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Le Bienheureux François Jaccard : Centenaire de son Martyre

Le Bienheureux François Jaccard : Centenaire de son Martyre Le 21 septembre 1838, près de Quangtri, en Annam, le P. François Jaccard, depuis quinze années missionnaire de la Cochinchine, était mis à mort par strangulation après une longue détention et de cruelles tortures. A l'occasion de cet anniversaire centenaire, résumer ici la vie, les travaux et la mort du vaillant martyr doit être pour tous un encouragement à l'honorer et à lui demander la force de l'imiter dans sa foi et dans sa fidélité à la grâce de Dieu. ***
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    Le Bienheureux François Jaccard :

    Centenaire de son Martyre

    Le 21 septembre 1838, près de Quangtri, en Annam, le P. François Jaccard, depuis quinze années missionnaire de la Cochinchine, était mis à mort par strangulation après une longue détention et de cruelles tortures.
    A l'occasion de cet anniversaire centenaire, résumer ici la vie, les travaux et la mort du vaillant martyr doit être pour tous un encouragement à l'honorer et à lui demander la force de l'imiter dans sa foi et dans sa fidélité à la grâce de Dieu.

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    C'est à Onion, au milieu des riantes et grandioses montagnes de la Savoie, que naquit, le 6 septembre 1799, François Jaccard, dans une famille pauvre des biens de ce monde, mais riche de sa foi chrétienne. Pendant la Révolution, la modeste maison avait souvent donné asile à des prêtres proscrits. L'enfant grandit dans cette atmosphère de bons exemples et d'édifiants souvenirs ; aussi montra-t-il dès le bas âge des dispositions pour la piété et la vertu. Un jour, il voit sur la tabatière d'un voisin une vignette inconvenante : il la déchire et, pour apaiser le propriétaire, qui s'est fâché, il court chercher les quelques pièces de menue monnaie qu'il avait dans sa petite bourse et les offre comme en paiement de l'acte de vertu qu'il a osé.
    Les débuts de ses études furent difficiles. Venu de son petit hameau de Cévillon au collège de Mélan, vêtu d'habits pauvres, gauches dans ses gestes et embarrassés dans son langage, il fut le jouet de ses condisciples qui avaient l'habitude des brimades et le lui firent durement sentir. L'enfant se replia sur lui-même et, découragé, abandonna le collège et alla reprendre la bêche et la charrue. Lui-même pensait que c'était pour toujours, mais la Providence allait intervenir. Un jour, allant travailler avec sa mère, François rencontre deux anciens camarades qui retournent au séminaire ; les voyageurs s'arrêtent, on se serre la main, on évoque des souvenirs ; l'enfant tressaille, un regret passe dans son âme et, quand les jeunes gens se sont éloignés, il se tourne vers sa mère : « C'est fini, lui dit-il ; je reprends mes livres demain et je ne les quitte plus! » Il tint parole. Sa persévérance fut couronnée de succès ; peu à peu, à l'étonnement de tous, on vit son intelligence s'ouvrir, se développer, s'affermir, et il devint un des bons élèves de Mélan.
    Après ses études secondaires à Mélan et celles de théologie dogmatique au grand séminaire d'Annecy, François entrait au séminaire des Missions Etrangères au mois d'août 1821, ayant reçu les ordres mineurs. Au moment de la séparation, sa mère, transfigurée par une joie surnaturelle, le bénit, le loua de ses projets d'avenir et lui promit de prier pour leur succès. Et lorsque, deux ans plus tard, il revint à Cévillon pour la visite suprême, en l'embrassant une dernière fois : « Pars, mon cher enfant, lui dit-elle, pars, puisque Dieu t'appelle ! » Son coeur, en effet, comme celui de son fils, comme celui de tous les ouvriers apostoliques, était pénétré de cette pensée de la volonté de Dieu, ultime raison de leur vocation, de leurs actes, de leurs sacrifices, de leur vie et de leur mort.
    Ordonné prêtre le 15 mars 1823, François Jaccard avait inspiré une telle estime à ses maîtres qu'ils lui proposèrent de le nommer directeur du séminaire : il refusa, demandant instamment d'être envoyé chez les infidèles, et, le 16 juillet de cette même année, il partait pour la Cochinchine.
