutions éclata. Le 6 janvier 1833, fut publié le décret qui ordonnait d'arrêter les missionnaires européens. Le P. Marchand dut s'éloigner du Binhthuan et alla chercher refuge en Basse Cochinchine.
    Il était depuis quelque temps à Mac-bat, lorsque les chefs de la paroisse, craignant que sa présence dans le village ne les compromît, le prièrent de leur épargner ce danger. Il se retira alors dans la forêt, où il vécut en proie à la misère et exposé aux bêtes féroces. Quelques chrétiens lui portaient de temps à autre un peu de nourriture.
    A ce moment, venait d'éclater une rébellion, qui s'étendit bientôt à toute la Basse Cochinchine. Le chef des révoltés, apprenant la présence du P. Marchand à Macbat, le fit arrêter et amener à Saigon ; puis il lui proposa de lui signer des lettres pour appeler les chrétiens à prendre les armes et à s'enrôler sous la bannière des rebelles : le missionnaire se refusa énergiquement à pareille démarche et même, prenant les lettres qu'on lui présentait toutes préparées, il les jeta au feu. Aussitôt emprisonné dans la citadelle, il y resta dix-huit mois, priant, lisant, exhortant quelques chrétiens, captifs comme lui.
    Cependant les troupes royales qui, depuis deux ans, assiégeaient la ville de Saigon, centre de la révolte, finirent par s'en emparer et y entrèrent en vainqueurs le 8 septembre 1835 au matin. En pénétrant dans la citadelle, les soldats y trouvèrent le P. Marchand, qui fut aussitôt chargé de fers et enfermé dans une cage longue d'un mètre, large de 60 à 70 centimètres et haute de 80 à 90 centimètres, dans laquelle il ne pouvait se tenir que replié sur lui-même. Puis les mandarins firent construire, en dehors des murs de la ville, une petite cabane couverte de paille et entourée d'une haute palissade : le missionnaire y fut confiné, et deux soldats y montèrent la garde jour et nuit.
    Par trois fois les juges firent comparaître le P. Marchand, et, malgré leurs insidieuses questions, n'obtinrent de lui qu'un seul aveu, celui qu'il était venu dans leur pays pour y prêcher la religion catholique. Après un mois, sur l'ordre du roi Minhmang, le prisonnier fut transféré à Hué et enfermé dans la prison des grands criminels. Dès le lendemain de son arrivée, le 16 octobre 1835, il eut à subir un long interrogatoire ; on voulait à tout prix lui faire avouer qu'il avait pris part à la révolte : pas plus qu'à Saigon il ne consentit à passer pour un rebelle se bornant à proclamer qu'il était prêtre et qu'il avait enseigné le catholicisme, mais que, s'il avait demeuré dans la ville de Saigon, c'est qu'on l'y avait amené et retenu par force.
    Ne pouvant obtenir d'autre réponse, le juge commanda au missionnaire de se tenir debout ; à droite et à gauche deux soldats le soutinrent, un troisième lui découvrît les jambes ; aussitôt le bourreau saisit des tenailles rougies au feu, les lui appliqua à la cuisse gauche, et l'on entendit le bruit de la brûlure des chairs. Les soldats, ne pouvant supporter l'odeur de la fumée, se détournèrent pour respirer. Le patient leva les yeux au ciel et, poussant un cri, s'affaissa sous l'excès de la douleur. Les juges accordèrent à leur victime un répit d'environ une demi-heure, puis le président donna l'ordre de lui appliquer les tenailles rougies sur la cuisse droite. Le missionnaire leva encore les yeux au ciel et s'affaissa de nouveau. Il fut alors mis dans sa cage et reconduit à la prison.
    Après de nouveaux interrogatoires qui n'eurent pas plus de succès, les juges se rejetèrent sur la qualité de prêtre et de prédicateur de l'Evangile, que le missionnaire avait hautement proclamée.