    La longue traversée, contournant l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, lui fut pénible, surtout à cause des grossièretés et des injures qu'il eut à subir de la part des matelots. Il s'en vengea par la douceur, la charité et, à force de patience, il eut la consolation d'en ramener plusieurs à Dieu.
    Après six mois de voyage, il aborde à Macao, où la cordiale hospitalité du P. Baroudel, procureur de la Société des Missions Étrangères, lui permet de se reposer des fatigues passées et de préparer celles de l'avenir. Il faut, en effet, pour se rendre en Cochinchine, s'entendre avec des parquiers chinois ou annamites, dont l'honnêteté n'est pas la vertu dominante. Enfin le prix généralement élevé étant fixé, on quitte Macao pendant la nuit, sur une jonque de mer et, dans une installation des moins confortables, on vogue lentement vers l'Annam. C'est par le Tonkin que le P. Jaccard pénétra dans sa mission. Dès les premiers jours il dut se tenir caché à cause des dispositions hostiles du roi Minhmang. A la fin de 1826, après l'étude nécessaire de la langue, il commençait ses travaux apostoliques.
    Six mois à peine s'étaient écoulés, lorsque le roi, ayant besoin d'un interprète, fit amener le missionnaire à Hué et l'y retint dans une demi captivité, tout en lui témoignant quelques égards et l'employant à faire des traductions. Au bout de quelque temps, le Père obtint la permission d'habiter une chrétienté voisine de la capitale et il y exerça avec grand fruit son ministère. Mais un incident, fort commun en Extrême-Orient, vint chan-gre la situation. Un village païen cherchait à s'emparer des terres du village chrétien où résidait le P. Jaccard, d'où procès dans lequel fut impliqué le missionnaire, accusé d'enseigner une religion fausse et condamnée par les lois. Traduit devant le tribunal du mandarin, le Père rappela que le roi Gialong, rétabli sur son trône par l'illustre évêque d'Adran, avait accordé pleine liberté à l'exercice du culte catholique. Cependant la cause fut déférée aux magistrats de la capitale : l'attitude du missionnaire y fut aussi résolue qu'elle l'avait été devant le tribunal de province. « Venu en Cochinchine pour enseigner la religion, protesta-t-il, je l'ai prêchée, je la prêche et je la prêcherai à tous ceux qui ont voulu et voudront m'entendre », et il refusa de livrer les livres et objets religieux qu'on voulait lui confisquer. Il fut condamné à mort avec sursis ; le roi lui fit grâce de la vie et continua de l'employer à des traductions.
    Peu après, Minhmang lui ayant demandé des explications sur la religion, le missionnaire saisit avec empressement l'occasion de lui exposer les principaux points de la doctrine catholique et lui fit aussi remettre un abrégé de l'Ecriture Sainte. Le Souverain se montra fort offusqué de cette audace et fit de nouveau intimer au Père l'ordre de jeter au feu tous les livres de religion qu'il conservait encore. Sur son refus il fut conduit en exil dans les marais pestilentiels d'Ailao. Il devait y demeurer deux ans et y souffrir les plus dures misères.
    Pendant ce temps le vicaire apostolique de la Cochinchine, Mgr Taberd, réfugié au Siam et mal informé de l'état de sa mission, nommait le P. Jaccard son provicaire ; puis il le choisit pour coadjuteur et lui écrit de venir le trouver à Bangkok ou à Penang afin d'y recevoir la consécration épiscopale. Le missionnaire était dans l'impossibilité absolue de répondre à cette invitation.
    Au début de 1835, le P. Jaccard fut transféré dans la prison de Camlo, puis dans celle de Quangtri. Le roi l'ayant repris comme interprète, il quitta son cachot et eut une prison plus spacieuse et moins surveillée, dans laquelle il put même organiser une petite chapelle et célébrer de nuit le Saint Sacrifice.