    « Tu nies, lui dit le mandarin, avoir eu aucune part à la révolte, mais tu ne nieras pas que tu es venu ici pour prêcher ta religion, et tu sais que le roi l'a sévèrement défendu. Cette faute, il faut que tu l'expies dans de justes supplices ; cependant tu peux éviter tout châtiment, à condition que tu renonces à ta religion et que tu marches sur la croix ».
    Le confesseur repoussa cette proposition avec horreur ; avec la même indignation il réfuta les infâmes calomnies contre la religion chrétienne qu'on lui jeta à la face.
    Reconduit à sa prison, il attendit, en priant avec ferveur, le jour de son suprême sacrifice. Enfin, par ordre du roi, la sentence capitale fut rendue ; elle était ainsi conçue : « L'Européen Marchand, prédicateur de la religion chrétienne, a avoué qu'il avait demandé par lettres aux Anglais et aux Siamois de secourir les rebelles. Qu'il subisse le supplice des cent plaies.
    Le 30 novembre, à 5 heures du matin, sept coups de canon réveillent les habitants de Hué et les invitent à l'horrible fête. On tire de sa cage l'héroïque confesseur de la foi catholique et on l'emmène entre deux haies de soldats. Il est attaché sur un brancard, les jambes écartées, les bras étendus. Entouré de sa cour, le roi Minh-mang attendait pour donner plus de solennité au châtiment. Deux officiers, prenant la corde qui lie le prêtre, le traînent devant le prince et le forcent à se prosterner cinq fois la face contre terre. Minh-mang laisse tomber un petit drapeau : c'était le signal du départ et le condamné est conduit au tribunal des supplices. Sur l'ordre du mandarin, deux bourreaux lui prennent fortement les jambes, qu'ils retiennent étendues et immobiles ; cinq autres saisissent chacun une grosse tenaille rougie à blanc et pincent à cinq endroits les cuisses et les jambes du patient ; on entend un cri de douleur : « O Père ! » et une fumée fétide s'élève des chairs brûlées, sur lesquelles les fers sont maintenus jusqu'à ce qu'il se refroidissent.
    Une seconde, puis une troisième torture, exécutées avec la même barbarie, après quoi, les bourreaux s'arrêtent, de peur que la victime ne succombe avant d'arriver au lieu de l'exécution. Suivant l'usage, qui est de servir un repas aux condamnés, le juge appela un de ses domestiques :
    Demande à M. l'Européen ce qu'il veut manger.
    Merci, répondit le P. Marchand, je ne mangerai plus rien.
    Et il resta plongé dans un profond recueillement.
    Quelques instants après, le missionnaire est fortement bâillonné, puis replacé sur le brancard. On se dirige au pas de course vers le champ d'exécution. L'escorte arrivée, une croix en forme d'X est fixée en terre. Quatre hommes entourent le condamné : l'un saisit les tenailles, l'autre tient en main un large coutelas, le troisième se prépare à compter les plaies et le quatrième à inscrire les chiffres de cette sanglante addition. Au signal donné, les bourreaux déchirent d'abord la peau des sourcils et la rabattent sur les yeux ; puis, avec leurs tenailles, ils saisissent les chairs de la poitrine, les coupent d'un seul coup et jettent à terre deux lambeaux sanglants d'un demi pied de longueur ; le patient ne fait aucun mouvement. Les bourreaux enlèvent alors deux morceaux de chair dans le dos ; la victime s'agite sous le coup de la douleur. Les exécuteurs descendent au gras des jambes et deux nouveaux lambeaux tombent. A ce moment, la nature épuisée succombe : la tête du prêtre s'incline sur sa poitrine, un léger soupir s'exhale de ses lèvres : son âme était dans les cieux et la Reine des Martyrs la présentait à son divin Fils pour la récompense éternelle.
    Dès que le missionnaire eut expiré, son corps fut fendu en quatre et porté à la mer ; sa tête, promenée dans les provinces, fut exposée durant trois jours sur les remparts des principales villes, puis, rapportée à la capitale, broyée et jetée à la mer.


    1935/195-202
    195-202
    France
    1935
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