    Sur ces entrefaites un missionnaire, le P. Candalh, avait rétabli le Séminaire à Anninh. Le roi, l'ayant appris, donna l'ordre de détruire la maison et de se saisir du prêtre ; mais celui-ci échappa aux persécuteurs et s'enfuit dans la montagne. Le P. Jaccard, accusé d'avoir entretenu avec le fugitif des relations épistolaires et d'être, par conséquent, son complice dans la désobéissance aux lois, fut traduit devant le gouverneur de la province. Pour effrayer le prisonnier, on a étalé autour de lui les instruments de supplice : lances, rotins, sabres, tenailles, etc. Le magistrat, d'un ton menaçant, demande à l'accusé s'il ne consent pas à abandonner la religion proscrite par le roi. « Ma religion n'est pas un don du roi, elle est l'oeuvre de Dieu ; je ne l'abandonnerai jamais! » On lui fait encore plusieurs questions auxquelles il répond avec la même fermeté. Alors les bourreaux se saisissent de lui, le dépouillent de ses vêtements jusqu'à la ceinture, l'étendent à terre couché sur le visage, malgré sa cangue et ses chaînes, lui attachent les bras en croix et lui lient les jambes à des pieux solidement plantés ; puis s'armant d'un rotin, ils le frappent cinq fois de toutes leurs forces : au quatrième coup le sang jaillit. Alors le mandarin, simulant la pitié, demande au patient s'il est enfin décidé à renoncer à sa religion. « Non », répond celui-ci ; cinq nouveaux coups de rotin, puis la même question et la même réponse. Et ainsi jusqu'à 45 coups. Après quoi le confesseur de la foi fut exposé aux ardeurs du soleil pour lui infliger un autre genre de souffrances ; enfin, au soir de cette journée, il fut reconduit dans son cachot, toujours chargé de la cangue et des chaînes.
    Le cruel mandarin ne s'en tint pas là et voulut livrer un dernier assaut à la conscience du prêtre. Après un nouvel interrogatoire il le soumit au supplice des tenailles rougies au feu. « Ce jour-là, a raconté un témoin, pendant qu'on pressait les chairs nues du Maître de la religion, au côté droit et au côté gauche, j'ai entendu les crépitements des brûlures et senti l'odeur de la chair rôtie : ceci se passait dans la matinée et au milieu de la place ». Qui dira les tortures d'un pareil supplice ?
    La procédure fut suspendue pendant quelques semaines par suite du changement du gouverneur du Quangtri. Son successeur procéda à la vérification des interrogatoires et prononça la sentence de mort ainsi conçue : « La 19e année de Minhmang, le 29e jour de la 7e lune. Le coupable Phan-van-Kinh est un homme d'Europe, d'une race différente de la nôtre, qui s'est introduit dans ce royaume. Il a d'abord employé la religion perverse de Jésus pour tromper le peuple. L'ayant reconnu coupable de ce crime, nous lui avons fait grâce de la vie ; mais, méprisant les lois, il a osé communiquer en secret avec les chrétiens et leur a donné des livres de sa fausse religion. Il est vrai que, mis à la question, il n'a pas voulu le reconnaître, mais les dépositions des témoins en sont des preuves suffisantes. Ainsi le coupable Phan-van-Kinh ne sera pas mis à mort d'une autre manière : il sera étranglé ».
    Et la sentence fut exécutée le 21 septembre 1838. On fit asseoir le condamné sur une natte apportée par une femme païenne ; on lia fortement ses pieds à un premier poteau, et à deux autres ses bras étendus en croix ; on enroula autour de son cou des cordes que trois hommes serrèrent vivement et tirèrent pendant dix minutes, bien que quelques secondes avaient suffi pour que l'âme du martyr s'envolât vers le ciel.
    Lorsque sa mère, cette humble paysanne, apprit sa mort, elle s'écria : « Dieu soit béni ! Je suis délivrée de la crainte de le voir succomber à la tentation des souffrances. Quel honneur pour notre famille de compter un martyr parmi ses membres ! »
    Le corps du P. Jaccard, recueilli par un chrétien, fut envoyé en 1846 au séminaire de la rue du Bac ; il repose dans la crypte de la chapelle. La « Salle des Bienheureux » garde les chaînes portées par le martyr et la corde qui a servi à l'étrangler.
    François Jaccard a été béatifié par le Pape Léon XIII en 1900.

    1938/112-117
    112-117
    France
    1938
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